L'édifice de la morale évangelique [microform](d'après les paroles mêmes de N.-S.J.-C.)
C'est, epars ca et Id dans I'Evangile, qiie nous trouvons les preceptes. et les conseils de la morale du divin Sauveur ; point d'ordre apparent, point de lien visible qui les relie; Us sont jetes au hasard des circonstances. C'est qu'en effet le Maitre n'entendait pas composer un traite de Morale; il riavait qu'un souci : distribuer le pain de sa parole a -tout venant, a toute heure, selon les besoins particuliers de chacun.
Mais, sous cet enseignement qui par ait decousu, on decouvre, a la reflexion, dans les prof ondeurs du teoate^un corps de doctrine qui se deroule d'apres un plan defini et parfaitement coordonne, tout le long du recit evangelique et s'acheve a la, dernier e page. Interprete autorise de to loi du Sinai, Jesus prend les commandements divins, signale les abus que le temps et les passions humaines 'y ont introduits, les debarrasse de ces scories et les rend a leur
purete primitive. Puis, sur le Decalogue, il eleve les sommets de sa perfection evangelique, qui porte Vdme sur des hauteurs sublimes et.. la font vivre d'une vie toute celeste.
De V ensemble de cette morale, il se degage un edifice spirituel, magnifique et puissant, assis sur une base inebranlable, se dessinant en lignes harmonietises et grandi&ses, couronne d'un faite qui tientplus ate del qua la terre.
Get edifice, nous le considerons quelques instants dans Vesquisse qui suit; distinguant les differ entes parties qui le composent, nous en decrivons, a larges traits, et la base qui le soutient, et le corps qui le conslitue, et le couronnemenl qui le termine. Cette triple description fera le partag e de cet opuscule.
Notre but, dans ces pages, est de rechercher et de reproduire -le cadre dans lequel se meut la morale du Sauveur, et, par ce moyen, de donner auoc esprits peu inities a la connaissance de I'Evangile la clef qui leur en ouvre I' intelligence, et qui leur permet, d'en saisir tout le sens et la portee.
Puisse ce desir se realiser !
PREIlfiRE PARTIE
La Base de la Morale evangelique
Cette base, Jesus 1'indique et la precise lui-meme, sur une question que Lui pose UQ docteur juif a ce sujefc.
Aux approches de la troisieme Paque, durant les derniers jours de sa vie mortelle, Jesus aimait a se tenir au centre meme de la religion juive, dans le temple de Jerusalem : la, il se trouvait plus, a 1'aise pour precher les foules qui le recherchaient, avides de sa parole. Les chefs religieux de la nation essayaient d'entraver sa predication et d'arreter 1'elan qui entrainait les masses a sa suite. Des docteurs de la loi se succedaient tour a tour, lui tendant des pieges et lui posant des questions captieuses : a chacune d'elles, leSauveur eut une reponse si lumineuse que tous les auditeurs etaient dans Fadmiration et queplusieurs Scribes ne purent s'emp^cher d'applau 7 dir, disant : Maitre, vous avez bien parle.
Un jour, 1'un d'eux, emerveille, s'avanca, et, plein de respect : Maitre, dit-il, quel est, a votre avis, dans notre religion, le premier et principal commandement ?
Ce Scribe priait Jesus de 1'eclairer et-de se prononcer sur ce sujet si grave. Egare par les arguments specieux des Pharisiens, plusd'un bon esprit de cette epoque se posait ce probleme, et se demandait, avec anxiete, quelle etait la partie essentielle de la morale, quelle etait la base m6me de la loi sina'itique ?
Le Sauveur n'hesi|;a pas a ; se prononcer.
Jetant les yeux sur les sentences que les Pharisiens se faisaient une gloire d'inscrire sur leurs habits et sur leur front, il repondit par la lecture de Tune d'elles, prise du Deuteronome : Ecoute, 6 Israel : le Seigneur, ton Dieu, estle seul Dieu. Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton co3ur, de tout ton esprit, de toute ton ame, detoutes tes.forces. Tel est, remarqua-t-il, le premier et principal commandement. Puis, il ajouta, empruntant un passage du Levitiqiie : II en est un second qui ressemble au premier : Tu aimeras le prochain comme toi-meme. Aucun commandement n'est plus grand que ces deux-la; en eux est renfermee toute la loi, ainsi que les Prophetes. (Marc, xn, 28-32; Matt., xxm, 33-40).
