‹ L'éducation du caractèreChapitre 178 sur 228 · DISCUSSION DU PRINCIPE DE LÀ RÉCOMPENSE · texte numérisé non relu

DISCUSSION DU PRINCIPE DE LÀ RÉCOMPENSE

analyse, un plaisir n^est que la satisfaction d'un penchant, et, comme toute récompense est destinée à faire naître un plaisir, il s'ensuit, d'après Kant, que le devoir repousse fièrement la récompense. C'est pourquoi le même philosophe disait encore : « Si Ton récompense Tenfant quand il fait bien, il fait alors le bien pour être bien traité ». Il est évident qu'un semblable calcul est tout égoïste, qu'il est étranger à la vertu, si la vertu existe par elle-même, si elle est autre chose que l'intérêt bien compris, ainsi que le prétend l'école utilitaire.

Port-Royal écarte les récompenses en principe, par une considération non moins élevée, mais d'un caractère différent, et qui emprunte toute sa force au système théologique de la grâce. Tout ce qu'il y a de bon dans l'homme étant un pur don de Dieu, lorsque l'homme fait le bien, ce n'est pas lui qu'il faut féliciter et récompenser, c'est à Dieu seul qu'il faut exprimer sa gratitude, par une adoration silencieuse. « Quand il y avait quelque bien dans quelqu'un de ces enfants, raconte Fontaine en rapportant un entretien avec M. de Saci, il me conseillait toujours de n'en point parler et d'étouffer cela dans le secret. Si Dieu y a mis quelque bien, disait-il, il l'en faut louer et garder le silence, se contentant de lui en rendre dans le fond du cœur sa reconnaissance. » Pascal, animé de cet esprit, se plaint que l'admiration gâte tout dès le premier âge, et qu'on s'exclame sans cesse, au sujet des enfants : « Ohl que cela est bien dit! qu'il a bien fait! qu'il est sage! » Il ajoute, et c'est pour lui une preuve de la misère humaine, que « les enfants de Port-Royal, auxquels on ne donne point cet aiguillon d'envie et de gloire, tombent dans la nonchalance * ».

Oui, assurément, c'est une marque de notre misère que la vue claire du devoir ne suffise pas pour déter-

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