‹ L'éducation rationnelle de la volontéChapitre 59 sur 60 · I)K I.A VOLONTE · texte numérisé non relu

I)K I.A VOLONTE

est Iracéc par ce précepte d’ordre général déjà établi, c'est que l’éducation de la volonté doit être une œuvre de tous les instants, c’est qu’au regard de la volonté, il n’est pas un acte, si insignifiant qu’il paraisse, qui puisse être dédaigné, puisqu’il constitue déjà à lui seul un commencement d’habitude.

Au même auteur, nous empruntons encore ces observations :

— Etant dyspeptique et n’ayant jamais faim, je me donne la suggestion d’avoir faim. Au repas suivant, j’ai bon appétit, et la faim persistant encore après le dessert; je mange encore un croûton de pain pour la satisfaire.

— Je me donne l’auto-suggestion de haïr une personne qui m’a fait du mal. Le résultat est positif; je la hais. Cette auto-suggestion crée en moi un état tel que je ne puis souffrir certaines personnes indifférentes auparavant. C’est ce qui m’a fait cesser cette sorte d’auto-suggestion.

Dira-t-on en pareil cas que l’auto-suggestion est en cause?Ces observations indiquentsimplement une suggestibilité trop vive, et le rôle de la thérapeutique suggestive doit être précisément de tempérer le plus possible cette suggestibilité. Notons en outre que l’auto-suggestion porte

toujours en elle-même son rem'ede : l’auteur, on 1 a vu, en a fait lui-même la remarque pour une observation précédente.

Au résumé, conserver en toutes circonstances un jugement sain et clair, un sens critique toujours en éveil; au seul moment de la suggestion proprement dite, s’aveugler temporairement et de parti pris sur toutes les difficultés pour pousser de toutes scs forces à sa réalisation, espérer même au delà du possible, avoir la foi , mais en se tenant toujours prêt à reprendre tout aussitôt son sang-froid, son rôle d’observateur méthodique et impartial : telles sont les qualités, contradictoires en apparence, mais que l’habitude saura parfaitement concilier, nécessaires pour pratiquer avec fruit la suggestion sur soi-même, comme l’hétéro-suggestion. Au surplus, cette alliance entre l’esprit de contrôle et le pouvoir de tension vers l’acte ne constituet-elle pas en toute entreprise, quelle qu’elle soit, la meilleure condition de réussite ?

7° Une observation d’un de mes sujets va nous montrer cependant non pas un danger, mais un

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écueil utile à signaler, dans la pratique de l’autosuggestion.

B. — Hier je m’étais commandé de me réveiller à 6 heures 1/2. Je ne me suis pas réveillé maisj’ai remarqué que deux jours après cette expérience, je me suis réveillé, ne sachant pourquoi, a cette heure précise, et cela pendant plusieurs jours. J’ai noté de même que, pour bien d’autres suggestions, ma volonté ne répondait souvent que trente-six ou quarante-huit heures après.

Voici, à notre sens, l’explication de ce fait singulier en apparence. La suggestion ne s’est pas réalisée au moment indiqué, mais elle est réapparue à l’esprit du sujet pendant le sommeil du surlendemain, et, dès lors, elle s’est réalisée à litre de suggestion nouvelle. Le sujet ayant perdu, au réveil, le souvenir de cette réapparition, a naturellement attribué le fait constaté à la suggestion de l’avant- veille. De là : 1° impression d’étonnement qui a maintenu la suggestion les jours suivants dans l’esprit, et réveil chaque jour à l’heure primitivement fixée; 2° interprétation erronée du fait observé par le sujet, croyance à une modalité particulière de l’esprit ne permettant la réalisation des suggestions qu au bout de 36 ou 48 heures, croyance qui a

naturellement influé, à la façon de toute suggestion, consciente ou non, sur les suggestions ultérieurement données.

Nous avons entendu, de même, un suggestionneur (non médecin) nous dire que, pour des raisons qu'il ne connaissait pas, il lui arrivait ordinairement de guérir scs malades par « neuvaines », et nous avons pu nous-même constater la réalité du fait. Comme pour le cas précédent, il n’y avait là de mystère qu’en apparence, il s’agissait simplement d’une croyance de suggestionneur, basée sans doute sur quelques faits exactement observés, mais mal interprétés, transmise par lui, inconsciemment, à ses sujets, et se réalisant sur eux suivant la loi même de toute suggestion.

Concluons donc, ici encore, à la nécessité d’une observation dégagée de tout préj ugé, froide et impartiale, rigoureusement scientifique.

8° Cette étude demanderait à être complétée par des observations d’améliorations ou guérisons obtenues par l’hétéro-suggestion. Mais ce serait déborder infiniment le plan que nous nous

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sommes tracé. Il nous faudrait y comprendre, non seulement des observations de névroses, mais des observations d’affections de tout ordre. D’après la définition donnée de la volonté, tout traitement psychique, à quelque phénomène qu’il s’adresse n’est-il pas en effet une tentative de redressement de la volonté, puisqu’il forme l’esprit du sujet à exprimer en fait un désir préalablement formulé par lui ?

Nous nous contenterons de résumer, très succinctement, les indications de la thérapeutique suggestive.

1° Le domaine propre de la psychothérapie, ce sont les troubles purement dynamiques du système nerveux.

En premier lieu, les troubles psychiques, troubles du caractère, de l’intelligence, de la sensibilité, de la volonté, quels qu’ils soient : confusion, difficulté d’élaboration des idées, affaiblissement de la mémoire, impressionnabilité, phobies, passions de toute nature, indécision, etc.