C'etait affirmer d'une fae.on bien nette et categorique que ce double commandement d' aimer Dieu de tout son coeur et le prochain comme soi ineme formait la base et le fondement de la loi religieuse, car, dit-il :
Aucun commandement n'est plus grand que ces deux-la; .en euac est renferinee toute Ltr loi, ainsi que Les Prophetes. .
Cette reponse satisfit pleinement le Scribe; le probleme, qui le tourmeutait, etaitresolu, il connaissait desormais la partie essentielle et fondamentale de la loi du Sinai. Aussi, plein de joie : Fort bien ! Maitre, vous avez dit la verite; il n'y a qu'un seul Dieu, et il ne peut y en avoir plusieurs. Puis, epelant un a un chaque mot du commandement pour en mieux savourer le sens : Et il faut Taimeri de tout son coeur. de tout son esprit, de toute son ame, de toutes ses forces. En outre, aimer le prochain comme soi-meme, cela vaut mieux que tous les holocaustes et que tous les sacrifices. ' :
Cette derniere parole indique un esprit d'jBlite : le Sauveur la souligue de son approbation, en disant : Vous apssi, vous n'^tes pas loin du foyaume.de Dieu. Elle est 1'echo des ames droites et fideles de ce temps-la, ainsi que de la saine- doc^ trine qui regnait encore en maints endroits dlsrael. .
Done, sur ce point capital, la pensee du Sauveur est tres ciaire, la loi religieuse d'alors se resume en ces deux preceptes d' aimer Dieu de tout son c< eur et ' le prochain comme soimeme. C'est I'enseignement de Jesus; c'est aussi renseignement de Mo'ise dans le Deuteronome et le Levitique. .
II est consolant de constater qu'en un sujet si graVeV Jesus et Mo'ise se donuent la- main et tienuent le meme langage, que les chefs de l'Ancieri et da Nouveau Testament sont en parfait accord et assignent a leur loi morale la meme base et le meme fondement.
Du reste, si Ton considere le sens general da Decalogae, il est manifesto que ses dix commandements s'e trouvent condenses et reunis en ces deux preceptes fondamentaux.
Ainsi, par exemple, sans un profond amour de Dieu, comment observer les trois premiers commandements ? Comment, sans cet amour, pourrions-nous offrir au Souverain Maitre du monde I'hommage de nos adorations, entourer de respect son, saint nom, sanctifier le jour qu'il s'est reserve? Meme reflexion doit se t'aire sur les sept autres commandements, qui regardent le prochain. Comment les observer si le coeur reste fnoid .- a ..son ,egard ? Sans I'amourdu prochain. comment honorer convenablement son pere et sa mere? comment respecter en autrui les droits essentiels qui lui
appartieonent, droitala-vieindividueUe, droit a la vie de la race, droit a la propriete, droit a la reputation, droit au mariage? De toute evidence, sans la base de ce double amour; ni les droits de Dieu, ni les droits du prochain ne peuvent etre suffisamment sauvegardes.
Ici se presente une reflexion importante qtii appeHe notre attention,- ce double amour, non seulement sert de base a la morale chretienne, mais il sert aussi de premiere assise a la morale naturelle. En effet, au v x yeux de 'la saine raison, en dehors de Dieu et du prochain ^ quells autres etres sont vraiment dignes de notre affection ? Une distance trop grande nous en separe, la distance de Fintelligence a la brute, de 1'esprit a la matier0; nous sommes places trop haut, eux sont-trop bas ; pour les aimer, nous devdns nous rabaisseren quelque sorte, presque nous avilir. Au contraire, aimer notre prochain, c'est nous tenir a notre niveau, le niveau humain. Aimer Dieu, c'est mieux encore; c'est nous elever, c'est monter vers une sphere superieure, c'est mettre en contact 1'esprit imparfait q^ui est en nous avec 1'esprit parfait et'infini qui est en Dieu. Sans doute, il.n'estpas defendu d'accorder quelques caresses aux etres inferieurs, puisque nous leur touchons par quelque c6te de nousmemes, mais ces caresses doivent etre reler vees et ennoblies par 1'amour de Dieu et du
prochain qui 'regne dans notre eoeur. C'est ainsi done que ce double amour est a la base de tout 1'ordre moral, soit Chretien, soit naturel.
