‹ L'éducation du caractèreChapitre 183 sur 228 · LES JOUETS · texte numérisé non relu

LES JOUETS

pour les jouets, un luxe ridicule, qui fait préférer les plus brillants, les plus compliqués et les plus chers aux simples jouets d'autrefois, qu'on procurait aux enfants à peu de frais et qui les amusaient davantage. Car ce qui leur cause un vif plaisir, ce ne sont pas tant les jouets en eux-mêmes que les combinaisons infinies de mouvements, d'idées, d'imaginations surtout auxquels ils peuvent donner lieu. De modestes soldats en plomb ou en papier, par exemple, serviront à des évolutions sans nombre dans lesquelles la stratégie enfantine s'exercera avec délices. L'enfant, qui rêve tout éveillé, et dont l'imagination est capable d'inventer avec une fécondité extrême, se sert même souvent, comme jouet, du premier objet venu, qu'il soumet à des métamorphoses merveilleuses le plus facilement du monde. Un morceau de bois recouvert de quelques chiffons deviendra pour la petite fille un poupon charmant auquel elle prodiguera des soins empressés; je me souviens d'avoir joué tout un après-midi sur une charrette que, la tête farcie de récits maritimes, j'avais transformée en un vaisseau à trois mâts. « Un enfant de deux ans et demi, de ma connaissance, raconte Mme Necker de Saussure, passe une partie de ses journées à jouer le rôle de cocher. Ses chevaux sont deux chaises, dont il fait un attelage au moyen de rubans. Lui-même, assis derrière sur une troisième, les rênes dans une main, un petit fouet dans l'autre^ mène ses paisibles coursiers. Un léger balancement de son corps montre qu'il les croit en marche.... Si quelqu'un vient à se placer devant les chaises, alors il tempête, il se désole : On empêche ses chevaux d'avancer *. »

L'imagination des enfants est capable d'aller encore plus loin et d'inventer des objets entièrement imagi-

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