La Musculation
Les muscles extenseurs jouent un rôle important, car ils ont pour fonction de lixer les surfaces articulaires sur un même plan perpendiculaire les uns aux autres. C’est sur eux que l’attention doit surtout être portée dans les exercices physiques appliqués au point de vue morphologique ou médical.
Les principaux muscles extenseurs du segment inférieur sont les fessiers et le massif musculaire lombaire qui maintiennent le segment moyen en équilibre
sur le segment inférieur; le Iricops fémoral, avec la patte d’oie, (}iii recouvre la rotule et qui maintient la jambe sur la cuisse; les jumeaux, avec le tendon d’Achille, qui maintient le (lied sur la jambe.
Ainsi, toute modilication osseuse, articulaire ou musculaire dans le jeu du segment inférieur a forcément une répercussion sur le jeu du segment moyen et su[)érieiir. Il faut donc que le segment inférieur puisse, par lu tonicité et l’élasticité de ses muscles autant (jne par la solidité des ligaments articulaires, et jiar la pureté des surfaces osseuses, se transformer en fût de colonne rigide, droite, solide, en équilibre stable, sur lequel le segment moyen puisse prendre un point d’appui fixe, d’après un plan normal perpendiculaire à l'iioiizoïilale. Ainsi le segment inférieur est transformé, par l’action même des muscles extenseurs, en agrès de gymnastiiiue rigide sur lequel peuvent jouer, dans un très grand nombre de jilans, le segment moyen, le segment supérieur et la tête. I.a valeur d’une grande partie, je dirai même de la plus grande partie des mouvements de gymnastique avec ou sans agrès de soutènement dépend de la pureté de la forme qu’on impose au segment inférieur avant de commencer tout autre iiioiivemeiit des segments supérieurs ; c’est pourquoi la pureté des mouvements des bras dépend de la pureté de la ligne dans laquelle passe le plan du segment inférieur des jambes.
Dans le segment moyen, le développement musculaire est plus prononcé en arrière qu'en avant, et cela surtout dans la partie intérieure et médiane du dos.
Le massif musculaire des lombes est fort épais; il est enserré dans des gaines tendineuses solides qui le maintiennent et l’attachent aux os du bassin, en arrière; ces os sont recouverts eux-mêmes de muscles fessiers, masse charnue très épaisse, dont les faisceaux musculaires sont parallèles entre eux depuis leur point d’insertion sur le fémur [fig. 3). Les muscles lombaires sont allongés en arrière, en cylindre applati remontant le long de la cage thoracique. Ces muscles, jiar leur rôle puissamment extenseur, forment un ressort muculaire épais qui einpêclie le tronc de tomber en avant sur les jambes.
Le rôle des muscles lombaires est très important dans l’acte respiratoire pulmonaire et par ce fait même pour la circulation sanguine, car en maintenant le tronc dans le plan physiologique, ils lui permettent de conserver la seule attitude dans laquelle les poumons peuvent emmagasiner le maximum d’air, jouer dans le plus grand axe, sans gêne et sans à-coup. Le cœur lui-même est d’autant plus libre que la circulation pulmonaire est plus étendue.
Les groupes musculaires de la région supérieure du tronc ont leurs faisceaux dirigés en éventail excentriquement; les faisceaux du trapèze, par exemple, se dirigent du dedans en dehors, de haut en bas, de bas en haut et horizontalement vers un même point, à la partie supérieure du bras, de même ceux dessus et sous-épineux, du sous-scapulaire, du deltoïde, dont le sommet inférieur s’insère non loin de l’insertion du trapèze. En avant, à la partie supérieure de la poitrine, les faisceaux du pectoral s’étalent également en éveiifail, ils convergent de dedans en dehors vers ceux du deltoïde et du trapèze, au sommet de l’humérus [fig. k ). Les faisceaux inférieurs et horizontaux du trapèze sont plus nombreux <jue les faisceaux supérieurs. Cette forme en éventail permet au bras de jouer avec une grande liberté dans une articulation qui tient à la fois de l’articulation à «joint universel », et de l’articulation en « forme de pince ».
