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LES CRÉATIONS AUXILIAIRES DES ÉCOLES

secrétaire général d'une remarquable activité W.

L'enseignement commercial est aussi Tobjet d'une vive sollicitude de la part des chambres de commerce et du Handelstag^ qui est l'assemblée plénière des représentants du commerce allemand siégeant à Berlin.

Il est encore favorisé par la bonne organisation des musées commerciaux dont nous avons parlé dans un précédent ouvrage (2). Le musée installé à Berlin (Dresdenerstrasse 34) est devenu, en même temps qu'un musée d'échantillons, un bureau de renseignements où Ton peut trouver les catalogues des grandes maisons allemandes rédigés en plusieurs langues, et l'indication de celles qui désirent des représentants (3).

L'instruction commerciale est aussi facilitée par Forientation donnée actuellement aux foires qui sont essentiellement des foires d'échantillons W. L'Allemagne a en eflfet conservé la tradition

(1) On trouTera sur cette association une intéressante étude de M. J. Roux dans le Journal des chambres de Commerce du 25 cet. 1899, p. 310.

(2) Vessor industriel et commercial dû peuple allemand, 3« édit., p. 285, 323 et s.

(3) V. à cet égard les articles de Karl Rathgen dans le Wôrterbuch dev Volkswirtschafi d'Elster, t. i, p. 266 et 270; et le livre de W. Wendlandt. Die Fôrderung des Aussenhandelsy 1905. Cf. le récent ouvrage de M. Henry Vouters, Les procédés d'exportation du commerce allemand , Paris, 1908. L'auteur examine avec soin les dififérents moyens employés pour faire la conquête des marchés et des clients.

(4) V. sur l'intérêt que présentent actuellement les foires de Leipzig, le livre de L. Heubner, Der Musterlagerverkehr der

des foires, dont le principal avantage réside dans le contact personnel des industriels et des marchands avec les clients.

Les foires servent à donner des renseignements sur des questions pratiques telles que les questions de transports et de tarifs douaniers. Elles font l'office d'intermédiaires pour la conclusion de nombreuses affaires soit sur place, soit au loin. La commission d'organisation de la foire de Leipzig {Messausschuss) favorise les opérations commerciales sur les marchandises les plus diverses. Elle est arrivée à conserver à la place de Leipzig une importance considérable en sachant adapter cette vieille institution des foires, qui eût pu sembler surannée, aux nécessités de la vie économique contemporaine W.

Leipziger Messen. Tubingen (Laupp), i904, ouvrage complété par une carte qui montre dans un rayon de trois ou quatre cents kilomètres autour de Leipzig, les localités où se fabriquent les objets qui sont vendus.

(1) Il y aurait aussi beaucoup à dire sur certaines créations gouvernementales qui ont favorisé le développement de renseignement industriel et commercial. On accepte volontiers en ÂUemagne les ingérences des pouvoirs publics, on estime que c'est un devoir pour ceux-ci d'aider tous ceux qui veulent prendre une part active aux luttes économiques, si importantes pour la grandeur du pays.

Du bref exposé que nous venons de faire des efforts entrepris par les Allemands pour développer leur éducation économique, il ne faudrait conclure ni qu'ils abandonnent la culture classique, ni que nous devions y renoncer nous-mêmes.

Le nombre est encore grand en Allemagne de ceux qui sont attachés à la culture gréco-latine, et les établissements où celle-ci se donne ne sont pas encore menacés de manquer de recrues. J'ai maintes fois constaté que les classes des gymnases sont pleines. Mais s'il n'est pas question d'en diminuer le nombre, cela tient surtout à ce qu'en Allemagne les familles sont plus nombreuses que chez nous. Il est plus facile qu'en France de faire un choix parmi les enfants et de diriger chacun d'eux, après avoir étudié ses goûts et cherché à découvrir ses aptitudes, vers les écoles qui les prépareront le mieux à remplir un rôle utile pour eux-mêmes et pour leur pays.

Et on peut en Allemagne se montrer sévère pour

ces examens de passage ( Versetzungsexamina) qijd arrêtent un certain nombre de jeunes gens mal doués, et ont pour effet de rejeter vers d'autres carrières ceux qui ne montrent aucune disposition pour les études littéraires, aucun goût pour le grec ou le latin.

