Reforme sociale, 1" janvier 1900, p. 83 et sq
fondation aussi importante que celle de Toynbee Hall n'est pas considérable. Une douzaine de jeunes gens suffisent pour surveiller ces divers rouages du cercle, et en créer de nouveaux; mais ces douze apôtres sont présents tous les soirs, habitent, pendant une quinzaine de jours au moins, au siège de l'association. Nous n'avons pas hésité à emprunter à nos voisins, malgré l'exigmté de nos locaux et la modicité de nos ressources, cette instituFion de résidants. Nous sommes convaincus qu'il est possible de trouver, parmi les étudiants de province appelés par leurs études à Paris, des jeunes gens qui seraient heureux d'habiter dans un logis propre, aéré et qui, en échange diin loyer modique, consacreraient volontiers leurs soirées à l'association. Je ne vous surprendrai pas, Messieurs, en vous disant que cette partie du programme a été la plus difficile à réaliser. Arracher l'étudiant de province aux hôtels borgnes du quartier Latin, est une tâche qui serait digne de figurer au norpbre des travaux d'Hercule. Et quand le groupe de jeunes gens qui entreprend de réagir ainsi contre des habitudes séculaires, est une société naissante, à peine connue, qui ne dispose que de ressources minimes, les difficultés semblent être insurmontables. Il n'en a rien été cependant ; et, si nous n'avons pas complètement réussi, en revanche nous n'avons pas échoué.
D'ailleurs, comprenant toutes les différences qui séparent les vies laborieuses de nos jeunes gens, talonnés par les examens, et doucement enchaînés par le lien de famille, des existences indépendantes des étudiants anglais, qui ignorent jusqu'ici le service militaire, nous avons organi^'notre association de manière à pouvoir nous passer de résidants. Nous avons créé une catégorie de membres qui n'existent pas à Toynbee Hall, et qui s'engagent à venir au moins une fois par semaine passer la soirée à Belleville. Les adhésions ont été assez nombreuses pour nous permettre d'assurer le fonctionnement des divers rouages de notre cercle.
' Chacun de ces groupes, qui s'administre lui-même et fixe à chacun sa tâche, a pour but d'établir un contact durable et intime entre les divers membres de la Société.
Les conférenciers, par le choix de leurs sujets qui doivent d'ailleurs être pris dans un programme déterminé au
commencement de l'année par Tassociation, s'efforceront avant tout d'éveiller des curiosités, de captiver les imaginations. Nous voulons faire naître chez l'ouvrier des besoins intellectuels et moraux, et non pas surcharger sa mémoire, de faits desséchants et inutiles. Le conférencier qui sait se pénétrer de ce caractère particulier de sa tâche, et parler brièvement, intéresse son auditoire populaire, provoque des questions et fait naître la discussion. Aussi imposons-nous à nos orateurs, dans nos statuts (p. 13j, l'obligation de faire une série de leçons; de consacrer une demi-heure à la fin de leur exposé à des conversations individuelles, à des conseils de lecture, et à des indications de travaux. Nous voudrions même que certains cours pussent être suivis de promenades collectives dans les Musées. Nous espérons, à l'aide de cette réglementation minutieuse, faire naître des liens suffisamment étroits entre~nos~c5nférenciers et leur public. Les mêmes préoccupations se retrouvent dans les divers rouages de notre association. Pour essayer de multiplier les conversations entre étudiants et ouvriers, pour éviter l'ennui qui se dégage des conférences trop nombreuses, nous avons décidé de consacrer trois soirées par semaine à des séances simplement récréatives. Des parties de cartes, de dames, de billards; un morceau de musique ou la lecture d'une poésie fournit le sujet d'une causerie. Chaque conversation qui naît, c'est un préjugé qui disparaît et une haine qui s'efface. Une bibliothèque, des consultations juridiques et médicales, sont deux moyens nouveaux de rapprocher les membres de l'association, en même temps que les derniers rouages de notre fondation.
