‹ L'effort canadien [microform]Chapitre 1 sur 3 · PARIS ^ BARCELONE · texte numérisé non relu

PARIS ^ BARCELONE

3, rue Garancière Catte del BrucK 35

Tout droiu fésenrés

50US le titre : L'Effort de la France et /^«'î'." ^

fondé à Paris, sous la présidence de M. Stephen fKhoru un Comité de Conférences dont le but est d'expliquer au grand public le persévérant effort fourni par Us AUies.

Montrer avec pièces à l'appui que les peuples à qui h'nuone fût imposée et qui lutUnt pour la liberté du monde sont dign^ les uns d^smOre». fair^^amfifendre ce quil y a de grand et de beau dans le devoir quib accomplissent, de noble et de profond dans Vidée qui les mène, tel est le programme du Comité,

En rendant ainsi justice à l'héroïsme et à la fidélité de nos vaillants compagnons d^armes, le Comité est en droU de comPt^r <jue la France recevra ^eux pareil hommage; ^f^,!"'^^^^^^ organisées dans notre pa^s en l'honneur des AU^ '^^'^ eux des conférences qui diront toute la grandeur de Veffort

français.

Les premières conférences organisées sous le patronage du Comité ont obtenu, dans les diverses villes ou elles furent faites, un éclatant succès. Us auditeurs ont, à maintes rcpnces exprime le désir dten posséder le texte qui n offrira pas moins d intérêt aux personnes n'ayant pu assister à ces réunions.

Nous avons pensé cependant que nos conférences formeraient dans leur ensemble une œuvre plus durable si on leur enlcvaU h forme oratoire sous laquelle eUes furent ^^'^ ^'^'^ l^^Us avons donc prié les conférenciers de leur dom^ ^f^,t courts et substantiels, avec divisions claires et table des matières.

Nous reproduirons d'aiUeurs, en appendice, les documents relatijs , la conférence : programme de la séance. Allocubon du ou des présidents, etc.

Ainsi adaptées, nous espérons que /« douze études qui,^ sous le titre général : L'Hommage Fnmç«.. formeront la premiere^rie des publications du Comité : L'Effort de la ^^fj^^ AUi^. trouveront auprès de nombreux lecteurs un accueil erwc^a. géant et de nature à engager leurs promoteurs a en poursuivre le développemenL

Paul LABBÉ,

Secrétaire général du CamiU.

Le Canada. Ce nom ne résonne pas comme tous les autres noms aux oreilles françaises. Chaque «t f awa^ltt fois qu'il est prononcé, et quel que soit l'auditoire, • il éveille un écho dans notre sensibilité. En vain,

les années s'égrènent les unes par dessus les autres depuis qu'en 1 763 le traité de Paris céAn cette terre française à l'Angleterre, il senr.ble qu'elle fasse toujours partie de notre chair. ; le Canada, c'est im frère séparé, mais c'est toujours un frère.

Et cependant, le sentiment <|u*il provoque en nous ne ressemble en rien à celui que, jusqu'au jour où le dri4>eau français redescendit les Vosges au mois d'août 1914, faisait naître dans nos cœurs l'évocation de l'Alsace-Lorraine. Il n'y entre ni douleur, ni ressenbment, ni revendication. Le Canada est devenu part intégrante de 1 Empire britannique et nous y consentons, non pas reule ment en vertu de la nécessité passée qui nous imposa cet assentiment, non pas seulement en vertu de la sagesse présente qui l'exige, mais de notre plein gré et, si je l'ose dire, de bon cœur.

Pourquoi? Ah! C'est que, si jadis nos frères ont souffert, dt puis longtemps les plus dures de leurs peines ont cessé ; c'est que l'Argleterre, après la révolte de ses colonies d'Amérique comprit qu e e devait teire très large l'autonomie de ses nouveaux sujets, quelle devait respecter leurs traditions et leurs affections ; c'est que, très éloignés de leurs nouveaux comme de leurs anaens maîtres, ik ont pu devenir une Nation ; ils n'étaient pas la province arrachée au corps même de la Patrie, impuissante par sa situation et par sa petitesse à vivre de sa vie propre, livrée à des gouvernants incapables de comprendre et d'admettre cette fidélité du cœur et des souvenirs qui est l'honneur de certaines races et qui peut s'associer à un loyalisme politique nouveau. . ^

Le symbole tant de fois évoqué du monument qui unit dans un culte commun Montcalm, l'héroïque vaincu, Wolfe, le ncble vamqueur, représente au Canada une réalité. Supposez qu'à Strasbourg une image de ce genre eût rapprodié le vainqueur et le vaincu de Reicl^hoffen, eût-il symbolisé autre- chose qu'un mensonge ?

« Nous aimons l'Augleterre d'un amour de raison, a pu-écnre au cours de cette guerre le leader du nationalisme canadien français

(1). M. Gaston Deschamps a déjà traité ce sujet dans une conférence donnée au Havre, le 13 juin 1916, et publiée dans la collection de ÏHcmmase iiançais. à U librairie Bloud et CsS'

et, si on me permet, ajoute-t-il, d exprimer ma pensée personnelle, îe dîraî que j aime l'Angleterre d un amour d admiration (!).>> ^ ^ Exi des vers célèbres, le poète Louis Fréchette n a pas hésite a dumter les deux driq[>eaux :

Regarde, me disait mon père, . • • • . •

Ce drapeau vaillamment porté ; Il a fait ton pays prospère.

Et respecte ta liberté.

C'est le dr^jeau de rAngleterre, Sons tache, sur le firmMacnt, Piresque A toos les points de U tcm,

U flatte gloneusemoft.

Lftngjjjmps ce glorieux inngne De notre gl^ fut jaknix.

Oublions les jours de tempêtes ; Et, mon enfant, pulsqu aujourd'hui Ce drapeau flotte sur nos têtes.

Il baxt s'incliner devant lui*

Mais, père, pardonnez si i*ose...

N'en est-'il pas un autre à nous?

— Ah ! celuirlà, c est autre chose ; U ^ le fattser h genouxl

L'effort politiqiie dt moral : l'interventioii

Et voici que maintenant les deux drapeaux

de France et d'Angleterre flottent côte à

A^in fli-aneaux ^ ï"^'^"* ^^^^ couleurs. Les deux mères deux drapeaux ^^^^.^ Canadiens défendent les mêmes

droits et k même civilisation coi*rc la même injustice et U même

barbarie. , . / ^ i

Canadiens anglais, Canadiens français, peuvent écouter les uns

et les autres la voix du sang : elle les appelle dans le même camp.

C'est le 2 août 1914, date à jamais solennelle ^ . dans l'histoire du monde, que cet appel se

fit entendre. Porté de vague en va^ue, le tocsin quî sonnait aux églises de France vint faire vibrer les cloches des villages français d'outre-mer, tandis qu'à la même heure, la nouvelle de la neutralité belge violée soulevait l'indignation des fils généreux de la VieiÛe-Angl^nre.

Qu'allait faire le Canada? Singulière question, me direz- vous ! Le Canada pouvait-u

\^ ranAda? choisir? Comme l'Algérie suit la France, ne - le ^.anaaar - j^^j^^jj g^j^^ r/bg^teterre et donc faire la

S^erre, si l'Angleterre la faisait? ,.

Eh bien, non! Messieurs. Le Canada, pas plus que lAustraUc et la Nouvelle-Zélande, pas plus que l'Afrique australe, "«st une colonie. C'est une puissance, dominion, un Etat autonome, rattaché a

(1). Ces paroles de M- Bourassa sont tirées d'un article intitulé : La langue Jrançaise tt k nrntti&i de la Cm^édttaiion, publié au début de l'année 1917.

la métropole par la volonté commune, par la présence d*un gouverneur investi d'attributions à peu près honorifiques, un Etat doué d'un Parlement et d'un Ministère Indépendants. Les dominions ne sont obligés de fournir à la mère-patrie ni subsides, ni contingent militaire : si le Gouvernement de Londres leur en demande» ils sont libres de r^ser.

Suivant l'heureuse expression du premier ministre actuel Sîr Robert Laird Borden, « le Gmada travaille comme une nation auton<Nnç dans le reste de l'Empire britannique (I)- ^ S'il lui plaît d'«gir avec TAoï^eterre» ce ne peut être ^qu en ¥»rtu d'une action omcertée et cmisentie.

Et, c'est bien dans cette pensée que l'ancien premier ministre. Sir Wilfrid Laurier, s'était rencontré avec celui d'aujourd'hui, alors chef de l'opposition, lorsqu'en 1911 , il avait admis « qu'en cas de péril, la flotte canadienne devait coopérer avec la flotte britannique, » mais en réservant « la décision du Canada pour chaque cas particulier, » (2).

Trois ans plus tard, le cas particulier se présentait et dans quelles conditions !

Nhis, conditiims très simples, penserez-vous peut-être^ encore. Ne venez-vous ças de Bcms montrer les Ginadiens français et les . Gmadiens an^is, mus chacun par un sentiment difiéaratit» nous l'accordons, mais en définitive teiulant vers le màne hiA d: c^able dé nrovoquer une même résohrtion?

Ne nous hâtons pas de conclure! Ici-bas» surtout c^juand il s'agit de politique et plus encore de cette diose effroyable qu est la guenre, le sentiment n'est, ni ne peut, ni ne doit être tout. Et de plus, l'identité des sentiments n'entraîne pas nécessairement l'identité des conceptions et des résolutions. On peut différer beaucoup sur la manièrç de rendre service à un ami qu'on veut servir.

^ y Te Canada n'est pas im pajrs homogène. Phfsii' Ce ~^ ert Lu auement,cestunec(mtréevirteoomme l'Europe, le Canada ^^^f millions d'liectares,parta{|ée «itrok

régions, le Canada proprement dît, bassin lacustre et fluvial du St-Laurent, avec les îles et presqu'îles de son embouchure, l'un des plus beaux pays du monde ; — les grandes plaines du Nord, sillonnées par les abondantes rivières qui se jettent dans la baie d'Hudson ; — à l'Ouest, descendant les pentes des Montap^nes Rocheuses, la Colombie britannique, que prolonge l'île de Var couver ; bassin de l'Atlantique, bassin de l'Océan glacial, bassin du Pacifique ; plaines fertiles et plaines glacées, montagnes arides, riches et riantes collines ; prairies et forêts ; pays de grande culture, pays de chasse et pays de pêche, royaume du blé, royaume des fourrures, royaume des poissons ; pays continental et pays maritime ; pays agricole et qui peut dbvenir indusiridi, qui aspire à ime vie écxmomique intense et qui en a besoin. La troubler, cette vie, la broubler par la guerre»

(1) . Cité par Y Illustration, 5 août 1916.

(2) . André Beauchesne. Le T. H. M. Robert Laird Borden, premier ministre du Canada. Monlréal 1912; p. 25.