La solidité de l’articulation du bassin, faite pour supporter tout le poids du corps et pour décomposer les mouvements; est remplacée, à l’épaule, par une très grande 'souplesse 5 et 6). Les surfaces aiticulaires de la icte de 1 humérus
Fig. 3.— Muscles fessiers montrant la direction oblique et parallèle de ses faisceaux musculaires (d’après Testut).
l.A av M N ASTIQUE MÉDICALE
dans la cavilâ j^O'nnide <lc ri'iiaiilc soni loi t r(“làrh<'(“H. 1,’arliculation lia rr-|iaiilo (“sl avant tout unr ai ticnialion à Jeu libre ||n’il no tant jamais violentei- jiarce (ju’elle est située au .sommet do la caj'e lli()rai ii|ue, doni le l Ale est de iirotéfier le cieur et les iioumons, oi f^anes essentiels à la vie et donI, le ju in-
ei[ie même est l'élastirité sans huiuelle toute vie est impossible.'l’oute cause, quelle qu’elle soit, qui alti'nue cette élasticilé peut devenir une cause de maladie ou de mort.
I.a vieillesse, (]ui modilie l’élasticité des carlilaç'cs de la caf-e thoracique, tend à modilier celle des jioumons. (leux-ci jouent moins bien, d’où l’essouCIlenient plus rapide cliev, le vieillard que elle/, reniant, dont
pas encore ossiliés. La resiùration plus profonde entretient une combusiion plus intense , et cette combustion, une chaleur jdus grande. Le vieillard meurt par refroidissement. L’ossilication des cartilages de la cage thoracique contribue à ce genre de mort.
Tout exercice de
gymnastique qui modilie l’élasticité de l’articulation de l’épaule en lixant celle-ci, par la contraction violente des muscles pectoraux, delloide, trapèze, etc., doit donc èire proscrit comme nuisible au libre jeu de la cage thoracique et, par ce fait même, de la respiration.
La forme en éventail des muscles pectoraux, deltoïde, trapèze, pour la région externe ; sous-scapulaire, sous-épineux, ”rand dorsal pour la région sous-jacente, permet à la cage thoracique de se développer largement d’avant en arrière en prenant un point fixe sur les bras, attirés eux-mêmes en arrière par le mouvement de bascule de l’omoplate. Ici nous trouvons deux muscles très importants et dont le rôle est à peu près ignoré de beaucoup de maîtres chargés d’appliquer la gymnastique. Ce sont leihomboïde et l'angulaire de l’omoplate (//(/. 7). Ces deux muscles attirent le bord interne de cet os contre la colonne vertébrale où ils s'insèrent ; ils agissent à la façon d’un lien de corset. La gymnastique rationnelle, qui doit être avant tout respiratoire, a donc pour but de faire fonctionner alternativement les muscles en éventail, des pectoraux, du deltoïde, du tra-
Fic^. 4. — Muscles de la paroi antérieure du thorax (d'après Testut).
Direction en forme d’éventail des faisceaux musculaires du pectoral et du deltoïde.
A. Tirand pectoral. — H. Deltoïde. — C. Trapèze. — D. Clavicule. — K. Sterno-cleïdo mastoïdien. — F. (Irand dentelé. — G Grand oblique de l’abdomen.
f ig. 5. — Articulation f $c<iiiu!n - humôrnle J de l’épaule.
La tète de I huruérus (A) est jirésentee devant la cavité jib iK-ide de lumoplate (B,.
Fig. 6. — Coupe vertico-transversale de l’articulation sca* pulo - humérale ( d’après Testut).
A. (’orps de I hunii'-i'us — B. Col de l'omoplate. — t’avité glénoïde.
-- D, an.'itoniiijue de l'huiuérus. — (•' Iv !■; Synoviale avec son prolongeiiii iif lïiripital et son culole-sac infé- I icur.
Fig. 7. — Muscles de la région postérieure du tronc, deuxième couche (d’après Testut).
A. Petit rhomboïde. — B. Grand rhomboïde- — C. Angulaire de l'omo- ]»late. — D. Sus-épineux. — E. Sous- '•pineux.
|)èze, (les gnirids dorsaux, etc., en même temjis (jue les rhomboïdes et les angulaires de l’omoidate, (|ui sont des muscles respiratoires |iar excellence puisqu'ils forcent la cage thoraciipie à se développer d'.avanl en arrière ])endant que les mouvements en éventail des bras, dans le plan vertical, de bas en liant, augmentent la capacité respiratoire, en élevant les côtes.