Ces petits groupements, qui se multiplieront avec la prospérité grandissante de notre cercle (nous pouvons dès aujourd'hui prévoir la création d'un comité de lectures populaires et de représentations dramatiques, d'une société de secours mutuels), cette division de notre association en sous-groupes a un triple but : éviter tout désordre, ouvrir un champ à toutes les bonnes volontés et multiplier les chances de contact. J'ajouterai — c'est là un point auquel nous tenons particulièrement — qu'elle nous permet d'associer les ouvriers à l'administration de la Fondation. Nous ne nous bornons pas à exiger d'eux une cotisation de 0 fr. 50
par mois; mais nous voulons encore que ces comités, qui gèrent la bibliothèque, organisent les soirées récréatives, s'occupent des représentations dramatiques, soient com])osés mi-partie d'ouvriers, mi-partie d'étudiants. Quand nous aurons fait naître, dans le cœur de nos camarades de Bdleville, le sentiment de la co-propriété, et un attachement sincère à notre œuvre d'éducation sociale, nous pourrons même aller plus loin, et faire pénétrer quelques-uns d'entre eux au sein du comité exécutif qui dirige l'association. Ce comité se compose, en sus des résidants, des présidents des divers petits groupes que je vous ai énumérés, d'un trésorier, d'un vice-secrétaire et d'un secrétaire-général. Dans la pensée des organisateurs de la e Fondation Universitaire j), ces postes de vice-secrétaire, de bibliothécaire, de président des comités des salles de jeux, des représentations dramatiques, sont destinés à être occupés par des ouvriers.
Ce détail de notre organisation est une nouvelle différence qui nous sépare des œuvres sociales anglaises similaires à la nôtre. Nous avons voulu suivre jusque dans ses dernières conséquences le principe qui nous avait inspirés ; après avoir essayé de faire l'éducation de nos membres ouvriers, en leur apprenant la tolérance, en leur offrant des livres et des cours, nous voulons compléter notre œu\Te en leur donnant le sentiment de la responsabilité.
L'exposé de notre organisation, exposé volontairement incomplet, puisque j'ai gardé sous silence tous les détails qui ont pour but d'assurer la vie des sous-comités et le contrôle quotidien des membres du comité exécutif, cet exposé. Messieurs, ne vous renseignerait qu'imparfaitement sur notre Association, si je ne le complétais par le récit de nos efforts et le résumé des résultats acquis.
Dans les premiers mois de l'année 1899, un petit groupe de jeunes gens, catholiques et protestants, deux normaliens, un avocat, un interne, deux étudiants, parmi lesquels se trouvait le petit-fils de M. Guizot, conçut le plan de cette fondation universitaire, dont je viens de vous retracer les lignes générales. Rendus prudents par un ou
deux échecs antérieurs, mes camarades résolurent de procéder lentement et de n'avancer que progressivement. Ils commencèrent par se mettre d'accord sur le but, l'esprit et l'organisation de leur œuvre; ils se mirent ensuite à étudier les divers faubourgs de Paris, pour chercher celui où une fondation universitaire pourrait rendre le plus de services et aurait, en même temps, le plus de chance de réussir. Quand ils se furent décidés pour Belleville, après qu'une enquête leur eut révélé la densité de sa population ouvrière et sa pau^^:■eté en œuvres de tout genre, ils s'adressèrent à leurs camarades et consacrèrent deux mois à la propagande. Ils trouvèrent chez leurs contemporains quelques chaleureuses adhésions; chez des hommes éminents, l'appui le plus ferme et les secours les plus généreux. Permettez-moi, Messieurs, de saisir l'occasion que vous voulez bien m'offrir, pour remercier avec émotion MM. Gréard, Thamin, Jules Siegfried, Edouard Aynard, Charles Jonnart, Tannery, Bérenger, Boutroux, Charles Gide, Henri Pereire, Gabriel Tarde, Marcel Fournier, Larroumet et Bischoffsheim. Plusieurs d'entre eux vous appartiennent, mais il est deux membres de la Société d'économie sociale à qui je suis, personnellement, pour des raisons différentes, profondément attaché : MM. Joseph Ferrand et Georges Picot.
