Le Siècle, ^'' mars
2. Parmi les sujets traités en conférences dans les diverses Universités populaires, nous relevons les suivants : Les Miraclen expliqués par la science; Origines de la inorale laïque; Socrate et Jésus; l'Influence et la Morale des Jésuites. Ce dernier sujet a été exposé par M. Charbonnel à l'Université du faubourg Saint-Antoine .
LES UNIVERSITES POPaLAIRES. 401
La Société pour l'enseignement supérieur populaire et l'éducation mutuelle, dite « Société des Universités populaires > ,a tenu hier soir son assemblée constitutive, eu l'hôtel des Sociétés savantes, sous la présidence de M. Séailles, professeur à la Faculté des lettres, assisté de M. Delbet, député, directeur du Collège libre des sciences sociales, et de M. Henry Genêt, trésorier.
En ouvant la séance, M. Séailles annonce que la Société vient d'être reconnue d'utilité publique, grâce à l'initiative de M. Pierre Baudin, ministre des Travaux publics. « Dans cette circonstance encore, ajoute M. Séailles, le gouvernement de défense républicaine est resté fidèle à son programme. »
L'orateur rappelle ensuite comment, l'an dernier, répondant à l'appel de Deherme, dont le nom restera attaché à la fondation des Universités populaires, ils ont réussi à installer, en plein faubourg Saint-Antoine, une Université qui, sans réaliser l'idéal, en était comme une image réduite, une première ébauche. Depuis, des groupes se formèrent un peu partout, ne demandant qu'à entrer en relation avec celui de Paris. C'est de ce mouvement qu'est néejet s^est développée l'idée deTéumr en un faisceau toutes les U. P. éparses.
Chaque U. P. doit avoir son autonomie, sa vie propre, être dirigée par le comité que ses adhérents ont élu. Toutes ne seront pas faites sur un modèle unique. Elles différeront selon les milieux, les besoins particuliers auxquels chaque institution s'efforce de satisfaire. Quant au rôle de la Société, il consiste essentiellement à rendre les efforts individuels plus efficaces en les coordonnant, en fournissant aux unités des documents, des types de statuts, des conseils pratiques, un appui moral et même un appui financier. Mais son rôle ne cesse pas quand les U. P. sont fondées, sa tâche principale doit être de les relier, d'établir entre elles un lien moral, à faire que l'expérience de chacune profite à toutes, de préparer ainsi leur fédération future.
L'U. P. n'est ni un patronage, ni une succursale des cours d'adultes, elle est avant tout une association intellectuelle et morale d'égaux volontaires. L'idée qui est au principe de son existence est l'idée de la société meilleure qu'elle commence. Son ambition est d'aider les hommes à
s'élever jusqu'à la vie humaine, pour cela de les rendre 3e plus en plus capables de s'affranchir, en les libérant, de la ser-situde intérieure qui entraine toutes les autres.
Des applaudissements accueillent ces paroles et le président donne la parole au secrétaire général.
M. Charles Guieysse, secrétaire général de la Société, donne ensuite lecture d'un rapport très documenté et très éloquent sur le mouvement universitaire populaire. Nous regrettons vivement de ne pouvoir en donner qu'un aperçu insuffisant.
M. Guieysse définit l'U. P. une Association laïque qui se propose de développer l'enseignement populaire supérieur, qui poursuit l'éducation mutuelle des citoyens de toutes conditions, qui organise des lieux de réunions où le travailleur puisse venir, sa tâche accomplie, se reposer, s'instruire et se distraire.
Les U. P. sont l'aboutissement de deux grands mouvements : le mouvement ouvrier et le mouvement scolaire. Aussi naissent-elles dans les bourses du travail et autour de l'école la'ique.