T.'RFFQRT CANADIEN

n'est-ce pas exposer le Canada tout entier à la ruine, nesl-ce point l^li^Json eLr, alors qu'il ne demande qu> ymc à m^her MpoWation. dix fois trop faible pour son territoire? Et P9^PI^^ U te^natJe est-elle menacée? Par contre-coup, oui ; mais a part SSeîques^ques. qui le voit? L'ennemi est-il aux portes? Non. STs'ï^t de se soUdanscr avec des naUons chères sans doute, mais.

lointaines. ^. ^ pj^y^i^^^^ent n'est pas

L«« races ^ homogène l'était politiquement par la race Les races, . ses traditions, par une longue

les langues, histoire. Mais non! Sans doute, il y a demt flé-

U. nartis "lents antiques et fonaers. le» ^^^^fj^s^f^ les partis ^^^^^^ ^^^^^.^ ^^^^^^ ^ ^^té le Bas-

r.««l. nr*«inu'aussi srând que la France, et les descciidants ctea £g±S"Sf<lu H^u,-a„ada, habùué, i v™^"^tort «. « ««pecunt quelque peu ; ma,s, î,/»'^^/?. '=",-™f^ !ni.vinas il y en a de toutes neuves ; a cote des Canadiens ae à yt.«s.i des Anglais proprement d>ts, des Ecos^us 5« F«n«.». a«. Italiens des Amér.cams du Nord 't du Suddœ émiimnts, venus de toutes les parties du monde ; il y a des AH^mfnd^^Aikn-nd. qui U. e»mme p-tort. poursuivent

"■J^rceX^^^^^ que de «i«.ns de ne pas s'entendre c^e de Suses dë luttes, sociales, politiques religieuses ! Iç, des cotsm-

te U qtsŒ'ÏÏci e't celle des lan™« » ^^^T

ǫt '*"-teTe"\ lord^uT^r a t'L's^dX B.

fruU& eXitl ur cœ.^^ palpite. Mais voici que IWeur ^î-'-eS^te.lecJfd^^^^

î cls: Ls le ^'^^■^^^^j^^rJ^^'^t:^

c est courir le risque d avoir à la j^^^'^P**" !~ v i. -U^^a a été KS^:i?coS«v-eufœ^^

Buren ex^ine cette att.tude Je M. H«n B"'"?^, **• ™JXe de M. Henri Bornas». Mo„tre.n916.t««^^

sont envisagés.

«snloitée et aggravée. U France dont ils descendent. J,a France dont ^]^ so^^eS!la France qu'ils aiment, c est celle d Henri IV. de Richelieu de Loiis XW. Or cette France-là. peuvent-ds la recon-

naître dans la France daujourdhui? • i -i i

Ah Zu Messieurs, maintenant, nous oserons le dire, ils le peuvent La v^elîe France a revécu en tout ce qu'elle avait depl^^^J^lime ; ^sl la France Immortelle qui sW manifestée au momîc. Ma« avaiton lieu de le conjecturer en août 1914?

Non! la question n'était pas si simple qu elle a pu vous le paraître.

Et sans doute, à la réflexion, un catholique devait-il se dire qu'une nation qui garde le - - ™»^, ; ■ culte de l'Eucharistie, du Sacré-Cœur, de la de se décider Vierge et des Saints, comme le fait la. nôtee. »»nrl«a Alliés qu'une nation dont le clergé s'est laisse de-

pour les Aines h ^^^^ ^^^^^ ^j^^.^

obéir à un mot du Souverain-Pontife, qu'une nation dont, en depit de toutes les persécutions, les œuvres chr^iennes. vivent, prospèrent se multlplieirt et de qui les missionnaires parcourent toutes les rout^ dS monde, qu'une telle nation, ne saurait être rayée du nombre des nations catholiques ; et qu'au W^s, d ^"^^ quelle défende la cause du droit pour n'être pas mdigne d être soutenue.

Et de même le plus fougueux nationaUste devait-il penser que ce qui importe, quand la vie d'une mère est menacée, c est de la sauver à l'heure présente, et non de se demander si plus tard on naura pw à combattre l'allié qui aujourd'hui nous aide a la sauver. Au surplus, après tout ce qui s'est passé dans le monde depuis deux ans et demi, m tel retournement ne semble guère à prévoir et, s .1 fallait piophetiser. ne verralt-on pas plutôt se projeter sur 1 écran de 1 avenir une Europe cLidentaleïédérée en face de l'Europe centrale et les allies d'à présent unis pour de très longs jours? Nous le croyons

Et nous estimons que c'est tout cet ensemble de considérations qui, jointes à un certain instinct et au sentiment du danger courupar la civilisation française, a opéré le rapprochement de toutes 1^ fractions éparses de la race française et les a urnes à la mère-patne.

Mais nous reconnaissons qu'il y fallait la réflexion et que poirf la provoquer, Aouuuç» « ^-^^ ^^^^^ réflexion, et, pour démontrer aux ----et---- Canadiens que cette guerre devait^ ^e et

A'tjrliam était la guerre du Canada (1), ce n était pas Hommes a £«llSe ^^^^ ^^^^^^ combinés, de ces conducteurs de peuples que sont les hommes d'Etat et les hommes d;Eglise. Honneur aux Borden, aux Casgrain, aiut Laurier, aux Begin, aux Bruchési, et à tous les autres, politiques ou évêques, qui ont assure à la cause de la justice et de U civUisation le concours preaeux de la nation canadienne, entrée par ejix et avec eux dans la grande histoire, en même temps que dans la guerre mondiale 1

(1). L'exprewion est de M. Cmum, dfaow» du 18 imvier 1916. Débats iks Convnanes» p* 49.

, , , i^elui à qui incombaitrau mois d'août

Le premier ministre \^ t914, la lourde responsabilité dy

Sir Robert Borden |^B^g\ 1^ p.^f honorable

Sir Robert Lan d Borden, était un Canadien d*origîne anglaise, qu'une tradition, pour ne pas dire une légende, rattache à des ancêtres français, les Bourdon, de notre Midi (1). Instituteur, professeur, avocat, député d'Halifax, il avait

S ris rapidement, à la Chambre des Communes, par sa courtoisie, sa roîture, sa pondération, son énergie, servies par une belle parole, la tête du parti conservateur. Enfin le 21 septembre 1911, il avait conduit son parti àja victoire et terrassé Féloquent, le fin, le souple, l'habile lutteur, le grand Canadien français» sir Wilfrid Laurier, chef du parti libéiral, qui, depuis si longtemps, détenait le pouvoir. Le 9 octobre. Sir Robert Bwden s*était vu chargé de la constitution du nouveau Ministère (2).

1 M ^ . Dï'usquement mis en face du redoutable pro-

L interveatlOli O blème de la guerre, alors que \é Peudement décidée - - ^^^^^ vacances et que lui-même i>arcourait les

" " Etats de rOuest, il n'hésita pas et c'est en toute vérité qu'accusé de faiblesse, le 22 janvier dernier, par le chef de l'opposition, Sir Wilfrid Laurier, son adversaire et pourtant son ami, il était en droit de riposter par cette fière réponse : « Avant même d'avoir pu réunir mes collègues au moment de la déclaration de guerre en août 1914, je télégraphiai à Londres que le Canada se jetterait dans la guerre à côté de-.la mère-patrie, pour y vaincre ou périr. Et je suis prêt, ajoutait-il, à soumettre ma décisiwi et mon attitude au jugement du peuple et à vaincre ou à périr moi^-même sur cette question. »

A la Chambre des Communes convoquée en bâte, le 18 août 1914, il avait demandé un crédit de cinq cents millions et promis de lever, s'il le fallait, jusqu'à cinq cent mille hommes. taxes spéciales sur les banques, sociétés financières, chemins de fer, compagnies de navigation, dépêches télégraphiques, devaient assurer le cornpïémcnt de ressources indispensables (3). Le premier ministre terminait son discours par ces nobles et fermes paroles :

« Quant à notre devoir tous nous sommes d'accord ; dans cette querelle nous nous tiendrons épaule contre épaule avec la Grande- Bretagne et les autres Dominions britanniques et ce devoir nous ne manquerons pas de le remplir comme l'honneur du Canada le demmde, non par amour de la bataille, non par désir de conqwte*

(f ). Aaàté Beaudieme. Le T. H. R. Laîrd Borden.

Ô). Andi^ Beauchesne. Le T. H. R. Laîrd Borden ; et Mes ccxàentporw^ p«f

David, étude sur Wilfrid Laurier, p. 78-98. Montré 1894. Max Aitken. Les Canadiens en Flandre, p. 2.

(3). «Canada at War>'. Spécial session of the DcmiinionParliament. August 1914, Speech by Rt. Hon. Sir Robert Laird Borden. Cf., pour le rôle de M. Borden, les deux brochures Canada at War. Speeches delivered by Rt. Hon. Sir Robert Laird Borden before Canadian Clubs (December 1914); in England, Canada and the United States. July-Oecember 1913.

non par appétit de possession, mais pour défendre la cause de l'honneur, pour tenir des engagements solennels, pour soutenir les principes de liberté, pour réduire les forces qui voudraient convertir le monde en un camp armé ; oui, au nom même de la paix que nous cherchons à n'importe quel prix sauf celui du déshonneur, nous sommes entrés dans cette guerre. Et profondément conscients des résultats immenses qui sont en cause et de tous les sacrifices qu ils réclament, nous ne reculerons pas devant eux et nous attendrons i issue. »

En même temps, devant le clergé et Jes com-

mimautés religieuses réunis le 8 août, à l'oc-

Msr Bruchési \ s<m sacre, l'arche-

mgx wuvu^ ^g^^^ Montréal, Mgr Bruçhesi, cet anaen

élève de notre Séminaire français à Rome, plus dune fois applaudi à Paris, ce prélat, fin, distingué, ouvert, éloquent, que toutes les circonstances ont trouvé à la hauteur de son rôle d évêque et de citoyen, faisait entendre, en ce pays profondément religieux, la grande voix de l'Eglise : « Et nous, Canadiens, nous ne sommes pas étrangers à 'la lutte qui s'engage de l'autre côté des mers. L'Angleterre y a été entraînée malgré elle. Il est m.anifeste qu elle eût voulu l'éviter à tout prix. Elle s'est montrée admirablement patiente. Nulle provocation n'est venue de sa part et l histoire enregistrera la fière protestation de son premier ministre : « Jamais aucun peuple n'a entrepris une guerre avec une conscience plus nette et une conviction mieux arrêtée. Nous nous battons pour un principe dont dépend la civilisation du monde. » C est notre devoir à tous de donner à l'Angleterre notre loyal et généreux appui. Notre peuple n'y manquera pas. La voix de la religion le soUiate autwit que l'amour de la patrie. La mobilisation de nos volontau-es »t déjà commencée. Nous avons notre territoire à protéger tout d abord. Nous avons à organiser des secours et à nous montrer charitables. S'il faut aller combattre de l'autre côté des mers, nos braves jeunes gens seront prêts, et l'on retrouvera en eux la vaillance de leurs pères. »

Par une délicate pensée, il se tournait vers nos congréganistes français, « appelés à défendre k drapeau de leur bien-aimée patrie. » Il tenait à les encourager et à les bénir. « Un devoir sacré vous commande, leur disait-il, et vous voulez y être fidèles. Que le bacre-Lœur de Jésus, que la Vierge Immaculée vous protègent et vous gardent, et puis, revenez-nous, votre rude tâche achevée, reprendre ici vos apostoliques travaux, après la grande victoire que nous demandons au ciel de nous donner ! (1). » ... , .

