I. — LES BRAS DE LEVIER
La ligne de démarcation qui existe entre la gymnastique pédagogique et la gymnastique hygiénique et médicale n’est pas si tranchée qu’on ne puisse considérer ces trois manières d’application du mouvement comme un seul système. Ling avait fort bien compris que la médecine et l’hygiène, par le mouvement physique, doivent pénétrer dans l’école, de même que la méthode pédagogique du mouvement doit entrer dans la clinique. 11 ne saurait donc y avoir de solution de continuité entre la gymnastique pédagogique appliquée au développement physique (le la jeunesse, de l’adolescence ou de l’âge mùr, la gymnastique hygiénique à laquelle on demande une préservation contre les atteintes dans la lutte pour la vie, et la gymnastique médicale appliquée spécialement au traitement de certaines maladies.
Jusqu’à l’âge de sept ans l’enfant est un tube digestif; à partir (le cet âge et dans l’adolescence, c’est une vésicule pulmonaire; l’adulte est un cerveau. En cela la progression est normale dans l’évolution physiologique des organes. La fonction du tube digestif chez l’enfant succède à la fonction du foie chez le fœtus; la fonction pulmonaire qui débute au premier contact avec la vie aérienne n’acquiert son complet développement qu’après plusieurs années d’accommodation au milieu extérieur; elle continue durant toute l’existence pour s’atténuer cependant dans la vieillesse. Le cerveau entre vraiment en scène vers l’âge de dix-huit à vingt ans. De longues années ont été nécessaires à son complet développement qui, pour être normal, doit être lent et progressif. Ce développement continue pendant toute la vie jusqu’à la vieillesse. Celle-ci peut fournir une somme de travail cérébral supérieure à la somme de travail pulmonaire ou musculaire. L’acte musculaire agissant sur la nutrition générale dont les répercussions sont digestives, respiratoires et cérébrales, il est indispensable que les praticiens chargés de provoquer cet acte possèdent des connaissances qui, nécessairement, doivent être fort étendues.
Une pédagogie mat comprise, parce que jamais elle ne fut conseillée par l’hygiène des exercices physiques, d’ailleurs fort peu connue encore, a renversé la proposition citée plus haut; en voulant faire produire au cerveau de l’enfant, en voie d’évolution, plus qu’il ne peut et ne doit donner, elle provoque des désor(ïres graves. Les parents aiment trop leurs enfants pour la satisfaction mal placée d'un amour-propre familial égoïste. Pour lutter contre le surmenage intellectuel, pourvoyeur des congestions et des inflammations du cerveau autant que de la tuberculose, il faut faire fonctionner les poumons par les muscles, au risque même de provoquer des fractures osseuses qui se réparent facilement alors que les affections cérébrales sont le plus souvent irréparables, sinon mortelles. C’est pourquoi notre objectif a toujours été la protection du cerveau de l’enfant et d^ l’adolescent, en vue d’une fin physiologique et sociale meilleure. -Nous avons ainsi répondu au vœu émis en 1887 par l’Aca4émie de médecine et satisfait à un devoir de conscience médicale, au nom de la santé publique et scolaire.
Il semble que vouloir faire respirer l’enfant et l’adolescent ait été chose facile et acceptée de tous, comme vérité banale. U n’en fut rien hélas! car sans cesse nous vîmes se dresser contre nous les programmes scolaires, les examens, les concours, l’orgueil et l’égoïsme des familles, renforcés par le besoin de succès scolaires des maîtres. Le tube digestif de l’-nfant de six ans et la vésicule pulmonaire de l'adolescent de quinze ans
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furent s:iriili('s au cruveau, soumis àuii f^'ava^e intensif et désas- Ireiix. I‘en(l.int ce leni|>s-là, la |io|iul,ilrf()n des asihis d'aliéïK'-s auf^iiHMiU^ sans cesse !
Nous avons dcmoiitii- l■olnllien la science du mouvement est eom|)le.\e sous ses diverses inanifeslalions physiques et i)syclii- (jiH's. NOuloir l’uliliser- au dcvfdoppement de l’individu en tant (|u’('tre agissant et pensant dans l’i'lat de sant(i ou de maladie, «•'est étaldii' pai’ avance (|u’on |>osscde les (jualitfss scientitiiines requises |ioui’ radie a|qtli< alinn. (l’est (louiajuoi les connaissances scienlili(jues du maîire de f,'ymnasli(|m! doivent ('tre le ]dus (’lendues possilde dans le <loniain(! de la |i(hla;;of,'ie, de la physiolof,M(', de la psy (diolo^ie, d(! la mécanique liioloi;ii|ue. de la tliérapeulique, de reslliéli(|ue, (de.
