‹ L'éducation des nègres aux États-UnisChapitre 70 sur 126 · O LO · texte numérisé non relu

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Résumé de l'état actuel du problème de l'éducation libérale. — En dépit de maintes autorités qui prétendent le contraire, il est évident que l'éducation libérale du, nègre n’en est plus à la phase expérimentale. Un nombre suffisamment grand de noirs ont prouvé qu'ils élaïent capables de venir à bout des programmes univer- Silaires. les plus difficiles; ils ont profité eux-mêmes de

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celte culture et en ont fait profiter toute leur race. Il est

donc établi que le nègre a droit à cette culture, non seule-

ment parce qu'il en éprouve le besoin et qu’il est propre à le recevoir, mais encore parce que les nécessités de la race l’exigent. Près de dix millions de gens de couleur réclament des médecins de leur propre race; au point de vue spirituel et social, il leur faut un clergé nègre cultivé ils exigent des hommes instruits comme directeurs de journaux et conférenciers. Tout le travail des écoles communales nègres du Sud étant en réalité aux mains de la race noire, il est clair que si les écoles primaires doivent servir à quelque chose, il faut que les maitres soient formés dans des établissements supérieurs. Si la race nègre

n'obtient pas la permission d'élever ses vues jusqu'aux

privilèges et avantages de l'éducation libérale, nou seulement son ambition naturelle sera déçue, mais elle tombera graduellement dans une langueur jalouse et inerte. C'est le nègre lui-même qui doit travailler à sa propre amélio-

ration, et ilne pourra réussir que si on lui accorde le droit

et les moyens de s’adonner aux études les plus élevées.

Préparer comme :l convient les voies donnant accès à l'éducation libérale est un devoir strict pour un État dans lequel le nègre constitue en tant que population une fraction considérable, et soulève en tant que facteur social et économique, un problème de la plus haute importance.

De nombreux volumes ont été écrits sur tous les aspects du problème nègre, et cependant, l'opinion publique demeure perplexe et découragée en face d'unesituation sociale et politique qui menace l'avenir de la nation toute entière. Les conditions économiques de la période coloniale, la nn cupidité, l'indifférence et l'imprévoyance des premiers — colons, attachèrent le poids de l'esclavage aux États-Unis.

Après 250 ans de servitude physique et d'ignorance forcée, les nègres furent non seulement affranchis, mais ils obtinrent tous les droits et privilèges des citoyens américains; ils devinrent entre les mains d'hommes vicieux el corrompus les instruments de la dégradation politique de leurs anciens maîtres. De ce chaos naquit le problème, et il est étonnant que l'esprit énergique et entreprenant de F l'Américain soit resté si longtemps sans en comprendre la gravité. L’échec à constater et la situation présente à régler ont attiré des reproches aux États-Unis et discrédité une nation qui a l’ambilion de vouloir conduire le monde. Croyant avec sérénité que la Providence fait prospérer tout ce qui est Américain, beaucoup de gens ont laissé de côlé lennuyeux problème nègre : ils s’imaginaient que le | temps, d’une façon mystérieuse, arrangerait les rapports entre les deux races. Malheureusement, cette théorie n’a pas été confirmée par l'expérience des quarante dernières

années ; il est apparu clairement que le nègre n'était pas destiné à disparaitre et que les relations entre les deux peuplesétaient devenuessans contredit plus difficiles. Quelquesuns ont trouvé une solution aisée: on déporterait les nègres soit en Afrique, soit aux Philippines. Sans tenir compte de l'opinion des noirs eux-mêmes sur ce sujet, un tel plan de déportation en masse n'est rien moins que sensé. D'autres demandent avec insistance qu'une portion des États-Unis soil réservée aux nègres, oubliant qu'ils sont au nombre de neuf millions, et qu’ils possèdent et occupent des terres dont la superficie dépasse celle de maint État du Sud. De plus, cette exclusion ne serait pas de longue durée; si les territoires élaient pauvres, on ne pourrait raisonnablement s'attendre à voir les nègres y rester : si la terre était enviable, rien n'empêcherait le blanc d'y pénétrer, comme l'expérience l'a montré à propos des régions réservées aux Indiens. Il est évident qu'il faut chercher une autre solution. La plus sensée, en même temps que la plus philanthrepique, est celle de l'éducation universelle des-nègres. C'est une folie de dire, comme quelques-uns, qu'on l’a essayée et que l'on a échoué. Ou bien la grande majorité des noirs n’ont eu aucune espèce d'instruction, ou bien leurs années d'école ont été si courtes et si dépourvues de toute discipline intellectuelle ou morale, qu’elles ne méritent pas le nom d'éducation. Le manque d'argent a été l'excuse donnée à ce lamentable état de choses (1). Si, comme on le prétend, l’enfant

(4) Booker T. Washington : The Future of the American Negro, pp. 35-31.

