‹ L'éducation du caractèreChapitre 197 sur 228 · L'EXEMPLE · texte numérisé non relu

L'EXEMPLE

OÙ ils grandissent a des habitudes de faste, de luxe et de mollesse?

Ce grave inconvénient a été depuis longtemps signalé. « Plût aux dieux, s'écrie Quintilien, qu'on n'eût pas à nous imputer à nous-mêmes de perdre les mœurs de nos enfants!... S'il leur échappe quelque impertinence ou quelques-uns de ces mots qu'on se permettrait à peine dans les orgies d'Alexandrie, nous accueillons toutes ces gentillesses d'un sourire ou d'un baiser; et tout cela ne me surprend pas; ce ne sont que de fidèles échos : ils sont témoins de nos impudiques amours ; tous nos festins retentissent de chants obscènes, et nous y étalons des spectacles qu'on aurait honte de nommer. De là l'habitude, qui devient en eux comme une autre nature. Les malheureux! ils apprennent tous les vices avant de savoir ce que c'est que des vices. Aussi n'est-ce pas des écoles qu'ils en rapportent, mais bien dans les écoles qu'ils les introduisent, tant ils y arrivent pervertis et gâtés * ! » Nous trouvons des plaintes semblables dans le Dialogue sur les orateurs attribué à Tacite : « Nul dans la maison ne prend garde à ce qu'il dit ni à ce qu'il fait en présence du jeune maître. Faut-il s'en étonner? les parents mêmes n'accoutument les enfants ni à la sagesse ni à la modestie, mais à une dissipation, à une licence qui engendre bientôt l'effronterie et le mépris de soi-même et des autres *. »

Juvénal a écrit sur ce sujet l'une de ses plus belles satires, qui vaut les meilleurs chapitres des traités de pédagogie sur l'exemple. « Il est, dit-il, bien des vices déshonorants et capables de flétrir à jamais les plus heureux caractères, que les parents eux-mêmes ensei-

1. De IHnttitution oratoire , liv. I, chap. n, trad. Panckoucke. 3. Dialogue sur les orateurs, 2% trad. Burnouf.

gnent et passent à leurs enfants. » Tel leur transmet son goût pour le jeu, tel autre sa gourmandise, un autre sa cruauté à Tégard des esclaves, un autre son avarice, presque tous la passion des richesses, effrénée et sans scrupules. Le satirique latin remarque avec raison que « les exemples domestiques nous corrompent plus sûrement et plus vite que les autres, parce qu'ils ont pour eux l'autorité des parents », et que le maître se voit bientôt surpassé par son disciple : « Va, ne t'inquiète pas; ton fils l'emportera sur toi, autant qu'Ajax l'emporta sur Télamon, et Achille sur Pelée.... Jamais, diras-tu quelque jour, je ne lui conseillai de tels forfaits. Us n'en sont pas moins le fruit de tes leçons. Quiconque allume les passions dans un jeune cœur a lâché les rênes à des coursiers fougueux; en vain il voudrait les retenir; méconnaissant sa voix, ils emportent loin des bornes et le char et le maître. L'homme, naturellement disposé à étendre la liberté qu'on lui accorde, ne croit jamais avoir assez profité de la permission de faire le mal. » Juvénal connaissait trop bien ses contemporains pour espérer une restauration des mœurs antiques; mais il demande aux parents de s'interdire le mal afin de préserver de la corruption ceux qui leur doivent la vie. a Écartez, dit-il, des murs qu'habite Tenfance ce qui pourrait souiller ses oreilles ou ses yeux.... On ne saurait trop respecter l'innocence de renfaiit; médites-tu quelque action dont tu doives rougir, songe à ton fils au berceau, et que cette image t'arrête dans le mal que tu vas faire K »

Admirables paroles, qu'il sera toujours utile de répéter I Sans doute, dans la plupart de nos familles françaises, les vices sont plus atténués, plus discrets qu'ils ne Tétaient au milieu de cette prodigieuse décadence

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