Ainsi fut décidée sur l'initiative du premier ministre, par le vote unanime du Parlement, et avec le concours d'une grande force m««^ l'intervention du Dominion dans la guerre. Ce fut le premier eftort du Canada, celui duquel tous les autres devaient dépendre, 1 ettort moral et politique pour triompher de répugnances qui n étaient pas injustifiées et s'exposer à de terribles risques par fidélité pour deux mères-patries, umcs cBcs-mêmes dans la défense du droit.

(1). Smaint nHgkmt de MonUbl, 17 août 1914.

L*e(fort militaire

Maïs, pour défendre le droit, il faut la force : sans l'egort militaire, ce premier effort n euit rien. De cet effort mUitaire, le Canada était-U

/^ertes le Canada est une terre de braves ; les - Le Canada - ^ exploits des ancêtres font encore vibrer Kmvm les cœurs et provoquent le désir de glorieuses t«mde brave» j^i^^tj^^s. Sont-ils oubliés ce DolWd des Ormeaux et ses seize compagnons, ou bien encore, ces sept frères, originaires de Rouen, lés Macchabées du Canada, qui s illustrèrent à 1 envi sur terre et sur mer, du temps que MM. d Argenson et de Frontenac gouvernaient glorieusement la Nouvelle-hrance? Ne se conte-t-ellepas encore l'extraordinaire histoire de la peUte Madeleine de Verchères, Mlle Magdelon, cette enfant de quatorze ans qui, vers la fin du xvii^ siècle, organisa seule et à 1 improviste la detense d un fort, brusquement assailli par les Iroquois et, avec laide de cteux hommes, puis de quatre, réussit à le sauver? (1). Se sont-ils battus autrement que ces héros, les soldats canadiens qui. près de Lourtrai, arrachaient en 1915 ce cri d'admiration au correspondant dun journal : « Ils se battent conime des démons! ■

Bon sang ne peut mentir. Ainsi pensait, en 777, le vieux maréchal de Noailks, lorsque, parlant des Canadiens, il écrivait : « Je ne suis pas surpris s'ils ont tant de valeur ; la p upart descendent d ofhciers et de soldats qui sortaient eux-mêmes des plus beaux régiments de

France. * . . .1. • •

Et n est-ce pas précisément, bien que cette ongme militaire puisse être contestée, le sentiment qu exprime la seconde strophe du chant

canadien? . ,

Nos pères sortis de France

Etaient l'^îte des guerriers

El leurs en^nts, de leur vaillance

Ne flétriront pas les lauriers (2).

Mais, si la bravoure personnelle certes n est pas rien, même dans les guerres d'aujourd'hui, - nos héroïques soldats le démontrent tous les jours, - cependant, elle est loin d être tout et que peut-elle sans 1 organisation, sans la préparation, sans 1 entraînement, sans Tarmement?

Or, depuis longtemps, le Canada n était plus un

peuple militaire. Pays neuf, p^ démocrar

»lHft tique, pays prospère, pays pacifique, il songeait B eia» pius j^.^^ p^^^ ^ développer ses richesses que son armée, un peuple g^r une population de st pt millions deux cent SW «ftSUtaire - mille habitants, l'armée régulière ne dépassait pas . MMMMMM^^ ^^.^ ^.j^^ hommes auxquels on pouvait joindre

(1) . Voir U Correspondant du 10 août 1912, J j. ,m

(2) . Voir tous ces textes dans ï Illustration du 5 août 1 9 16. L Effort canadm. p. 1^^.

trente mille hommes de milices. Et il s'agissait d'improviser, de créer, de toutes pièces une véritable armée! Et cela, malgré une extrême liberté d'opinion et de discussion, malgré des intérêts privés fort puissants, malgré des motifs d'ordre national, ou jwirticulariste, comme il en existait en Irlande, ou dans telles parties de la Grande- Bretagne ! N'était-ce pas demander presque un miracle ?

Ce miracle, le loyalisme canadien et le génie organisateur da ministre de la guerre, le général Hughes, réussirent à Taccomplir.

Création - ^^P* semaines, le Gmada avait créé son

- ^reauo - premier instrument de guerre, Tarmée qui,

d'une aifmée quelques mois plus tard, devait tant contribuer

au salut de Calais, sur les champs de bataille du saillant d'Ypres (I).

C'était un corps d'élite de 33.000 hommes, dont 25.000 volontaires.

rigoureusement choisis dans la masse de ceux qui s'étaient présentés, rassemblés et formés dans le camp de Valcartier. à l'ouest de Québec*

A la fin de septembre, ils défilaient devant le duc ^ de Connaught, gouverneur du Canada, la duchesse sa femme, et leur fille, la prmcesse Patricia. Le 3 octobre, ils s embarquaient pour la France. Jamais pardUe mné^ n avait traversé l'Atlantique en un seul voyage : infanterie, cavalerie, artillerie, génie, servîcestélégraphiques, ambulances, matériel samtaire* Des ateliers et des bureaux, des campements forestiers, des champs de céréales de l'Ouest, des vergers de l'Est, des pentes des Montagnes Rocheuses, des rivages de la baie d'Hudson, des vallées minières de la Colom.ble, hommes mûrs et jeunes gens étaient venus et maintenant ils étaient portés vers les rives que leurs ancêtres avaient quittées, celles de l'Angleterre et celles de la France :

Vous partez, et bientôt voguant vefs la patrie.

Vos voOes salueront cdte mère chérie.- ^

On vous demandera, U-bas, n les Français

Panni les Gunadiens ont retrouvé des frères,

Dkes leur que, suivant les traces de nos pères,

NcHis n'oidJienHis janMÔs leur i^e et leurs bira^its. » (2)*

Le 14 octobre, les transports convoyés par des

vaisseaux de guerre entraient à Plymouth et

An^Ip terre ^ recevaient un accueil enthousiaste. Aug le lerre. canadien devait séjourner quatre mois

Lmrd Robert» dans les camps de la plaine de Salisbury, où le

Roi vint par deux fois lui rendre visite et où Lord Roberts. la dernière fois qu*il fut donné à ce grand soldat de paraître en public, résuma dans une harangue ce premier etfort militaire (ui E)ominion : ^

« Il y a trois mois, nous nous sommes trouvés engagés dai^ ime guerre que nous n'avons pas cherchée, mais que ceux qtu ont étudié

(1). AlTKEN, Les Canadiens en Flandre, chapitre I®''".

(3. Les voix du Passé, par Octave Crémazie, cité par AiÙmt ch. l**

Ift productioD intellectuelle et les aspirations de rÂlIemagne savaient £tre ime guerre à laquelle nous auri<ms à (aire face un jour ou l autre* La pron^yte résolution du Canada de nous donner une «Nwtance rasii précieuse nous a toudm profondcmcnl* Cette résolntkn a été mise à exécution en un espace de tanps merveilleusement oeorfr grâce à l'activité stimuianle et moc qualités d*<tfganisation de nolie ministre de la milice, mon ami le major général Hugjhes* » (1).

Part dea rvans ce très louable effort, quelle fut la

- • - ran - u part des Gmadiens Français? Cest CanadieilS français une question que nous sommes naturd^*

lement amenés à nous poser. N*a-t^le pas soulevé une assex chaude controverse entre Qnadiens ani^is et Gmadiens français, controverse qui ne peut qu*e3rciter notre çratîtude à Pégard des uns et des autres, puisqu'elle prouve une glorieuse émulation au service des Alliés. (2).

S'il semble à première vue, disent les Canadiens français, que nos frères les Canadiens anglais aient donné plus que nous, il n'y a là qu'une apparence et elle s'explique aisément.

Comment se décompose la population totale du Dominion, 7J206.543 habitants? 5.619.682 sont nés au Canada ; 784.526 dans les Hes Britanniques ; 803,335 sont des émigrants Français, Belges, Russes, Allemands, Autrichiens, Balkaniques de diverses nationalités.

Or, dans les statistiques, les Canadiens anglais comptent comme leurs tout ce qui n*est pas Canadien-Français, notamment tous les Ans^ais et Irlandais de naissance, et même ime partie de la pc^ulation française, celle qui est dissénunée dans les provinces en maîorifeé

anfi^ises. ....

Il faut de plus considérer que le recrutement volontaire, scdliaté par lattrait aes hautes payes (le moindre soldat canadien touche 5 fr, 50 par jour) s'exerce surtout dans les milieux urbains, là, où il y

a beaucoup d'ouvriers, d'employés, de célibataires, tandis que les provinces canadiennes françaises sont composées surtout de paroisses rurales où les hommes se marient jeunes, ont beaucoup d'enfants, et dirigent des exploitations que leur absence compromettrait gravement.

Comparez par exemple les deux provinces d'Ontario et de Québec ; la première a 2^00.000 habitants ; la seconde 1 ,900,000; le chiffre de la population urbaine est de 1 .328.422 dans l'Ofttario, de 970.096 dans le (^Jbâbec ; le nconbre des célibataires est de 762.330 dans la pre-^ mière de ces province», dont 265.176 hommes de vingt ans et plus ; de 637.1 13 dans la seccnide, dmt 151.036 de vingt ans et plus ; dan» rOstario 497 J54 niants mâles au-dessous de vingt ans* 260.000 ai> defloous de cinq ans ; dms le Québec 4%bSXf7 etihnts mâes au

(1) . AlTKEN. op. cit. p. 10-11.

(2) . Sur cette controverse, nous avons consulté le discours très précis et très loyal du ministre M. Casgrain, dans les Débats des Communes, Ottawa, 18 janvier 1916 ; les articles parus dans Le Soleil, de Québec, 4 octobre 1916 et daatsL Action Catholique,

de Québec, 6 décembre 1926.

dessous de vingt ans, 29 LOGO au-dessous de cinq ans ; enfin VOntario compte un nombre beaucoup plus considérable d'émigants de U Qcande-Bretagne, classés» nouai'avons dit. avec les Guiadiensm^us» Si Ton met en ligne tous ces éléments d appréciatiim» <m Snttk tÊOmmStre que le continuait osnadien^ançais est |HroportÎQiineIle« mat à 1^ près égal au contingent '^^^imHttigbis Et nou^ ne BtunonteikaiÉbie ne pas être touchés die œtle eonsi^^tion queTidée devenir au secours de k France touiours cb^e a été déterminante pour tant de Gmcfiras^Françaîs qui auraient eu de si valables raisons pour ne pas s engage:» car ne Toublioas januiis» il s'agît d'engagements volontaires ()).

