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MESURES A PRENDRE POUR CHAQUE MALADIE CONTAGIEUSE

Art. 14. — Sur l'avis du médecin inspecteur les mesurcïi suivantes doivent être prises conformément aux indications contenues dans le rapport adopté par le Comité consultatif d'hygièmc* annexé, lorsque les maladies cidessous désignées sévissent dans une école :

Variole. — Eviction des enfants malades (durée : quarante jours). — Désinfection générale. — Re vaccination de tous les mai très et élèves.

Scarlatine. — Éviction des enfants (durée : quarante jours). — Destruction de leurs livres et cahiers. — Dé^^iiifection générale. — Licenciement si plusieurs cas se reproduisent en quelques jours malgré toutes les précautions.

Rougeole. — Éviction des enfants malades (durée : dix jours). — Destruction de leurs livres et cahiers. — Au besoin licenciement des enfants au-dessous de six ans.

Varicelle. — Évictions sucessives des malades.

Oreillons, — Évictions successives de chacun des malades (durée : dix jours).

Diphtérie, — Éviction des malades (durée : quarante jours). — Destruction des livres, des cahiers, des jouets et des objets qui ont pu être contaminés. — Désinfections successives.

Coqueluche. — Évictions successives (durée : trois semaines).

Teigne et pelade. — Évictions successives. — Retour après traitement et avec pansement méthodique.

Le premier chapitre du règlement modèle s'applique « aux mesures à prendre pour éviter Féclosion des maladies contagieuses ». Ses prescriptions sont donc perinanentes, et, dans aucun cas, à aucune époque, il n'est permis de les négliger.

Le chapitre ii prescrit les mesures générales à prendre en présence d'une maladie contagieuse. Ici il ne s'agit plus d'empêcher le mal de se produire : on se trouve en présence du mal; les mesures ne sont plus qu'accidentelles, temporaires.

Mais ce mal, encore faut-il savoir le reconnaître en l'absence du médecin. Il me semble donc logique non seulement de réunir le chapitre m, qui énumère les maladies contagieuses, au chapitre ii, qui indique les moyens de les combattre, de faire passer, selon le besoin de la cause, le chapitre m avant le chapitre II, et aussi d'indiquer aux maîtresses les symptômes auxquels elles reconnaîtront le genre de maladie dont l'enfant est atteint.

Les maladies contagieuses auxquelles sont sujets les enfants de nos écoles sont :

La varicelle, la variole, la scarlatine, la rougeole.

les oreillons, la diphtérie, la coqueluche, la teigne.

Le premier symptôme des maladies étant la fièvre, il est très important que les maîtresses aient les moyens d'en constater la présence et d'en déterminer le degré d'intensité. Le nombre de pulsations n'étant rien moins que probant, toute école doit être munie d'un thermomètre ad hoc. Si ce thermomètre, placé pendant dix minutes sous l'aisselle, dépasse 37 degrés, si en même temps l'enfant a les yeux brillants, le visage rouge, la fièvre existe; il faut le renvoyer à sa famille ou du moins l'isoler rigoureusement jusqu'à ce qu'il puisse être reconduit chez lui ; le règlement est formel à ce sujet :

Art. 8. — Tout enfant atteint de fièvre doit être immédiatement éloigné de Vécole ou envoyé à Vinfirmerie dans le cas d'internat.

L'achat du thermomètre s'impose donc ; les directrices devront faire une démarche auprès de l'inspecteur de l'arrondissement pour qu'il l'obtienne de la municipalité.

L'enfant qui a la fièvre est très probablement atteint d'une des maladies énumérées au chapitre in; peut-être de la varicelle,

La varicelle^ quoique éminemment contagieuse^ est une affection bénigne et qui n'a aucun rapport avec la variole, quoiqu'on lui donne souvent, bien à tort, le nom de « petite vérole volante ». Elle paraît souvent brusquement, en pleine santé, et dans ce cas la surveillance de la maîtresse se trouve nécessairement en défaut. D'autres fois l'éruption est précédée, pendant quelques heures, et tout au plus

pendant un ou deux jours, d'une fièvre modérée qui s'annonce par un léger frisson et de la courbature (une fièvre intense est tout à fait exceptionnelle dans la varicelle). L'éruption, qui se présente sous la forme de toutes petites vessies, ressemblant à des perles transparentes, se fait généralement en plusieurs fois, par poussées successives, et dure de cinq à dix. jours.

