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Le Fascinateur, numéro de janvier 1911, p

c'est, on le voit, un très haut cliiflre. Les sujets des conférences ont été surtout d'ordre religieux et apoloo-étique, bien qu'une conférence scienlifique sur le système solaire, plusieurs fois répétée, ait eu un grand succès. Les résultats obtenus ont, peut-on dire, un caractère négatif et un caractère positif. D'abord, au point de vue négatif, les conférences faites par les associations non-confessionnelles ont été plus rares ou sont restées dansla stricte neutralité. Le rapport de M.Edouard Petit accusait 935 conférences données par les instituteurs d'Eure-et-Loir en 1907-1908 ; le rapport de la Ligue d'enseignement signale seulement 187 conférences avec projections et 20 sans projections pour la saison 1909-1910. Les résultats positifs sont les suivants : « Intérêt marqué, nombre croissant d'auditeurs. On tient aux conférences, ajoute le rapport que nous citons, et on les attend. Nous avons éclairéj édifié, intéressé, instruit. » Est-ce à dire que toutes les œuvres diocésaines et tous les groupements de conférenciers-projectionnistes ont la même activité que le Rayon de Chartres? On ne saurait l'affirmer, mais il résulte des rapports, très documentés, présentés chaque année par INL Coissac' au Congrès des Œuvres des Conférences et des Projections que, depuis quelque cinq à six ans, les catholiques ont réalisé de ce chef de grands progrès.

Dans Tordre de renseignement populaire, je range volontiers les Journées sociales, qui depuis plusieurs années, ont été tenues, à maintes reprises, soit à Paris, soit en de très nombreux centres de province : d'ordinaire, ce sont des « jeunes » qui en prennent l'initiative et qui, à l'école de leurs aînés, viennent étudier

1. cf. Notamment le Compte rendu du septième Conr/rcs fivncral des I, livres de Conft-rences et de Projections, lenu à Paris du 10 au li octobre 1011. (Le Fascinaleur, décembre l'JU, p. 32o-38.\)

une question professionnelle et un problème économique. Je ne veux en citer aucune, de peur de commettre de regrettables oublis, mais je tiens cependant à noter que plusieurs de ces « journées » se sont adressées tout spécialement à un public féminin. Ce sont là, par excellence, des œuvres d'éducation et de formation dont on ne saurait trop souhaiter la diffusion.

Dans ce même ordre d'idées, il n'est pas indifférent de constater que les conférenciers catholiques ne se sont pas contentés d'exposer tel ou tel point de doctrine, mais que, bien souvent, ils sont allés, dans les réunions contradictoires, défendre la vérité religieuse : prêtres, membres de la Jeunesse catholique ou des divers groupements de « jeunes », adhérents du « Comité des conférences populaires » ont rivalisé de zèle pour opposer la bonne parole aux attaques antichrétiennes. Aussi, à tout prendre, après avoir considéré l'ensemble de ces efforts, croyons-nous pouvoir affirmer que, de ce côté, les catholiques ont fait de réconfortants progrès. Toutefois — il faut encore le reconnaître — ce qui a été exécuté n'est pas encore grand'chose en comparaison de tout ce que l'on pourrait souhaiter : le champ de l'ignorance et des préjugés antireligieux est immense, et beaucoup trop faible est le nombre des vaillants qui se sont mis à le défricher.

Si nous passons maintenant en revue les œuvres postscolaires proprement dites, nous avons le droit de signaler le développement des patronages , des colonies de vacances , des groupements de gymnastique et des cercles d'études : sur ces divers points, à des degrés différents suivant les régions, on assiste, surtout depuis deux ou trois ans, à un très notable progrès. L'impulsion vient de l'autorité épiscopale :

il n'est peut-être pas un seul des très nombreux congrès diocésains, tenus en ces dernières années, où l'on n'ait étudié pratiquement telle ou^ telle de ces œuvres, avec le commun désir de les répandre et de les fortifier, soit dans les villes, soit dans les milieux ruraux.

Malheureusement, les statistiques d'ensemble manquent et nous en sommes réduits aux affirmations générales.

