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PUBLICATION DU COMITÉ “ L’EFFOR T DE LA FRANCE :: EJ DE SES ALLIES

QOUS le titre : L’Effort de la France et de ses Alliés, il a ^ été jondé à Paris, sous la présidence de M. Stéphen Pichon, un Comité de Conjérences dont le but est d expliquer grand public le persévérant efjort journi par les A.llies.

Montrer avec pièces à V appui que les peuples a qui la guerre jut imposée et qui luttent pour la liberté du^ monde sont dignes /es uns des autres, jaire comprendre ce qu’il y a de grand et de beau dans le devoir qu’ils accomplissent, de noble et de projond dans l’idée qui les mène, tel est le programme du

Comité.

En rendant ainsi justice à l héroïsme et à la jidélité ae nos vaillants compagnons d’armes, le Comité est en droit de compter que la France recevra d’eux pareil hommage ; aux manifestations organisées dans notre pays en l honneur des Alliés, succéderont chez eux des conjérences qui diront toute la grandeur de l’ejjort français.

Les conférences organisées sous le patronage du Comité ont obtenu, dans les diverses villes où elles furent faites, un éclatant succès. Les auditeurs ont, à maintes reprises, exprimé le désir d’en posséder le texte qui n’offrira pas moins d’intérêt aux personnes n’ayant pu assister à ces réunions. '

Nous reproduisons en appendice, les documents relatifs à la conférence : programme de la séance, Allocution du ou des présidents, etc.

Ainsi adaptées, nous espérons que les études qui, sous le titre général : L’Hommage Français, formeront la première série des publications du Comité : L F.ffort de la France et de ses Alliés, trouveront auprès de nombreux lecteurs un accueil encourageant et de nature à engager leurs promoteurs à en poursuivre le développement.

Paul LABBE,

Secrétaire général du Comité.

L’EFFORT DE PARIS

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,

Je dois vous parler de Paris et de l’effort qu’il a accompli depuis près de trente mois. *

C’est un sujet Immense et magnifique.

Je veux, en très peu de mots, évoquer de très grandes choses, aussi, je réclame votre Indulgence car je serai forcément superficiel et incomplet.

L’effort de Paris a provoqué en France, chez nos amis, chez les neutres, chez nos ennemis, un véritable mouvement de surprise et d’admiration. De surprise, parce que nous avons été dans le passé les premiers détracteurs de nos grandes qualités»

Le fait n’est pas nouveau. Comme les Athéniens d’autrefois, les bons, ceux du temps d’Aristophane, nous nous plaisions à nous dénigrer nous-mêmes.

Il faut ajouter, d’ailleurs, qu’une certaine partie de notre littérature s’y employait de tout son talent et de toutes ses forces et que Paris pouvait être, à l’aide de citations empruntées soit -à nos journaux, soit à nos livres, dépeint à l’étranger comme une ville de perdition.

Un écrivain d’un grand talent, Louis Veulllot, dans les (( Odeurs de Paris », écrivait que la grande ville était « un cloaque » ; il l’appelait la moderne Babylone.

Un autre écrivain, amer, sarcastique, haineux, dont la statue enlaidit une des places de Paris, Henry Becque, ne craignait pas de montrer, non pas seulement la femme française, mais la femme française par excellence, la Parisienne, aux prises avec trois hommes dont un seul était son mari.

l’effort de paris

Le tribun populaire n aura pas eu le chagrin de voir noyée dans le sang ises utopies généreuses et ses rêveries pacifistes.

Le Présidént de la République revient en France ; le peuph de Pans se précipité a la gare du Nord et lui fait cortège. Ci n est pas un homme qu on acclame, c’est la patrie qu’on salue, ca avant la séance historique dont je vais parler, l’union étroite es faite entre tous les Français, elle est faite, du moins Je veux le croire, d’une façon définitive. Si elle devait hélas ! n’être que momentanée, ce serait un grand malheur pour notre pays.*

En 1914. Avant la guerre de 1870 — il

faut préciser : on ne peut plus dire, comme autrefois, avant la guerre — on dansait au son des flonflons d’Offenbach. Avant la grande guerre on danse le Tango, pendant qu’un auteur de revues, dans un couplet prophétique, nous prédit qu’e nous danserons bientôt « au son du canon ».