« Pour la varicelle, les évictions successives devront toujours suffire, dit le docteur Napias; la maladie est trop bénigne pour que le licenciement s'impose. »

Mais, la varicelle étant contagieuse, l'article 9 du chapitre ii lui est applicable :

Art. 9. — Tout enfant atteint d'une maladie contagieuse bien confirmée doit être éloigné de V école et, sur Vavis du médecin chargé de l'inspection, cette éviction peut s étendre aux frères et sœurs dudit enfant ou même à tous les enfants habitant la même maison.

L'article 10, lui aussi, s'applique à la varicelle comme à toutes les autres maladies contagieuses; nous le reproduisons et le commentons ici, une fois pour toutes; il traite de la désinfection du local, du mobilier, du matériel scolaire, des vêtements et des enfants eux-mêmes.

La désinfection de la classe est faite soit dans Ventre- classe, soit le soir après le départ des élèves.

Elle comprend :

Le lavage de la classe {sol et parois) avec une solution antiseptique;

La désinfection, par pulvérisation, des cartes et objets scolaires appendus au mur;

REFUGE DE l'ENFANT PAUVRE. 115

La désinfection^ par lavage, des tables, bancs, meubles j etc.;

La désinfection complète du pupitre de l'élève malade,

La destruction par le feu des livres, des cahiers et des jouets ou des objets qui auraient pu être contaminés dans les écoles maternelles.

Art. 11. — // est adressé à la famille de chaque enfant atteint dune maladie contagieuse une instruction sur les précautions à prendre contre les contagions possibles, et sur la nécessité de ne renvoyer V enfant qu'après qu'il aura été baigné ou lavé plusieurs fois au savon, et que tous ses vêtements auront subi soit la désinfection, soit un lavage complet à Veau bouil^ lante.

Quelques explications au sujet des désinfections sont peut-être nécessaires.

La désinfection des enfants consiste : 1° en lotions du nez, de la bouche, de la gorge avec des solutions d*acide phénique, d'acide borique, de thymol, etc. ; 2* en bains savonneux et en frictions générales.

Celle des vêtements consiste dans le passage des vêtements à Tétuve à vapeur, quand il y en aura une dans la ville, sinon dans leur immersion dans l'eau bouillante.

La désinfection du local, qui peut être faite entre deux classes ou bien après te départ des élèves, comprend : 1° le lavage du sol, des parois et des tables avec une solution de sublimé (un gramme pour un litre d'eau); 2° l'assainissement par lavage ou pulvérisation de tous les objets appendus au mur (le lavage peut se faire au moyen d'une éponge légère-

ment imbibée, ou d'un pulvérisateur à parfum, si Ton n'en a pas d'autre; la solution au sublimé étant un poison violent, on pourrait la remplacer par de l'eau pliéniquée ; 20 à 30 grammes d'acide phénique dans un litre d'eau). Enfin les objets scolaires appartenant à l'enfant atteint seront brûlés et remplacés par des objets neufs.

Si les prescriptions qui précèdent paraissent exagérées pour la varicelle, elles ne sont qu'un minimum pour la variole, la scarlatine, la rougeole et la diphtérie.

La variole. — Cette maladie tend heureusement à disparaître : il ne tiendrait même qu'à nous de la faire passer à l'état de mauvais souvenir; il suffirait pour cela de nous conformer à la loi concernant les vaccinations périodiques. Elle fait cependant encore des ravages parmi les tout jeunes enfants qui n'ont pas encore été vaccinés. Les directrices devront donc exiger impitoyablement le certificat de vaccine avant l'admission à l'école.

Les principaux symptômes de la période d'invasion, qui dure trois jours, sont : de violents frissons; une fièvre intense; des vomissements répétés; de grandes douleurs de reins.

Lorsque la variole s'est montrée à l'école, il faut immédiatement renvoyer l'enfant malade , puis désinfecter les autres, les faire revaccciner, et enfin désinfecter le local à l'aide des moyens indiqués ci-dessus. La durée de l'éviction des malades est de quarante jours.

La rougeole donne lieu aux épidémies les plus fréquentes; sa période d'invasion est relativement

longue : quatre à cinq jours. Elle offre des symptômes caractéristiques, aisés à constater et qui ne manquent pour ainsi dire jamais; de plus, c'est pendant les derniers jours de cette période, alors que V éruption ne s'est pas encore montrée ^ que la maladie paraît prendre la plus grande puissance de contagion; enfin ce sont les écoles qui en sont les foyers les plus dangereux et les plus propres à la diffusion rapide du mal; il est donc de toute nécessité que les maîtresses connaissent les premiers symptômes de la période d'invasion. Ces symptômes sont : le rhume de cerveau, les yeux rouges et larmoyants, la toux.

