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ETUDE DU ROLE DES IDEES DANS LA VOLONTE

rochers, définitivement sauvé, je fus (peut-être à cause de l'épuisement provoqué par des efforts excessifs) pris d'un tremblement violent. Mon cœur battit, mon corps se cou* vrit d'une sueur froide, et seulement alors j'éprouvai une peur, une terreur extrême. En un instant la vtie du dan* ger devint sentiment du danger.

Plus profond encore que ces idées d'origine externe, adoptées provisoirement par des étals affectifs transitoires, se trouvent les idées qui, quoique venues du dehors aussi, se trouvent en harmonie avec des sentiments fondamentaux et qui forment avec eux une alliance si étroite qu'on ne sait si c'est l'idée qui a absorbé le 8entin>ent ou le sen» timcnt l'idée. A ce degré elles se confondent avec les idées d'origine interne, issues de notre fonds, et qui sont la traduction en formules nettes de notre caractère même, de nos tendances profondes. Notre personnalité sentante leur donne une chaude coloration ; elles sont en quelque sorte des sentiments. Comme la lave refroidie dr^à è la surface se conserve des années durant brûlante à une certaine profondeur, ces idées conservent dans leur métamorphose en intelligence la chaleur de leur origine affective. Ces idées sont à la fois les inspiratrices et les soutiens de toute activité prolongée dans une direction donnée. Toutefois, remarquons-le bien, ces iciccs ne sont pas tout à fait des idées : elles sont les substituts nets, précis, commodément maniables des sentiments, c'est-A-dire d'états psychologiques puissants, mais lents, lourdi^, difficiles h manier. Très différentes elles sont de ces idées de superficie qui constituent « l'homme verbal > et qui ne sont souvent même que des mots, des signes vidés des choses signifiées. Leur énergie leur vient en quelque sorte par les

racines. C'est une énergie d'emprunt qu'elles vont puiser dans la source vive des sentiments, des passioils, en un mot des états affectifs. Lorsqu'une idée comme celle dont nous parlons naît dans une âme ardente à l'accueillir, par un double et mystérieux phénomène d'endosmose que nous étudierons, l'idée attire à elle les sentiments propres à la féconder; elle s'en nourrit en quelque sorte, s'en fortifie, et d'autre part la netteté de l'idée passe dans les sentiments, leur donne, non la vigueur, mais Vorienlalion.' L'idée est pour les sentiments ce qu'est l'aimantation pour les innombrables courants du barreau de fer doux ; elle les dirige dans le même sens, détruit les conOils, et de ce qui n'était qu'amas incohérent, elle forme un courant discipliné, d'une force centuplée. C'est ainsi qu'il suffit parfois en politique de la formule heureuse d'un homme populaire pour diriger vers une lin bien nette toutes les forces jusque-là anarchiques et contradictoires d'une démocratie. Mais réduites à elles-mêmes, les idées sont sans force contre les brutalités des penchants. A qui n'est-il pas arrivé la nuit d'être saisi par une peur dcraisonnée, absurde, de demeurer dans son lit, le cœur battant avec violence, les tempes gonflées par l'afflux du sang, et d'être incapable, la raison n'ayant cependant pas faibli et l'intelligence restant nette, d'apaiser ce ridicule émoi ? A ceux qui n'ont point d'expérience semblable, je conseille de lire à la campagne, par un grand vent d'hiver, après minuit, Ja Porte murée des contes fantastiques de Hoffmann : ils verront avec évidence combien pèsent peu leur raison, leurs idées nettes, contre l'émotion de la peur. Sans parler de sentiments aussi forts et quasi instinctifs, on peut constater nettement la différence de puissance réalisatrice de

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