En France, au contraire, le petit nombre des enfants, combiné avec le prestige accordé depuis si longtemps aux carrières libérales, a eu pour effet de pousser notre jeunesse vers les lycées et les collèges. Les écoles industrielles et commerciales ont été peu recherchées. Elles se sont développées assez péniblement.

L'attraction exercée par renseignement classique a été trop forte, on s'est trop porté vers les lycées et les collèges. Et ceux-ci ont médiocrement armé ceux qui les ont fréquentés en vue de la lutte de volontés et d'intelligences qui devient la grande formç, de combat entre les peuples (^).

(1) Le vicomte d'Avenel, dans ses belles études sur le Mécanisme de la vie moderney estime que depuis 80 ans, 24 millions d'Européens sont allés en Amérique. Dans ce nombre figurent seulement 433.000 Français. Et ces Français étaient certainement moins bien «- armés » que leurs concurrents Anglais, Allemands, Belges. Ils ont moins bien réussi. Aucun n'est à la tête d'une compagnie de chemins de fer, d'une grande exploitation minière ou industrielle, d'une grande exploitation agricole. Fait d'autant plus remarquable que les directions d'une partie de ces entreprises sont cosmopolites. C'est à croire, ajoute M. d'Avenel, que le Français n'a ni le goût ni le sens des affaires. Ce n'est ni un paresseux, ni un sot, mais il n'a pas reçu l'éducation nécessaire pour s'adapter aisément aux luttes économiques contemporaines.

Ils oQt formé des écrivains éminents, des littérateurs dont les hommes cultivés de tous les pays reconnaissent le mérite. C est très bien, mais ce n'est pas assez. L'enseignement qu'ils ont donné, qu'ils ont dû donner, a détourné des voies pratiques un grand nombre de jeunes gens. Il a développé une sorte de sentimentalité qui, bonne sans doute en elle-même, a souvent dépassé la mesure. Il n'a pas, en tout cas, poussé les Français à rechercher les occasions d'initiative et à assumer volontiers certaines responsabilités. Que de jeunes hommes, à l'âge où ils devraient faire preuve de virilité et de spontanéité, paraissent se replier sur euxmêmes et semblent incapables, à eux tout seuls, de se tirer d'affaire !

On dit que la culture classique a donné aux jeunes Français des « idées générales » et une plus grande portée d'esprit. Est-ce certain? L'étude de la vie économique contemporaine n'est-elle donc pas, elle aussi, propre à développer des idées générales et même des idées très élevées? Et ces idées-là, il y a des littérateurs éminents qui ne les possèdent à aucun degré et qui, sur les questions économiques et sociales raisonnent d'une façon si superficielle, qu'elle est parfois navrante.

Oa ne donne en France l'enseignement technique qu'à 20.000 enfants ou jeunes gens de 12 à 18 ans. Or, il y a dans le pays 600.000 jeunes gens et jeunes filles âgés de moins de 18 ans et employés dans le commerce et l'industrie. Cette situation « met la France en péril ». Discours de M. Gruppi au Banquet du commerce et de rindustrie, 7 mars 1908.

t2 L'ÉDUCATION ECONOMIQUE DU PEUPLE ALLEMAND.

On dit parfois encore que Tétude de Tantiquité est plus accessible aux jeunes intelligences que l'étude des temps modernes, on ajoute qu'elle est la meilleure école de la jeunesse parce qu'elle est la jeunesse de l'humanité ! Cet argument est bien fragile. Ne risque-t-on pas au contraire de faire pénétrer dans l'esprit des jeunes gens des idées fausses en insistant sur les beautés d'une civilisation à laquelle nous avons sans doute fait de larges emprunts, mais à laquelle nous ne reviendrons plus, d'une civilisation qui diffère même à tel point de la nôtre qu'il est dangereux de la présenter comme un idéal aux hommes de notre temps?

Les fortes études littéraires ne doivent être recommandées qu'à ceux-là seulement qui se dirigent vers des carrières pour lesquelles elles ont une incontestable utilité, et qui prouvent qu'ils sont capables d'y réussir.

Peut-on nier qu'une bonne partie de ceux qui les ont reçues auraient mieux fait de porter leur effort vers des éludes plus pratiques, plus simples, plus terre à terre peut-être, mais certainement mieux appropriées à leur intelligence, et qui leur auraient permis de faire œuvre plus utile pour eux-mêmes, et aussi de rendre plus de service à leur pays W.