Cette élévation est encore rendue jilus grande [lar le léger rejet de 1,1 tête en arrière. Dans ce mouvement de bascule, les muscles inspirateurs steriio-cleïdomastoïdieiis éleveiit la partie supérieure du sternum.
La [losition élevée des bras horizoïitaleineiil à l’épaule avec mouvements des avant-bras, dans le même plan de dedans en dehors et vice-versa, est une des meilleures attitudes de gy miiastique pour provoquer la [)lus grande amplitude thoracique et les inspirations les plus profondes (mouvement de natation). [Voir jiij. :i, E piii.ic ffiâ'.]
Les muscles de la ceinture abdominale ont une grande importance dans la fonction res- [liratoire. Ils ont pour rôle de soutenir la masse intestinale, en s’inséraiil sur les os du bassin, sur les vertèbres de la colonne
lombaire et sur les côtes. La direction de leur faisceau est droite dans le droit antérieur de l’abdomen, oblique dans le grand oblique, transversale dans le carré des lombes. Cette ceinture réagil, par sa tonicité, sur les mouvements du diaphragme. La voûte eu dôme de ce muscle s’abaisse à chaque inspiration ; elle refoule ainsi la masse intestinale par la pression qu’elle exerce directement sur l’estomac et sur le foie. La masse intestinale se trouve maintenue en arrière, eu avant et dans la partie transverse par les os du bassin et celui de la colonne vertébrale ; à la partie antérieure, par le muscle grand droit de l’abdomen, tendu comme une corde, de haut en bas, de la sixième côte au pubis (//ÿ. 8), dans la solide gaine aponévrotique de la ligne blanche à peine extensible. Sous la pression exercée, les intestins se dirigent latéralement vers les muscles grands obliques qui offrent une moins grande résistance, d’où le venlre en liesace de certains enfants chez lesquels les muscles de la ceinture abdominale ne sont pas encore assez forlifiés, ou chez les femmes dont plusieurs maternités répétées en ont distendu les fibres.
Le tracé cirtométrique révèle l’atonie des muscles obliques et transverses par renfoncement de la courbe d’inspiration dans celle de la courbe d’expiration. En effet, dans l’inspiration, la foulée intestinale repousse les muscles obliiiues de l’abdomen ; le droit antérieur de l’abdomen restant tendu comme une corde ne peut être refoulé d’arrière en avant, mais il s’incurve légèremeut, en forme d’arc, sous la poussée. Sou extrémité inférieure, inséri'-e sur l’os fixe du juibis, ne peut faire mouvoir cet os, mais il n’en est pas de même à son extrémité supérieure qui s’insère à la sixième côte.
Le sternum s'enlonce d’avant en arrière, parce qu'il est élastique et mobile. La seule vue d’un tel tracé indique iju’il faut fortifier les muscles obliques de l’abdomen (//y. fil.
(Juaiid la ceinture abdominale est bien solide, et quand tous les muscles
Fig. 8. — Muscles de l’abdomen, vus par leur face antérieure, deuxième couche (d'après Testut).
A. Muscle petit oblique tle rahiliuiicn dont les faisceaux nmseulaires dirigi's on éventail facilitent les inoiiveinents multiples de torsion de l’abdoinen sur le bassin pris comme point «l’appui fixe. — B. Coupe «lu feuillet de la gaine apoiuîvrotiqiio du grand droit de riilïdomen. — (^ Muscle grand droit diî rabiliuiicii avec scs points d'inscrtiiin aux bords oxti rieurs de la sixième céte, h sa partie supiu’ieuro ; et au pulsi.s, sa partie infôrieura.
LA (iYMNASriQI’E MEIHCÀLE
lOÜ
(|ni la coinitnseiit. sont bien eiilraînés, les intestins niaintenns dans ce corset musculaire fonctionnent mieux jiarce que la pression exercise sur eux est assez forte pour lutter contre la formation des gaz (]ui les distendent et (]ui moditient la digestion.