Dès le déîxit de la guerre, il s'était trouvé un ministre poinr pro-

f)oser que fût directement envoyée en France une légion canadiennerançaise. Le gouvernement y vit quelques inconvénients* Les descendants des cadets du Royal-Roussillon» Reine-MàDe, Béun» et Carignan-'Salières, obtinrent pourtant de constituer un p purement français, k RoyalkGaïadien français igt nosH^affé omtingente du Dominion fournis aux ^és (2),

- L'Assemblée . P'^ fej^ ^^^^

^ « - ^^ ^* Mwfcfeal dans les grands b&timents

dbPareSahHuer du P«k Soiuner, k 15 octdbre 1914, que

^ cette décîsî<m fut prise. Devant une foule nuxMpse» le capitaine, aujourd'hui colonel, Mignault, prit le premier la parole : « Mon seul désir dit-il, a été de fournir à mes compatric^es l'occasion de métrer leur vaillance, de prouver au prix de notre vie, s'il le faut, leur fidélité à l'Angleterre qui nous a donné le régime bienfaisant dont nous jouissons et notre amour de la France, à laquelle nous devons le sang qui coule dans nos veines et les belles traditions qui ornent nc^e histoire ; eï£n notre dévouement à l'infortune des n^h^m qui ont subi Imé assauts, de la sauiragarie et de U badbarie. Nous airam pensé que» renvoi au secous m m» anus et parents d*outre^mer d'un rfjiwifnl' UBÎmiCTEient oytiadîm-lrnçais. f^Mndrut nneuz à Tidée que now vouions exprimer que k présence des Gumdkns-'Français dispersés çà et là dans des régiments an|^. Il ert nécessaire que k ré^^nent

(1) t>i dk parfois que FOntano (Gnada an^ak) a fourni ISdOOO voloii* laires et que le Québec (Guiada français) en a foumi 54X)0; ctA un grossier trompe-roeiL En effet, sur les 150.000 volontaires de l'Ontario, îl y a 107^0 liommes nés dam les Iles ftriUviiiîqucs ; il reste donc seulement 42 750 Canadiens natifs de TOntario, donl quelques-uns de race française* Or les Gmadiens français ont fourni, av«c le premier contingent, 5. 000 volontaires de k province de Quâ>cc (c*est le chiftpe qu*on se plaît à citer) ; plus 7 200 qui ont constitué six bataillons Canadiens-français : plus 23 ^/o des bataillons dits anglais etécossaîs de la proviooe de Québec, soit 7.000 hommes; plus un bataillon de langue française des provinces maritimes, 1-200; plus 3-000 Acadiens français ; plus 4 000 Canadiens français de rOntario et des provinces de T Ouest ; plus un contingent de 10.000 forestiers i hommes du train des équipages et du génie ; soit 37.400. Enfin, au contingent français du Canada on peut joindre lO.QÛO réservistes frun^j^ ou belges» (|ui» établis au Canada, ont répondu à Tappel

(2) . £. BuBQii. Le& Canadiens ci la ffjatc dan& k Noiwdk Ba^^ 13 iuiUet I915»p. 98

français que nous allons envoyer sur le continent puisse être cité comme le plus htaut le mieux constitué de larmée, A cette fin, nous avons choisi la fleur de notre jeunesse, les plus beaux hommes, les meilleurs

soldats... » . . f • 1

L ancien premier ministre, sir Wilfrid Laurier parla avec sa magnifique éloquence de la nécessité qui s'impose à tous les Français* de bouter les Allemands hors de France et du double honneur que les Canadiens-Français trouveraient à prendre place à côté des Alliés, réfutant avec énergie l'opinion de ceux qui disaient : A quoi bon envoyer quelques soldats en France? Aux applaudissements de tous, il cita la lettre d*une parente de son nom, Louise Laurier, qu'il s'était découverte en Charente, de qui tous les proches étaient au front et qui adressait aux Canadiens le merci ému, Tappel confiant d*une Française.

« Quand nous portons nos yeux sur notre ancienne mcre-patne, la France, s*écria le ministre des Postes, M. Casgrain, n'est-il pas vrai que nous sommes tentés de nous jeter à genoux devant elle et d admirer profondément la vaillance, r^roïsme de ses enfants? » (0-

L*appel fut entendu et non pas seulement I- ouiici cuwuuui , ^ habitants de la province can^enner--Yr française, mais de tous les Canadiens-hrariçais

les contingents jusque dans TExtrême-Ouest. Lorsqu en janvier

1917 le colonel Mignault visita successivement

Edmonton, Calgary, Vancouver, Réglna, Winnlpeg, pour se rendre compte de l'état du recrutement et l'activer au besoin, il constata qu'aucun régiment n'avait été formé dans l'Ouest sans un fort contingent de Canadiens-Français, et que ceux-ci avaient même constitué tout un régiment, le 233"^®, ainsi qu'une grande partie du corps fourni par la province de Saskatchewan. Canadiens-Anglais et Canadiens- Français ri^isèrent de courtoisie à scm égard, comme ils avaient

rivalusé de patriotisme (2), . ^ i n j j ^ i • i i

En ce même mois de janvier, sir Robert Borden déclarait a la Chambre que le Canada avait fourni aux Alliés depub le commencement de la guerre 434.529 hommes répartis comme il juî^^3).

Force expéditionnaire canadienne. 397 . 647

Soldats de la milice active 9.052

Force permanente du Canada 2.470 ,

Service naval canadien • 3.310

Service naval anglais ' -600

Transport impérial des munitions 1 .2C0

Usines anglaises 3.000

Réservistes de l'armée anglaise 2.750

Réservistes de la marine 1.000

Réservistes français 5.000

Réservistes russes 7,500

Réservistes italiens 5.000

. ' Total 434.529 (4).

(1) . Sur rAasemblée du Ptft S<^mer» voir Tarticle de E. Buion, p. 9^*102.

(2) . VAakn adholiqm, 30 janvier 1917.

(3) . Ces chiffres ont été publiés dans U Action Cathdiqae^ janvier 1917. (4 Ces cUÂms ont été pdbHés par VActim CethUique, janvier 1917.

C'est le 5 février 1915 que le premier contingent canadien, commandé par le lîeutenant^genéral Alcanadien ^^^^ l'Angleterre pour la France. Il était

composé d'hommes superbes et courageux ; mais, comme lavait remarqué lord Roberts, ils n'en étaient pas moins des civils de la veille qu'il s'agissait d*c ppœer à la plus formidable machine de guerre qui eût jamais été montée. Et la plupart de ceux qui 1» commandaient étaient hier encore des professeurs, des hcmmes de loi, des hommes d'affaires, des éleveurs.

Les Canadiens prirent position dans le triangle ccm.pris entre les ruines dTpres au Nord-Est, St^Om.er. à l'Ouest, Eéthune, au Sud-Est, espace où tenait alors toute larm.ée britannique en France, rudiment de cette magnifique armée que nous voyons maintenant à l'œuvre et dont nous admirons les exploits couronnés de succès. Le front était formé par une ligne concave de tranchées qui descerdait d'Yprcs à Givenchy près Béthune, 50 kilomètres environ ; tranchées boueuses, envahies par l'eau, dans ce sol si plat, ccupé de rivières et de ruisseaux. De part et d'autre de ces tranchées, des milliers d'hommes qui ne se voyaient pas! La première armée ar glaire à laquelle se rattachait le corps canadien était commandée par Sir Douglas Haig ; le quartier général était à Estaires, sur la Lys, au-dessus d'Armentières. « Mes enfants, dit le général Alderson à ses soldats, la première fois qu'ils prirent les tranchées, mon ancien rég:ment le Royal West Kent, a été ici depuis le commence m^ent de la guerre et il n'a jamais perdu une tranchée. L'armée dit d'eux : <' Le West Kent jamais ne recule... » Je suis fier de cette gloire de mon v:eux régimicnt et j'y vois un heureux présage. Je suis des vôtres maintenant, et vous êtes des miens, et avant peu l'armée dira : « Les Canadiens jamais

ne reculent... » (1). , ,t * j

Cette fière devise, les Gmadiens devaient en effet s ettorcer de ne tui infliger nul démenti*

La première bataille où les Canadiens se x-iutaTT7"Lr»TiirErii-^ trouvèrent mêlés fut celle de Neuve-Cha-

pelle (1), entre Béthune et Lille (mars 1915). Le maréchal French, dans une dépêche, résum.a ainsi leur rôle : « Les Canadiens ont tenu une partie de la ligne défendue par la première armée, et, bien qu'ils n aient pas été engagés dans l'attaque principale, ils ont été d'une aide précieuse en gardant l'ennemi activement employé sur le front de leurs tranchées.» Cette bataille qui avait fait naître de grandes espérances et pendant laquelle le bruit courut à Pans c|ue les Anglais allaient entrer dans Lille, demeura sans résultat décisif, parce qu'on ne put s'emparer de la crête d'Aubers, d où Ton eut en eÂet dominé la grande cité du Nord.

(1) . AiTKEN. Les Canadiens en France» p. 31.

(2) . AmcEN, di. IIL

L'EFFOllT Cx\NADn':N

Le saillant ï ^ ïi^^^s suivant, avril 1915, devait être singulière-

^ ment plus redoutable aux Canadiens. La bataille - d'Ypres - par laquelle ils défendirent pendant plusieurs jours

le fameiu MÎUant dTpre^MÎllant dangereux caimiie tous la sullants» raaîs <pie les Alliés avuent les plus graves motih de conserver ; cette bataille» 4lîs--je fut meurtrière» au prix même où m évalue les batailles liant cette guerre atroc^nent nomidde. Ces jour«4à, les Canadiens conquîre^ le écmt de iMTendre rang à côté des troupes supeiiïes qui, lors de la première bidaâle d'Ypres, avaient défait et chassé devant elle la fleur de la Garde prussienne Ils occupaient à côté des Français un front de cinq kilomètres. Le combat s'engagea le 20 avril par un des plus formidables bombardements qu'Ypres eût encore supportés. Le 22, les Français furent surpris par une effrayante projection de gaz asphyxiants, aidée par un vent favorable, et furent refoulés sur une étendue considérable. Les Canadiens virent passer devant eux ces malheureux, le visage angoissé, les tcaUs tordus, halebuitSt sufiocants, torturés de spasmes, s efiorçant ca mua 4^ se soulager par des vcMoaîssNa»^ ; oeux qui purent arti^ cukr 4]ttidques mots déclarèrent aux Cmniiiem <fm les troupes algé^ jdieBmes avaient laissé des inîUiees de morts aisr im firoat de 6 kila^ inèferes(2).

Le reml des Frttiçaîs et la tiédie 4|w en résultait stark gaudae étaient graves pour les Canadiem <|tti durent étendre hem

{M'opre front. Pendant deux jours et deux nuits, ils livrèrent de merveilleux assauts ; surtout à St- Julien, ils acœmplirent des prodiges de vaillance ; enfin, malgré quelques pertes de terrain, ils eurent le bonheur de rétablir notre ligne ; nuiis une de leurs brigades, la troisième, avait, elle aussi, été victime des gaz asphyxiants.