(i) 11 importe en effet de reconnaître que les jeunes gens d'intelligence ordinaire, ou médiocre, peuvent rendre plus de services à leur pays dans le commerce ou l'industrie que dans les carrières libérales. Or une forte culture classique n'est guère utile à

Si dans la marche en avant des peuples vivaces, entreprenants, laborieux,, qui caractérise notre temps, les Français, avec de grandes qualités que les autres peuples sont unanimes à leur reconnaître, n'avancent pas d'une allure aussi rapide que les nations voisines, cela tient à un système d'éducation qui a refroidi Tesprit d'initiative qui était naturel à la race.

L'esprit d'initiative peut se réduire à bien peu de choses dans les carrières libérales. Il en faut beaucoup dans les carrières industrielles ou commerciales.

« Ces carrières- là, disait un jour spirituellement M. Auguste Isaac, président de la Chambre de commerce de Lyon, c'est un peu comme le royaume du ciel. Elles souffrent violence. Il faut être courageux pour y entrer, non moins courageux pour y persévérer et pour y réussir. Ce n'est pas le domaine des gens timides et sans énergie ».

« S'il est une carrière qui demande de Tinitiative, de la persévérance, du sang-froid, écrivait de son côté M. Hanotaux(A), assurément c'est la carrière commerciale. Il ne s'agit plus de rester là, le derrière sur la chaise, la plume sur l'oreille, abrité

ces jeunes gens-là. Elle peut même les empêcher de prendre goût aux occupations modestes, mais nécessaires, dont ils doivent se contenter. Et il ne faut pas oublier que l'organisation actuelle de rindustrie et du commerce comporte un grand nombre d'emplois subalternes qui requièrent parfois une forte dose de résignation.

(1) Du choix d'une carrière, p. 112.

t2 L'ÉDUCATION ECONOMIQUE DU PEUPLE ALLEMAND.

On dit parfois encore que Tétude de l'antiquité est plus accessible aux jeunes intelligences que Tétude des temps modernes, on ajoute qu'elle est la meilleure école de la jeunesse parce qu'elle est la jeunesse de l'humanité ! Cet argument est bien fragile. Ne risque-t-on pas au contraire de faire pénétrer dans l'esprit des jeunes gens des idées fausses en insistant sur les beautés d'une civilisation à laquelle nous avons sans doute fait de larges emprunts, mais à laquelle nous ne reviendrons plus, d'une civilisation qui diffère même à tel point de la nôtre qu'il est dangereux de la présenter comme un idéal aux hommes de notre temps?

Les fortes études littéraires ne doivent être recommandées qu'à ceux-là seulement qui se dirigent vers des carrières pour lesquelles elles ont une incontestable utilité, et qui prouvent qu'ils sont capables d'y réussir.

Peut-on nier qu'une bonne partie de ceux qui les ont reçues auraient mieux fait de porter leur effort vers des éludes plus pratiques, plus simples, plus terre à terre peut-être, mais certainement mieux appropriées à leur intelligence, et qui leur auraient permis de faire œuvre plus utile pour eux-mêmes, et aussi de rendre plus de service à leur pays W.

(1) 11 importe en effet de reconnaître que les jeunes gens d'intelligence ordinaire, ou médiocre, peuvent rendre plus de serTÎces à leur pays dans le commerce ou l'industrie que dans les carrières Ubérales, Or une forte CTÛture c\«a?\c\\iç> i^'ç^^V ^xiAflcoi utile à

Si dans la marche en avant des peuples vivaces, entreprenants, laborieux,, qui caractérise notre temps, les Français, avec de grandes qualités que les autres peuples sont unanimes à leur reconnaître, n'avancent pas d'une allure aussi rapide que les nations voisines, cela tient à un système d'éducation qui a refroidi Tesprit d'initiative qui était naturel à la race.

L'esprit d'initiative peut se réduire à bien peu de choses dans les carrières libérales. Il en faut beaucoup dans les carrières industrielles ou commerciales.