Mais, pour mettre plus en lumiere la physionomie de ces deux amours, precisons quelques details.
1 Et d'abord dans quel ordre se disposent-ils Vun vis-a-vis de Catitre ? ' '
Get ordre, le Sauveur Tiadique lui-meme dans ses paroles citees de 1'Evangile. Parlant du commandement d'aimer Dieu, il dit :
Voila le premier et principal commandement. > Parlant du commandement d'aimer le prochain, ii dit : II en est un second qui ressemble au premier &. ...
Ces mots indiquent bien 1'ordre qui regne entre ces deux commandements ; il y a le premier, il y a le second. Au premier est accorde le premier rang, au second le rang inferieur : tel est 1'ordre, telle est I'harmonie qui preside a ces deux preceptes.
Du reste, rien n'est plus j uste et plus ration nel. Dieu, en effet. n'est-il pas le premier de tous les etres, 1'Etre par excellence, parfait, infini, doue d ? une sagesse incomparable et d'une puissance sans rivale? N'est-il pas le
Createur et-le Maitre de 1'univers, le Bienfaiteur unj^ersel qui repand, a pleines mains, ses. dons et ses faveurs stir toutes les creatures du ciel et de la terre ? A lui done revient, de droit, le principal amour, a lui est reserve le parfum le plus pur de nos affections. Quant au prochain, si nous le comparons a Dieu, il n'est, en realite, qu'un etre chetif et impuissant, rempli de miseres et d'imperfections, sujet a 1'erreur, enclin au mal, ephemere comme les fleurs et les plantes qu'il foule a ses pieds s . II est done juste qu'il n'obtienne que le second rang et regoive, de nbtre part, de moindres temoignages d 'affection.
Agir autrement et mettre 1'homme avant Dieu c'est renverser les r61es, troubler le bon ordre, et, par une suite fatale, occasionner des maux nombreux; c'est aussi obscurcir 1'esprit humain en lui faisant confondre les notions elementaires de principal et de secondaire, de Createur et ,de, creature, de cause et d'effet. Helas ! de ce spectacle attristant nous sommes les temoins en France : que de miseres n'a-t-il pas deja engendrees, et que de ruines ne prepare-t-il pas pour 1'avenir !
2 Quel est le siege de ces deux amours ?
Leur siege n'est autre que le coeur humain.
Les termes employes dans TEvangile ledisent
8 ' assez : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de
tout ton coeur. Tu aimeras le prochain
comme toi-meme. Est-il possible d'aimer
autrement qu'avec le coeur ? G'est done dans
les profondeurs intimes de notre co3ur que ces
deux, amours prennent leur source, la qu'ils
habitent, grandissent et se developpent. de la
qu'ils s'ech-ippent au dehors et s'epanouissent
en une magnifique floraison de bonnes actions.
L/amour qui ne reposerait que sur les levres et residerait dans les scutes paroles,
n'aurait rien de vrai et de sincere; il serait purement the^itral, entierement de comraande et de fagade; ii n'aurait aucune valeur et ne
meriterait nullement notre approbation et
notre poursuite; il ressemblerait a celui des
Pharisiens, qui se montre beau au dehors, et
qni, au dedans, ne renferme que vice et corruption. Ce genre d'amour deplairait souverainement aux hommes, mais ii deplairait surtout a Dieu, qui, sur toute chose, regarde
et estime le fond du cceur.
D'ailleurs. un amour qui ne sortirait'pas de cette source, peut a peine se concevoir, encore moins peut-il se pratiquer.
3 Dans quelle limite et mesure devons-nous aimer Dieu et le prochain ?
Cette limite, cette mesure, le texte evange-
lique nous la donne : Tu aimeras le Seigneur,
ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton ame, de tout ton esprit, de toutes tes forces.
Voila la limite de Tamoiir de Dieu. En d'autres termes, la limite d' aimer Dieu, c'est com me le precise le Sauveur, de 1'aimer plus que nos biens, plus que DOS pere et mere, DOS freres et soeurs, plus meme que notre vie.
