DOULEURS
Céphalée. — B. — Mal de tête extrêmement violent, mais rien qu’aux tempes et au front, avec battements. Guérison extrêmement rapide par autosuggestion.
Le même sujet note quelques jours après :
Mal de tête depuis ce matin, mais fort différent, tête lourde, idées embrouillées, impossible d’appeler toute mon attention sur un sujet quelconque, surtout mal derrière la tête. Par suggestion, guérison par intermittences, le mal revient toutes les demi-heures, impossible de m’en débarrasser complètement; à 7 heures du soir, je vais mieux, mais j’ai encore la tête lourde.
Ici comme dans bien des cas,l’auto-suggestion, bien que persévérante, n a pas donne de iesultats absolus, elle n’en a pas moins fourni une amélioration assez marquée et sans doute diminué la durée du mal. On retrouve d’ailleurs dans cette seconde observation tous les caractères de la céphalée neurasthénique typique. Or, l’état intellectuel dont s’accompagne cette céphalée explique sans peine les difficultés et la lenteur
DE IA VOLONTE
d’action del’auto-suggestion en pareil cas. L’hétéro-suggestion, au contraire, calme ou atténue d’habitude ces phénomènes avec la plus grande aisance.
On donne communément, comme type classique de la céphalée neurasthénique, la céphalée dite en casque « d’après la comparaison ordinairement formulée parles malades». Avec M. Bernheim nous pensons que ce type s’observe beaucoup moins souvent qu’on ne le dit. Nous avons vu très rarement cette expression employée par les malades non encore soignés. Elle est fréquente, au contraire, chez les sujets déjà traités. Et cela se comprend : trop souvent, en effet, c’est le médecin qui, sans s’en douter, a créé, ou tout au moins localisé le symptôme par suggestion inconsciente. C’est là du reste une remarque importante qui peut être formulée à titre de règle générale. Le médecin devra se méfier, surtout chez les nerveux, de cette suggestion involontaire, et profondément pernicieuse, qu’il peut exercer; ne pas chercher à serrer le malade de' trop près dans ses questions; le laisser parler de lui-même plutôt que demander d’une façon trop précise s’il ne présente pas tel ou tel phénomène, s’il ne souffre pas de tel endroit, etc.
Qu’ arrive-t-il, en effet, en pareil cas? L’esprit ,lu sujet « travaille » inconsciemment sur les données qui lui sont ainsi fournies ; les moindres impressions sont recueillies, amplifiées par l’attention qui s’y porte; et, en fin de compte, le médecin se trouvera avoir créé des symptômes nouveaux ou augmenté des troubles qui étaient restés jusque-là à peine sentis.
Même conduite chez un malade en cours de traitement; on devra soigneusement se garder de rappeler à son souvenir les phénomènes déjà guéris ou en voie de guérison : sans quoi on risquerait de les faire reparaître, ou de leur donner une intensité nouvelle.
C. — Vers les 2 heures, après avoir appris une mauvaise nouvelle, je ressens un mal de tête très marqué au front avec lassitude dans les jambes et dans les bras, douleur obscure dans tout le corps, vague dans les idées. Après des tentatives répétées, cela se dissipe vers la fin de l’après-midi.
Ici encore, par les caractères qu’elle présente, il s’agit bien d’une céphalée neurasthénique, malgré le siège au front.
D. — M’étant levé tôt ce matin et fatigué plus qu’à l’habitude, je me sens vers onze heures très las, la
tête lourde et chaude, l’esprit comme vide, des douleurs dans le dos et dans les épaules. A midi je mange sans appétit. Tout mon malaise s’accentue encore après le repas. Aussi je n’éprouve pas de peine à me mettre en état de sommeil assez prononcé, mais sans pouvoir concentrer mon attention. Je m’attache simplement à me reposer, à écarter toute pensée, à détendre peu à peu mes membres, mon corps, ma tête même. Au bout de vingt-cinq minutes environ, me sentant plus reposé, je commence à me suggestionner, d’abord dans le même état, puis en faisant quelques pas et en faisant enmême temps effort sur moi pour me remonter. Enfin je me mets au travail en tâchant de me concentrer tout entier sur lui. Quelques moments après, je constate que le mal de tête et la lassitude ont disparu. J’éprouve seulement encore une douleur dans le dos, mais beaucoup plus vague.