« Ces carrières-là, disait un jour spirituellement M. Auguste Isaac, président de la Chambre de commerce de Lyon, c'est un peu comme le royaume du ciel. Elles souffrent violence. Il faut être courageux pour y entrer, non moins courageux pour y persévérer et pour y réussir. Ce n'est pas le domaine des gens timides et sans énergie ».

« S'il est une carrière ([ui demande de l'initiative, de la persévérance, du sang-froid, écrivait de son côté M. Hanotaux(^), assurément c'est la carrière commerciale. Il ne s'agit plus de rester là, le derrière sur lachaise,la plume sur l'oreille, abrité

ces jeunes gens-là. Elle peut même les empêcher de prendre goût aux occupations modestes, mais nécessaires, dont ils doivent se contenter. Et il ne faut pas oublier que l'organisation actuelle de l'industrie et du commerce comporte un grand nombre d'emplois subalternes qui requièrent parfois une forte dose de i^ésignation.

(1) Du choix d'une carrière^ p. 1V2.

en grande partie de gens aux idées étroites, dédaigneux de ceux qui ont passé par d^autres établissements d'instruction que par les lycées ou les collèges, et jaloux de ceux qui sont parvenus à des situations prospères par les « arts usuels » pour me servir d'une expression qu'employait volontiers F. Le Play.

C'est aussi pour ce motif qu'une quantité de jeunes gens, fiers de quelques bribes de connaissances littéraires qui se réduisent en somme à peu de chose, ont préféré la vie inactive des bureaux à l'activité que requéraient les carrières industrielles et commerciales.

« Ce sont les sujets d'élite, dit encore M. Hanotaux dans le livre que nous avons déjà cité, qu'on devrait choisir pour les destiner au commerce. On les désigne infailliblement pour poursuivre les études littéraires ou scientifiqties. Si un élève a des qualités d'ordre, de méthode, d'application, d'économie, verra-t-on le professeur s'intéresser à ces traits de caractère ?

c( S'interrogera-t-il en conscience sur les aptitudes spéciales qui peuvent révéler un manieur d'intérêts, ou un manieur d'hommes? Si l'élève se montre attentif, ingénieux, calculateur même dans ses rapports avec ses camarades, distinguera-t-on les premiers linéaments d'une vocation qui peut décider de son avenir? Non pas. On refoulera plutôt en lui le sens pratique et le goût de la technicité^ comme contraires aux nobles préoccupa-

tiens artistiques, littéraires, philosophiques, qui, comme chacun sait, doivent être, plus tard, la règle des relations entre ces petits hommes, quand, une fois devenus grands, ils seront jetés dans la société des autres hommes, leurs semblables, leurs frères. »

Ce sont les préjugés à Tégard du commerce qui expliquent en définitive qu'il n'y ait parmi nos commerçants français qu'un nombre relativement restreint d'hommes intelligents et instruits, d'hommes de véritable valeur, et qu'on ait tant de peine à trouver parmi eux des personnalités qui sachent s'imposer, qui sachent faire valoir avec autorité les services qu'ils rendemt, trouver les paroles qui conviennent pour réagir contre les erreurs de l'opinion publique et redevenir dans toute l'acception du mot des autorités sociales et des classes dirigeantes. Les industriels et les commerçants n'occupent pas en France, je ne parle pas des grandes villes, je prends le pays dans son ensemble, la situation qu'ils devraient avoir.

Nous nous sommes heurtés jusqu'ici à un double obstacle : à un sentiment de vanité et une certaine sentimentalité dont nous avons grand peine à nous défaire.

A un sentiment de vanité d'abord. N'est-ce point par vanité qu'un grand nombre de pères de famille se sont obstinés, depuis un siècle, à demander pour leurs enfants l'enseignement secondaire

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classique, si bien qu'en France le futur fabricant de moutarde a été, comme le disait spirituellement Raoul Frary, bAti sur le même modèle que le futur ministre?

A une fausse sentimentalité ensuite. Les pères et mères de famille considérant que les carrières industrielles sont exposées à bien des vicissitudes, ont le plus ordinairement conseillé à leurs enfants de choisir des carrières où ils n'ont pas de risques à courir. Les mères en particulier avec de grandes qualités auxquelles on peut rendre hommage sont en partie responsables de la torpeur de notre jeunesse. '

11 y en a beaucoup, qui, avec leur tendresse déprimante et égoïste, — le mot est du P. Didon, — sont arrivées à neutraliser et à annuler leurs fils. Elles n'ont rien fait pour leur fournir des occasions d'initiative ou pour encourager leur spontanéité. Elles les ont élevés et entretenus dans cette idée qu'ils pouvaient et même devaient compter sur leurs parents pour se tirer d'affaire W.