Il doit surloul connaître le fom dionnenient de la machine humaine au point de vm; des a(dions niulliples de ses hras de levier, sur lesipuds il af;it pour la imd.tre en fonction musculaire, respiratoiia;, circulaloiia!, psychiiim*, etc.
Tous les mouvements aidifs ou passifs (|ui sont apjdicjués à la iinmdiine humaiiuî ont donc, [uxir agent diiaud, ses hras de levier mis en action (lar les muscles, ceux-ci agissant directement par leur contraction volontaire dans les mouvements actifs, ou agissant [(assivement par un mouvement (jui leur est imposé.
La gymnasti(]ue se divise en gymnasli(iue sans appareils (d, avec appareils. Selon (|ue le mouvement est libre et indépendant de tout agent extérieur ([ui le provoejue, ou selon (jue ce mouvement est imposé, son application et ses résultats sont dilfid-ents.
l.a gymnastique libre com|irend : 1" la gymnastique à mouvements rythmt'S, a]iprKiués selon des règles lixes de géométrie Idologique, en vue du déveloiipement ral ionnel du corps; c’est la gymnastique oi thomoriihiiiue ; 2'' la gymnastique à mouvements libres, sans souci de la pureté de la forme à acquérir au point de vue de l'harmonie des lignes et de l’esthétique, mais agissant surtout sur le caractère par des manifestations personnelles de la volonté et de rintelligence : c’est le jeu actif au plein air. Ces deux gymnastiques se complètent l’une par l’autre ; elles forment la base de toute éducation physique psycho-dynamiciue, si les mouvements imposés et rythmés agissent sur le développement architectural de l’individu, les jeux et exercices physiques libres au plein air agissent sur le moteur même de la machine humaine, c’est-à-dire sur la volonté et sur le caractère; et réciproquement, volonté et caractère réagissent sur la manière d’être du jeu, qui est variable selon le tempérament de l’individu et de la race.
11 faut considf'rer dans l’application des mouvements la valeur et la fonction des bras de levier humains, en même temps que celle des bras de levier mi’caniques, dans leurs rapports mutuels, pour l’action à accomplir. Les bras de levier mécaniques augmentent ou atténuent l'action des bras de levier humains, par leur opposition ou par leur provocation à l'amplitude du mouvement, c'est-à-dire à l’ouverture ou à la fermeture des sinus de l'angle formé par le segment articulaire osseux mis en jeu.
Les bras de levier mécaniques peuvent êire fixes, rigides, en équililire stable, <)u bien mobiles, élaslicjues et en é(iuilibre instable. Selon qu’ils sont tels ou tels, ils agissent dill'éremment sur les bras de levier humains, (jui, par l’action musculaire, lieuvent également être eux-mêmes fixés ou mobilisés, rendus rigides ou élasli(|ues, mis en é(iuilibie stable ou instable.
On comprend aisément avec quel ordre il faut procéder dans l’application des mouvements quand on veut agir sûrement. Ceux-ci s’enchevêtrent si facilement les uns dans les autres, et leur nombre incalculable est si élevé que seule une bonne méthode scientifique [leut mettre un peu d’ordre où sans elle il ne peut y avoir que du désordre, par le seul fait des millions et des millions de combinaisons qui naissent de l’action réciproque des bras de levier entre eux. 11 faut donc sérier et procéder du simple au composé. Les mouvements aux agrès peuvent se diviser ;
1“ En mouvements dans les(juels le point d’appui mécanique est rigide, fixe et en éijuilibre stable, tel qu’un mur, un plancher, une poutre, etc., sur leijmd les bras de levier du corps humain s'adaptent en équilibre stable par leur fixation comjdète, ou bien en équilibre instable par leur fixation incomplète.
2“ En mouvements avec point d’appui mécanique rigide, en équilibre instable pour les stations assises, avec jioint d’afqnii humain sur le sol, comme par exemide dans les mouvements
ondulatoires provorjiiés |iar le fauteuil ou la selle à ondulations ly f h rmh'S.
Eu mouvements avec jioint d’apjiui mécaniipie fixe eu é(]ui libre instable pour la station suspendue, tels (jue les agrès de suspension à [livot : trajiè/.e, anneaux, avec ou sans point d’appui des |deds sui' le sol.
