AMBULANCES
L'évacuation des blessés et des malades se fera par la Stura, le col de l'Argentière et par le grand chemin de Saorgio.
Arrête par nous, représentant du peuple près les armées des Alpes et d'Italie, pour être exécuté aussitôt que l'armée des Alpes aura fait ses dispositions.
Plan d'opérations combinées entre l'armée des Alpes et celle d'Italie, par l'adjudant général Clausade.
>'ice, quorlier général de l'armée d'Italie, y prairial an u (28 mai 1794).
Les grands succès que viennent d'obtenir les armées séparées des Alpes et d'Italie, .les ont mises dans une situation si avantageuse et leur donnent une attitude si imposante, qu'il est possible, par leur réunion ou l'accord de leurs combinaisons, d'obtenir des résultats beaucoup plus favorables au triomphe de la République.
Description topographiqae. — Ces deux armées occupent le pendant des eaux qui, par le revers de l'ouest et du midi desdites montagnes, verse sur les derrières de la ligne de défense des deux armées dans la Méditerranée, tandis que par le revers opposé, c'est-à-dire en avant de la ligne de défense, les eaux vont déboucher dans le Pô et de là se perdre dans la mer Adriatique.
Les deux armées sont donc maîtresses des cols qui nous ouvrent l'entrée des vallées du Piémont; on sent qu'il serait fastidieux d'entrer dans un détail topographique et militaire au sujet des 102 cols qui forment ces passages; il suffit de dire qu'il résulte de leurs reconnaissances faites à différentes époques par des militaires instruits, qu'on peut les réduire à trois moyens principaux de pénétrer en Piémont. Le l^"", par la vallée d'Aoste, en descendant des monts du Grand et du Petit Saint-Bernard et du col du Bonhomme, le 2", parles vallées d'Oulx et du Pragelas, en descendant du mont Cenis et mont Genèvre et le Z'^ par les cols de l'Argentière et de Tende.
Les vallées intermédiaires ne peuvent être que d'un faible secours à cause des obstacles qu'elles opposent à la marche de l'artillerie et même de l'infanterie, pour l'arrivée des subsistances.
1^' MOYEN : Par le val d'Aoste. — Dans la l'^ supposition les ennemis n'ont point de places fortes à opposer à la marche
qu'on pourrait tenter par la vallée d'Aoste. Cette vallée n'a que quelques défilés qu'il serait aisé de forcer ou de tourner; le -fort de Bard, à 7 lieues au-dessous d'Aoste, pourrait seul faire quelque résistance ; mais en s'aidant du passage de la vallée de Champorien, il est aisé de le cerner et de prendre position de manière à le réduire par la bombe ou le canon ; on s'ouvrirait par là un débouché qu'on pourrait considérer comme très favorable à un projet d'offensive s'il s'agissait de se porter dans le Milanais.
Cependant on ne peut disconvenir qu'on trouverait peu de ressources pour les subsistances dans celte vallée, qu'il y aurait bien de l'embarras à les tirer de la Savoie, même dans la belle saison, et que, par conséquent, pendant l'hiver, on ne pourrait s'y soutenir, ne pouvant subsister que par les ressources du Piémont. D'ailleurs, je ne pense pas que, dans les circonstances présentes, on puisse se laisser séduire par un projet qui ne répondrait pas directement aux vues du moment et aux dispositions actuelles des deux armées.
On doit y rester sur la défensive. — D'après cela il est aisé de conclure que cette gauche des deux armées doit se réduire à une défensive pure, pour empêcher l'ennemi de rentrer en Savoie lorsque nous porterions nos efforts d'un autre côté, et qu'elle ne doit s'engager dans la vallée d'Aoste que lorsque les forces de la droite ou du centre auront pénétré dans la plaine et d'une manière assez victorieuse pour nous en rendre entièrement maitre et nous permettre des projets sur le Milanais.
2^ MOYEN : Par les vallées de Suze et de Pragelas. — Le centre des deux armées comporte une grande réunion de forces. Le mont Genèvre, en avant de Brian(,on, a toujours été favorable à des projets d'offensive. Dans toutes les guerres qui ont précédé celle-ci, le grand chemin de Turin par Tende n'existait pas, et, en outre, la proximité de Turin parla vallée de Suze cl Fenestrclles, a toujours donné de la vogue à des projets de pénétrer en Piémont par ce côté; mais. l'art y a multiplié les obstacles : le roi de Sardaigne s'est toujours attaché à renforcer les places de guerre qui le couvrent de ce côté ; il l'a fait avec d'autant plus de raison que les chemins y favorisent l'arrivage de l'arlillerie française.