Dès qu'un cas de rougeole est signalé dans une commune, tous les instituteurs et institutrices devraient en être avertis. A partir de ce moment, tous les matins, à leur arrivée, les élèves devraient être examinés individuellement; tout enfant qui tousse, qui éternue, dont le nez coule et les yeux pleurent, doit être renvoyé à la maison; si la rougeole se confirme, ses frères et ses sœurs, même ses camarades qui habitent la même maison, doivent rester chez eux, car la rougeole — s'ils en sont atteints — n'apparaîtra que le quatorzième jour qui suivra le moment où ils l'ont prise, tandis qu'ils seront, dès le neuvième ou le dixième jour, un danger pour leurs camarades.

Il est du devoir des maîtresses de combattre, dans, l'esprit des parents, le préjugé qui veut que la rougeole soit constamment bénigne; une grave complication,.la broncho-pneumonie, la rend redoutable et mortelle.

118 l'édltcation maternelle.

La désinfection des enfants, celle du local, du mobilier et du matériel scalaire, est, je le répète, identique pour toutes les maladies contagieuses; dans le cas de rougeole, les gargarismes désinfectants, les lotions désinfectantes de la gorge, de la bouche, du nez, fréquemment répétées, peuvent avoir une efficacité préventive réelle, surtout contre la broncho-pneumonie.

Si les évictions des enfants malades, de leurs frères et sœurs, de leurs camarades habitant la même maison ne suffisent pas pdur arrêter l'épidémie, Técole doit être licenciée; le cas se présente rarement.

La scarlatine, — La période d'invasion de la scarlatine n'a qu'une durée de vingt-quatre ou de quarante-huit heures. Les symptômes sont : la fièvre, le mal de tête, les vomissements et surtout le mal de gorge.

En temps d'épidémie, dès qu'un enfant paraîtra indisposé, l'institutrice devra donc regarder la gorge (disons en passant qu'il serait nécessaire d'habituer de bonne heure les enfants à ce petit exercice, pour faciliter la tâche des médecins). Si l'enfant est atteint de scarlatine, le fond de la gorge et le voile du palais sont d'un rouge vif; assez souvent les amygdales présentent des points blancs ou des taches blanches; mais parfois ces signes manquent complètement, et la maladie ne peut alors être reconnue qu'au moment de l'éruption. Celle-ci commence presque toujours sous le menton, à la partie antérieure du cou et à la partie supérieure de la poitrine. Elle se compose, en général, de plaques dont le fond est d'un rouge

vif, semé d'une quantité de points plus foncés qui lui donnent un aspect granité très caractéristique.

L'élément contagieux de la scarlatine est extrêmement tenace, et conserve sa puissance beaucoup plus longtemps que celui de la rougeole; de là la nécessité d'une désinfection énergique du malade, du local, des vêtements et des objets qu'il a touchés; enfin, une complication très grave : l'albuminurie (la présence d'albumine dans les urines) impose une surveillance très active et très délicate, et un séjour de six semaines dans la chambre.

Les oreillons, — Il peut arriver que les oreillons ne soient précédés d'aucun symptôme. Mais, le plus souvent, avant leur apparition on observe du malaise, de la fièvre, de la courbature; puis il se produit une gêne dans les mouvements de la mâchoire, une douleur et un gonflement qui siègent d'abord en avant de la partie inférieure de l'oreille, et qui s'étendent progressivement en arrière et au-dessus de la mâchoire. Un seul côté se prend d'abord; mais neuf fois sur dix, l'autre côté se prend à son tour quelques jours après.

Comme les oreillons ne donnent jamais lieu à des accidents graves, on se contentera d'éloigner les enfants atteints.

La diphtérie *. — La diphtérie comprend l'angine couenneuse et le croup. Le croup survient rarement d'emblée; cependant le cas se produit quelquefois, et alors la voix et la toux rauques ou éteintes, les

4. Grâce à la méthode du D' Roux, un enfant atteint du croup n'est plus un enfant condamné à mort.

accès de suffocation, l'état général grave le font reconnaître. Le plus souvent il est le résultat de la propagation de Tangine couenneuse au larynx.

En temps d'épidémie, il faut examiner la gorge de tout enfant qui paraît indisposé, et, s'il existe sur les amygdales des points blancs ou des taches blanches, le cas est suspect et l'enfant doit être renvoyé.

« Pour la diphtérie, dit le docteur Napias, les évictions successives, les désinfections soigneuses, les leLvages journaliers antiseptiques du sol; la propreté des enfants donne sans doute des résultats utiles, mais il n'est pas de circonstance qui fasse plus regretter qu'il n'y ait pas dans les petites communes de moyens de désinfection par l'étuve.