Et c'est ainsi que nous avons dans notre France

(1) « La France, écrivait naguère une importante revue anglaise, the Statist^ est puissamment riche, mais elle n'emploie pas son immense fortune au mieux de ses intérêts, elle fait très peu pour développer sou commerce. Cette fortune s'explique par la magnificence de son sol et de son climat et par le grand esprit d'épargne de son peuple. Mais elle n'a pas assez de confiance en ellemême. Le peuple français n'a pas d'égal en intelligence, en exécution, en goût. Mais il ne sait pas employer l'énorme capital

démocratique non seulement une quantité de gens qui sont dans une situation hors de proportion avec leur utilité sociale et leur mérite, mais aussi une quantité de fruits secs et de déclassés qui sortent du lycée, en y ayant perdu leur temps, qui deviennent encombrants et parfois dangereux pour la société (^).

qu'il épargne chaque année à créer de grandes entreprises manufacturières ou de grands commerces de transport ».

Qu'il nous soit permis de reproduire ici les piquantes réflexions de M. V. Cherbuliez, toujours utiles à méditer : « Peutêtre ferons-nous quelque figure dans le monde, écrivait, il y a déjà plus de vingt ans, l'éminent académicien, le jour où nous ne croirons plus que la sagesse suprême consiste à ^e soustraire autant que possible aux difficultés de la lutte pour l'existence, le jour où il n'y aura plus de pères et de mères disant à leurs fils : « Mon enfant, tu peux compter sur nous I vois comme nous économisons pour assurer ton avenir. Compte aussi pour faire ton chemin sur nos parents, sur nos amis, qui se feront un devoir de te pousser, de te recommander. Compte enfin sur le gouvernement qui dispose d'un grand nombre de places. Il faudrait vraiment jouer de malheur pour ne pas en attraper une. Mais comme l'État rétribue chichement ses fonctionnaires et qu'il est bon d'avoir du beurre à étendre sur son pain, tu devras épouser une femme riche. Nous en faisons notre affaire, repose-toi sur nous de ce soin, nous te la chercherons ».

(1) V. le beau discours de M. A. Ribot à la Chambre des députés, séance du 13 février 1902. On pourra consulter aussi sur les causes « de l'infériorité des peuples latins au point de vue économique » le livre du D^ G. Le Bon. Psychologie de l'Education^ 1902. L'auteur soutient que les « méthodes fondamentales de notre éducation universitaire sont franchement mauvaises ». Il y a trente-cinq ans que l'illustre chimiste J. -B.Dumas disait déjà qu'elles « ne pourraient être maintenues sans devenir pour notre pays une cause de décadence ».

Aussi est-ce surtout « l*esprit public » en France qui doit se modifier. Ce n'est qu'à la suite d'un changement dans lesprit public que nous comprendrons comment la civilisation contemporaine a fait surgir de nouveaux devoirs pour ceux qui ont à cœur Tambition de servir leur pays et de travailler à sa grandeur. Et cet esprit public, je suis convaincu qu'il peut être profondément modifié par des écoles techniques bien organisées.

C'est ce que laissait entendre ily a quelques mois, M. Haller, à la Société pour l'étude des questions d'enseignement supérieur W : « Notre École polytechnique, en dépit de son nom, ne prépare pas de techniciens. A l'Ecole centrale, on fait trop de choses en trop peu de temps : il est impossible d'approfondir toutes les branches de la technique en trois ans... Il faut en arriver à des écoles spéciales. N'est-il pas étrange que la France ne possède pas une école supérieure de mécanique?... L'idéal, ce serait de séparer l'enseignement supérieur du technique en plaçant d'abord l'étudiant pendant deux ou trois ans à la Faculté, pour l'envoyer ensuite pendant deux ou trois autres années dans des établissements techniques pourvus d'un bon corps professoral et d'un matériel abondant. De plus, à part les écoles d'arts et métiers et quelques écoles professionnelles, nous n'avons

(1) Revue internationale de l'enseignement, 15 juillet 1906, p. 52.

rien qui corerspond aux Fachschulen allemandes, où se forment d'excellents contremaîtres dans un esprit à la fois pratique et scientifique, et où on s'attache à écarter Tempirisme de l'apprentissage en donnant toujours aux élèves la raison scientifique de ce qu'ils font ».

