XIV PRÉFACE
Mme de Grignan, elle ne craint pas, quand il le faul, de l'allaquer IVancliement. « Il y a de certaines philosophies qui sont en pure perte, lui dit-elle un jour oîi elle croit nécessaire de l'éclairer sur le danger de ses froideurs, et dont personne ne vous sait gré. » Elle demande qu'on ne mène point sa petite-fille rudement Elle est de l'école de la douceur et du raisonnement. Mme de Grignan lui représentait Pauline comme « farouche dans sa chambre, alors que ses esprits l'emportaient » ; elle s'en montre fort surprise, elle la croyait toute de miel ; mais fût-il vrai, bien loin de se rebuter, il faut lui parler raison sans la gronder, sans l'humilier, car cela la révolte; elle aime sa mère, elle s'aime elle-même, elle veut plaire : il ne faut que cela pour la corriger. « Je suis fort aise de lui attirer vos bontés, fait-elle entendre constamment à sa fille sous une forme ou sous une autre, et de vous adoucir pour elle », jusqu'au moment où, triomphant du succès de ses conseils, elle s'écrie : « Ne vous l'avaisje pas bien dit qu'il ne dépendait que de vous, en causant avec elle sans vivacité ni colère, d'en faire la plus aimable compagnie? »
La direction de son esprit ne la touche pas moins que celle de son caractère. Elle avait talé Mme de Grignan pour savoir si elle ne voudrait pas bien la lui donner à élever. Ne pouvant l'entretenir à son aise, ce (|ui eût été à ses yeux le moyen le plus sûr de la former, elle lui choisit ses lectures. Pauline ne mordait pas beaucoup à la métaphysique, et Mme de Sévigné n'en
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témoignait pas grand regret. Pauline en revanche recherchait fort les romans, et Mme de Sévigné, qui compte bien qu'un jour l'histoire aurait son tour, no s'en scandalisait point. « Vous ne les aimiez pas, ditelle à Mme de Grignan, vous avez fort bien réussi; je les aimais, je n'ai pas trop mal couru ma carrière ; quand on a l'esprit bien fait, on n'est pas aisée à gâter. » Pauline était une dévoreuse de livres : cela est bon; mieux vaut qu'elle en lise de mauvais que de ne point aimer à lire : tout est sain aux sains. Elle avait la passion de savoir et de connaître ; à merveille : c'est le moyen d'échapper à l'ennui et à l'oisiveté, deux vilaines bêles. Mme de Sévigné portait d'ailleurs dans ses conseils l'esprit de précision et de méthode. Elle a commencé par laisser lire à sa pelile-fille, sans beaucoup d'ordre, les Métamorphoses d'Ovide, Voiture, Sarrasin, les comédies, Lucien. Mais autant elle est j)réte à encourager sa curiosité, autant elle voudrait l'y voir mettre de la suite et de la solidité. Il faut qu'elle s'habitue à commencer les choses par un bout et à les finir par l'autre. Il ne lui paraît point qu'elle puisse profiter de l'histoire sans s'aider de la géographie. Quant à Ihistoire elle-même, arrivée au degré d'âge et de jugement où elle sera en état de la comprendre , s'il faut lui pincer le nez pour la lui faire avaler, elle la plaint. Mais ce qu'elle place au-dessus de tout, c'est la morale, non la morale de Montaigne ou de Charron, ni des autres de celte sorte : elle ne souhaiterait pas du tout que Pau-