(Matt., x, 37; L^lc, xiv, 26). Sans doute U
nous permet de nous pencher vers les creatures et de leur accorder queiques affections,
mais Dieu entend se reserver le& elans les
plus vifs, les accents les plus forts, les embras-
sements les plus exquis En tout et partout,
il veut tenir le premier rang; eela est juste, cela est equitable, cela derive de ses perfections infinies, ainsi que de ses droits de Createur et de souverain Maitre du monde entier.
Tuaimerasleprochain commetoi-rneme,
c'est-a-dire a 1'egal de toi-meme, comme un
autre toi-meme : voila la limite et la mesure
d'aimer le prochain. En eifet, tous les hommes descendent de la meme origine et ont Dieu pour Pere commun ; tous sout membres de la meme faraille, places sur le meme globe terrestre, parcourant les memes etapes, destines
a la meme fin. N'est-il pas rationnel qu'iis se regardent comme des freres et qu'iis s'aimeut entre eux comme d'autres eux- memes ?
Cette doctrine, au temps du Sauveur, etait universellement admise; pas un Scribe ou
Pretre qui ne Fenseignat, pas un Pharisien qui eut ose la combattre ou la revoquer en
ddute. Sans en modifier la substance, Jesus va cependant la purifier d'une certaine erreur
et la redresser, EcoutoQS sa parole : Les
Anciens disaient : Vous aimerez votre prochain; et vous ha'irez vos ennemis. Eh bien ! moi, je vous dis ; Aimez vos enuemis, faites
du bien a ceux qui vous haissent, priez pour ceux qui vous persecutent et vous calomnient. >> (Matt., Y, 43).
D'apres ce texte, les Anciens etablissaient line distinction sur le mot prochain ; il y avait
prochain et prochaio, 1'un qui nous etait uni
par de bons rapports et que nous devions aimer, 1'autre dont la rancune ou rinimitie
nous separait et que nous pouvions ha'ir. Jesus
abolit cette distinction et met tous les hommes sur le meme pied; ii veut qu'amis et
ennemis s'entourent d'une egale affection;
et, comme-pour aimer ses ennemis, il y a une difficulte speciale a surmonter, il donne un
ordre, il erige un precepte particulier qui
commande d'aimer ses ennemis et de leur faire du bien.
Et cet amour, il ne vent pas qu'il soit fictif,
de pure forme, sans reelle sincerite ; ecoutez plutot : Lorsqne vous presentez votre
offrande devant 1'autel et que vous vous sou-
venez que votre frere a quelque ChOSe COntre
vous. laissez-la votre offrande, et allez d'abord votis recoocilier avec votre frere. La reconci-
liation une fois faite, vous reviendrez presenter votre offrande. (Matt., v, 24-25). Dans
ces paroles, Jesus demande une demarche
positive de reconciliation et de pardon : une demarche libre est bien quelque chose de
vrai, de reel et de sincere, elle n'a rien de
fictif surtout lorsqu'elle est faite devant'les autels, devant Dieu et sa conscience.
Cette reconciliation et ce pardon, ce n'est
pas une fois, sept fois meme, qu'ils doivent se faire, mais septante fois sept fois (Matt.,
xvm, 21-23), c'est-a-dire toujours, sans
cesse, tant que la malice n'abuse pas de ces pardons multiplies.
4 Sous quelle forme doit se montrer notre
de Dieu et du prochain ?
Envers Dieu, il doit etre filial, celui d'un enfant envers son pere. Dieu, en effet, n'est-il
pas le meilleur des peres ? Ne repand:il pas
SUr nous plus de bienfaits qu'aucun pere charnel ? G'est lui qui nous procure, dans la
nature, les aliments qui soutiennent notre existence, 1'habit qui nous protege du froid,
la demeure qui abrite les joies familiales; c'est lui qui nous a prepare, dans la religion, les lumieres qui eclairent nos actes et guident
notre coaduite, les energies qui raniment le courage et vivifient les ames.
Aussi, dans son Evangile, le Sauveur veutil que nous donnions constamment a Dieu le doux nom de pere Lorsque vous priez Dieu, dit-il a ses Ap6tres, dites : Pere, que votre nom soit sauctifie. (Luc, xi, J-4).