Exiles. — Tous ces soins pour Exiles mettent bien cette place
à l'abri d'un coup de main, mais ne l'empêclient point de pouvoir être bloquée et d'être commandée par la hauteur de San-Colomban et par le Bois, situé sur le penchant de la montagne de la droite, ce qui l'empêcherait de faire une longue et vigoureuse résistance.
La Brunette ou le fort de Suze. — La Brunette, à 2 lieues audessous d'Exilés, est beaucoup mieux fortifiée ; les ressources de l'art sont si bien appliquées à la nature du local, qu'il n'est possible d'attaquer cette forteresse que par un côté, qui présente quatre fronts très escarpés avec leurs fossés, et dont les commandements de l'un à l'autre forment une espèce d'amphithéâtre qui domine tout ce qui l'entoure. Les ouvrages taillés dans le roc et souterrains qui y sont creusés, ses magasins et logements à l'épreuve de la bombe, l'ont fait réputer imprenable.
Cette forteresse borne absolument l'entrée du Piémont par le grand mont Cenis et la Novalaise, mais elle n'a pas le môme avantage par la droite, si l'ennemi n'occupe pas les hauteurs des cols de l'Assiette et de Fenêtre, puisqu'on peut entrer dans Suze sans être vu de la forteresse et de là, en côtoyant la montagne de droite, se rendre à Bussolin, pour y couper la seule communicatioa par laquelle cette place puisse être secourue, sans que sa garnison puisse nous inquiéter.
Fénestrelle. — Féncstrelle, dans la vallée de Pragelas, n'a pas moins été soignée par le roi de Sardaigne ; de nouvelles fortifications sur la gauche, un fort sur la droite, et quelques redoutes rendent maintenant l'entrée du Piémont aussi diliicile par cette vallée que par celle de Suze.
La chaîne des hauteurs qui sépare ces deux vallées est hérissée de redoutes et de retranchements qui forment avec les places d'Exilés, Brunette et Fénestrelle, un ensemble de défenses insurmontable, si l'ennemi prend position entre ces places. L'affaire trop fameuse de l'Assiette vient à l'appui de cette vérité.
Ces places de guerre ne permettent qu'une défensive active dam les vallées. — Il ne serait donc pas prudent de compter sur la prise de ces places pour se porter sur Turin. La vallée de Sture, le col de Tende et la vallée du Tanaro, donnent, comme on le verra, des débouchés non seulement plus favorables à la grosse artillerie, mais même propres à faire une telle diversion sur les ennemis, que leurs projets puissent être déconcertes et nos succès plus certains.
Les vallées de Suze et de Pragelas ne doivent occuper nos troupes que pour une défensive active, telle que si les places du roi de Sarde n'étoient pas suffisamment approvisionnées, ou qu'il n'eût pas un corps de troupes d'observation pour nous empêcher de couper la communication de ces places avec la plaine, on pût obtenir quelques succès et passer de la défensive à l'offensive, de manière à faire une telle diversion dans ses forces que sa défaite n'en fût que plus accélérée. Dans ce cas, la division des monts Saint-Bernard pourroit tenter de pénétrer dans la plaine et concourir aux succès de la division du mont Genèvre.
Dans la supposition où l'ennemi aurait mis cette partie de ses frontières dans un bon état de résistance, tant par les forces permanentes de ses places, que par des forces extérieures et observatrices, il en résulterait au moins l'avantage de tenir en échec par une fausse attaque un assez grand nombre de troupes pour 1 affaiblir aux environs de Coni, oii seraient dirigées nos principales attaques.
3* MOYEN : Par les cols de Tende et de VArgentière. — C'est en effet celte partie des frontières qui nous présente les plus grands avantages. Si dans les guerres qui ont précédé celle-ci, les généraux ont été parlagés de sentiment sur les deux moyens d'entrer en Piémont, par les vallées de Suze et de Féneslrelles ou par les cols de Tende et de l'Argentière, celte discussion ne peut plus être mise en problème depuis la construction du grand chemin de Turin, passant par Coni. Les avantages que présente ce côté sont d'autant plus marqués depuis la prise de Saorgio, que la position de l'année d'Italie nous rend maîtres de la vallée du Tanaro, par laquelle on peut faire des mouvements combinés avec ceux du col de Tende, et que la vallée de Sture, plongée sur la rive droite par la gauche de l'armée d'Italie, a ses positions et ses défilés tournés par nos postes, et ne peut plus présenter d'obstacles à la marche de l'armée des Alpes secourue par celle d'Italie, de manière que les deux armées peuvent sans diftïculté se porter dans la plaine jusqu'au pied des forteresses ennemies.
