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UNE CAISSE DOTALE

Sans doute, il est extrêmement louable de faire la charité; mais il n'est pas défendu d'avoir des idées de prévoyance. Une caisse dotale développe très utilement ces idées. Voici les statuts d'une de ces caisses; ils peuvent s'adapter aisément à toute espèce de groupements déjeunes filies, particulièrement à un patronage.

Caisse dotale des Enfants de Marie de l'École de...

Article premier. — Formation de la caisse dotale. — Il est fondé une caisse dotale pour les Enfants de Marie de l'école de...

Art. 2. — But de la caisse. — La caisse dotale a pour but : 1° d'habituer les jeunes filles à l'épargne et à l'économie ; 2° de leur préparer une dot pour l'époque de leur établissement; 3° d'encourager leur persévérance dans le bien et de récompenser leur fidélité aux pratiques et aux vertus de leur pieuse association.

Art. 3. — Administration. — La caisse est administrée par un Conseil particulier dont font partie :

M. le Curé, directeur d'honneur;

M. le Vicaire, directeur de l'Association des Enfants de Marie ;

La Sœur directrice de Técole de...

Art. 4. — Membres de la caisse dotale. — Peuvent faire partie de la caisse dotale les Aspirantes et les Enfants de Marie. Cependant la participation à la caisse n'est pas obligatoire ; une jeune fille peut être Enfant de Marie et n'être pas inscrite à cette caisse.

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Une jeune fille qui. pour de très sérieux motifs, n'aurait pas pu accepter d"étre Enfant de Marie, bien qu'elle eût été jugée digne, pourra exceptionnellement et sur l'autorisation du Conseil particulier, être admise à participer aux versements et aux avantages de la caisse dotale. Cependant le Conseil particulier .se montrera très difficile pour les cas de ce genre.

Art. 5. — Conditions d'admission. — Durée de Vinscription. — On peut faire partie de la caisse dotale et effectuer un premier versement le 31 décembre qui termine l'année où l'on a eu quatorze ans.

On est obligé de se retirer de la caisse dotale au moment du mariage ou de l'entrée en religion ; en dehors de ces deux cas, le 31 décembre qui termine l'année où l'on a eu vingt-cinq ans.

Art. 6. — Versetnents. — Les jeunes filles qui font partie de la caisse dotale doivent verser chaque année (du 1"" janvier au 31 décembre; au moins une somme de 5, 10, lô ou 20 francs, et plus si elles le désirent. Il n"y a pas, provisoirement du moins, de maximum de versement.

Les versements peuvent se faire en une seule fois, soit par fractions de 2 francs, 1 franc, 50 centimes.

La Sœur directrice et la trésorière des Enfants de Marie centralisent les recettes.

Le chiffre d'un versement annuel n'impose aucune obligation pour le versement de l'anné suivante.

Ainsi une jeune fille peut verser la première année 10 francs, la seconde 15 francs, et la troisième 20 francs.

Art. 7. — Emploi des fonds. — Les sommes versées à la caisse dotale seront employées à l'achat de valeurs sures et de bon rapport.

Art. 8. — Remboursement. — Au moment du mariage ou de l'entrée en religion, ou à l'âge de vingt-cinq ans pour celles qui restent dans le monde sans se marier, chaque Enfant de Marie recevra une partie de la caisse dotale'ainsi constituée :

1° Tout le capital qu'elle aura versé lui sera intégralement rendu;

2° Une prime de 50 % sera donnée pour toute somme de 5, iO, 15 ou 20 francs versée annuellement, soit 2 fr. 50 pour 5 francs; 5 francs pour 10 francs; 7 fr. 50 pour 15 francs; 10 francs pour 20 francs.

Cette prime étant considérable, aucim autre intérêt ne sera accordé pour les sommes auxquelles est attribuée une prime.

Ainsi une jeune fille qui aura versé 5 francs par an pendant dix ans, touchera 50 francs de capital plus 25 francs de prime, soit 75 francs.

Une jeune fille qui aura versé 20 francs par an pendant dix ans, touchera 200 francs de capital plus 100 francs de prime, soit 300 francs.

3° Tout versement annuel dépassant 20 francs aura droit, pour la somme excédant 20 francs, à un intérêt de 3,50 % autant de fois répété que cette somme sera restée d'années à la caisse dotale.

L'intérêt 3,50 % donné par la caisse étant supérieur à celui que rapportent la plupart des bonnes valeurs financières actuellement en cours, la caisse ne paiera pas l'intérêt des intérêts.

Ainsi une jeune fille qui, une année, aura versé 30 francs et qui se retirera de la caisse cinq ans après, recevra : l^ses 30 francs versés; 2° une prime de 10 francs parce qu'elle a versé au moins 20 francs ; 3° enfin, 1 fr. 75 représentant l'intérêt à 3,50 pendant cinq ans de la somme excédant 20 francs, c'est-à-dire, dans le cas donné, l'intérêt à 3,50 % pendant cinq ans de 10 francs.

Ainsi une jeune fille plaçant une année 30 francs à la caisse dotale et se retirant cinq ans plus tard, recevra, pour cette seule année, la somme de 41 fr. 75. Si chaque année, pendant cinq ans, elle verse ainsi 30 francs, elle touchera, au bout de cinq ans, 150 francs de capital, 50 francs de prime, 5 fr. 25 d'intérêt, soit 205 fr. 25, alors qu'elle n'aura versé que 150 francs. Les primes données par la caisse dotale proviennent des intérêts du capital de la caisse et des dons offerts par les bienfaiteurs de l'Œuvre.