« Dans les anneiles militaires du Canada, écrit l'histonen de la campagne canadienne en Flandre, cette défense rayonnera d'un éclat comparable à celui des plus beaux exploits des années i^opéennes ^MtffÊtaéa par Thistoire (3).»£t il ajoute : « La vague qui s*abattit sur nous autour d'Ypres a donné au Dominicm le rade baptême qui 6t de lui une naticm. ^ Souscrivons à ce jugementi i

« L'offensive -

Das caaaas»

des munitions!

La redoutable expérience des gaz asphy»«nts ne porta pas la moindre atteinte au courage des Carâdiais. Le mois de mai et le mon de

juin de b même année \9\5 devaient les retronver prenant tme part acbve à lofieuufe d* Artois, Festubcrt, Gîvendïy, La Bassée alimentèrent le patrimoine de ç^oîre de ces braves»

Mais hélas l'offensive de l'armée anglaise qui, cette fois encore, avait Lille pour objectif, ne réussit pas mieux que celle de mars, A Fcs-

(1 ). Sur les batailles du Saillant d'Ypres, Aîtken» ch. IV, et mqor Beddes ^ilbon,

in the Ypres salient.

(2) . Aitken, ch. VI.

(3) . Âitken, p. 47.

tubert, le feu d^innombrables mitrailleuses avait totalement br»é rélan des troupes assaillante» (I). , . „ . .

Cet échec ouvrit les yeux aux Anglais ; l opimon vivement émue coamrit enfri <|ue la guerre k»A une guerre de canons et de munitmis «t^ mit le Gouvernement en demeure d'agir en oonséminoe* Le Canada fit comme la maropole ; un mouvement popukro « dessina en faveur de Facquisitimi, ou de la fadbriciAion dun granl nombre de mitrailleuses ; la seule ville d*(^vva drana spontanainent quinze cent mille francs à cet effet. Quelques iw>îs plw lard, un mouvement analogue se produisit en faveur de rartillwie lourde et des aut<^ blindées (2).

Cependant les contingents canadiens ne cessaient de s'accroître. La campagne de 1916 nous les montïe, sur le front de la Somnrie, toujours plus entreprénants, toujours plus héroïques, à Bazentm, à Courcelette, à Contalmaison (3). Leurs lettres rappellent à s y méprendre, celles des meiUeun de leifft cousins de France.

¥ j» T Tn ioumal canadien, V Action eathoUqat,

- Lettre dun - publiait une, 23 décembre dernier,

soldat OUiadieil d'un nommé FéHx Martin, qui est des |J»

pittoresoues. L'esprit dirétien, la bravoure k plus simple, l'humour, s'y màent de la façon la plus attachante. Nous sommes à la fin de septembre 1916, entre 1 Ancre et la Somme. Notre brave nous apparaît d'abord, travaillant sur une roule et faisant du macadam à un mille des Boches, offrant, à chaque obus

aui point, son âme au bon Jésus ; puis le voici qui traverse les rumes 'un viilie ; sous les poutres et les p erres effondrées, on aperçoit de nombreux cadavres, et les Requiescant in pace sautent aux lèvres du soldaL J'ai souvent ajouté : « Mon Dieu, ayez pitié de 1 ame de ces pauvres inisérablesl »; c'est bien peu faire pour ces braves, mais la circonstance ne nous permet pas de faire plus.» Après de pénibles marches, il arrive aux tranchées de première ligne ; il est tatigué : « Bombarde... ou bombarde pas, je dors... Je reçois quelques morceaux de fonte sur le coco, mais mon casque d aœr sert jjien son maître. » Et le lendemain matin, Félix se réveille tout enlaer.

A midi, on commence à bombarder les Allemands :« lmagin©4oi, 128 mitrailleuses crachant 400 balles à la minute et 400 à >00 canons de tous calibres qui tapent tous ensemble. Je pensais que la terre allait s'ouvrir, tous nous engouffrer et que le toit du firmament était pour nous tomber sur la tête en mille miettes ; mais après quelques minutes, on s'y habitue et même on en rit, puisque ce sont les Boches qui reçoivent les obus. » . .

L'assaut à la baïonnette : « Je saute le parapet et enhn je vois ce

(1) . Aitken, p. 49, ^r. • • iniz i jm l'

(2) . Voir dans les Débats des Communes, Ottawa. 28 et 31 janvier 1916, la délibération sur les marchés relatifs aux munitions, etc. n i • i r-

(3) . Depuis que cette conférence a été écnte, on sait de quelle gloire les LaM' diens se sont couverts par la prise de la crête de Vimy (avril 1 91 7).

que notre bombardement a fait, tous ces Boches rnîtraillcurs et autres abattus ; ça fait moins de balles à affronter, mais les obus ennemis éclataient partout autour de nous ; c'est presque un miracle si je ne fus pas frappé... Ce qui m'a paru le plus extraordinaire de tout, c'est le calme avec lequel j'ai pris cela, moi d'un tempérament nerveux ; j'ai avancé là, au pas, sans me soucier du danrer qui me faisait face. De tous côtés, je voyais étendus dans la mort des hommes que j'avais vus vivants quelques minutes auparavant... »

Enfin l'entrée dans la tranchée ennemie : « C était un spectacle que je n'oublierai jamab de ma vie ; c'était rien qu un beau Boche qm se sauvait en avant de nous et nous n'avions qu'à les tirer comme dans une galerie de tir et, sur notre gauche, il y avait une tranchée de communication qui était tout simplement remplie de Boches ; nous n'avions qu'à viser et à tirer. » ^

A Courcelette, ne vit-on pas un Canadien ramener à lui seul 32 Allemands respectueux et dociles? ^

C ru au t AS pxaspérés par le courage avec lequel ces hommes

se battent, les Allemands ont eu souvent recours aUemandes à de cruelles vengeances ; plus d'une fois, ils ont

massacré leurs prisonniers, ou achevé des blessés abandonnés ; près de St- Julien, ils ont cloué à un arbre un soldat du 16^ bataillon ; et, au dire de plusieurs journaux sérieux, se fondant sur les témoignages de soldats, ils en ont crucifié un sur une porte; une admirable et sinistre carte postale de Dorville a popularisé l'image de ce forfait (1).

De février 1915 à décembre 1916, les pertes de ^ l'armée canadienne se sont élevées à 70.263,

savoir : -

Tués à lactîon 10.854

Morts de blessures , 4.010

Morts de maladies 949

Présume» morts ^ 1 . 1 08

Blessés 48.454

Disparus 2.970

Prisonniers » 3.373

Simples jusque dans la mort, ces braves gens, si l'on s'en rapporte à cette épitaphe lue sur une tombe canadienne :

Notre pauvre Bill a quitté ces lieux L'anne au bras et le sourire radieux Vn s'en fait pas, pourvu qu'un gars soUdle S'engage et vienne prendre sa place yidt* (2)

Ils méritaient pourtant une autre oraison funèbre ; elle ne leur fut pas refusée.

(1) . Revue Cana^, de Londres, 8 mm 1915 ; Canadian Gazette, 20 mai 1915 le rimes a confinné le (ait. Sur les autres cruautés» CmaJian Gazette^ du 5 juillet 1916

(2) . Cîté^n anglais par la Canedian Gazette, 24 février 1916.

fr^^.""**^ ^ 26 octobre 1916, à Montréal, dans !a vénérable lé orauon église de Notre-Dame, se déroulait un spectacle

funèbre impressionnant et grandiose. Il fallait, disait-cn,

remonter jusqu'au départ des zouaves pontificaux du Canada, en 1868, pour trouver une scène comparable. Une foule immense était venue assister au service célébré pour les Canadiens tombés sur les champs de bataille de France et de Belgique, notamment pour les combattants de ce 22^ qui restera, disait la Semaine Rdigieuse de Montréal, l'honneur de notre siècle, comme jadis les régiments de Carillon et de Châteauguay le furent d'autres âges. » (1).

L'archevêque, Mgr Bruchési» prit la parole : « Ils s'étaient enrôlés volontairement, généreusement, nos soldats du 22^, convaincus qu'ils se dévouaient à une grande cause, justement définie la cause de la civilisation, du droit et de l'humanité, convaincus que c'était leur patrie qu'ils allaient protéger et défendre. Il y a juste deux ans, à pareille date, ils formaient et complétaient leur bataillon. Ils étaient jeunes, ils étaient forts. On ne pouvait les voir sans les admirer. Et quand plus tard, l'Angleterre et la France les virent, ce fut pour les acclamer : « Se pouvait-il trouver, disait-on» im régiment d'hommes plus beaux et plus valeureux?... »^

Puis, évoquant, près du sanctuaire, deux étendards du 22®: ^Ce sont des reliques, s'écriait l'orateur, car le 22® n'existe plus ! Il a été décimé. Il est disparu dans des combats horribles. Les survivants ne sont

Elus qu'une p>etite poignée. Tous les autres sont morts en véritables éros... Les postes périlleux ne leur firent jamais peur. Ils les regardaient comme les postes les plus honorables. Ils ont pris part aux plus meurtriers assauts. Combien de lettres d'évêques et de prêtres français ont vanté leur magnanime courage ! « Les Canadiens savent mounr» a écrit l'un d'eux, mort lui-même peu de tem.ps après. Et 11 disait vrai. Tous ont fait grand le nom de leur patrie et grand le nom qu'ils portaient. Ils se sont immortalisés dans l'histoire, et le Canada a été immortalisé avec eux ». *

Et, après avoir parlé en évêque des consolatiors éternelles et de la puissance du sacrifice, en une superbe envolée, avec une incomiparable énergie, lorateur disait pourquoi nous comptons que la mort de ces héros n'aura pas été vaine :

« Nous avons l'espérance au cœur, parce que noi:^. croyons au Dieu de toute justice. — Non ; ils ne triompheront pas, ces hommes qui, pendant quarante ans, ont préparé savamment le conflit qui a ensanglanté l'Europe et bouleversé le monde. Ib ne triompheront pas, ceux qui ont décidé et déclaré cette guerre sans un grief à faire valoir, sans un droit à défendre, sans une menace à écarter. Ils ne triompheront pas ceux qui ont déchiré comme un vil chiffon de papier un pacte qu'on avait raison de regarder comme sacré et auquel euxmêmes avaient solennellement apposé leur signature. Ils ne triompheront pas, ceux qui ont envahi, violé cette vaillante petite Belgique, a<mt l'unique faute était de rester fidèle à l'honneur. Ils ne triomphe- Ci). &mame ret^&iiM 4e Monti^

tont pas ceux qui n*ont pas craint de recourir à des moyens de destyuction auxquek l*humanké même païenne n'avait jamais pensé et qui ont fait de la guerre activé une bow^ierie épouvantaUe» comme fhîstoire n*en a jamais connu. Ils ne trionipheront pas ceux qui «it

incendié les cathédrales et bombardé les villes ouvertes, sachant qu'ils lançaient la mort parmi des femmes et des enfants sans défense. Je ne peux pas tout dire. Mais non! ils ne triompheront pas!... »

« Et, dans la grande œuvre accomplie, nous pourrons affirmer que le Canada, tout le Ginada, chacune de s<;s provinces, notre province de Québec en particulier, et dans cette province* les Canadiei^ français auront fait leur noble çart. »

Je devrais maintenant, si je prétendab être complet, couronner oe tableau de leffort militaire des Ginadiens par lexposé de ce qu[ils firent pour raviati<m, Tarmement, la flotte, la construction des chemins de ftf» notamment dans le nord de la France, mais le temps^ nous presse» et, avant de vous faire admirer, avec quelque détail, Tefïort hosiûtalier et charitable du Opinion, il importe que je vous dise un mot de Teffort civil qui a répondu à reffort nûlitaire, puîscju'aussi bien aujourd'hui la mobilisation des civils doit, en tout pays, s ajouter à celle des soldats.