Ces forteresses sont Démonte, Coni et Ceva, toutes en première ligne dans l'état actuel des choses.
Démonte. — Demont est une petite place que les Piémonlais ont rétablie depuis la dernière guerre ; on peut la dépasser par le revers de la montagne de la droite, sans craindre le canon de ses
fortifications, et couper sa communication avec Coni, en se rendant maître du pas de l'Ourse et de la butte des Châtaigniers, sur laquelle on peut établir les batteries de siège et soumettre cette place à 15 jours au plus de tranchée ouverte, si le bombardement ne nous en assure pas plus vite la conquête.
Ceva. — Le fort de Ceva a plus d'étendue ; c'est un octogone irrégulier, dominé au nord-est parla hauteur de Monbarqué, que les ennemis occupent maintenant en forme de camp retranché : il suffirait de le forcer dans cette position, pour soumettre cette place, encore plus promptement que celle de Demont si l'on pouvait y faire parvenir du gros canon.
On sait que la route d'Oneille présente des difficultés insurmontables à cet arrivage, et que la mer et puis la route d'Albenga pourraient exposer à des événements fâcheux, mais comme il existe un grand chemin de Coni à Ceva, bon pour les voitures, en passant par Mondovi, il serait plus prudent de remettre l'attaque du fort de Ceva et de Mondovi, après la prise de la forteresse de Coni, si la prise de ces deux forts devient efifectivement nécessaire, et dans ce cas ils ne pourroient pas faire une longue résistance. Leur chute pourroit bien dépendre de celle de Coni.
Coni. — Celle-ci est la plus forte de ces trois places et cell^ qui peut renfermer le plus de garnison. On peut y aller par le grand chemin et par la vallée d'Esture, avec de la grosse artillerie. Cette place est contreminée et peut faire une longue résistance, mais aussi elle est la clef du Piémont et peut décider de la conquête.
Mais la prise de Coni doit être précédée de celle de Demont, parce que si cette dernière restait au pouvoir de l'ennemi pendant le siège de Coni, ils auraient un développement trop favorable par leur droite pour nous inquiéter et diviser les forces destinées à protéger le siège pour se mettre à même par là de jeter malgré nous du secours dans cette place, attendu qu'il nous sera toujours difficile et peut-être impossible de la circonvaller en entier. Ils pourroient aussi nous couper la communication de la vallée de Sture, ce qui ne laisserait pas que d'être un grand inconvénient, quoi qu'il nous restât encore le principal débouché : celui du grand chemin de Tende.
En effet, la quantité de rivières et canaux qui sont dans le voisinage de cette place nécessitent plusieurs ponts, les uns difficiles, les autres presque impossibles à établir à cause de la quantité d'îles qui rendent leurs cours irréguliers, principale-
ment dans la partie inférieure de la Sture, et les fréquentes crues auxquelles ces rivières ou torrents sont sujets, rendent toujours rétablissement des ponts très précaire. Ce serait donc avec raison qu'on ne serait pas sans crainte pour la communication des différents corps de troupes assiégeantes et principalement pour leur retraite en cas d'échec.
Si, au contraire, on se rend maître de Dcmont avant d'entamer Coni, on sent fort bien qu'il en résultera l'avantage précieux de nous assurer la retraite d'une partie de l'armée par l'Argenlière, en cas d'échec, de donner un bon point d'appui à la gauche de l'armée assiégeante, et de la couvrir contre tout ce qui tenterait de déboucher des vallées de Grana, Maïra et Yraïta, autrement dit Château-Dauphin, et enfin de resserrer l'ennemi dans un tel espace, qu'il ne put nous dérober ses mouvements ni inquiéter nos opérations d'attaque ainsi que nos communications.
L'attaque de Demont avant Coni serait d'autant plus facile que le grand chemin de Tende peut donner le moyen de tromper l'ennemi sur ce projet en faisant des mouvements vers Coni, qui l'inquiéleraienl sur le compte de celte place et l'engageraient à s'affaiblir du côté de Demont.