Toutefois, il nous est possible de citer des faits précis pour l'un ou l'autre diocèse : ils appuieront nos dires sur le progrès des œuvres scolaires et sociales. Ainsi, voici des chiffres pour le diocèse de Belley qui établissent la situation en 1905 (au moment où le Bureau diocésain commença àfonctionnerj et l'état actuel :

Au point de vue des œuvres religieuses :

Catéchistes volontaires : en 1905, 500; en 1912, 750.

Enfants catéchisés : — 2.000; — 3.000.

Retraites fermées : — néant; — 5 de

jeunes gens. — 2 de dames et de jeunes filles.

Comités paroissiaux : en 1905, néant; en 1912, une

quarantaine.

Au point de vue des œuvres d'enseignement :

Depuis 1005, 20 écoles libres nouvelles constituées, augmentation sensible chaque année dans le nombre des élèves ; actuellement 125 écoles libres; constitution d'une « Amicale d'institutrices libres » avec cours mensuels de pédagogie; constitution dans chacun des 36 cantons d'une ï Association de pères de famille » pour assurer le respect de la neutralité à l'école laïque.

Au point de vue des œuvres et groupements de jeunesse :

Patronages de petites filles : en 1905, 35; en 1912, 110; Cercles d'études déjeunes filles : eu 1905, néant; en 1912, une douzaine;

Cours ménagers postscolaires : en 1905, néant; en 1912, une quinzaine ;

Groupements déjeunes filles; il n'existait en 1905 que des chœurs; en 1912, dans une cinquantaine de paroisses, les jeunes filles se réunissent régulièrement dans des cercles récréatifs.

Patronages de petits garçons : en 1905, 15; en 1912, 50.

Cercles déjeunes gens : en 1905, 40; en 1912, 140 dont 65 sont des cercles d'études. Beaucoup de cercles d'études sont fédérés par cantons avec réunions interparoissiales ou cantonales.

Sociétés de gymnastique : en 1905, néant; en 1912, 14. (En juillet 1911, le concours des Sociétés catholiques de gymnastique du Sud-Est (Rhône et Ain), a réuni 3.500 gymnastes.) Depuis 1905, on a constitué une Fédération diocésaine

des oeuvres de jeunesse.

Le diocèse de Belley, si ardent qu'il soit pour le développement des groupements de jeunesse, n'est pas une exception : nous l'avons cité parce que nous possédions des statistiques précises, mais nous savons, de source sûre, que beaucoup d'autres diocèses pourraient lui être comparés. Ainsi, nous regretterions do ne pas donner les chiffres, pour le diocèse de Paris, que nous avons établis en faisant un relevé des œuvres d'après VOrdo de 1911 qui les mentionne, paroisse par paroisse. Ce diocèse compte un total de 467 patronages (203 déjeunes gens, 264 de jeunes filles); sur ce nombre, Paris, à lui seul, possède 87 patronages de garçons et 114 de jeunes filles.

Ces patronages ne sont pas de simples garderies d'enfants, mais, de plus en plus, ils constituent des œuvres de formation. Dans la plupart, des petits cercles d'études réunissent l'élite intellectuelle. En beaucoup d'entre eux, on se préoccupe de la préparation professionnelle ; c'est ce que M. Chaptal, curé

de Notre-Dame du Travail de Plaisance, a mis en lumière dans un important rapport' auquel nous ferons quelques emprunts.

Durant ces dernières années, quelques patronages catholiques de Paris sont entrés dans la voie de l'apprentissage qui leur paraît former un prolongement naturel de leur apostolat.