L'effort civU

-Effort fmanfifir

Comme partout, l'efiort civil, je ne parle pas ici de la force d'âme en face des «preuves, fut d'alxMni

presque exclusivement un effort feiancrér. A vrai «Ure,

pendant les deux premières années de la guerre, il n'eut '

rien de trop pénible pour les contribuables.

Les engagements n'avaient pas diminué d'une manière sensible la main-d'œuvre agricole ou industrielle ; la production n'avait pas cessé de croître. De nouvelles usines surgissaient de tous côtés pour r^xmdre aux premiers besoins des armées alliées ; on réalisait de beaux bénéfices.

CupeaàuA les dépmsi» budgétaires grossissaient et pour y subvenir, il parut nécessaire, en 1915, d'auf^aMiifcer le revenu tmml de 125 millions.

LeXjOuvemerooit y pourvut par des droits de douane de 7 rr . 50 ^ su- le conunerce général et de 3 % sur les échanges «titre le Canada et l'Angleterre, puis par un drok au 1 % sur les qpératums des Ctéàà»

fonciers.

En 1916, le Gouvernement lança un emprunt de 500 miluons. Enfin, au début de cette année 191 7, le Président du Conseil annonçait le projet d'une avance de 2 milliards et demi au Gouvernement impérial de Londres, pour permettre à celui-ci de solder ses engagements en Amérique, sans trop obérer le change anglais.

L'initiative privée rivalisait avec celle de l'Etat et organisait des caisses régionales pour assurer des allocations aux familles des engagés canadiens.

LTOPORT CANADIEN

Le service

national

Les villes et les particufiers firent aussi des dons d'importance H" l'artfflene, l'aviation, la flotte.

' A la fin de 1 91 6, les choses allaient changer au yi"f comme en tout autre pays, et le concours denuoidé aux âvi» devemr plus

onéreux.

Le 23 octobre. Sir Robot Borden adressait au pcu- I pie canadien en faveur du Service national un appel 1^ devait produire la yhis vive émotion. Après «voir nm^lé la justice de la cause des ^liés et les services déjà rendus p«r le Canada, il montrait, «wc une rade franchise, l'immensité k tâche qui feslMt à accomplir et concluait

«1 ces termes : . • , i nu

« Notre force peut être très effectivement jetée oans^ ce caaÊIK par l'utilisation — dans toutes les catégories de m^e activité nationafe, pour soutenir la stabilité agricole, industrielle et commerciale du Canada — de ceux qui, en raison de leur âge, ou de leur état physique, ne sont pas disponibles pour servir au front... Il est impérieux que les hommes et les femmes du Canada, individuellement et par 1 entremise de leurs sociétés, servent la nation dans les fonctions où leurs services peuvent être de k pkis snnde valeur... Sous les responsabilités qui m'incombent et au nom de l'Etot que nous sommes tous Mpi4ff k smr, c'est mon devoir de faire app^ et j en appelle maintenant Instammei* «u peupk dn Canada pour <|ue tous assistoitdt colkboient avec fc Gouvernement et les Directeurs du àewwe mtwmA dans cet effort... Aux hommes d'âge mAitm-e, je m adresse pour quiU se placent d'eux-mêmes au senrioe de i'Etet pour remplir teur deW militaire. A tous les autres, je demande qu'ifc se nwtteut d eiMaêm» librement à la disposition de leur pays pour servir oomme IB jugés le plus aptes à le faire. Quant aux femmes du Canada, dont l'âme a été si magnifique et si pleine d'exemples dans cette heure de dévouement et de sacrifices, je souhaite bonne chance aux œuvres innombrables de charité auxquelles elles se consacrent actuellement et je les prie de participer encore plus à toutes les œuvres de service mrtîaaal auxquelles elles peuvent se sentir aptes . " ( 1 ) •

Un questionnaire, dit du Service national, comportant vmgtfloatie questions, fut distribué dans tout k Donmuon; les hommes de étaient ternis d'y répoiulre.

Cette dernière disposition, rarorochéc de quelques-uns des terme» du manifeste de Sir Robert Borden. fit crwre à l opinion que cette mobilisation civile n'était que le prodrome dune mobilisation mihtaire et de l'introduction prochaine du service mflitane oUigrtoire adopté par l'Angleterre. Aussi l'opposition se dessma^^elle t^s vive surtout dans le monde ouvrier « anti-milltariste par Pf^cipe»** ta déclaration du club ouvrier de Montréal ; à Ottawa, capitale Wdérale, - k Winnipeg, capitale du Manitoba, à Régma, capitale du baskatchewan, à Vancouver, capitale de la Colombie, à Toronto, capitale de fOlitano, ks associations ouvrières interdirent à leurs membres de

(1). Au Peuple canadien ; Ottawa, le 23 octdaie 1916. a UDeom, 4. 5, 8 janvier 1917.

L'EFPORT^ CANADIEN

répondre au questionnaire; à Edmonton, capitale de TAlberta, le Conseil des Métiers et du Travail daigna laisser chacun libre de suivre

sa conscience. ^ / i*

Dans les autres classes cle la population, on répondit avec plus mi moins de bonne volonté ; mais il ne fallut pas moins, pour exciter le zèle, qu'une énergique intervention des évêques. On la sollicite bien, même chez nous» en certains, cas analogues.

- j 44\ 7ous devez conseiller à vos paroissiens

- Lettre du - V écrivit à ses curés, le vénérable cardina, B^in Bégîn, de répondre exactement aux questions posées, afin de se rendre au désir de l'autorité civile. La demande qui est faite paraît juste et raisonnable ; elle est motivée par des raisons d mtérct public et fait simplement appel à la bonne volonté des citoyens. Elle mérite donc lattention de tous et il est à espérer que les fidèles de ce diocèse ne chercheront pas de futiles prétextes pour se soustraire au devoir qui incombe à tout bon citoyen.D> (1).

L'effort hospitalier et charitable

J'arrive à la dernière partie de ma tâche, la plus douce et, par un certain côté, la plus difficile. La plus douce. Quelle satisfaction plus intime en effet pour tout homme qui sent battre dans son cœur l'amour de ses frères, à plus forte raison pour un ministre du Dieu d'amour, que d'arrêter ses regards, au mihcu des horreurs de cette guerre, sur la plus sublime floraison d'entreprises charitables qui se puisse concevoir!

» 1 ^ /^uel contraste, au sein de ce cataclysme effroya-

Les horreuzS ^^^^^ Tinfemale imagination des Alle-

de la guerre mands, toujours en quête datrocités plus raffinées, i> (( quCf par une méphistophélique ironie, ils osent

- et 1 eiiort - couvrir du prétexte d'humanité, et les évangéllques de la charité vertus qui se sont manifestées parmi les Alliés et

chez quelques-uns des neutres pour adoucir tous les maux infligés, bien au delà des nécessités de la guerre, par ces déserteurs de l'esprit du christianisme à leurs malheureuses victimes! Or, entre tous les Alliés, les Gmadiens, se sont signalés par la surabondance de leur charité ^ i j-zr -i

Mais c'est précisément ce qui rend aussi ma tâche plus difficile ; comment essayer detre complet, et, si je ne le suis pas, comm^erit échapper aux reproches d'injustice et d'ingratitude? Je voudrais nommer toutes les villes, toutes les sociétés, tous les personnages qui ont pris l'initiative de quelque Œuvre bienfaisante et je m*arrête impuissant devant Timmensité du nombre.

Ma conscience pourtant demeure en paix. Car ce que je ne puis faire ici, des voix et des plumes françaises l on fait et adièveront de le

(1). Lettie du 4 jan^ 1917 ; cf. lettn de Mgr Bnxdiésî, du 3 ianvief. ^

faire ailleurs. L*été dernier, l'illustre historien et homme d Etat, le fondateur et le Président du Comité France-Amérique, M. Gabriel Hanotaux, au cours d'une réception en l'honneur des ministres canadiens présents à Paris, disait, en termes éloquents la reconnaissance de notre patrie. Déjà tout un fascicule de la revue France- Amérique, section France-Canada (1), fascicule qui sera bientôt suivi d'un autre, a donné, province par province, l'impressionnant tableau des Œuvres hospitalières et charitables fondées au Canada pour secourir les Alliés. Un bel article deV Illustration (2), paru cet été, une étude personnelle, documentée, vivante de la Nouvelle Revue (3), signée d'un Canadien-Français, élève de notre Ecole normale supérieure, M. Edmond Baron, ont mis à la portée du grand public les renseignements les plus nécessaires et les plus mtéressants.

. /Quelle que soit l'éloquence des chiffres, je

Les principales m'abstiendrai donc de dresser aucune

* - GElEVreS - - Kste. Et quand j'aurai donné le nom de ces

quelques grandies œuvres, La Croix-RoagCt avec tout ce qui concerne le service hospitalier, fondation et entretien, le Fonds de Secours patriotique Canadien, Mttfc à la Framxet le Comité France-Amérique, le Comité de Secours à la Belgique, FAide aux Réfugiés des Régions envahies de la France, les Chapitres de lOrdre impérial des Femmes de l'Empire, qui, par mille moyens ingénieux, se fout les auxiliaires des autres Œuvres, — je me bornerai à faire saisir pair quelques traits d'ensemble la "beauté de l'œuvre accomplie et l'étendue de notre dette.

Ce qui caractérise l'effort hospitalier et charitable du Canada, c'est d'abord - - de TeCfMt - - sa généralité, c'est ensuite l'importance et charitable - - l'abondance des dons, c'est enfin la délicatesse

dans la générosité.

Généralité de l'effort — et dans «on but — et dans sa source.

Dans son but : il n'oublie personne. Canadiens, Anglais, Français, Belges, Russes, Italiens, Serbes, Monténégrins, bientôt sans doute. Roumains, si ce n'est déjà fait, combattants et civils, blessés, réfugiés, prisonniers. j- i •

Dans sa source: ici nulle distinction à faire entre Cancdiens anglais et Canadiens français, même en ce qui concerne l'Aide à la France, patronnée par le Comité France-Amérique.