Rendus confiants par l'adhésion de soixante-six membres actifs, appartenant à toutes les professions libérales et à tous les milieux confessionnels, mes amis se décidèrent à louer, tout en haut de Belleville, dans un vaste immeuble à triple cour, habité en grande partie par des ouvriers, un petit pavillon isolé. Cette troisième cour, spacieuse, sablée, plantée d'arbres, bordée de maisonnettes indépendantes, séduisit mes camarades. Nous étions convaincus que nous avions trouvé une maison assez écartée pour détruire les méfiances des ouvriers; assez coquette pour plaire à nos résidants. Un des nôtres, architecte distingué, se chargea de transformer la cuisine en vestiaire, et d'orner notre rez-de-chaussée, qui devait servir, tour à tour, de salle de conférences et de salle de jeux, de quelques chaises et de quelques tables, d'orner les murs des reproductions des toiles les plus connues. Au premier étage, on installa un billard, une bibliothèque, composée grâce aux dons de
^Ime Tliierry-Delanoue, de M. Larroumet, de M. Calmann Lévy, de trois ou quatre cents volumes, et l'on réserva la plus large des chambres pour les résidants. La maison était prête; une étincelle d'art faisait même oublier le bon marché de nos acliats.
11 ne restait plus qu'à organiser les soirées et à recruter les ouATiers.
Après avoir décidé de n'ouvrir le cercle qu'à 8 heures 1,2 du soir, pour pouvoir assurer un contrôle efficace et écarter les vagabonds; après avoir admis que, jusqu'à nouvel ordre la * Fondation universitaire » serait fermée le dimanche soir, pour laisser chacun, au moins un jour par semaine, dans son foyer, le comité exécutif consacra les lundis à des conférences scientifiques et morales, les mercredis à des leçons littéraires et artistiques, les vendredis aux questions économiques et sociales. M. Tannery, sousdirecteur de l'école normale supérieure; M. Grévy, professeur agrégé de l'Université; un de nos plus ardents camarades, Armand Delille, interne des hôpitaux, nous ont promis des séries de leçons sur « les Étoiles, le Soleil et les Planètes >, « les Grandes découvertes », c l'Hygiène et les maladies contagieuses ». Nos mercredis seront, pour l'instant, consacrés à l'étude des trois grands génies de notre siècle, Lamartine, Victor Hugo et Michelet : trois de nos camarades consacreront quatre ou cinq soirées à chacun de ces poètes. Les vendredis seront occupés par une série d'études sur la situation matérielle et morale des ouvriers, dans les diverses parties du monde ; M. Souchon, professeur à la Faculté de droit de Paris, M. Pierre Leroy- Beaulieu, M. Sayous. docteur en droit, parleront successivement de l'Amérique, de l'Australie et de l'Angleterre. Les samedis soir les ouvriers pourront demander à MM. Sayous et Armand Delille des conseils juridiques et médicaux, ou, s'il n'y a ni procès ni malades, écouter un morceau de musique. Les mardis et jeudis des parties de cartes, de dames, d'échecs viendront interrompre la monotonie des cours, et donneront naissance à des causeries plus utiles que bien des leçons. Les dimanches enfin, à 3 heures, des lectures populaires seront un prétexte pour réunir, dans la grande salle d'école du 104 de la rue de Bellcville, les familles de nos membres ouvriers loin du marchand de
vin, que nous combattrons, d'ailleurs, par des conférences et par la vente de boissons antialcooliques. Après avoir dressé ce long emploi du temps, après avoir donné à chaque sous-comité des soirées à organiser, mes camarades arrivèrent au point qu'ils considéraient comme le plus difficile, le recrutement des ouvriers.