Expédition des Barricades. — On sait, par la connaissance du local et par l'expérience des guerres qui ont eu lieu dans ces contrées, que le siège de Demont doit être précédé de la prise des Barricades; cette expédition, qui étoit devenue une affaire majeure en 1744, parce que nous n'étions pas alors maîtres de Saorgio et que la non-existence du grand chemin de Tende rendait la vallce de Slura le chemin le plus favorable pour entrer en Piémont, ce qui devait porter naturellement l'ennemi à nous attendre en force dans cette vallée; celle expédition, dis-je, serait d'autant plus facile actuellement, que par la position de l'armée d'Italie, les avantages que présentait alors à l'ennemi le défilé des Barricades tombent d'eux-mêmes, ou que du moins elle nous met à môme de les tourner rapidement et d'envelopper l'ennemi s'il s'avisait d'y vouloir tenir plus longtemps.
Ces trois expéditions : la j)risc des Barricades, le siège de Demont et celui de Coni, se succèdent dans l'ordre de l'accroissement des difficultés qu'elles présentent, ce qui faciliterait le moyen d'entrer en exécution avant le rassemblement total des forces qu'exigerait la conquête du Piémont.
Il n'est pas douteux que celui-ci ne dépende décidément de la réussite du siège de Coni ; une fois possesseurs de celle clef du
Piémont, si la saison et le nombre disponible des combattants le permettent, ainsi que les approvisionnements en vivres, munitions et équipages de campagne relatifs à un pays de plaines traversé de rivières, rien n'empêcliera de se porter on masse sur Pignerol et Turin pour terminer glorieusement la campagne, sans s'occuper des forts de Céva et Mondovi, parce que je suppose que la garnison de Coni serait assez forte pour tenir en échec celle de ces deux forts et assurer la marche de nos convois.
Du reste, on peut espérer, comme je l'ai déjà dit, que la chute de Coni entraînerait celle de Ceva et Mondovi, parce qu'il est naturel de croire que l'ennemi ne cherclierait point tant à renforcer la garnison de ces deux forts qu'à couvrir la capitale du Piémont.
Si, au contraire, les circonstances obligent, comme cela paraît vraisemblable par l'avancement de la saison, de remettre à la campagne suivante la conquête de celte capitale, il devient prudent et essentiel de s'emparer de Ceva et Mondovi, pour avoir des points d'appui sur notre droite qui, avec Coni et Demont, nous procurent une ligue de défense qui permette de se soutenir avec sécurité au delà du col de Tende, pendant les rigueurs de l'hiver.
Les raisons qui ont fait lever le siège de Coni au prince de Conti, en 174-4, par la crainte d'avoir ses communications coupées avec le comté de Nice et le Dauphiné, ne sont pas applicables aux circonstances dans lesquelles se trouverait maintenant l'armée française, attendu qu'elle aurait une ligne de défense bien meilleure et plus solidement établie, et que d'ailleurs le grand chemin de Tende nous promet une communication sûre, sauf à en faire déblayer les neiges du col pendant la mauvaise saison.
On sent fort bien que la difficulté de faire arriver de l'artillerie à Ceva est levée lorsqu'on est maître de Coni et du grand chemin de communication de ces deux places passant par Mondovi, et que, par conséquent, la conquête de Ceva ne doit point éprouver d'obstacles.
Elle serait d'autant plus utile à l'armée française, dans le cas oîi celle-ci serait obligée d'hiverner sur le revers septentrional des Alpes-xMaritimes, que ce fort, non seulement couvrirait la droite de l'armée, mais aussi la mettrait à même de prendre avec plus d'assurance un point d'appui sur la mer, à Finale ou Savone, si les circonstances politiques l'exigeaient.
Soit que la conquête de Turin s'exécute à la fin de cette cam-
pagne, ou qu'elle soit remise à la campagne suivante, on ne pense pas que la place de Pigncrol puisse beaucoup retarder notre marche sur Turin ; les fortifications de Pignerol ne sont pas assez redoutables pour résister à une armée triomphante el nombreuse.
Prise de Pignerol. — La prise de Pignerol et la marche des Français sur Turin prenant de revers les places de Fenestrelles, Exilleset Suze, la division du mont Genôvre aurait beau jeu pour enlever ces places si elle ne l'avait déjà exécuté, et par conséquent, faciliter le rapprochement de la division du mont Saint- Bernard par le val d'Aoste, pour envelopper par une masse imposante de républicains armés les forces réunies du Tyran sarde, sous la protection des fortifications de sa capitale.