Il faut relever ici : 1° l’utilisation pour le recueillement de la tendance au sommeil consécutive à l’ingestion des aliments; 2° la succes- * sion fort bien notée des différents temps de la suggestion : recueillement pur et simple, autosuggestion idéative, combinaison de celle-ci avec l’ auto-suggestion en acte, auto-suggestion active. A mesure qu’on avancera dans l’étude de l’autosuggestion, on apprendra à varier ses procédés, et l’on comprendra mieux la nécessité de le faire.
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De même que l’organisme s’habitue aux médicaments, l’esprit s’habitue, lui aussi, à une méthode trop longtemps employée. En sachant changer à propos, on ravivera l’attention par l’attrait même de la nouveauté. Pendant ce temps, l’accoutumance pour le premier procédé se sera atténuée ou effacée, et l’on pourra y avoir recours avec de nouvelles chances de succès.
E. — Depuis deux heures environ, point douloureux sur le dessus de la tête avec chaleur ; les cheveux mêmes me paraissent sensibles quand je les touche. Il ne m’a pas fallu plus d’un quart d’heure d’auto-suggestion pour faire disparaître cette douleur, et en même temps, pour éclaircir les idées qui étaient assez confuses.
La cause n’est pas indiquée. Cette variété de céphalée s’observe communément chez les neurasthéniques ; elle est fréquente aussi chez les gens habituellement sains, à la suite de surmenage intellectuel, excès, etc.
F. — Espèce de névralgie complète de la face m’empêchant de parler comme je le voulais ; la mâchoire était comme paralysée. Je l’attribue au froid très vif qu’il faisait ce matin-là. Elle a débuté brusquement chez une personne que je visitais, et je sentais parfaitement que je faisais des grimaces en parlant ; je ne pouvais arriver à dire une phrase
tout d’une haleine. En sortant, la douleur était devenue plus vive : je commençais à être inquiet; c’est alors que j’ai pensé à me suggestionner. Un certain temps après, j’ai constaté une amélioration notable. Après une demi-heure, la douleur a recommencé ; nouvelle auto-suggestion qui réussit comme la première fois. Puis la douleur revient, moins forte cette fois ; au bout de quatre ou cinq auto-suggestions, je parviens enfin à me débarrasser complètement.
Chez un sujet neurasthénique ou passagèrement neurasthénisé, toute sensation non perçue ou à peine perçue par le sujet sain, devient aisément une sensation douloureuse. C’est ainsi que semble avoir agi le froid dans celte observation. Ainsi s’expliquent encore, pensons-nous, les formes spéciales de céphalée observées dans la neurasthénie : c’est la pression du chapeau qui détermine ces sensations si variées d’étau circulaire, de cercle de fer, de casque, de calotte de plomb, accusées par les malades. De même, nous avons vu parfois des troubles gastriques très prononcés, consécutifs à la simple pression exercée sur l’épigastre par un bouton, par des vêtements trop serrés, par le rebord d’une table pendant le travail, etc.
En un mot, chez un sujet en état de moindre
l’éducation
résistance psychique, loute impression est- susceptible d’être énormément grossie par l’autosuggestion inconsciente. Suivant que la douleur se localisera plus ou moins nettement sur une articulation, sur les muscles, les nerfs, sur tel ou tel organe, on en décrira toutes sortes de variétés : rhumatisme ou arthralgie, douleur musculaire ou myalgie, nerveuse ou névralgie, gastralgie, pleurodynie, etc. Mais dans tous ces cas, partout et toujours, on retrouvera comme élément essentiel, générateur de la douleur, l’élément psychique.
Ces données bien établies, on trouve moins singulière l’action parfois si merveilleusement efficace et rapide du traitement suggestif contre des douleurs, des névralgies qui s’éternisaient depuis des semaines, rebelles à toutes les médications. Ici encore, évidemment, on se heurte à bien des incrédulités. Cependant les faits sont là, journellement constatés par tous ceux qui s’occupent de suggestion. Et la théorie démontre que ces succès n’ont rien que de rationnel : en pareil cas, en effet, la médication psychique s'attaque non pas au symptôme, mais à la cause elle-même.
Nous ajouterons encore : ce ne sont pas seulement les douleurs des sujets dits nerveux qui
sont justiciables de la psychothérapie1. Le sujet, le moins nerveux d’apparence, peut présenter un nervosisme local, un point faible , suivant 1 expression vulgaire. Dans ce cas encore, la suggestion interviendra avec succès ; bien mieux, et contrairement à l’opinion courante, avec plus de succès que dans le cas précédent. Car chez le sujet nerveux foncièrement, le cerveau reste prêt à fabriquer, si l’on peut parler ainsi, toutes sortes de névralgies nouvelles, et c’est, non plus un symptôme isolé, mais une disposition fondamentale de l’esprit que la suggestion aura pour tâche de modifier.
