‹ L'éducation des nègres aux États-UnisChapitre 20 sur 126 · CAS · texte numérisé non relu

CAS

À pi : programme d'instruction pour les nègres trouva plus d’a- TU vocals dans le Nord que dans le Sud, et pourquoi, parmi les 1 gens du Sud, ceux mêmes qui étaient en faveur de l’instruc- ( tion du nègre ne pouvaient pas s'entendre avec les gens du fi Nord au sujet de l’espèce d'instruction la mieux appropriée aux besoins des anciens esclaves. On doit dire, en toute justice, que les gens du Sud étaient de bonne foi dans leur opposition à un enseignement scolastique pour le nègre; ils croyaient qu’il était incapable d'y trouver aucun avantage, et que le peu d'instruction qu'il pourrait en re-

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tirer le rendrait impropre àremplir dans la société la place

que le sort lui avait assignée, parce qu'il serait amené par

là à devenir un être à la fois mécontent et dangereux.

( L'Éducation des nègres après l’émancipation. — L'insitruction des nègres libres commenca, pour

(1 ainsi dire, avec la guerre civile. A leur passage à travers les | États du Sud, les armées des envahisseurs furent rejointes 10 par un grand nombre d'esclaves fugitifs, hommes, femmes

| et enfants, auxquelsdes travaux secondaires furent confiés. 1 J.S Des classes furent ouvertes pour ces nègres dans les difve férents postes occupés par les troupes du Nord. Dès Sép=

é tembre 1861, une école fut ouverte au fort Monroe. Ce n'était là que le commencement d’une série d'écoles militaires, qui furent organisées sous la surveillance des officiers et des chapelains et qui s'étendaient Jusqu'à Washington (District de Colombie); Portsmouth et Norfolk (Virginie) : Newport News, Beaufort et Port Royal (Caroline du Sud); la Nouvelle Orléans (Louisiane): Vicksburg (Mississipi); Roanoke Island (Caroline du Nord); Columbus (Kentucky); et nombre d'autres lieux dans le Sud. Le 1° janvier 1863, la proclamation de l'émancipation libéra tous les esclaves, et des écoles, sous une direction militaire, s'élevèrent dans lous les États du Sud (1).

(1) Cf. Occasional Papers of the Slater Fund, n° 3, dans le Report

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Écoles organisées par le général Banks. — Le système le plus complet pour l'éducation des nègres, dans les premiers temps, fut inauguré par le général Banks qui, en octobre 1863, fonda les premières écoles publiques de la Louisiane. Si l’on en croit les rapports rédigés peu de temps après, il y avait sept écoles, avec 23 maitres et 1,422 élèves. En mars 4864, le général Banks créa, par décret, un conseil d'éducation qui avait le pou- “voir d'établir des écoles communales, d'acquérir ou d’ériger des bâtiments scolaires, d'employer des maitres, d'acheter tout le matériel nécessaire, et qui « devait avoir la même autorité et remplir les mêmes devoirs que les répartiteurs des impôts, les inspecteurs et les administrateurs scolaires dans les États du Nord, relativement à l’établissement et au maintien des écoles communales ». Ce conseil fut investi, en outre, du pouvoir « d'imposer et de prélever une taxe scolaire sur la propriété mobilière et immobilière, y compris les récoltes des plantations ». En décembre 1864, les rapports de ce conseil indiquent qu'il y a 95 écoles, 162 maitres et 9,511 élèves. Le pouvoir de prélever une taxe fut suspendu en 1865, et le rapport officiel, montrant le désir que les nègres libérés avaient d’acquérir de l'instruction, dit ce qui suit : «Quand la perception de l'impôt général fut suspendue en Louisiane par ordre militaire, la consternation de la population de couleur fut intense. Des pétitions commencèrent à pleuvoir au quartier général. J'en vis une venant des plantations de l’autre côté de la rivière, qui avait au moins trente pieds de longueur, et qui portait les signatures de dix mille nègres. C'était touchant de l'examiner et de considérer les noms et les croix (+) d’une si longue liste de parents qui,

of the Comimissioner of Education, 1894-95, p. 1376. — W.E. B. Du Bois, The Freedmen's Bureau, Atlantic Monthly, vol. LXXXVII, p. 3£4 et seq. (Mars 1901.)

| ignorants eux-mêmes, suppliaient que l'on instruisit leurs

enfants, et promettaient que, malgré leurs charges et leur extrême pauvreté, ils paieraient les frais (1). »

Écoles organisées par le colonel John Eaton.