Prise de Turin. — On ne peut répondre de la durée du siège de cette place, elle a de bonnes fortifications extrêmement rasantes et des galeries de contremine qui peuvent lui procurer une longue résistance; mais les magasins et souterrains à l'abri de la bombe n'y sont pas proportionnés à la nombreuse garnison qu'exige la place; ainsi le bombardement pourrait bien accélérer sa conquête.
Les efforts inutiles de Louis XIV sur cette place en 1706 ne doivent pas nous étonner.
L'armée du duc de Savoie étoit plus nombreuse et plus guerrière que celle que nous aurions à combatire dans ces circonstances : et la cause des peuples, maintenant séparée de celle des rois, serait décisive en notre faveur.
Influence de la conquête du Piémont sur la paix de l'Europe. — On ne peut calculer la suite des événements militaires et politiques qui suivroient la conquête de Turin. La chute d'un des rois coalisés pourrait faire triompher la République de tous ses ennemis et donner la paix îi l'Europe ; mais je suppose que la coalition s'obstine à vouloir résister au torrent révolutionnaire de la Liberté. La jjrise de Turin nous met dans le cas de la poursuivre jusques dans ses derniers retranchements.
En effet, rien ne nous empêcherait d'aller l'altaqucr dans Milan ou dans Alexandrie suivant que les mouvements de l'ennemi l'exigeraient et suivant le parti que Gênes prendrait à cette époque de nos triomphes.
Si les guerres de ce siècle, sous Louis XIV et Louis XV, ne
nous ont pas procuré des avantages soutenus dans ces contrées, on le doit autant à des combinaisons trop bazardées et, par conséquent éloignées des règles de l'art, que la pusillanimité de la cause qui menoit les troupes au combat, résultat ordinaire de l'injustice ou du caprice des rois.
Forces nécessaires pour cette conquête. — Si cette discussion peut fixer les idées sur les moyens de pénétrer en Italie dans les circonstances présentes, il importe d'y appliquer une disposition de troupes analogue à des opérations aussi importantes.
Aperçu des forces ennemies. — D'après le peu de renseignements qui nous sont parvenus, on peut conjecturer que l'armée ennemie, depuis la vallée d'Aoste jusqu'à Ceva, se monte à peu près à 30,000 hommes, dont 5,000 à 6,000 hommes de cavalerie, et sans compter le rassemblement des Autrichiens à Alexandrie et Tortone, qu'on peut estimer être de 10,000 hommes, ce qui, par la possibilité de la réunion de ceux-ci aux premiers, peut nous faire établir en principe que les forces que nous aurions à combattre en Piémont pourroient se montrer à 40,000 hommes.
Effectif de celle des Alpes. Partie disponible. — L'armée des Alpes est de 30,000 hommes effectifs, mais le système défensif réservé à cette armée sur les frontières de la Savoie et sur celles du haut Dauphiné donne un excédent de 20,000 hommes qu'on peut faire filer par l'Argentière pour agir sur les Barricades et Demont, et puis se réunir sous Coni à la partie active de l'armée d'Italie destinée à pénétrer également en Piémont par ce côté.
Effectif de l'armée d'Italie. — L'armée d'Italie n'est que de 40,000 hommes effectifs, sur lesquels 10,000 sont indispensablement nécessaires pour contenir le département conquis des Alpes maritimes, et pour assurer à l'armée qui agirait offensivement, la marche des convois et lui donner protection en cas de retraite.
L'incertitude de la politique de Gènes, la possibilité d'une diversion de la part de l'ennemi par le Milanais et l'Alexandrin sur Gênes ou Savone (ce qui ne serait pas le plus mauvais parti qu'il eiit à prendre), la prévoyance nécessaire en faveur des côtes qui pourroient être inquiétées par les Anglais si la Corse tombait en leur pouvoir et leur laissait des forces disponibles.
toutes ces considérations réunies exigent une réserve, au moins de 10,000 hommes pour se porter, suivant les besoins, sur Gènes ou sur les côtes.
Partie disponible. — Il ne resterait donc de disponible de l'armée d'Italie que 20,000 hommes qui, réunis aux 10,000 provenant de l'armée des Alpes, ne feraient en tout qu'une masse de combattants égale en nombre à celle des ennemis, c'est-à-dire de 40,000 hommes.
Augmentation indispensable. — Si l'on fait maintenant attention qu'à mesure que l'ennemi se repliera dans la plaine, ses forces se réuniront et s'augmenteront toujours par ce moyen, tandis que l'armée française s'affaiblira par les postes qu'elle aura à garder, par le changement de climat et par le genre de guerre qu'elle aura à faire, je ne pense pas qu'on puisse se dispenser de renforcer les deux armées de 20,000 hommes au moins d'infanterie et de S, 000 h. 6,000 de cavalerie, indépendamment des accessoires en artillerie légère et compagnie de sapeurs-mineurs et pontonniers.