Douleurs diverses. — A. — Douleur et agacement à la lèvre inférieure, lui donnant la sensation d’un bouton qui va percer ; il est assez sujet à ce phénomène. Disparition par auto-suggestion plusieurs fois répétée, en une heure.
G. — J’ai au côté gauche un point très douloureux, qui me fatigue beaucoup : je fais tout mon possible pour le faire disparaître et j’y arrive après quelques essais. Le mal revient au bout de quelques minutes ; je remarque que quand je pense a le faire disparaître, il disparaît, puis revient dès
1. P. E. Lévy. — Sur la délimitation du nervosisme, à propos de l’élément douleur. — Communication à la Soc. de Psychol., Juillet 1901.
que mon esprit ne s’y porte plus, et cela pendant au moins un quart d’heure. Je me remets alors avec / le plus d’ardeur possible au travail, et quelque temps après je remarque que le mal a complètement disparu.
Cette observation ne permet pas de préciser la cause du point de côté; en revanche elle montre trèsnettementle rôle de la suggestion curative.
D. — Douleur très vive au côté gauche, depuis plusieurs heures, disparue en peu de temps, en me répétant que je ne souffre plus, et en laissant en même temps la main droite appliquée sur l’endroit douloureux..
J'ai dissipé plusieurs fois sur moi-même des douleurs de côté, parfois assez aiguës, bien qu’elles parussent, dans certains cas, très nettement liées à un état de distension de l’estomac.
B. — Point entre les épaules complètement disparu par auto suggestion.
— Douleur très vive au réveil, en arrière de l’épaule gauche; elle augmente beaucoup quandje respire et quand je me remue. Malgré la souffrance, je me suggère, en me concentrant le plus possible sur cette idée, que je ne souffre plus, je m’efforce de me figurer la douleur se répandant, se disséminant peu à peu dans les parties voisines. Je sens en effet la douleur s’atténuer beaucoup ; elle persiste, ainsi atténuée, presque toute la matinée, enfin s’efface totalement.
D. — Depuis deux semaines environ, je souffrais au-dessus du poignet droit, et cette douleur m’occasionnait quelque difficulté pour écrire. Au bout de ce temps seulement, je pense à me traiter par suggestion : la guérison est survenue en quelques jours.
— Guérison rapide d’une douleur dans les reins survenue à la suite d’un effort.
E. — Disparition d’une sensation de serrement à la partie supérieure du bras : le sujet s’est surtout suggéré «de ne plus y penser ».
Ce sera en effet, dans bien des cas, la meilleure méthode. On n’est bien guéri d’un trouble quelconque, douleur physique, passion morale, etc., que lorsqu’on l’a complètement oublié.
F. — Douleur sourde avec fatigue, en arrière de la cuisse droite, ressentie au réveil. Disparition presque instantanée.
— Douleur au genou droit durant depuis deux heures environ. Disparition très rapide.
Ces douleurs nerveuses siégeant dans les masses musculaires, les tendons, les jointures, rappellent tout à fait ce que l’on désigne habituellement sous le nom de douleurs rhumatismales : plus fréquentes chez les sujets âgés, mais pouvant s’observer à toute époque de la vie; caractéristiques surtout en ce qu’elles « voyagent »
sans cesse d’un point à l’autre, et aussi, en ce qu’elles sont extrêmement sensibles aux variations atmosphériques, faisant ainsi des malades de véritables baromètres, prédisant le beau temps, la pluie, la neige. Entre les unes et les autres, il n’y a pas de différence de nature, a Doit-on faire, ditM. Huchard, le diagnostic de l i neurasthénie avec une forme de rhumatisme qu’on peut appeler le rhumatisme vague ou nerveux? Ce diagnostic devient plutôt un parallèle. Car nous avons la conviction que ces deux maladies se confondent presque toujours et qu’elles ne forment réellement qu’un seul et même état morbide. »
Même dans le rliumatis-me chronique proprement dit, avec lésions articulaires et périarticulaires, craquements, etc., la suggestion, et sans doute l’auto-suggesLion, ne seront pas inutiles. « Sans doute, ditM. Bernheim, en parlant d’une malade ainsi traitée, nous n’avons pas suggéré au gonflement périarticulaire de se résoudre, aux capsules cartilagineuses de se reconstituer à l’état normal, au tissu fibreux de reprendre sa souplesse, aux capillaires de se dégorger. Nous avons suggéré à la malade de ne plus ressentir de douleur et de mouvoir l’articulation dans tous