— Le 14 décembre 1862, un système d'écoles fut établi dans le Tennessee et l’'Arkansas par le colonel John Eaton.

D'abord, par suite du manque de surveillance, il y eut beaucoup d'abus, et les plaintes reçues montrent que « des fraudes avaient été commises dans plusieurs cas; des personnes mal disposées, irréfléchies et sans aucune compétence en avaient imposé à ceux qui n'étaient pas préparés à leur résister ou à les contenir ». Nous voyons ailleurs que des maitres « au lieu de travailler ensemble au bien de ceux pour lesquels ils étaient venus, se mirent à se calomnier, à se créer mutuellement des difficultés et à se faire des tracasseries », et aussi, que « la mauvaise foi avec laquelle on remplissait des engagements équitables, privait les gens de couleur de ce qui leur revenait de droit (2) ».

La circulaire n° 28, envoyée par le département de la guerre, établit Les écoles de ces deux États sur une meilleure base. Une importante modification de ce système était la création d'écoles industrielles qui avaient pour but de « développer des habitudes laborieuses et d'enseigner les arts utiles du ménage ». En mars 1865, un aide surintendant dit dans son rapport quil y a à Vicksburg et à Naichez, et dans le voisinage de ces villes, 30 écoles, 60 maîtres ct 4,393 élèves ; à Memphis, 1,590 élèves. Dans toute la circonscription scolaire, 7,360 élèves fréquentaient régulièrement l'école (3).

(4) The Negro Common School, p. 25. Atlanta University Publication, n° 6.

(2) Voir le rapport du chapelain Warren, 1864, relatif aux écoles nègres.

(3) J. L. M. Curry, Education of the Negro since 1860, Occasional Papers of the Slater Fund, no 3.

Freedmen's Bureau. — Jusqu'en 1865, les secours donnés aux nègres affranchis avaient, nécessairement, manqué d’une véritable organisation; c'est pourquoi, en mars 1865, le Congrès créa un « Bureau of Refugees, Freedmen and Abandoned Lands » (Bureau des réfugiés, des émancipés et des terres abandonnées). Comme son nom l'indique, ce« Bureau des émancipés » ne comprenait pas seulement dans ses attributions les questions d'éducation. Le pouvoir exercé par le représentant de ce bureau était, en fait, illimité. Dans les questions relatives aux nègres et à leurs rapports avec les blancs du Sud, ces agents allaient même plus loin que les autorités militaires. On à souvent critiqué, et sévèrement, les opérations de ce bureau : dans certains cas, ce fut avec beaucoup de justice. Il n'est pas douteux qu'on aida beaucoup de nègres qui auraient pu se suffire à eux-mêmes. Au milieu d’une si grande misère, on n'avait pas le temps de prendre des renseignements sur des cas particuliers. Quelquefois aussi, les efforts de ce bureau étaient entravés, et mêmelahaine uaturelle entre les deux races se trouvait excitée par la corruption et la sottise de certains agents. Ces employés se montraient fréquemment peu avisés en ne tenant pas compte des préjugés naturels des anciens propriétaires d'esclaves, en les traitant, trop souvent, avec un sans-gêne absolu, tout en favorisant outre mesure les nègres qui étaient sous la tutelle de la nation (1).

(1) Cf. C. T. Winston, Industrial Education for While and Black, dans le Southern Workman, février 1901. « Je me souviens avoir vu faire à un nègre cent milles à pied pour se procurer au bureau des affranchis (Freedmen’'s Bureau) un boisseau de farine. Si cet homme était resté chez lui à travailler, il eût pu gagner le prix de sa pension et en plus quatre boisseaux de farine peudant le temps qu'il avait perdu en allées et venues. Une foule de plaintes puériles et insignifiantes, dont la plupart n'étaient aucunement fondées, furent déposées devant le bureau par des domestiques nègres contre leurs maîtres de race blanche. Ainsi naquit l'antagonisme des deux races.»

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