« Quand on sait la ténacité de l'agent contagieux, sa reviviscence parfois après plusieurs mois dans le même local, on comprend qu'il ne suffit pas d'assainir l'école, qu'il faudrait pouvoir désinfecter aussi le logement de l'élève atteint par le mal et faire passer à l'étuve les hardes et matelas. Sans quoi un commencement d'épidémie, d'abord éteint, pourra se rallumer après quelques mois, et faire soudain un grand nombre de victimes.

« En tout cas, pour la diphtérie, autant et plus que pour la variole et la scarlatine, la destruction par le feu des livres de l'écolier malade (et de ses jouets) s'impose absolument. »

La coqueluche. — Le début de la maladie n'est pas caractéristique. Pendant les huit ou dix premiers jours, elle ressemble à une bronchite ordinaire; peu à peu, la toux devient plus éclatante,

plus fréquente la nuit; enfin arrivent les quintes, accompagnées de ce sifflement que l'on n'oublie jamais quand on l'a une fois entendu. La durée de la contagion est très diflîcile à déterminer; le plus sûr est d'isoler l'enfant jusqu'à la disparition complète, non seulement des quintes, mais de la toux.

« Quant à la désinfection, on peuty dit le docteur Napias, en dire tout ce que Von a dit pour la variole^ la diphtérie et la scarlatine, »

Teignes, — Le mot teigne est un mot générique. Les teignes comprennent la pelade et d'autres affections du cuir chevelu, causées par des parasites végétaux. La pelade se reconnaît facilement à ses plaques arrondies, blanches et luisantes comme de l'ivoire, complètement dénudées ou recouvertes d'un léger duvet cotonneux. Il est moins aisé de distinguer les autres teignes des croûtes de lait que l'on observe si souvent chez les enfants. Dans les teignes, les éruptions et les lésions sont circulaires, elles sont circonscrites, c'est-à-dire que Ton peut toujours apercevoir la limite précise entre la partie malade et la partie saine ; elles sont moins humides, moins suintantes que les croûtes de lait; les cheveux y sont toujours altérés.

« Pour la teigne (c'est le docteur Napias qui parle), la question est particulièrement délicate et doit être envisagée différemment, suivant qu'il s'agit des écoles des villes ou de celles des campagnes. Il est évident que l'éviction s'impose dans tous les cas; mais, tandis que le teigneux pourra être hospitalisé pendant quelque temps dans les grandes villes, suivre au besoin les cours d'écoles

spéciales, comme celle de Thôpital Saint-Louis à Paris, cette hospitalisation n'est pas possible dans les écoles rurales; or renvoyer le petit malade dans sa famille, ce n'est Téloigner de ses camarades qu'aux heures de classe, c'est-à-dire aux heures où le danger de la contagion est le moindre ; il continuera dans les intervalles à se mêler aux jeux des autres, et c'est alors que la contagion sera possible. La Commission d'hygiène pense que, dans de tels cas, en même temps que Véviction serait prononcée, le médecin scolaire devrait être averti et qu'après les

PREMIERS JOURS DE TRAITEMENT ET UNE ÉPILATION SOI- GNEUSE, LE PETIT MALADE, CONVENABLEMENT PANSÉ, LA TÊTE ENDUITE d'UN CORPS GRAS ET RECOUVERTE D'UNE

COIFFE DE TOILE, pourrait être de nouveau admis à Vécole, Il est certain que la régularité du pansement serait assurée par ce fait que l'instituteur renverrait immédiatement à sa famille l'enfant qui se présenterait avec un pansement insuffisant. »

Avant de terminer ce triste aperçu des misères qui guettent les enfants des écoles, rappelons que la fièvre typhoïde débute par des saignements de nez, un état d'abattement et un mal de tête persistant. Elle n'exigera jamais le licenciement de l'école, mais seulement la surveillance de l'eau de boisson et la désinfection des cabinets d'aisances.

Rappelons enfin que la méningite est précédée chez les enfants d'une période de malaise qui peut durer plusieurs semaines. L'enfant change de caractère, devient triste, sombre, indifférent; le jeu ne l'amuse plus; il se cache dans un coin, fuit la lumière, est irritable, de mauvaise humeur, n'a

plus de goût pour rien; la moindre occupation intellectuelle le fatigue et Tennuie; il se plaint de mal de tête ; il a des vomissements, de la constipation; il pâlit et rougit alternativement. Cet état de malaise vague, de souffrance indéterminée, de tristesse et de changement d'humeur sans motif, qui se prolonge, devrait éveiller la sollicitude des instituteurs; souvent les parents ne s*en inquiètent pas assez. Mais les parents!... ils ne savent pas.

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