Il y a donc grand int^rc't, au point de vue de la nutrition
li(iuide et solide, à fortifier les muscles de la ceinture abdominale. Cet intérêt est grand aussi au point de vue de la fonction respiratoire. Le jeu musculaire facilite celui du diaphragme, c’est-àdire celui de la respiration et, par la respiration, la circulation devient plus active, surtout dans l’abdomen où les stases sanguines sont fréquentes.
En y attirant le sang en plus grande quantité par une circulation bien réglée on décongestionne d’autant les organes supérieurs : la tête, les poumons , etc. C’est pourquoi tous les exercices de gymnastique qui ont pour but de fortifier la ceinture musculaire abdominale sont excellents, car il agissent également sur la forme de l’individu.
Par une gymnastique respiratoire bien comprise on parvient à modifier très rapidement les contours de la cage thoracique, et à les rendre plus symétriques. L’entraînement a pour résultat de rapprocher la courbe de l’expiration, dans le tracé cirtométrique, de la courbe d’inspiration en régularisant le jeu des muscles de la respiration 10). L’arrêt de l’eutraîneraent provoque de nouveau une modification dans les deux courbes; le type respiratoire est moins pur, ce qui prouve que l’entraînement de la respiration doit être constant. Beaucoup de déviations de la colonne vertébrale proviennent d’une modification dans le bon fonctionnement des muscles, surtout de ceux du massif lombaire et du carré des lombes. Ceux du massif lombaire ou râble ont une importance très grande dans le développement de la forme. Ainsi que des haubans, ils tendent la colonne vertébrale et les côtes de façon à les maintenir dans une station verticale. Si un de ces groupes vient à être atteint d’une affection quelconque son action est atténuée, la traction est moins puissante, le groupe musculaire opposé attire à lui la partie sur laquelle il s’insère, le segment s’incline du même côté, l’équilibre est rompu, et le poids de la tête aidant, la colonne vertébrale se tord, s’affaisse ou s’incurve en divers sens. Les affections osseuses et articulaires contribuent également aux déviations de la colonne vertébrale, de même que certains cas d hyperesthésie cutanée chez les névropathes; les attitudes vicieuses sont alors provoquées par la douleur extrême du frottement des habits ou du corset. Le corset provoque beaucoup plus de déviations qu’il n’en guérit. On doit le supprimer et le remplacer par une simple ceinture. Le corset doit être un soutien et un aide, et non un tortionnaire. Le meilleur est celui qui est fait des muscles abdominaux eux-mêmes, bien entraînés et bien développés.
L application de corsets dits orthopédiques est le plus souvent
mauvaise. On (unprisotiiie le pauvre [lalient dans un appareil qui ne soutient (]ue fort mal des groupes musculaires peu déveloiqics. I.a fonction fait l’organe. Plus l’oi'gane travaille, plus sa fonction augmente rd, [)lu.s son dévelo()j)ement estgrand; inversement, jilus il se lepose, et moins il se dévclopjie. Les corsets orthopédi(jues ne font riu'affaiblir davantage les groufies musculaires qui ont déjà une tendance à l’inaction, en leur imposant un repos plus grand encore. Sous prétexte de rectifier l’attitude vicieuse, due le plus souvent à une modification dans la vie cellulaire de muscles (|ui devraient être traités par le mouvement, on ne fait (ju’angmonter le mal par le lepos.
Les Suédois traitent dilffuemment que nous ces affections: ils emploient le mouvement en forçant les grou[)es musculaires paresseux à travailler. Sous l’influence de ce travail médicalement provoqué le redressement de la colonne vertébrale s’établit. Que penserait-on d’un conducteur, possédant deux chevaux d’inégale force, l’un ardent et vigoureux, l’autre paresseux et faible, qui, pour mieux diriger sa voiture, soutiendrait l’action paresseuse du cheval faible par un système de brancards plus ou moins perfectionné ‘?
Le cheval robuste tirerait toujours la voiture de son côté, et, travaillant pour deux, il se développerait musculairement en raison de l’effort fourni pendant que les brancards protecteurs soutiendraient son paresseux compagnon. Il en est de même des muscles. Le corps humain est divisé en quatre territoires musculaires : gauche et droite, avant et arrière. Chaque groupe musculaire de ces territoires travaille pour lui et pour son antagoniste ; une action combinée peut seule faciliter le développement normal, physiologique et esthétique de l’individu.