Des visites individuelles aux locataires du 151 de la rue de Belleville; des lettres aux ouvriers dont nous avions pu découvrir les adresses ; des démarches auprès des grandes coopératives du quartier : la Bellevilloise, l'Égalitaire, l'Union ouvrière; des distributions de prospectus dans les rues et dans les ateliers, — tels furent les moyens employés. Quand le comité exécutif eut reçu quelques adhésions, eut appris, par des causeries, que la neutralité absolue de notre association diminuait bien des méfiances et effaçait bien des préjugés, il se décida à inaugurer la maison. Le dimanche 5 novembre, les fondateurs de l'Association se réunissaient, quelques instants avant l'heure fixée; ils ne cherchaient pas à cacher leur profonde émotion. On les avait avertis, tardivement, qu'il était doublement imprudent de convoquer des Bellevillois pour une après-midi de dimanche et pour une belle journée d'automne. Des pessimistes allaient jusqu'à les menacer d'un échec absolu. Ces sombres pronostics ne se réahsèrent point : sans doute les ouvriers ne furent pas nombreux; mais ils étaient, presque tous, délégués par des associations de quartier. Grâce au chaleureux discours de M. Tannery, qui définit avec précision notre œuvre de coopération intellectuelle, insista avec fermeté sur notre caractère d'absolue tolérance, ces délégués, à la fin de notre réunion, nous exprimèrent leur sympathie et nous promirent leur concours. — Depuis huit jours, chaque soir, nous avons reçu des inscriptions nouvelles. Un premier groupe d'adhérents a été formé par des auditeurs assidus des cours d'adultes, des membres de la Société philotechnique, qui ont trouvé que notre Fondation universitaire répondait mieux à leur désir de s'instruire; qui préféraient, à des leçons isolées, dans un local d'occasion, une maison, oîi ils trouvaient dans des salles coquettes des livres, des causeurs et des conférenciers. A ce premier contingent d'employés de commerce, de tj^pographes, de sténographes, dont les
conversations cultivées, sur l'idéalisme et le réalisme, la loi des milieux et la responsabilité humaine, causerait bien des surprises aux esprits curieux et observateurs, à ces adhérents sont venus se joindre, peu à peu, des électriciens, des mécaniciens, des rampistes en bois, des coupeurs en chaussures, des vernisseurs; tous venaient chez nous avec le même désir passionné de s'associer à la lutte entreprise contre les deux fléaux qui corrompent la vie intellectuelle et physique : l'ignorance et l'alcoolisme.
Aujourd'hui, une semaine après son inauguration, la « Fondation universitaire de Belleville » a un budget de 5.000 francs et compte 50 membres honoraires, 112 membres actifs, dont 82 étudiants et 30 Bellevillois. Ce n'est certes pas un échec'.
Est-ce à dire, Messieurs, que ce soit un succès? Je ne vous surprendrai pas, Messieurs, en vous disant que nos espérances sont loin d'être réalisées. La modestie de nos ressources pécuniaires nous a obligés à nous contenter d'une bibliothèque trop restreinte, d'un local trop étroit, d'une maison trop éloignée. Les fondateurs de « îoynbee Hall » disposaient d'une somme de 200.000 francs; ils purent offrir immédiatement, à leurs résidants, des chambres confortables, un salle à manger spacieuse, au fond d'une large cour, entourée par les divers bâtiments du « settlement ». — Mes camarades se sont trouvés très heureux quand ils ont pu, il y a six mois, réunir 2.500 francs, louer un pavillon au prix de 850 francs par an. Le « résidant i de Toynbee Hall trouve à la fondation, moyennant une pension modique, des camarades, des livres, une cuisine abondante. L'étudiant qui accepte de grimper la colline de Belleville se trouve isolé, loin de ses travaux et de ses amis ; nous ne disposons que d'une chambre, et notre cuisine est transformée en vestiaire. Je ne vous surprendrai plus. Messieurs, en vous disant que le recrutement de nos « résidants » a été bien difficile. Au mois de juillet nous
1. Le 6 décembre, soit un mois après son inauguration, la Fondation universitaire de Belleville comptait 56 membres honoraires, 167 membres actifs, dont 9" étudiants et 70 ouvriers.
avions trois promesses ; malheureusement, ces trois camarades ont été éloignés de Paris ; l'un est parti pour l'Allemagne, l'autre pour la province, le dernier s'est marié. Nous désespérions de voir occuper notre chambre meublée, lorsque deux de mes amis, deux Parisiens, nous ont offert spontanément de quitter leurs familles et leurs habitudes, pour venir habiter quelques semaines à Belleville. Grâce à MM. Sayous et Iven, un des rouages les plus importants de notre association fonctionnera, pendant quelque temps du moins ; peut-être même que leur courageux exemple sera suivi.