L'atelier des apprentis serruriers et mécaniciens de Notre-Dame du Rosaire, sous la direction de contremaîtres et le contrôle moral des prêtres de la paroisse, donne à ses enfants l'éducation professionnelle nécessaire pour devenir d'habiles ouvriers serruriers ou ajusteurs mécaniciens. A Saint-Denys de la Chapelle, j\I. Tabbé Rudynski s'est fait lui-même, en même temps que formateur d'âmes, patron et même contremaître. Il a tenu à ce que son atelier devînt une vraie usine où l'enfant est placé dans le milieu industriel et patronal qui est celui de toute son existence. 11 possède des machines perfectionnées et coûteuses, et il reçoit des commandes de grandes usines et des compagnies de chemin de fer. Au Kremlin-Bicêtre, M. l'abbé Aigouy a ouvert, depuis trois ans, un atelier d'apprentissage de menuiserie-ébénisterie, et déjà trois ouvriers formés par cette œuvre ont été placés chez des patrons catholiques de la région. Dans le XI* arrondissement, M. l'abbé de Miramon a fondé des ateliers de menuiserie, débénisterie et de sculpture, et il a également adopté le système de l'atelier patronal. A Saint-Hippolyte, M. l'abbé Wiesn egg, d'accord avec l'usine d'automobiles de M. Panhard, a créé récemment un atelier de mécanique.

Une autre solution partielle du problème de l'ap-

1. cf. ahlx- Cliaplal, Le travail manuel d'ins les écoles et patronages de garçons {Revue des Patrona(fes, mai l!»l-2, p. ii'J el suiv. .

prentissage est celle qui a été réalisée aux Epinettes et à Javel.

Aux Epinettes, M. Kula a institué un préapprentissage pour un certain nombre de métiers du bâtiment, c'est-à-dire un apprentissage non terminé, mais préparant le jeune homme à devenir rapidement, grâce à une initiation méthodique et soignée, serrurier, fumiste, ferblantier, etc. L'atelier de préapprentissage de M. l'abbé Blain des Cormiers, à Javel, a été établi avec un soin remarquable des détails et une intelligence parfaite des besoins professionnels et moraux de l'enfant qui doit y séjourner pendant deux ans au plus et dix- huit mois au moins.

Ces essais sont pour la plupart trop récents, pour qu'on puisse formuler un jugement quelque peu sûr à leur endroit. Ils sont particulièrement opportuns alors que, sous prétexte de réorganiser l'apprentissage en décadence, les dirigeants de la Ligue de l'enseignement s'efforcent depuis quelque temps, comme nous le verrons plus loin, de gagner l'opinion publique à l'idée de l'obligation de l'enseignement postscolaire et des cours d'adultes « laïques ».

Dans les patronages et dans les œuvres catholiques de jeunesse, on commence à se préoccuper également d'orienter les adhérents et les adhérentes vers les syndicats professionnels chrétiens : il y a là, nous semblet-il. une impérieuse nécessité et nous souhaitons que la leçon donnée par M. l'abbé Boyreau, curé de N.-D. du Rosaire, à la Semaine Sociale àe Saint-Etienne ^, soit entendue de tous les directeurs et directrices. D'ailleurs, nos voisins de Belgique ont mis ces idées en pra-

1. Cours de M. l'abbé Boyreau, La formalion syndicale au patronage, cf. p. i4'j et suiv. du Compte rendu de la Semaine sociale de Sainl- Èlienne, iOll.

tique et ne s'en trouvent point mal, comme le prouvent des événements récents '. C'est ainsi que, dans son rapport audeuxième congrès de V Action Populaire à Paris (avril 1911 .M. Heyman, secrétaire général adjoint des Unions professionnelles chrétiennes de Belgique, disait: « ... Les patronages ont depuis quelques années beaucoup changé. Ce ne sont plus seulement des œuvres de préservation chrétienne, mais des lieux de préparation sociale. Dans ma ville natale, par exemple, on a commencé à créer un syndicat mixte, c'està-dire de tous les métiers, pour tous les jeunes ouvriers de douze à seize ans recrutés dans les patronages, et qui, d'après la loi sur les Unions professionnelles, ne sont acceptés dans les syndicats comme membres elTeclifs qu'à l'âge de seize ans. Ces jeunes ouvriers paient une minime cotisation hebdomadaire de 10 centimes : en cas de maladie ou de chômaffe involontaire, ils touchent 50 centimes par jour. Entre temps, des cours sociaux leur sont donnés au patronage. Dans une langue simple et correcte, d'après un plan identique et discuté d'avance, cinq professeurs donnent la même leçon, de la même manière, dans les cinq patronages de notre ville. Les auditeurs ont devant eux le résumé imprimé de la leçon. Chaque leçon est suivie d un interrogatoire amical et finit en allumant un cigare... Aussi, après une trentaine do leçons, toutes les grandes idées pratiques sont vissées dans les esprits de ces jeunes ouvriers. Le patronage devient ainsi tout naturellement le vestibule du syndicat : la porte de sortie du patronage est la porte d'entrée du syndicat. Ainsi, à seize ans, le

