FoNSEGRivK G.: Morale et Société, p. lOX
» sagesse, cl énergie et de beauté, mais un » poème qui s'accorde avec le cantique uni- » versel des êtres, avec la mystérieuse épopée » des choses oii la majesté silencieuse des » étoiles répond à la majesté intérieure (1\ »
La casuistique est donc inutile et dangereuse, dira-ton? Oui, si l'on veut en faire une science. Au contraire, elle peut rendre des services fort appréciables si Ton veut n y voir qu'un art, une sorte de gymnastique de Tesprit.
Je iraurai pas la fatuité de reprocher à de très doctes et très graves théologiens d'avoir essayé de systématiser ou de mécaniser » la conscience, et d'avoir prétendu que Ton pouvait par Tanalj^se de cas de conscience impersonnels résoudre tous les cas personnels. Leur systématisation, ni leui' prétention, n'ont jamais revêtu ce caractère intransigeant. Ils étaient pour cela trop intelligents. Mais on n'en pourrait dire autant de tous les directeurs de conscience qui s'attachent de préférence à tel ou tel système, et qui, Timagination fai'cic de recettes idéales et dfr solutions toutes faites, les appliquent, à tort et à travers, à tous les cas similaires, sans tenir compte des circonstances de personne
OU autres qui souvent changent radicalement des cas en apparence identiques. Ceuxci me rappellent les jeunes médecins de ville ou de village, sortis frais émoulus de l'université, et qui, leur diplôme de docteur en poche, et leurs manuels en tête, se figurent que leur science va leur tenir lieu de tout, même d'expérience.
Comme si la même maladie ne changeait pas de caractère avec le tempérament des personnes qui en sont victimes! 11 y a tant de façons de souffrir de la même fièvre que ce serait s'exposer à tuer les gens au lieu de les guérir, que d'appliquer à tous les fiévreux les mêmes remèdes. Malheureusement, en ce qui concerne les maladies de l'âme, trop de médecins spirituels, trop de directeurs, s'en tirent ainsi, par à peu près, et troublent les consciences bien loin de les apaiser.
Au contraire, si l'on veut ne voir dans la casuistique que l'art de tenir compte de toutes les circonstances qui donnent à un acte humain sa physionomie propre, alors elle peut être pour les directeurs de conscience d'une réelle utilité. Chaque fois qu'ils se trouveront devant une conscience vivante,
176 l'éducation de la consciexce
avec des cas réels à résoudre, ils y regarderont à deux fois avant de se décider. Leur habitude de réflexion les préparera mieux à réfléchii' sénnce tenante. Quand la consscience individuelle hésite, se trouble, ne sait pas décider. <; elle s'ouvre alors au confes- » seur ou au directeur, lui fait connaître son » état, le plan de vie intérieure où son action V doit se réaliser et porter ses fruits, et Iceil » du confesseur ou du directeur, pur des » passions, des habitudes, libéré des préju- » gés de celui qui le consulte, juge le cas, » prononce et décide, non pas d'après les » règles générales, en tirant mécaniquement » les conclusions de quelques sj'llogismes, » systématiquement orienté tantôt vers l'in- » dulgence, tantôt vers la sévérité, mais en » demandant au bon sens, aux intuitions de >; la raison pratique, la solution siaigulière du » cas siugulier. C'est par là que le confesseur » ou le directeur ne fait aucune violence à >: la conscience qui s'ouvre à lui; il juge à » sa place, en s y mettant véritablement, en » bannissant seulement les causes qui risque- » raient de trouJ^ler la vue intérieure, les pré- » /ugés dhabitude. de langage ou d'éduca- » tion, les l)rouillards de la crainte, ou les
» fumées de la passion. La conscience du » confesseur n'est autre que la conscience » même du consultant, elle est seulement li- » bérée, épurée et assainie (1). »
Voilà pour les cas de conscience oii 1 intervention du directeur est nécessaire; mais elle ne l'est pas toujours. On a un directeur comme on a un médecin. Mais on ne va pas toujours consulter son médecin. La santé de l'âme, comme celle du corps, consiste dans un équilibre instable, mais qui cependant n'est pas toujours rompu. Que de gens bien portants n'ont pour ainsi dii-e jamais besoin de consultation, piirce qu'ils prennent euxmêmes toutes les précautions hygiéniques et autres de nature à favoriser leur santé! La santé de l'âme est à coup sûr plus délicate que celle du corps. Et voilà pourquoi il est bon d'avoir un médecin spirituel expérimenté qui nous connaisse à fond, et auquel nous puissions recourir en cas de besoin. Mais c'est à nous à nous former la conscience, et nous y arriverons en faisant la part de la science morale et de 1 ar^ moral. Par la science morale, nous nous rendrons compte