M. Lippmann, en approuvant entièremeùt les vues de M. Haller, a ajouté que les esprits étaient malheureusement encore mal préparés à comprendre le rôle des écoles techniques. « Quelle erreur, au lieu de prévoir des études à longue portée, de tendre toujours à les ramener à de courtes scolarités, couronnées par de médiocres diplômes » !

La tournure des esprits en Allemagne est hien différente. Cela s'explique d'abord historiquement. Les souverains des divers Etats ont jadis engagé, plus que ne l'ont fait nos rois de France, les seigneurs et les nobles à s'intéresser aux questions industrielles et commerciales. Puis au cours du xix** siècle le fonctionnarisme a joué un rôle moindre que chez nous. L'esprit d'association s'est épanoui davantage. Les familles étant plus nombreuses, et l'aisance étant moins répandue, un plus grand nombre de jeunes gens se sont dirigés vers les carrières pratiques, et les « arts usuels ».

L'essor économique des trente dernières années a fortement réagi d'autre part sur la mentalité des

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classes dirigeantes. Les succès obtenus par un grand nombre d'industriels ont eu un immense retentissement.

Le commerce et Tindustrie sont aujourd'hui d'autant plus appréciés que la bourgeoisie est en Allemagne une classe réceiîle qui plong-e ses racines dans le monde des industriels, des marcbands, parfois même des artisans et des boutiquiers. C'est l'une des raisons principales pour lesquelles les mères allemandes retiennent moins leurs enfants que les mères françaises et les poussent beaucoup moins à rechercher les carrières et les positions tranquilles.

Ceux même qui en Allemagne conservent quelque préférence pour la culture classique et les vieilles humanités demandent énergiquement que celles-ci s'adaptent aux circonstances nouvelles.

Ils sentent que les nations vont prendre, et pour longtemps sans doute, leur place dans le monde, et qu'il importe de se pourvoir en toute hâte, sous peine de s'ensevelir parmi les peuples en décadence.

Ils sentent que dans ces luttes terribles où tous les États du monde, qu'ils le veuillent ou non, sont engagés, la nation qui aura les meilleurs physiciens, et les meilleurs chimistes, les industriels et les commerçants les plus instruits, les plus entreprenants, les plus capables, sera à la longue la plus prospère et la plus puissante.

Fiers des résultats déjà obtenus, ils entendent conquérir de nouveaux débouchés et veulent que

la jeunesse soit armée en vue des difficultés nouvelles qui pourraient surgir.

Qui donc oserait prétendre qu'ils ont tort?

Est-il donc certain que, même au point de vue littéraire et artistique, Tinfluence d'une nation puisse survivre indéfiniment à sa richesse et surtout à son expansion au dehors? Une civilisation utilitaire ofire sans doute des dangers. Il n'est pas bon que les esprits s'orientent trop exclusivement vers les calculs intéressés. Mais les qualités les plus hautes ont besoin d'un point d'appui terrestre, et les peuples qui veulent grandir ne peuvent se passer d'un corps vigoureux.

Aussi l'étude des efforts que font les Allemands pour accroître k l'aide d'un enseignement convenable leur activité industrielle et commerciale, est-elle très propre à suggérer à tous ceux qui se préoccupent des moyens de développer notre vie économique de salutaires réflexions.

Il faut pour que la France reste une grande nation qu'elle tâche d'attirer à elle une part plus large du trafic universel, il faut qu'elle s'efforce surtout de comprendre le progrès qui se fait autour d'elle, et de voir comment elle peut tirer parti de ses propres ressources. Les expositions internationales qui se sont succédé depuis quelques années ont prouvé qu'au milieu des produits de tous les pays les nôtres se recommandent toujours par la finesse et le bon goût qui ont présidé à leur fabrication. Ils ont obtenu les plus

hautes récompenses, mais de ces récompenses retirons-nous assez de profit?