l. Dans son entretien du 27 juin 1010 avec les directeurs spirituels dos palronaiies des grandes villes de son diocèse, le cardinal Mercier aH)ima que l'éducation sociale doit cire jointe partout à l'éducatioa religieuse, et être à la fois lliéorif|ue et pratique. (Cf. P. Rutlen, Prtit Manuel d'Éludés sociales, p. 3(< et suiv.).

plus grand nombre des jeunes gens sortant de nos patronages sont versés dans leurs syndicats respectifs. Bientôt leur intelligence appelle sur eux l'attention de leurs camarades, et il s'ensuit qu'ils prennent vite place dans la direction où ils exercent, par leurs connaissances, la meilleure influence. « L'exemple belge est suggestif : nous souhaitons qu'il soit suivi en France. Si l'on entre résolument dans cette voie de formation sociale et professionnelle, alors se multiplieront, parmi les jeunes ouvriers, les fortes et gêné reuses individualités catholiques qui agiront et vivront comme vivent et agissent les héros des Lettres à mon Cousin ou d'Essaims nouveaux.

Parmi les œuvres de jeunesse qui se développent, une des premières places appartient aux colonies catholiques de vacances. Nous ne reviendrons pas longuement sur ce que nous avons dit plus haut de ces organisations qui, l'an dernier, atteignaient le chiffre de 228. Sur ce total, il y en a seulement 32 qui s'occupent à la fois des garçons et des filles, tandis qu'il en existe 71 pour les filles et 125 pour les garçons ; on remarquera celte disproportion entre les œuvres de garçons et celles des filles , elle tient à bien des causes, mais surtout à celle-ci que les fdles sont plus utiles à la mère que les garçons et qu'on les laisse s'éloigner de la maison moins facilement que leurs frères. Quelques œuvres acceptent les mères avec leurs filles. Une autre a fait mieux. C'est celle qui dépend du patronage Saint-Joseph de la Maison-Blanche ; elle a été fondée par M. Enfert qui reçoit au hameau familial de Montbricon les anciens du patronage avec leur femme et leurs enfants ; 42 familles y ont séjourné Tan dernier. Des deux modes de placement, les œuvres catholiques ont presque unanimement choisi le placement collectif

228 LE DEVELOPPEMtNT ACTUEL.

OU l'internat; à peine deux ou trois seulement, plutôt faute de ressources que par goût, se sont contentées du placement familial.

Les directeurs des colonies catholiques de vacances ont tenu avec grand succès deux congrès : le premier à Tourcoing, les 26 et 27 janvier 1910 ' ; le second à Limoges, sous la présidence de M^"" Dubois, archevêque de Bourges, les 25, 26 et 27 septembre 191 P. Dans ces réunions, M. labbé Bombardier avait demandé qu'on créât une Union des colonies de ^>aconces catholiques^. L'idée fut accueillie alors av:e(L enthousiasme; maintenant, elle est en voie de réalisation.

V Union s'occupera en première ligne, de tout ce qui peut concourir à la formation morale et religieuse des enfants confiés aux colonies de vacances ^ ; tout le reste sera organisé en fonction de ce but primordial. En second lieu, elle servira de lien entre les œuvres catholiques :

a) pour faciliter entre elles l'échange d'enfants; il serait avantageux pour la santé de ceux-ci qu'on pût les envoyer à la montagne ou à la mer si le médecin donne des indications dans ce sens ;

b\ pour organiser des colonies d'hivernage où les enfants délicats recevraient asile pendant les mois d'hiver, tout en continuant leurs études et sans préjudice pour leur âme ;

\. Les Patronages de vacances, compte rendu du congrès tenu à Tourcoing (Nord; les 2r. ct27 janvier 1910 (.4cno« Populaire, Paris, Gabalda;.

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