Puisles névroses, hystérie, neurasthénie, toutes les formes si variées du nervosisme *. Nous no disons pas que tous les cas de neurasthénie ou

1. P.-E. Lévy. La cure définitive de l’hystérie. Rééducation. Presse médicale, 1903, n0B 34 et 89.

l’éducation

il hystérie soient curables par le traitement psycliique. Mais nous pensons que celui-ci reste le tiaitement de choix, que toutes les autres médications doivent en quelque sorte graviter autour de lui, et, s imprégner, elles aussi, de suggestion.

La chorée peut être souvent améliorée. Il n’en est pas de même de l’épilepsie, qui reste ordinairement rebelle.

2° Au-dessous de ces grandes névroses se rangent les troubles nerveux de toute nature se manifestant à 1 état isolé : insomnie, migraine, tremblement, tics, malaises vagues, palpitations, suffocations, névralgies, douleurs, qui font souvent croire à une lésion d’organe, alors que le système nerveux seul est en cause (ovaralgie, gastralgie, etc.). Il est impossible de donner, ici, même une simple énumération, d’autant qu’il faut y adjoindre encore toute une série d’alfections ou de phénomènes, où l’action du traitement psychique, qui paraît de prime abord singulière, n’est pas moins des plus manifestes: tels l’incontinence d’urine, l’impuissance, les pertes, le rhumatisme, l’anémie, les troubles de la menstruation, etc.

3° Quel est le rôle de la suggestion dans les maladies avec lésion, aiguës ou chroniques. A

coup sûr, elle ne prétend pas agir directement sur les altérations organiques, ou sur les agents microbiens qui en sont la cause. Elle ne vise pas non plus à se substituer aux médications classiques. Il ne faut pas lui demander plus qu’elle ne peut donner. Mais ces restrictions nécessaires formulées, son rôle n’en reste pas moins très important, et ses applications très étendues.

A. — En toute circonstance, elle re ste toujours un traitement symptomatique de premier ordre. Ainsi, chez l’ataxique, elle ne guérira certes pas les lésions médullaires ou nerveuses, mais elle pourra rendre la marche plus facile, calmer les douleurs fulgurantes aussi bien et souvent mieux que toute autre médication. Chez le diabétique, elle ne modifiera pas la quantité de sucre éliminé; mais elle pourra combattre la dépression des forces, la paresse intellectuelle, les douleurs,

1 insomnie, rendre plus aisee 1 observation du régime prescrit, etc. Chez le dyspeptique, elle pourra restaurer l’appétit, calmer les nausées, les vomissements, améliorer l’état nerveux qui est si souvent l’origine de la dyspepsie. N’est-ce rien que de pareils résultats, et, avons-nous, en somme, beaucoup de médicaments qui fassent

l’kducation

mieux? « Combien, dit Bernheim, existe-t-il de médicaments spécifiques? Que faisons-nous dans la plupart des cas? Est-ce à l’entité morbide que nous nous adressons ? Nous faisons modestement la médecine des éléments, c’est-à-dire la médecine symptomatique. Nous donnons de l’opium pour câliner la toux, la douleur, l’insomnie, des antilhermiques contre la fi'evre, des astringents contre la diarrhée, des toniques contre l’hyposthénie. La maladie elle-même nous échappe ; nous l’atteignons dans ses éléments fonctionnels quand nous le pouvons ». N’est-il pas d'ailleurs des cas, remarque fort justement le même auteur, « où la lésion n’est rien, la réaction fonctionnelle est tout? Voici par exemple une légère rétroversion utérine qui ne gêne en rien les fonctions vésicale et rectale, mais qui suscite parle mécanisme des actions réflexes toute une pathologie, névralgies, sulfocations, battements de cœur, vomissements, dyspepsie, vertige, hypochondrie, convulsions. Qu’importe que je ne puisse remédier à la lésion, si la suggestion peut faire appel à l’organe psychique, pour faire acte d’inhibition sur toutes ces manifestations symptomatiques secondaires, si elle peut mettre un frein à toutes ces transmissions nerveuses? »

B- — Mais ce traitement purement symptomatique est-il tout ce qu’on est en droit d’attendre de la psychothérapie?

Nullement. De même que l’altération de la fonction aboutit à l’altération de l’organe, la restauration fonctionnelle pourra conduire à la restauration organique. Nous avons montré déjà, à propos des arthrites rhumatismales, comment la suggestion, en agissant sur la douleur, sur la motilité, exerce une action indirecte, réelle et puissante cependant, sur 1 arthrite elle-même, et pareil raisonnement s’appliquerait à bien d’autres cas. Voilà un premier point. — Supposez maintenant une maladie générale aiguë, telle qu’une fièvre typhoïde, une grippe, ou chronique, telle que la tuberculose. La suggestion n’aura évidemment pas d’action immédiate sur l’évolution fébrile ou sur le tubercule ; elle n’en pourra pas moins rendre grand service, puisqu’en modifiant favorablement les symptômes tels que 1 insomnie, la toux, l’inappétence, les vomissemen ts, etc., voire même en corrigeai! tl’in tolérance pour les médicaments, en relevant les forces morales et physiques, elle augmentera la puissance de défense del’organisme, et lui permettra de lutter plus vigoureusement contre le processusmorbide.

i. i:niT.A.TioN

Nous nous bornerons à cet aperçu, très écourté, des indications du traitement psychique, et nous conclurons : La psychothérapie ne prétend certes pas être loute la thérapeutique, mais il est des cas où rien ne saurait la remplacer, d’autres où elle agit mieux que toute autre médication. Il n’en est pas où elle ne trouve occasion de s’employer uLilement.

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