Nous sommes menacés par la concurrence de nations actives et entreprenantes. Il faut, de toute nécessité, diriger, comme elles, une partie de nos forces nationales, vers Tindustrie et le commerce. Dans ses belles études sur la Réforme sociale, F. Le Play, après avoir recommandé à la jeunesse ces arts usuels trop dédaignés qui comportent cependant, disait-il, « des méthodes très efficaces pouF la bonne culture de Tintelligence et de la raison », ajoutait : « La richesse, quand elle est le fruit du travail et qu'elle reste unie à la vertu, devient pour la race où se produit cette union, une cause infaillible de supériorité ».

L'esprit public, depuis quelques années, a commencé à s'émouvoir, mais même parmi ceux qui reconnaissent qu'il y a quelque chose à faire, il y en a beaucoup qui ressemblent à ces choristes de rOpéra qui chantent à pleins poumons : « En avant, marchons », et qui piétinent sur place.

Piétiner sur place, cela ne peut suffire. Pour avancer aujourd'hui autant qu'il est nécessaire, il nous faut un certain « entraînement » de nos énergies physiques et morales.

Le spectacle des efforts que fait le peuple allemand pour préparer la jeunesse à lutter victorieusement dans les batailles de l'avenir doit nous exciter à changer quelques-unes de nos habitudes.

Oui! il faut faire sentir à nos enfants que Ta-

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grandissement continuel des marchés et des horizons oblige de plus en plus Thomme d'affaires, aussi bien que l'homme d'État, à porter ses regards au loin. Nous devons leur montrer que le champ des combinaisons où Je facteur économique joue un rôle important s'est élargi en proportion, même des moyens de communication. Nous devons nous dire constamment qu'il faut proposer l'action aux générations nouvelles et leur apprendre à bien dépenser leurs forces. Si la France, qui a tant de capitaux et de richesses de toute sorte, ne grandit pas autant qu'elle pourrait le faire, cela tient à la pénurie d'hommes qualifiés pour mener à bien les grandes entreprises.

Oui! nous pourrions être certainement plus puissants et plus forts. L'ingéniosité, l'esprit inventif, le goût le plus délicat se sont transmis chez nousde génération en génération. Nous avons un passé qui est une force et des qualités que les autres nous envient. Mais le nombre est insuffisant de ceux qui travaillent à nous faire grandir aux yeux du monde, qui se préoccupent de la conquête des nouveaux marchés, et qui comprennent que l'expansion du pays est une œuvre patriotique aussi utile que la défense du sol national au jour du danger.

La principale impression que m'a laissée l'enquête que j'ai poursuivie, c'est en effet cette conviction qu'il y a en France beaucoup de forces inutilisées, qu'il y a beaucoup de Français, par exem-

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pie, qui végètent dans la médiocrité, parce qu'on n'a pas stimulé chez eux Tesprit d'initiative, parce qu'on ne leur a pas assez nettement indiqué de quelle manière ils auraient pu devenir de plus utiles collaborateurs de cette œuvre collective qui est en somme la prospérité et la grandeur de la patrie. La double réforme de l'éducation et de l'instruction a une importance capitale. Cette réforme elle ne peut s'effectuer d'une façon satisfaisante au sein des établissements universitaires. Ceux-ci ne nous donneront pas les agriculteurs, les industriels, les commerçants, les hommes d'initiative et d'action dont nous avons besoin. Il faut pour cela d'autres écoles et d'autres directions. Il ne s'agit pas de changer notre tempérament national. Il s'agit de développer dans notre jeunesse des qualités naturelles qui ne demandent pour s'épanouir qu'une culture appropriée. Cette culture, j'estime que c'est par l'intermédiaire des écoles d'industrie et de commerce qu'elle peut être le plus efficacement donnée. Sous une apparence modeste, le développement de l'enseignement industriel et commercial peut puissamment contribuer au relèvement de notre pays. Il est éminemment propre à lui rendre la situation à laquelle ses traditions comme ses ressources lui permettent de prétendre.

APPE]!n)IGE A Classification des écoles de commerce allemandes.

Nous avons montré, au cours de cette étude, qu'il était impossible d'arriver à une classification satisfaisante des écoles commerciales de TËmpire allemand. Nous croyons utile d'indiquer ici celle qui vient d'être adoptée par M. L. Tronnier, chargé d'une enquête par Tassociation allemande pour le développement de l'enseignement commercial (1).

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