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La Vie de collège en Angleterre, par A. Laurie

temps que selon leur âge; la chose est impraticable ; on croit avoir fait merveille en France en agissant ainsi; on se trompe assurément.

§ Alors les maîtres se mirent à l'œuvre avec une noble persévérance, pour amener les garçons à faire eux-mêmes la réforme; ils utilisèrent la force de l'opinion publique, encore plus puissante peut-être à l'école que dans le

• monde, et ils cherchèrent à la diriger dans une autre voie, à la retourner... cela a pris du temps, mais ils ont réussi.

Il est vrai qu'une chose y a puissamment aidé : c'est la disparition progressive du fagging, institution choquante, qui mettait les petits à la discrétion des grands et encourageait ceux-ci à la brutalité. Les fags (on l'était à tour de rôle) remplissaient près de leurs aînés un véritable service domestique; aujourd'hui ces derniers ont encore des fags sous leurs ordres, mais leur pouvoir ne s'exerce plus que dans des limites raisonnables.

C'est aujourd'hui cricket match et beaucoup d'élèves passent, tenant leurs bats :ils causent par groupes dans la rue, vont mettre des lettres

à la poste, faire quelques emplettes, mais ne s'éloignent pas à cause de l'appel qui va avoi* lieu. Les professeurs circulent au milieu de cette jeune population, et je remarque le caractère amical des relations qui les unissent à leurs élèves; regards francs, paroles franches, manières franches. Il est évident que dans ce milieu les petites niches, les petits jeux, les petits bavardages ont une place très restreinte et que les enfants y sont plus semblables à des hommes.

L'appel a lieu.dafts la grande cour; c'est une mesure habituelle rendue nécessaire par la grande liberté qui règne dans le collège : comment savoir autrement si tous sont là ! — Ils défilent en répondant « hère » à mesure qu'on les appelle et s'en vont ensuite. Le bâtiment devant lequel se passe cette cérémonie est une construction gothique, reste de l'ancien collège fondé, je crois, par Elisabeth; elle renferme une vaste salle aux boiseries décorées d'inscriptions et de hiéroglyphes ; chaque élève ou peu s'en faut a tracé là', avec la pointe d'un couteau, son nom parfois accompagné d'une date; j'y lis avec respect ceux de

Sheridan, de Palmcrston, de lord Byron, de Robert Peel à côté d'autres plus fraîchement inscrits, que peut-être la renommée soulignera demain. Cette salle sert parfois pour les examens ; mais c'est surtout le lieu des exécutions, qui sont d'ailleurs assez rares.

La chapelle est un joli monument de bon goût; sur des plaques de marbre dans l'intérieur, sont les noms des élèves morts au collège ; le dimanche, tout le monde doit assister au service, à moins que les parents n'aient exprimé un désir contraire. Non loin est la bibliothèque ouverte aux élèves, mais naturellement fréquentée surtout par les maîtres; de là on jouit d'une belle vue sur toute la contrée jusqu'à Londres, dont une brume épaisse indique l'emplacement. Sur le sommet de la colline est située l'église paroissiale, entourée de beaux arbres et d'un cimetière calme et recueilli d'où la vue est plus belle encore. C'est le site qu'aimait Byron quand il était à Harrow. Il passait des heures à contempler l'horizon, couché sur une tombe, très élevée, en vieux granit, et sous laquelle dort

un inconnu du siècle dernier. Soit que le.

bruit ait couru que Byron était enseveli la, soit par simple souvenir de son passage, les touristes démolissaient peu à peu la tombe pour en emporter des fragments et Ton a dû l'entourer d'une cage à barreaux de fer.

Je ne sache pas que le grand poète ait eu de nombreux imitateurs parmi ses condisciples :

au reste, en partant du paradis, Byron avait certainement pris par erreur un billet pour l'Angleterre, croyant descendre en Italie.

Laissant de côté les swimming battis, nous descendons vers les jeux. Il y a une grande salle pour les « racquets », espèce de paume avec de petites balles dures qui rebondissent sur les murailles. A côté, une rangée de « fives courts ». Mais ce sont là plutôt des jeux de mauvais temps. Dans l'atelier, quelques élèves travaillent sous la direction d'un menuisier-ébéniste et d'un forgeron-mécanicien. Ils peuvent ainsi apprendre les travaux manuels qui leur conviennent. Beaucoup s'y construisent des meubles, des rayons pour les livres, des étagères. D'autres, plus ambitieux, font de la serrurerie; l'un, plus habile encore,

a construit une petite machine à vapeur qu'il vient de vendre. Il y a un vélocipède en train et une périssoire originale, dont la carcasse est. recouverte de toile imperméable et qui s'aplatit pour être portée sous le bras, les bancs mobiles maintenant seuls l'écartement.

Aujourd'hui, à cause du match, l'atelier est assez vide; mais on voit que les jours ordinaires l'ouvrage ne doit pas chômer.

En bas, dans la plaine, le cricket est commencé; le champ est d'une belle étendue et bien situé; au fond se dresse le petit pavillon du club ; beaucoup de spectateurs à l'entour, les chemises blanches des joueurs tranchent sur l'herbe verte; la scène est très animée. — Cela durera ainsi jusqu'à 6 heures du soir.

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