à” Eu mouvements avec; jioint d'aiqmi mécani(jue non rigide, élastiijue et à é(|uilibre instable, tels (jue les apjiareils de traction élasli(|ue eu caoutchouc, à lessort à boudin, etc., avec Jioint d’apjiui du corps sur le sol.
îi” En mouvements à bras de levier humains agissant jiar ojiposition sur d’autres bras de levier de même nature, en modifiant volontairement et muluellemeiit leur' fonction les uns visa-vis des autres comme dans la lutte on dans les mouvements d’opjiosilion de rojiérateur gymnaste sur ceux du jiatient, ainsi (jue cela se jirali(|ue dans la gymnastiijue mi'dicale.
ti" Eu niouveimmts à bras de levier humains agissant simjilement sur les muscles, les viscères, la jipau, etc., comme dans le massage, où les bras de levier seuls de l'ojiérateur agissent.
l.e corps humain est articulé dans toutes ses pai ties. I.e jeu de chaque articulation est en raison de sa fonction. Les articulations ajipartiennent aux trois genres de leviers connus en mécani(jue; elles sont diversement réjiarties dans les trois princijiaux segments du corjisile segment inférieur, avec les jamhes; le segment supérieur avec les bras et la tête ; le segment moyen avec le tronc.
Dans les segments supi'rieur et inférieur, par exemple, le jeu articulaire «litière, selon sa fonction, dans sa totalité ou dans chacune de ses parties.
C’est ainsi que l’articulation du bassin, qui est l’articulation la plus déveloj(pée et la plus épaisse du corps, est spécialement établie pour supporter le poids du corps et pour décomposer tous les chocs jirovoqués par tous les mouvements du train inférieur.
Le tronc, renfermant les organes essentiels à la vie, cœur, poumons, masse intestinale, glandes à sécrétions : foie, reins, etc., doit être constamment protégé contre les chocs trop violents provo«iués par l’appui alternatif des pieds sur le sol, dans la marche, la course ou le saut. Le tronc supporte également un organe essentiel, au sommet d’une tige légère, llexible et rigide à la fois : la tête, qui, avec le cerveau et avec tous les organes sensoriels, est placée en vedette au sommet de la colonne vertébrale, ainsi qu’une vigie au sommet du grand mât d’un navire ; cette vigie, j)Our bien voir, doit toujours être placée dans un plan perpendiculaire au sol et dans l’axe central du segment moyen qui la supporte. La colonne vertébrale, qui supporte la tête, émet les ccjtes, expensions osseuses qui se recourbent latéralement en avant, en arcs protecteurs, pour défendre le cœur et les poumons contre les attaques du dehor.s. Les articulations des côtes sont très soujiles et très élastiques pour permettre au cœur et aux poumons de fonctionner, car ces deux organes sont essentiellement élastiques, .\u-dessous du diaphragme, dont la voûte, en forme de dôme, sépare la cage thoracique de l’abdomen, se trouve la masse intestinale, qu’une ceinture musculaire enserre et protège. Cette masse molle ne pouvant se porter en arrière, où elle est mainlenue par la colonne vertébrale et les os du bassin, a une tendance à être toujours projetée en avant, pour peu que le tronc abandonne le plan jicrpendicniaire à l’horizontale, c’est-à-dire la station tyjie de la machine humaine en fonction complète, au repos et d(’hout.
I.’articulation «lu bassin doit être constituée de telle sorte que le segment moyen, tronc et tête, puisse toujours et très facilement se placer dans le plan verlical. Il faut que son jeu soit assez étendu et surtout assez solide pour décomj)oser les mouvements infinis qui, partant du train inférieur et du segment moyen, viennent aboutir au point de conctact commun dans l’articulation du bassin 1). Celle-ci est formée de la tête ronde du fémur jouant dans une cavité qui l’emboîte; cette tête joue dans tous les sens.
L’articulation appartient au type connu en mécani«iue sous le nom de « joint universel ». Ses jtoints d’appui sont solides; la t(''te du fémur est maintenue dans la cavité cotyloïde du bassin non seulement par les muscles épais des fessiers, des ligaments très forts et très résistants, mais surtout jiar la pression atmosphériijue f/ùy. 2).
Lue telle articulation, si solide soit-elle, possède le défaut de ses qualités. Si elle peut fonctionner en tout sens autour de l’axe