Par toute la France, les U. P. se fondent : celles d'Avignon, Bar-le-Duc, Besançon, Dijon, Lille, Nancy, Rouen ont leurs locaux. Celles d'Amiens et de Nîmes sont installées à la Bourse du travail ; ce sont aussi dans les Bourses du travail qu'à Bourges, Clermont-Ferrand, Rennes, les professeurs des Facultés et des lycées font des conférences aux ouvriers. Les U. P. de Châlons-sur-Marne, Beauvais. Bourg, s'appuient sur l'école laïque. A Alais, Annecy. Lorient. Lyon, Montpellier, Nevers, les professeurs ont organisé des cours pour la population ouvrière.
A Paris on sait l'étonnant développement des U. P. Après la coopération des idées de Deherme au faubourg Saint- Antoine, il faut citer le Réveil des premier et deuxième arrondissements, la Fraternelle du troisième, l'Union Mouffetard, l'Idéal social du dixième; la Solidarité du treizième, l'Union du quatorzième, l'Émancipation de Grenelle, l'Aurore du Point-du-Jour, les Soirées de Passy, le Foy« du peuple aux Ternes, la Coopération des Idées des Épinettes, ru. P. de Caulaincourt, la conférence Michelet, l'Enseignement mutuel de la Chapelle. la Solidarité ouvrière du dix-neuvième, la Fondation universitaire de Belleville.
Dans la banlieue, même beau mouvement : Montreuil a ses Soirées ouvrières, Choisy-le-Roi son Éducation mutuelle, Nanterre son Germinal, et bientôt Boulogne, Fontenay-sous-Bois auront leurs U. P.
En terminant, M. Charles Guieysse donne lecture d'une lettre de M. Adeline, secrétaire de la section rouennaise de la Ligue des Droits de l'Homme, qu'il a reçue le matin même. Cette lettre lui annonce qu'un homme généreux, M. de Wismes, vient d'a-cheter une ancienne église désaffectée et qu'il en a fait une belle Maison du Peuple.
« Songez à l'U. P. de Rouen, dit l'orateur. Entre les puissantes cathédrales cléricales qui veulent l'aumône et les modestes U. P. qui veulent l'effort, la lutte est déjà commencée partout !
i J'en ai la ferme conviction : Ceci tuera cela. »
Cette péroraison du secrétaire général est longuement applaudie et la parole est donnée à M. Henry Genêt, qui expose la situation financière.
L'assemblée adopte ensuite les statuts, et, à l'unanimité, nomme membres du conseil d'administration :
M"® Baertschi, agrégée de l'Enseignement secondaire ; MM. Maurice Bouchor, homme de lettres ; Perd. Buisson, directeur honoraire de l'Enseignement primaire, professeur à la Faculté des lettres ; M'"" Chalamet, secrétaire de la Résidence Universitaire ; Compain, inspectrice de l'Union pour le Sauvetage de l'Enfance; MM. Deherme, directeur de la Coopération des Idées ; Delbet, député, directeur du Collège libre des Sciences sociales; Robert Drej'fus ; Di'Dubuisson; Dumay, régisseur-comptable de la Bourse de Travail; Fournière, député, professeur au Collège libre des sciences sociales ; Anatole France, de l'Académie française; Gustave Geffroy, homme de lettres; Henry Genêt ; Armand Glotz ; Charles Gide, professeur à la Faculté de droit ; Charles Guieysse, ancien officier d'artillerie ; Keiifer, secrétaire de la Fédération du Livre, membre du Conseil supérieur du Travail; Lermina, homme de lettres ; Micouleau, professeur de philosophie ; Edouard Petit, inspecteur général de l'instruction publique ; Rabut ; Rousselle, commis d'agent de change ; M™« Rousselle, in.stitutrice publique de la Ville de Paris; MM. Sageret, homme
de lettres; Séailles, professeur à la Faculté des lettres; Séon, artiste peintre ; Vila, secrétaire de la Chambre consultative des Associations ouvrières de production ; Wagner, pasteur.
MiM. Dujardin, Fagnol, délégué de l'Office du travail, et Henry Provin, sont nommés membres de la commission de contrôle.
La Société des Universités populaires est fondée.