AVANTAGES DU SYSTÈME
payement par le voleur d'une somme équivalente, qui sera prise sur Targent de poche de Tenfant; la conséquence indirecte, c'est le mécontentement des parents.
Spencer développe avec complaisance les avantages de son système. D'abord il engendre dans Tesprit les notions justes de cause et d'effet, que Tenfant acquiert, non pas sur les leçons de ses parents et de ses maîtres, mais par Texpérience personnelle. La moindre brûlure qu'il £Jb sera faite lui en apprendra bien plus que tous les discours sur le danger des brûlures et toutes les réprimandes infligées lorsqu'il s'y est exposé. Lui dire que le désordre est un défaut et le punir par un pensum lorsqu'il s'est montré négligent, est beaucoup moins efficace que de lui faire subir tous les ennuis qui résultent naturellement du désordre. Cette habitude de constater soi-même les bonnes ou les mauvaises conséquences de ses actions, au lieu d'y croire sur l'autorité des autres, s'acquiert ainsi dans l'enfance très utilement pour le reste de la vie. Autrement les enfants ne considèrent pas les actions comme bonnes ou mauvaises en elles-mêmes, par rapport aux conséquences naturelles qu'elles entraînent et qui sont constantes; ils ne les considèrent comme bonnes ou mauvaises qu'autant qu'elles produisent le mécontentement des parents et des maîtres et qu'elles aboutissent à des punitions; lorsque ce mécontentement et ces punitions ne sont plus à craindre, alors rien ne les retient plus, et ils se livrent à tous les écarts, jusqu'à ce qu'ils aient été sévèrement disciplinés par l'expérience de la vie.
Un autre avantage, c'est que la discipline des conséquences naturelles est éminemment juste et qu'elle ne peut pas ne point paraître telle à l'enfant. « Celui qui ne supporte d'autres maux, dit Spencer, que ceux qui, dans Tordre naturel des choses, résultent de sa mauvaise conduite, ne se trouvera point injustement traité,
comme celui qui supporte un châtiment artificiel; et cela est vrai des hommes aussi hien que des enfants. Prenez pour exemple un enfant qui est habituellement négligent dans le soin de ses habits, qui traverse les haies sans précaution, qui ne fait point attention à la boue. Si on le bat ou si on le met au lit, il se trouvera maltraité; et il sera plus occupé à ruminer sur ses griefs qu*à se repentir de sa faute. Mais supposez qu'on l'oblige à réparer autant que possible le mal ^u'il a fait, à nettoyer la boue dont il s*est couvert, à raccommoder les déchirures de ses vêtements, ne saura-t-il pas que c'est là un ennui qu'il s'est causé à lui-même * ? » II ne pourra donc s'en prendre qu'à lui ; quelque impatience qu'il éprouve, il n'accusera pas les autres de malveillance et d'injustice.
En troisième lieu, l'emploi de la méthode ordinaire, qui repose sur l'obéissance et sur les punitions, entretient entre les éducateurs et les enfants une aigreur, une irritation réciproques. Les éducateurs se fâchent contre les enfants de ce qu'en transgressant leurs lois, ils ne respectent ni leur autorité ni leur dignité ; les enfants se fâchent contre les éducateurs qui les irritent constamment par leurs prohibitions et par les punitions qui en sont la suite. Supposez une mère dont l'enfant se brûlerait pour avoir, malgré les défenses, touché à la bouilloire, et qui, si cela lui était possible, prendrait pour elle la douleur de la brûlure, mais donnerait un coup à l'enfant afin de le punir; ne serait-ce pas une double souffrance provoquant une mauvaise humeur absurde des deux côtés? Cependant, suivant Spencer, c'est là ce qu'on fait d'habitude, a Un père qui bat son fils parce qu'il a, par insouciance ou par malice, brisé le jouet de sa petite sœur, et qui ensuite achète à celle-ci un autre