Notre œuvre ne réussira complètement que si, l'année prochaine, après avoir consacré dix mois à grouper une centaine d'ouvriers et d'étudiants passionnément attachés à notre association, nous sommes devenus assez riches pour offrir à nos résidants une hospitalité large et complète. La présence quotidienne d'un certain nombre de ces jeunes gens est le seul moyen d'assurer un contact vraiment efficace entre étudiants et ouvriers, la seule manière d'exercer un contrôle réel sur les divers rouages de l'Association. Si nous n'arrivons pas à provoquer des dons généreux, à bâtir un vrai « Toynbee Hall », notre Fondation universitaire n'aura qu'une influence passagère, et nous ne créerons rien de durable. Quand une oeuvre a une maison à elle, elle emprunte aux pierres des murs un peu de leur immortalité.
L'avenir de notre association est donc. Messieurs, malgré tous nos efforts, absolument incertain. Nous n'avons pas encore créé un « Toynbee Hall » français.
Mais nous pouvons, dès aujourd'hui, affirmer qu'une œuvre aussi grandiose serait accueillie avec enthousiasme par le peuple de Paris. Quand mes camarades parlèrent pour la première fois de leurs projets, ils se heurtèrent à deux sortes d'objections : les uns leur disaient que les ouvriers français n'avaient pas encore les mêmes besoins intellectuels que leurs voisins d'outre-Manche ; d'autres nous répétaient que nos ouvriers étaient si sévèrement enrégimentés, si complètement imbus du principe de la lutte des classes qu'ils refuseraient leur concours à toute œuvre qui ne serait pas entreprise par des néo-Marxistes convaincus. Nous pouvons dire aujourd'hui, affirmer, — c'est là le résultat le plus décisif de notre tentative, — que ces deux
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objections ne sont pas fondées. Les ouvriers prêteront, avec sincérité, leur concours à toute œuvre d'éducation intellectuelle, quand ils seront convaincus qu'elle a un caractère radicalement neutre et un but absolument désintéressé. Deux anecdotes, Messieurs, vous éclaireront sur l'état d'esprit du peuple de Paris. Quand le délégué de notre Association, chargé de demander à une des coopératives de Belleville son appui, eut exposé le but et les caractères de notre Fondation, le président du Comité, chargé de l'écouter, lui répondit : « Citoyen, nos deux tâches sont parallèles et se complètent l'une l'autre. Notre coopérative matérielle ne produira tous ses effets que si elle est couronnée par une coopérative intellectuelle. Une instruction forte rendra seule possible le développement de la mutualité et de la coopération. Nous sommes donc des alliés, et nous ne regrettons qu'une chose, c'est que nous ne puissions pas vous offrir, dans notre maison même, un local pour votre Fondation universitaire. » Toute une série d'objections s'écroulait, en présence de cette déclaration loyale et franche. Il y a quelques jours à peine, nous causions, dans notre bibliothèque, avec un électricien d'une trentaine d'années. Nous parlions de notre Fondation universitaire, lorsque notre interlocuteur prit la parole : « Votre programme m'a tout de suite séduit. J'ai perdu ma femme, je n'ai pas d'enfants, je suis seul. Aussi ai-je été heureux, quand j'appris que des étudiants venaient organiser un cercle à Belleville ; au moins j'aurai quelqu'un à aimer. > — Que devenait, pensai-je tout bas, le théorème sacro-saint de la lutte des classes?
Ces paroles. Messieurs, que je ne rappelle jamais sans Uiié profonde émotion, pourraient être placées comme épigraphe en tète de ce trop long rapport, sur une œuvre d'éducation populaire, inspirée par un amour aussi passionné que désintéressé pour le peuple de France. ( Vifs applaudissements.)
Quand M. Jacques Bardoux eut terminé son très vivant exposé, une discussion s'engagea entre plusieurs membres de la Société d'Économie sociale. De ce débat, où furent dites des choses mtéressantes
sur léducation populaire, nous ne signalerons que la communication de M. l'abbé Soulange-Bodin au sujet d'une tentative analogue à celle de la Fondation de Belleç>ille, faite par des catholiques : « Il y a trois ans, a dit M. Soulange-Bodin, on a cherché, à Plaisance, à constituer au patronage une Université avec résidants ; elle ne put réussir, mais ce qu'il faut noter, c'est que l'écueil vint surtout des familles qui s'opposèrent violemment à la résidence des jeunes gens dans ces quartiers lointains. »
Ce qui a échoué, il y a quelques années, pourrait peut-être maintenant réussir.