les sens. La douleur étant supprimée, les mouvements articulaires paralysés par elle se sont restaurés progressivement; les ligaments fibreux, par suite de ces mouvements, ont repris leur souplesse; la synoviale, retrouvant ses alternatives de tension et de relâchement, a repris son élasticité et sécrété une synovie normale ; les surfaces cartilagineuses retrouvant leur frottement doux ont repris leur aspect lisse et poli; les stases capillaires et l’engorgement des tissus dus à l’immobilisation ont été balayés par le travail mécanique activant la circulation; les muscles amaigris se sont reconstitués parle retour de la contraction ; et ainsi, en quelques semaines, la restauration fonctionnelle a eu pour conséquence la restauration de l’organe. »
Odontalgie. — Nous avons cité d’autre part une intéressante observation de Hack Tuke prise sur lui-même. Le même auteur dit encore à ce propos : « Tout le monde sait que la crainte et l’imagination font disparaître d’une manière temporaire ou permanente un mal très ordinaire et très douloureux, le mal de dents. Cette influence est bien connue, non seulement du dentiste, mais de quiconque a besoin d’aller chez ce personnage
redouté. On se plaît à croire que l’opération n’est point nécessaire ; on se met à douter que la douleur soit après tout si pénible, et, en fin de compte, lorsqu’on est arrivé à la porte du dentiste, on se convainc qu’on en est entièrement débarrassé. Et il en est effectivement ainsi, du moins pour quelque temps. » Deux de mes sujets, et aussi une autre personne, qui n’a pas été comprise dans notre liste, car elle ne nous a fourni que ces seules observations, ont pu, à plusieurs reprises, calmer des maux de dents par auto-suggestion, ou encore, par suggestion faite sur le moment, ou mieux, à l’avance, diminuer beaucoup la douleur résultant des operations dentaires. En diverses circonstances j’ai réussi sur moi-même de la façon la plus nette. L observation qui m’a paru la plus caractéristique est la suivante :
Eprouvant une souffrance extrêmement vive au niveau d’une dent déjà traitée antérieurement, avec irradiation dans les dents voisines, congestion et lourdeur de la tête, et ne sachant s’il s’agissait d’une lésion réelle, ou d’une névralgie simple, je résolus d’essayer l’auto-suggestion, en me plaçant avec le plus de conviction possible dans l’hypothèse la plus favorable. Malgré l’intensité de la douleur, je parvins h la calmer très notablement, puis h la faire dis-
paraître tout à fait. Elle reparut au bout d’une heure cn\iion , je ni efforçai de la calmer de nouveau dès son apparition en ne lui laissant, pour ainsi dire, pas le temps de se développer. Et ainsi de suite plusieurs fois. Le soir, ayant réussi à m’endormir, je fus réveillé parla douleur vers une heure du matin. Je parvins encore cependant à l’écarter peu à peu, et a amener, sinon le sommeil avec perte de conscience, du moins un état de repos et de calme queje maintins assez aisément et qui fut suivi, vers cinq heures, du sommeil complet. Le lendemain, le dentiste constata, sous le ciment enlevé, une inflammation de la pulpe dentaire.
Fourmillements. - D. - J’ai réussi à faire disparaître complètement par auto-suggestion, en quatre ou cinq jours, des démangeaisons qui duraient depuis une huitaine de jours, dans les trois doigts du milieu de la main droite, m’obligeaient même à me
gratter fréquemment, et me réveillaient plusieurs fois par nuit.
« Les sensations de fourmillements, de picotements, de brûlures, de démangeaisons, sont des symptômes assez fréquents de la peau neurasthénique. Les sensations d’engourdissement et fourmillements sont surtout remarquables aux extrémités; elles peuvent, dans certains cas, être prises pour les prodromes menaçants d’une lésion cérébrale, et faire redouter une attaque de para-
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lysio » \ Nous les avons vues parfois, jointes à la sensation de « doigt mort», à la céphalée, aux bourdonnemcntsd’oreilles, aux troubles delà vue, etc., chez des sujets à artères dures, rendre le diagnostic malaisé avec une lésion interstitielle du rein, et d’autant mieux qu’ils s’accompagnaient d’un certain degré de polyurie nerveuse claire. Dans ces cas difficiles, la suggestion servira à la fois de moyen de diagnostic et de traitement.