Sans doute, le mouvement prit naissance dans la provmce de Québec. Dès le mois de septembre 1914, répondant à un appel de M. Gabriel Hanotaux, M. le sénateur Dandurant demandait aux Canadiens de secourir au plus tôt Ut France éprouvée. Le cardinalarchevêque de Québec, Mgr Bégin, ce prélat de qui U physionomie

(!)• Septanbre-décembre 1916.

G). 5 août 1916.

(3). 15 juflkt 1915.

respire la bonté, l'archevêque de Montréal, dont nous avons signalé plus haut les vigoureuses initiatives, bientôt tous les évêques de la provmoe, faisaient entendre le plus touchant appel à la charité. Les &Jpidens de Montréal, déjà chargés d'Œuvres, donnaient l'exemple par une souscription de 23JÛ00 livïea sterling. Les autres villes, tes moincbres villages de U province, riwJitèrent de géofirouké aweç Qoâbec et Montréal.

Ma», db qu'il fni évident c|ne la cause de la France éteit bioi cdSe du droit et dé la civîlisiAK», la province an^aise d'C^staxio montra le même élan, notamment à Toronto et à Hamuton.

Dans les autres provinces, des G)mités se fondaient» à Winupeg, à Ste-Catherine, à Halifax. Quanta la capitale du Dominion, Ottawa, elle avait très vite constitué le sien sous le haut patronage de S. A. R. le duc de G)nnaught, gouverneur général du Ginada, et la présidence de l'honorable juge Brodeur, de la Cour Suprême.

Et le mouvement entraînait toutes les classes de la population» les plus modestes fortunes, aussi bieaqueles plus grandes. • •

En second lieu, ai-je dit, l'importance et l'abon-

dance des dons,

- 4ftff ' mois de juillet dernier, la Croix-Rouge

canadienne avait déjà souscrit en argent plus de 25 niHHons de francs, et pour une valeur de 40 millions de dons en natare, objets de pansement, literie, habillements, douceurs de toutes sortes, tabac, Kvres, dont la rqiartition est assurée par colonel Hodgetts, délégué pour l'Europe, et le fut plus particulièrement pour la France par l'honorable commissaire général du Cunda à Paris, M. Philippe Roy, que nous sommes heureux de saluer et de reme rcier aussi chaleureusement qu'il le mérite. Par son ^éfSk de Paris, la Croix-Rouge ne distribue pas moins de deux mille caisses chaque moi%.

L'Aide à la France par le Comité France-Amérique a distribué en France plus de six millions de vêtements et d'abondantes denrée*.

Le Comité de Secours à la Belgique, outre les objets en nature, a recueilli 40 millions de francs. , ,

Le 10 février dernier, l'élite de la Société de Montréal se réumsaatf en une grande Assemblée, où Mgr Bruchési prenait la parole, afin d'inaugurer une campagne de quelques « journées de quête » en faveur des Œuvres du Fonds patriotique et de la Croix-Roug/t, La première journée a r^nx^^ ^ ^ n»Ui«M» (l). .

R suffit ; je m'arrête, bob pourtant «ans avoir fait remarquer que de tëfiés sommes sont offertes par une population qui ne dépasse guère 7 millions d'habitants.

Fffnrti - encore n*ai-je point parlé de l'effort hc^italier, et • EtXioxK - cependimt j'ai sons les yeux une liste de plus

hospitalier de trente hôpitaux considérables fondés en France,

ou en Angleterre, par des Universités, des Associations, ou même des particuliers.

(1). Il est vrai qu'en ne quête pas <ou par sou comme dws omis ; on admet IcB Mitscrqitions-

ïe manquerais à tous mes devoirs debonP^.^^ J si je n accordais une mention spéciale à 1 Wfi*-

Saîn^Cloud tal canadien de St-Cloud, installé sur k câèbrc

champ de courses et qui a utilise d \me façon originale les bâtiments de la Société. Qui donc, il y a trois ans, eût imaeiné que quelques mois plus tard, un aumônier militaire canadien. lechM»oine Sylvestre, de Montréal, célébrerait la messe sur le petit comptoir de cuivre du bureau, où se déposaient alors les telefl^mes destinés à apprendre au monde le nom de ce qu on appelait «1 ce temps une victoire, celle d'un cheval, les pertes el les gains du pari aux courses? (1). Qui se fût représenté cette magnifique terrasse 5'où la vue s'étend sur Paris et la plaine de Meudon a Nantf."[e. «>y: verte de baraques démontables dont chaamc est une salle d hôpital* Et qui l'eût, comme moi , parcourue ^ver par un tm» de neige, et se voyant entouré de Canadiens-Français, ne se hit-il pas cru transporté miraculeusement en plein Canada, en plem «v«f canadien? En tout, ce qui caractérise l hôpital canadien de bt-Uoud^e«t suivant une juste remarque de M. Ferdinand Koy. « quil met CB présence l'une de l'autre la mère-patne et la hlle. » . .

Cet hôpital fut offert par le Gouvernement du Dominion au Président de la République, lors du voyage de Sir Robert Borden en France, au mbis de septembre 1915. Le personnel médical et mhrmier ne compte que des Qnadiens-Français places sous les ordres du médecin^hef, le colonel Mignault, de Montréal, du Wenantcolonel Le Bel. de Québec, et du commandant-major Le Moype de Martigny, qui fut longtemps l'assistant du docteur Carrel. La formati^nacUilecomportaitjusqu'ici520hts;undonde^^^ de Montréal, va permettre de porter ce chiffre à 1 .500 (2), Lt ce so^ aussi des infirmières canadiennes qui se penchent sur nos blesses pour

soigner leurs plaies. . •

Jusqu'à quel point est poussée l'union? Vous pouvez en juger par ce trait A plusieurs reprises, il a fallu à St-Cloui tenter la transfusion du sang : chaque fois, un Qnadien s est spontanément oflert pour le sabt de son camarade français. Quel symbole !

A près tout ce que je viens de dire ; il pourrait La déliratffftW ^ paraître superflu de chercher à mettre en , hunière le troisième ca/actère de l'effort chari-

- - - table canadi«M ; la délicatesse dans la façon de

la généronté donner ; et pourtant, j'en veux en«»re apporter

deux ou trois preuves touchantes.

Ecoutez en quels termes le Deooir, journal de M. Henri Bour^. présente l'appel destiné à procurer aux coinbattants frar^ à leurs familles des vêtements chauds pour le premier ftwer. w

(1) Sur le départ de M. le chanoine Sylvestre comme aumônier, voir Saaabm nbgieuu de Montréal. 31 août 1914 : Nos soldats aamÔniers.

(2) . Sur la générosité de l'Université Laval dans 1 œuvre hospitalière, VOIT i«loiBe tdigievse de Montréal, 20 septembre 1915. 27 mars. 26 l^fj^-^ tKWM* WIS

C3). U Devoir. 30 novembre 19 H. cité par E. Buron. NoaoOe ReOm, Î5 jiâlkt

« Aide à la France I » « C'est écrit en belles lettres blanches dans « une porte vitrée, au troisième étage d'un édifice gigantesque et « familier. Quatre mots qui vous accueillent avec éloquence au sortir « de l'ascenseur. Et, tout de suite, l'ambiance mercantile et banale « du lieu disparaît et se transforme en une chaude atmosphère d'activé « et souriante charité... G>mme il est doux de penser que le souple « vêtement tricoté d'une main alerte et entendue par l'acciJfte ména- « gère canadienne, s'en ira tout imprégné de bonne grosse affection « à la française, tenir chaud au vaillant soldat, ou au vieillard grelot- « tant, ou à la future jeune mère qui n'a plus peut-être, ni mari, m « foyer. Et voilà, des deux côtés de l'Atlantique, des cœurs précieu- « sèment français, qui ne se connaissent pas, qui ne savent pas à quel « point étonnant ils se ressemblent, à quel degré ils sont rnarqués « d'indescriptible parenté, malgré les siècles et malgré la distance, « et qui battront à l'unisson, tout le charme émouvant du bienfait « offert et accepté. Faut-il tout de m&ne que le sang de la vieille « France soit riche et généreux, pour qu'il tressaille ainsi, aux jour» « d'épopée jusque duis nos veine»! Ah ! ma soeur canadienne-française, « alerte et gaie, courageuse et soxiriante.

Bien allante et venante et sans Aourderie,

« comme a dit le bon poète Péguy, qu'une balle au front vient a d'emporter, vous ne savez pas combien vous lui ressemblez a par toutes vos chères qualités, à votre sœur de France, si « durement éprouvée aujourd hui ; et vous ne savez pas non « plus quelle chose sainte et belle vous faites, lorsque, pour soulager « quelque sombre et lointain malheur, vous incarnez dans le travail « magique de vos doigts jamais las, toute la poésie du soir d'automne « canadien, et tout le charme intime et sanctifié qui plane, grâce à « vous, sur tous nos chers foyers prédestinés de la Nouvelle-France. » Ce délicieux billet est signé : Un Canadim errant (1 ). Au journal La Patrie, quotidien de Montréal, c'est ime femme qui bat le rappel en ces termes gracieux :

« Donner est toujours un plaisir, mais donner à la France, c'est deux « fois un plaisir, puisque c'est payer la dette de gratitude et satisfaire « à un désir de cœur... Rallions-nous donc, Canadiennes-Françaises, « autour du bleu-blanc-rouge qui abrite tant d'héroïsmes ! (2) »

L'archevêque de Québec ayant, par une lettre à son clergé, encouragé les dons à la France, les curés se sont mis à créer des ouvroirs dans chaque paroisse. Les femmes y.oiit travaillé à l'envi pour notre pays ; les enfants ont bouleversé les tiroirs pour envoyer à leurs petits tr^es de France et de Belgique leurs souliers, leurs bas, leurs jouets. On cite tel village qui expédia à lui seul vingt-s^t caisses d'une valeur de près de dix mille francs.

« Je me suis institué zélateur de l'œuvre si belle, si noble, à laquelle « vous vous intéressez, écrit au Devoir l'abbé Chamberland, curé « de St-Thuribe, et j'ai tout empaqueté moi-même. C'est vous dire « que je travaille jour et nuit depuis une huitaine de jours. J'aurais

(I) LeDeooir, 28 octobre 1914, citë par E. Buron, [Nouvelle /?et;ue,l 5 juillet 1915. U). La Pairie, du 14 novembre 1914, cité dans le. même article, p. 92.