Art. 9. — Les sommes versées avant le l""" janvier 1901 seront remboursées dans les mêmes conditions, c'est-à-dire avec une prime de 50 %.

Art. 10. — Radiations motivées. — Une jeune fille qui se séparerait de l'Association des Enfants de Marie pour une raison sérieuse, pour aller dans une autre ville par exemple, aurait droit au remboursement, à tous les avantages de la caisse dotale.

Le Conseil particulier sera juge du motif donné.

Art. 11. — Radiations nonmolivées et exclusions. — Une jeune fille qui se retirerait de l'Association sans motif ou qui mériterait un renvoi à cause de sa conduite, serait aussitôt éliminée de la caisse dotale; elle recevrait son capital versé, plus un intérêt de3 %.

Art. 12. — Les présents statuts sont valables au moins pour un an ; ils peuvent être modifiés chaque année par le Conseil particulier, sans porter préjudice au passé.

Le Patronage des jeunes filles auquel nous empruntons ces statuts les faisait suivre des commentaires qui lui étaient envoyés par le prêtre dévoué qui avait organisé ladite caisse dotale. Les voici :

c Je suis très satisfait de cette institution. Quarante jeunes filles en font partie; elles ont versé, en trois ans. près de 2.000 francs.

s Une caisse dotale de ce genre paraît coûteuse à première vue; elle ne l'est pas.

€ Beaucoup de jeunes filles ne gagnent pas assez pour verser 20 francs ; la prime à leur donner est donc minime ; de plus, le capital versé donne des intérêts qui servent pour le paiement de la prime et allègent singulièrement la somme qu'il faut trouver chaque année. J'ai calculé que si cinquante jeunes filles faisaient partie de la caisse, que si elles étaient remboursées au bout de dix ans, et que si elles versaient chacune 20 francs par an, il ne faudrait trouver qu'une somme annuelle de 350 francs, pour faire vivre la caisse. De fait, jamais cette somme ne sera nécessaire ; à l'heure actuelle, la caisse dotale ayant quarante membres peut fonctionner et avoir toujours en caisse l'argent suffisant pour le remboursement, si je trouve, pour cette caisse, 200 francs par an, ce qui est facile.

€ D'ailleurs, Targent d'une caisse de ce genre pourrait être employé à une oeuvre organisée pour les jeunes filles, comme coopérative, restaurant, syndicat, etc.. »

Le patronage des jeunes gens a pour contre-partie nécessaire celui des jeunes filles : les deux œuvres existant parallèlement dans une même paroisse se rendront de mutuels services.

Nous empruntons à 1" excellent Manuel de M. le chanoine Le Comte les détails qui suivent sur les œuvres de jeunes filles à la campagne.

Personnel. — 1. Le prêtre sera, par sa direction sacerdotale, l'âme du patronage des jeunes filles. Mais son rôle doit rester tout spirituel et confiné dans Téglise. Il ne devra paraître dans l'œuvre que dans les circonstances exceptionnelles '.

2. La direction effective sera, autant que possible, exercée par des religieuses et, à leur défaut, par de pieuses laïques.

3. Si fatiguées que puissent être les religieuses qui enseignent, si ces femmes admirables sont bien pénétrées de l'importance de leur mission, si elles font passer la religieuse avant l'institutrice, elles comprendront que le dimanche est pour elles le vrai jour de l'apostolat, le grand moyen de sauver les âmes exposées à des séductions dangereuses, quand les familles ne sont pas foncièrement chrétiennes.

4. Sans doute la fin spéciale de telle ou telle Congrégation n'est pas le patronage, mais les nécessités varient avec les siècles et avec les milieux, et, tout en respectant la pensée qui a présidé à la fondation d'une communauté, il n'est pas douteux que si les fondateurs

1. La revue le Patronage des Jeunes Filles fait remarquer que M. le clianoine Le Comte ne parle ici que des œuvres de jeunes filles dans les campagnes, où la malveillance et les préjugés imposent au prêtre la plus grande réserve; appliquée aux œuvres des villes, déclare cette même revue, cette abstention systématique du prêtre aurait moins de raison d'être et serait dans Ijien des cas fâcheuse.

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revenaient aujourdliui sur la terre, ils modifieraient les constitutions non dans leur esprit, mais dans le choix et l'application des moyens.

5. Partout où une école est laïcisée et où on ne peut créer une école libre, on devra s'efforcer de conserver les Sœurs à côté de l'école laïcisée. Elles s'occuperont de l'entretien de l'église, des malades, du catéchisme, des garderies, de l'ouvroir et, avant tout et par-dessus tout, du patronage des jeunes filles sous quelque forme que ce soit.

6. C'est l'œuvre des Sœurs; elle a merveilleusement réussi, ne demande aucun brevet, aucnng autorisation administrative, est bien vue des familles et des autorités.

Local. — L'école, même si elle est communale, pour les enfants fréquentant l'école. Si on réunit les ouvrières ou d'autres jeunes filles, mieux vaut se réunir ailleurs ou en promenade.

Moyens d'action. — La confrérie d'où sort le patronage, ouïe patronage d'où sort la confrérie. Les bibliothèques, les jeux, les récompenses. La création des ouvroirs, des écoles ménagères ^.

Importance. — De l'éducation religieuse de la femme dépend surtout le sort de la famille chrétienne. Le patronage, dans beaucoup de contrées, sera le moyen de formation le plus pratique, le plus efficace.

1. Pour les écoles ménagères, cf. le très utile petit livre de M°" la baronne de Diesbach (Téqui, éditeur, Paris), et la brochure de M. l'abbé H. Quillet dans la collection de Y Action Populaire (V, Lecoffre, éditeur}.

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