11 résulteroit de là une armée de 65,000 à 66,000 hommes pour conquérir le Piémont sans avoir rien à craindre ni pour Gênes ni pour les côtes, et la bravoure française est le garant incontestable de leur succès et du triomphe de la liberté.
OBJETS A TRAITER A l'aPPLI DE CE MÉMOIRE :
•1° Disposition des divisions des deux armées à réunir sous un même chef;
2» Marche des colonnes i)our l'expédition des Barricades;
3° Marches sur Demont, siège de cette place, postes à occuper pour observer l'ennemi pendant le siège, mouvements sur Coni et sur Ceva pour faciliter ce siège;
4° Réunion des deux armées sous Coni, siège de celte place, opérations de l'armée d'observation ;
5° Marche des colonnes et ])ositions à occuper dans la plaine, comparées avec les mouvements rétrogrades de l'ennemi pour couvrir Turin ;
6° Opérations relatives au siège de Turin;
7» Mouvement qu'aura à faire l'aimée si l'ennemi se portait sur Gènes et Savone;
8° Défensive des côtes et places maritimes si les Anglais s'avisaient de les menacer.
Note sur la position politique et militaire de nos armées de Piémont et d'Espagne, remise par Robespierre jeune, l^r thermidor an II.
Si la République avait assez d'infanterie pour faire la guerre offensive avec ses quatorze armées, il lui manquerait pour ce genre de guerre de la cavalerie.
Si elle avait de l'infanteria et de la cavalerie en suffisance, il lui manquerait :
1° De bons sous-officiers pour conduire tant de troupes dans un système attaquant ;
2° Des chevaux, des harnais, des voitures pour les charrois et vivres ;
3° Des équipages d'artillerie assortis, de la poudre et des voitures d'artillerie.
2s OBSERVATION.
II est donc indispensable, lorsque l'on a quatorze armées, que chacune fasse un genre de guerre relatif:
Au projet général de la guerre ;
A la force et aux circonstances, soit topographiques, soit politiques, de l'état qui lui est opposé.
Le genre de guerre que chaque armée doit faire ne peut être déterminé que par l'autorité supérieure.
C'est par ces considérations surtout que l'on se pénètre de la nécessité absolue dont est, dans une immense lutte comme la nôtre, un gouvernement révolutionnaire et une autorité centrale qui ait un système stable, donne à chaque ressort tout son jeu et qui, par des vues profondes, dirige le courage et rende nos succès solides, décisifs et moins sanglants.
Le genre de guerre que doit faire chaque armée doit donc être déterminé :
1° Par les considérations déduites de l'esprit général de notre guerre ;
2" Par les considérations politiques qui en sont le développement ;
3° Par les considérations militaires.
CONSIDÉRATIONS DÉDUITES DE l'ESPRIT GÉNÉRAL DE NOTRE GUERRE.
L'esprit général de notre guerre est de défendre nos frontières. L'Autriche est notre ennemi le plus acharné; il faut donc le plus possible que le genre de guerre des différentes armées porte des coups directs ou indirects à cette puissance.
Si les armées qui sont sur les frontières d'Espagne embrassaient le système offensif, elles enlreprendraient une guerre qui serait à elle seule une guerre séparée. L'Autriche et les puissances d'Allemagne n'en ressentiraient rien. Elle ne serait donc point dans l'esprit général de notre guerre.
Si les armées qui sont sur la frontière de Piémont embrassaient le système offensif, elles obligeraient la maison d'Autriche à garder ses états d'Italie, et, dès lors, ce système serait dans l'esprit général de notre guerre.
Il en est des systèmes de guerre comme des sièges des places: réunir ses feux contre un seul point; la brèche faite, l'équilibre est rompu ; tout le reste devient inutile et la place est prise.
C'est l'Allemagne qu'il faut accabler ; cela fait, l'Espagne et l'Italie tombent d'elles-mêmes.
Il ne faut donc point disséminer ses attaques, mais les concentrer.
Le système offensif en Piémont iniluc sur la Pologne et encourage le Grand Turc.
Si nous obtenons de grands succès, nous pouvons dans les campagnes prochaines attaquer l'Allemagne par la Lonibardic, le Tcssin et le Comté de Tirol, dans le temps que nos armées du Rhin attaqueraient le cœur.