LA PROMESSE DE LA RÉCOMPENSE
que son devoir Vy oblige, mais parce que son intérêt Py invite ; si le plaisir de mal faire lui agrée plus que celui qu'il peut se promettre des récompenses qui lui sont proposées, il les dédaignera. Il finira peut-être par débattre avec vous le prix de son obéissance, et ne vous la donnera que comme un service qu'on échange contre un autre de même valeur. En tout cas, il ne prendra pas l'habitude de faire le bien pour lui-même, avant toute considération d'intérêt personnel. « Si vous ne savez animer sa volonté, dit Guizot, que par la promesse d'un plaisir, le plaisir deviendra la loi suprême de l'enfant; ce sera le seul but de ses travaux : faire son devoir ne sera pour lui qu'un moyen d'arriver à ce but, une idée secondaire qui n'acquerra à ses yeux ni la hauteur ni la gravité qu'elle doit avoir *. »
Autre est la récompense qui, sans être déterminée à l'avance ni promise comme une espèce de salaire du devoir satisfait, arrive à la suite de ce devoir, et augmente le plaisir que l'enfant trouve dans sa conscience, de même que l'effet le plus salutaire des punitions est d'augmenter le malaise général de l'enfant, le mécontentement de lui-même à la suite de ses fautes.
Faisons mieux comprendre encore cette différence par un exemple. C'est s'y prendre mal que de dire à l'enfant : « Si lu travailles bien cette semaine, je te ferai faire dimanche telle partie de plaisir ». A la fin de la semaine il réclamera de vous, comme un créancier, le payement de votre dette ; si, par hasard, il ne trouve pas dans la récompense tout le plaisir qu'il en avait attendu, il se considérera comme lésé; il pensera en lui-même : (( Ce n'était vraiment pas la peine de me donner tant de mal » ; et, comme les parties de plaisir ne peuvent se répéter sans cesse, il y a des chances pour qu'il travaille