«Il y a aussi une grande pénurie d'argent pour travailler à l’'éducation dans le Sud. J'étais dans une école de comté d’un État du Sud, il y a peu de temps. Dans ce comté, il y a environ 30,000 gens de couleur et 6,000 blancs. Or, pas une seule école publique pour nègres n'y avait été ouverte cette année-là pendant plus de trois mois, et pas un seul maître dé couleur n'avait été payé plus de soixante-quinze francs par mois pour son enseignement.Dans aucune de

blanc est mieux doué par la nature, pour atteindre les mêmes résultats chez les deux races, il faudrait donner au nègre une éducation plus longue et plus coûteuse ; cependant la dépense moyenne de l'éducation est deux fois plus élevée pour l'enfant blanc que pour le noir. On estime que les sommes consacrées dans le Sud, depuis 1870, à l’éducation des blancs et à celle des nègres, sont environ dans le rapport de 5 à 1. Les dépenses faites pour l'instruction des enfants sont ridiculement faibles, et cependant cette

maigre somme pèse lourdement sur le Sud; dans la condi- | tion actuelle des finances des États du Sud, l'éducation

universelle, au vrai sens du mot, est impossible. De plus, il n’est pas tout à fait juste que les États du Sud soient seuls à porter ce fardeau. Le commerce du Nord profitait de -l'esclavage tout autant que l’agriculture du Sud. Le Gouvernement fédéral dévasta les États du Sud et émancipa les esclaves ; ce furent les résultats logiques de la

ces écoles, l’enseignement n’était donné dans des bâtiments dignes du nom de classes. Dans ce comté, l'État et les autorités publiques ne possèdent pas un sou de matériel scolaire, niune école, ni un tableau, ni un crayon. Pour linstruction de chaque enfant de couleur, on avait dépensé cette année-là environ 2 fr. 50, tandis que dans les États de New-York ou de Massachusetts, on avait dépensé pour l'instruction de chaque enfant près de 100 francs. La maconnerie d’une école bâtie cette année dans une ville, près de Boston, pour environ trois cents élèves, a coûté, à elle seule, plus qu'on ne dépense chaque année pour l'instruction (en y comprenant les bâtiments, le matériel et les maîtres) de toute la population scolaire de couleur dans l'État d'Alabama. Le commissaire de l'Instruction dans l'État de Géorgie déclarait récemment, dans son rapport au gouvernement de l’État, que dans cet État il y avait 200,000 enfants qui n’avaient pénétré dans aucune école l’année précédente ; 100,000 autres n'allaient à l’école que quelques jours, de sorte que, en réalité, 300,000 enfants de six à dix-huit ans sontélevés dans l'ignorance, dans un seul État du Sud. Le même rapport disait que, en dehors des villes, bien que le nombre moyen des écoles fût de soixante, toutes ces écoles réunies ne valaient pas dix mille francs ; et le rapport ajoutait que beaucoup des écoles de l’État de Géorgie ne sont pas bonnes à faire des écuries pour les chevaux. »

De CONCLUSION

guerre. Il était donc peu raisonnable de croire qu'un peuple ruiné püt, sans aide, organiser des écoles publiques non seulement pour les enfants de race blanche, mais encore pour des millions de noirs qui devaient être transformés en intelligents citoyens américains. Les dépenses et les responsabilités entrainées par l'éducation du peuple n'auraient pas dû être à la charge des seuls États du Sud. Il est vrai que des philanthropes du Nord ont entretenu beaucoup d'écoles, mais la charité privée ou confessionnelle ne peut donner qu'un secours temporaire. Un système d'éducation universelle n’est possible qu'avec l’aide et sous la direction du gouvernement. De plus, cette question ne concerne pas seulement le bien-être du Sud; des électeurs illettrés, blancs ou noirs, reltardent sérieusement le progrès d'une nation, et l'ignorance, qui engendre le désordre social et les crimes, est une menace constante pour une République. Il faut que les enfants du Sud soient instruits, et si cette partie du pays n’est pas financièrement capable de donner l'instruction obligatoire universelle aux deux races, la nation doit, au moins pour un temps, faciliter l'éducation de la race qu’elle a émancipée et affranchie. |

Il n’y a pas de doute qu’au point où en est actuellement le développement des nègres, on doive leur donner l’éducation que reçoivent les blancs des classes inférieures, c’està-dire l’enseignement primaire et industriel, laissant aux sujets exceptionnellement doués la facilité de recevoir la culture qui répoudra aux besoins de la race demandant une élite de professionnels. On a beaucoup discuté et l’on discute encore sur les mérites relatifs de l’enseignement industriel et de l'éducation libérale, et l’on penche visiblement en faveur du premier. Ces deux phases de l’éducalion ne sont pas nécessairement opposées. Il y aura pendant longtemps encore plus de nègres que de blancs qui seront obligés de travailler de leurs mains, et pour

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dominante.

cette raison, il faut qu'ils reçoivent l’éducation manuelle qui leur convient le mieux individuellement. Ce projet d'éducation n'empêche en aucune façon le nègre ambitieux de conquérir les grades universitaires, et de suivre la profession pour laquelle il est le mieux fait.

Une question nationale aussi importante que celle de l'éducation des nègres exige de la part du pays une attention sérieuse et immédiate. Il faut que l’on relève les gens de couleur, ou ils feront déchoir la race blanche. Déjà la nation est troublée par des guerres de race, dues aux crimes de nègres ignorants et aux préjugés aveugles de blancs qui ne raisonnent point. Le développement de cette race arriérée, dont la présence menace la paix de la nation, ne viendra que d’une éducation judicieuse, jointe aux sages encouragements et à la sympathie de la classe

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© Voici une liste des Syndicats des États-Unis, et quelques renseignements sur leur attitude au sujet du travail des noirs. Cette liste délimite par conséquent le champ laissé libre à l’activité du nègre ; elle à été établie par la Conférence de l'Université d'Atlanta, à la suite d'une enquête faite par cette conférence auprès des différents Syndicats. Presque tous ont répondu; les indications suivantes peuvent donc être considérées comme à peu près complètes.

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