« voulu voir mes pauvres paroissiens faire les choses royalement ; « leurs moyens relativement restreints ne leur ont permis que de se « montrer généreux... J'ai fait faire presque tout depms quelques « iours: c'est vous dire que tout est neuf... Ah\ mesdames^ conane nous « sommes fiers ici d'être Français] Je le redisais encore ces jours dernten « âmes chers paroissiens : « Avant tout nous sommes t rançaisl » Le n est « pas l'épithète de Canadiens qui change notre nature, car, il est vrai « et il le sera toujours que le sang qui coule dans nos veines est le « plus pur sang de France ; nous sommes fiers de le dire ; nous le « 8ent<ms bouiUir d'indignation <pmd on e méprise, comme aussi « nous le sentons frissonner de joie quand nous voyons nos chers « frères de là-bas remporter des succès, compter des victoires. Vive « la France! Vive Dieu qui aime et protège la France 1 Nous œnti- « nuerons de prier pour le succès de notre grande cause et. si nos « chers éprouvés de là-bas nous tendent OTçore la main, eh bieni nous « saurons nous priver du nécessaire, s il le faut, pour Potager nos « pauvres guenilles avec nos chers cousins de la mere-patrie. »

« Si nous étions M. Poincaré, ajoute le Devoir, en pubhant celte « lettre, nous enverrions la Légion d'honneur au cure de bt- 1 huribe.»

Vous penserez, comme moi. qu'elle brillerait sur la poitrine d un bon Français.

ïl est une dernière forme de charité, chante d autant Le Canada 1 plus précieuse quelle est à base de justice. torme

délicate entre toutes, que le Canada a pratiquée a notre ésard et sur laquelle je veux finir : nos frères d pi^emer ont compris la France et ils ont su le Im dire.

a oompns la France

. A quel point la France était sévèrement jugée au

Accusations /\ dehors, quelque peu par sa faute, il faut

. portées - l'avouer, mais aussi par l'effet des calomnies mtéres-

eontre - sées de ses ennemis, on le sait aujourd hui. Des que

: V. la guerre eut éclaté, la vertueuse Allemagne tenta de

la t rance j^^^uader au monde chrétien que la défaite de U France serait la revanche de la morale et de la religion.

Des catholiques français entreprirent de rédmrc . à leur exacte valeur les griefe élevés contre

KAUaroYf^i^ leur patrie et de montrer de quel côté était le

entre pi^g g^and pénl pour le christianisme et pour

catholiques. l'Eglise. Les catholiques allemands se déclarèrent f .éMa An - victimes d'une odieuse agression et dénoncèrent " au monde les catholiques français comme des

cardinal Begin calomniateurs et des fauteurs de schisme. Ils

' parlaient très haut, ils affirmaient très fort. Entre les assertions des uns et celles des autres, beaucoup demeuraient hésitants. Le cardinal Bégin eut le courage de se prononcer et d'approuver publiquement une brochure qui donnait raison aux cathoUques français « défenseurs de leur Patrie et de la notion « traditionnelle du droit chrétien contre les cathodiques aUemands.

« trop fascinés, — ce sont les propres expressions du cardinal, — - par « les théories ambitieuses du germanisme. » Et il ajoutait :

« Cette controverse nous intéresse vivement et ccHfnme catholiques « et comme Français de langue et de tradition, et comme suj^s bri" « tanniques justement engagés dans le cruel et regrettable conflit « actuel, pour la défense du drœt et de la saine liberté des peuples. « La brochure qui la résume aidera à comprendre et à aimer jusqu'au « dévouement, la beauté et TimpcMtance souveraine de la grande cause. « — la protection du monde menacé par le germanisme, — pour « laquelle nos soldats canadiens combattent si vaillamment avec ceux « d'Angleterre, de France et de Belgique. (I),

CoDféreDCe /^*^st à la France tout entière, « à la France

^ plus grande que la guerre, — à Paris de M» F» Roy redevenu le miroir fidèle de la France » que, le

1 6 décembre dernier, dans la salle de ï Institut canadien de Québec, M, Ferdinuid Roy, revenant de notre pays, rendit le plus émouvtuit iKNrnmage (2). Et de son côté, le journal VAdkn ce^K^ique ne mignait pas de déclarer que « si c'était la « France, notre ancienne mère-patrie qui avait dû subir les oo^xps « les plus rudes, c'était elle aussi qui avait trouvé le rayonnement « de la plus pure et de la plus grande gloire. » Il n'attribuait pas, « comme tant d'autres, ces mérites à une subite et totale conversion « de notre pays : Dans cette résistance merveilleuse de la France « mal préparée et prise à Timproviste, contre un ennemi plus nom-

breux et mieux armé, qui avait choisi son heure et qui bondissait « sur elle du côté où Ton devait moins l'attendre, un écnvam anglais « célèbre, Edmond Gosse, voit le résultat inévitable du long en-

traînement que lesprit français a subi depuis des siècles, et 1 efiet « de ce trésor spirituel passé de main en main par une longue iipnée « d'ancêtres. » (3).

A M, Ferdinand Roy, il fut donné de parcourir, à l'arrière de nos lignes, les champs de bataille de la Marne, tout pleins des souvenirs de la bataille libératrice, tout vivants des préparatifs de celles qui la couronneront par un succès définitif. « Troupes allant au combat, « troupes encore chaudes de la bataille, nous avons respiré l'almos- « phère de sobre héroïsme qu'elles créent sur leur passage ; la voix « de ces soldats de France, nous Tavons entendue ; nous avens vu « leur figure. Et nous avons compris pourquoi ces routes qu'ils illu- « muient, ces routes qui, le long de la Meuse, de TOrnain, mènent

à Verdun on ne les appelle plus que des routes sacrées. »

(1) . La Controverse de guerre entre catholiques, par un religieux canadien ; publié par l'Association civile de recrutement de Québec. La lettre du cardinal Bégin est du 6 novembre 1916.

(2) . La conférence de M. Ferdinand Roy a été publiée dans le Parkr fnmçuk, InilletBi de la SoeUié du parler français au Canada, rfi de jam^er 1917, sons ce Ûbtt ilMrimtancefrançiâge»

(3) . VAcUm Catholique, 31 janvier 1917.

Non moins touchante dans sa familière simplicité, est cette lettre (1) qui nous a été communi- Canadienne quée, d'une Quiadienne française du Minnesota, au r • R.P. Bénier, venu en France œmme pr^e-scJdat :

" ï'^'^Ç^*^ - ^ Qier père, En repassant en nnag^tion les <c scènes dont vous êtes témoin, nous envions votre sort qui est celui « de l'ange au jardin des Olives, de Fange dans I9 prison de St-Kcrre « et St-Paul. Qui dira le bien que fait le prêtre français dans les aimées « durant la guerre? Nous ne le comprendrons hien que dans Tautrc « monde, en paradis, en voyant le grand nombre d'ames qu'il y aura « envoyées. Nous nous inclinons devant toute personne qui donne sa « vie pour une bonne cause, mais devant le prêtre qui, à la guerre, « risque sa vie chaque jour pour encourager, consoler et absoudre, « nous devons nous incliner trois fois. Je vous salue donc, soldat <r aum^ier de France, avec un sentiment de resi>ect aussi grand que « le cœur humain peut en concevoir, à cause des grandes choses « que vous accomplissez lâchas, à cause de votre tache sublime et « héroïque. Nous joignons nos prières aux vôtres, oui, soyez«^n sûr, « afin qu'un jour, après la victoire, nous ayons l'honneur de serrer « cette main qui aura absous tant de héros martyrs, afin que nous « ayons le bonheur de nous entendre raconter les souftranccs et lee « miracles de cette belle France sanglante, ainsi que de la fièrs « Belgique unies comme deux sœurs, sublimes toutes les deux dans un « même sacrifice suprême, donnant des milliers de vies tous les jours « pour ne pas mourir. Comme Yème humaine est grande, quand elle « travaille pour une cause divine ! Nous, Canadiens Français, sommes « si fiers de nos « poilus » et de nos « pioupious » que nous nous « sentons grandir de plusieurs pouces à chacune de leur victoires. » E^-U Française de France qui eût trouvé de plus beaux, accents?

Maintenant il me faut conclure et, tandis - - vuimiiuvu - - cherche pour le faire des termes

, dignes des services rendus, voici que s'évoque

Page émouvante mémoire une autre page admirable de

de M« F« Roy - Ferdinand Roy, devant laquelle s'efface celle

que j'avais moi-même commencé d'écrire.

(( Et pourtant, se demande-t-il, ému de la reconnaissance des « Français à Tégard des Canadiens, tandis qu'il parcourt les villages « cruellement éprouvés de la Champagne, et pourtant, pouvion$-*nous « faire moins? En vérité, ne sommes^nous pas du même sang? Et « ne devons-nous pas en être fiers ?

« Les églises en ruines nous ont répondu. Jamais peut-être une

(1). Du 13 octobi^ 1916.

L'EFFQRT CANADIEN

« âme canadienne n a vibré sous l'émotion de se sentir, par les fibres « les plus intimes, toujours atladiée aux racmes «"f J)n|:ees dans le « sol de France, comme cet après-midi de Pâques 1916 ou notre « promenade à travers les tristes rues As Scrmaize nous a conduits a « la vieille église romane dont les Vandales en fuite n ont laisse debout « que les murs... Au moment où nous entrons nous mêler a la toute « compacte de soldats, de femmes, d officiers les Vêpres s achèvent, a un chœur d'enfants chante l'hymne de la Résurrection. Puis le curé « vient à la balustrade conter à ses paroissiens 1 histoire de leur « église... Sur ce chemin qui est celui de toutes les invasions, sept fois « l'incendie, ou le bombardement, ont fait écrouler sa voûte la « grande Française Jeanne d'Arc est venue prier sur ses dalles... « Après chaque désastre, ses pUiers restant debout, la vieille eghse « de Sermaize est ressuscitée... i , ^ u •

« Nos yeux de Français déracinés contemplent les statues brisées. « ces uniformes vengeurs, ce prêtre consolateur ; nos reflexions se « mêlent au récit : Combien de fois, depuis dix siècles, na-t-on pas « dit que la France se mourait? Et ses morts, c est debout qu on les « a vus ; que sa foi, elle l'avait reniée ; et c est à ce Chnst, dont l image « a été violée par les soldats d'une autre race que ces oflioers et ces « soldats viennent dire leur Morituri te salutatit ; que sa race agonisait ; « et voilà que ses armées sont les plus vaillantes du monde, voilà que « 'des fils de son sang, séparés d'elle par l'espace les siècles, les alle- « geances étrangères, perpétuent au Nouveau-Monde ses traditions, « sa langue, ses croyances, et prennent leur part de ses maiheurs... « La France qui est une idée, n est pas ensevelie sous les décombres... « Fille aînée de l'Eglise immortelle, l'âme de sa Jeanne d Arc continue « d'enlever la pierre de 8<m tombeau. »

Frères du Nouveau-Monde, Canadiens-Français, Canadiens- Anglais, merci de vous être unis à nous, merci d'avoir versé votre sang pour nous et avec nous, merci de nous avoir secourus dans nos détresses, merci d'avoir vu clair daife nos âmes, merci de nous avoir aidés par tous vos efforts à préparer pour demain, avec la victoire du droit, le triomphe de la grande France ressusatéel

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