Et, dans le sermon sur la montagne : Pour vous, lorsque vous voudrez prier, entrez dans votre chambre, fermez-en la porte, et, seul devant votre Pere qui voit dans le secret, dites : Notre Pere, qui etes aux cieux.
(Matt., v, 5-15).
Et ce Pere qu'est Dieu n'habite pas la terre comme les autres peres, rnais le ciei; et il est auteur de tous les autres peres, et il renferme en lui-meme toute leur bonte et toute leur puissance. Et puis, ce n'est pas le Pere d'une seule famille, d'un seul peuple, mais de toutes les families et de tous les peuples repandant indistinctement partout les bienfaits de son soleil vivifiant et de sa pluie fecondante.
Envers le prochain, notre amour doit etre fraternel, celui d'un frere envers son frere. En effet, tous les hommes, ayant an ciel le meme Pere commun, sont par la meme des freres, et doivent s'aimer comme tels. En cela, ils doivent i miter leur Pere celeste qui etend egalement son amour et ses bienfaits sur tous les hommes ; ils doivent se montrer les dignes
fils d'uo tel Pere et paraitre parfaits comme leur Pere du ciel est parfait. (Matt., v, 45-48). A Dieu done donnons UQ amour filial et au prochain un amour fraternel.
5 Quand devons-nous donner a Dieu et au prochain des preuves de notre amour ?.
Envers Dieu, ces preuves doivent etre quotidiennes, incessantes, de tons les instants, car Dieu ne cesse pas un seul moment d'etre notre Createur. et notre Maitre, et de repandre sur nos tetes toutes sortes de bienfaits temporels et spirituels; son soleil et sa pluie nous procurent- les biens qui servent a notre subsistance; sa loi. sain te nous trace le chemin que nous avons a suivre pour pratiquer la vertu et fair le vice, ainsi que pour arriver au salut eternel.
La preuve la meilleure et la plus agreable que nous puissions lui donner, c'est d'accomplir en toute chose sa divine volonte et d'obserx r er avec exactitude chacun de ses commandements.
Au prochain. c-est lorsqullestdanslapeine et le maiheur, que nous lui devons des preuves de notre amour; parexemple, lorsquela maladie ou la pauvrete 1'eprouvent, que les chagrins ou les revers Taccablent, et surtout lorsqu'une indigence spirituelle reduit son
ame a un etat -lamentable. C'est non seulement an corps, mais encore et principalement a 1'ame que nous sommes tenus de porter secours. .
Visiter les malades et les prisonniers, procurer aux misereiix la nourriture, le vetemeut, 1'abri, offrir 1'hospitalite aux etrangers et, d'une fagon plus commune et plus pratique de DOS jours, faire raumone aux pauvres, tels sont les principaux moyens de prouver au prochain notre amour. Ces moyens, le Sauveur les indique dans FEvangile lorsqu'il dit a propos du jugernent dernier : J'ai eu faim, et vous m'avez donne a manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donue a boire; j'etais' Stranger, et vous m'avez recueilli; j'etais sans habit, et vous m'avez revetu; j'etais malade, et vous m'avez visite; j'etais en prison, et vous etes venu me consoler.
Et le Sauveur condamne aux feux eternels tous ceux qui ne portent pas de semblables secours au prochain malheureux.
(Matt., xxv, 34-46).
Voila dans quelles circonstances nous avons 1'obligation de donner a Dieu et au prochain des preuves de notre amour.
Telle est en resume la base de la morale evangelique, telles sont les precisions que nous avions a donner sur sa physionomie generale.
On le voit, elle plonge ses racines bien avant
daas la natnre meme des choses ; an fond et en realite, elle n'est que le coenr et 1'essence de toute morale vraiment serieuse et digne de ce nom. De ce fait elle est forte, puissante, inebranlable, et, sur sonappui, on pent edifier saas crainte; en suivant les contours de sa forme et de sa structure, 1'edifice participera de sa solidite et s'elevera vers le ciel, defiant les orages et les tempetes, les siecles et le.s fureurs humaines.
Apres la base, examinons le corps de 1'edifice.