Partout, dans toutes les classes, dans tous les quartiers de la ville, c’est l’amour du plaisir, l’étalage du luxe, la recherche du bien-être. Pour un observateur peu attentif, les plaies sont profondes, inguérissables et les Allem.ands pouvaient se dire : « Paris ne songe qu’au plaisir, la France est Incapable d’un effort sérieux.»

En 1870. Déjà en 1870, nous avons souffert

du même mal. Dans ce palais rajeuni de l’antique Sorbonne, nous pouvons parler d’un des maîtres d’autrefois, Fustel de Coulanges qui écrivait dans les « Questions contemporaines »...

(( A Messieurs les Ministres du Culte évangélique de l* armée du Roi de Prusse.

18 octobre 1870.

« Vous Ignorez sans doute un double trait de notre caractère : l’un est que nous 'aimons à parler de nous ; l’autre est que nous aimons à en parler en mal. Quand nous essayons de nous peindre, nous avons une propension à nous peindre en laid...

(( Nous, les Parisiens, nous qui ne savons pas cacher nos fautes et nos travers, nous qui lançons contre nous-même la moquerie et la sottise. »

11 y a une similitude de circonstances surprenantes entre les derniers mois du second Empire et la période qui a précédé la guerre actuelle.

Si nous avions réfléchi, au début de l’année 1914, si nous avions comparé avec le commencement de l’année 1870, nous aurions été effrayés.

C’est la même frénésie de plaisir outrancier qui précède les grandes catastrophes.

Comme ils se sont trompes ! C étaient des plaies superficielles, mais le sang qui coulait sous la peau était riche, sain et vigoureux et nous l’avons bien montré ! Si à l’heure actuelle, la cité de joie et de lumière est devenue la cité de la tristesse et de l’obscurité, je la trouve plus belle que dans les jours les plus brillants des fêtes du temps de paix.

Juillet 1914. Rappelons-nous le tableau que

présentait la France lorsque l’assassinat de 1 archiduc heritier du trône d Autriche vint faire planer sur le monde la menace de la guerre européenne, à la fin de juin 1914. Rappelons-nous le spectacle de notre pays divisé par les querelles religieuses, coupé en deux parties par les querelles politiques.

Rappelez-vous ces animosités, ces ambitions, cette soif du pouvoir, ces appétits de plaisir et de jouissance et enfin, au moment même où 1 atmosphère politique est chargée d’électricité, ce procès scandaleux dont les débats se déroulent devant la Cour d assises de la Seine dans l’agitation et dans le bruit.

Le president de la République est absent ; le président du Conseil l’a accompagné en Russie ; l’Allemagne a bien choisi son moment.

On semble oublier que de graves événements se préparent ; et puis, tout à coup, c’est l’assassinat d’un grand tribun, d’un orateur populaire, au moment où l’opinion publique est le plus énervée, le plus anxieuse, le plus surexcitée.

8 l’effort de paris

Août 1914. Quoi qu’il en soit, pensons seule-

ment aux événements de 1914, à cette séance historique du 4 août, plus belle que celle de la nuit du 4 août, avant la Révolution, où l’on supprima les privilèges.

Dans la séance du 4 août 1914, on a fait une France nouvelle, plus jeune, plus belle et plus unie.

Je veux vous parler de Vejjort moral et ensuite de Vejjori matériel de Paris.

L’effort moral ! Le premier exemple et le plus b,îau a .été donné par les femmes dont je vous parlerai plusieurs fois au cours de cette conférence.

Ce sont toutes ces mères, toutes ces soeurs, toutes ces épouses qui, décidées à rester fermes pour ne pas amollir le courage de ceux qui vont partir, et qui par leur brusque départ emportent une partie de leur vie, une partie de leur coeur et le ‘meilleur de leur âme, ont refoulé leurs larmes jusqu’au dedans d’elles-mêmes.

Voilà le premier effort des femmes françaises.

Puis nous avons assisté au spectacle de la mobilisation, si différent du spectacle des premiers jours de la guerre de 1870.

Pas de cri « Berlin », pas de tapage, pas de manifestations inutiles ; le calme de la force, et de la résolution.

Pendant la Pendant les premiers jours de la

mobilisation mobilisation, le spectacle de Paris a été

merveilleux.

Puis, vint l’ivresse des premiers succès ; Mulhouse prise, bientôt reperdue, reprise encore, enfin abandonnée.

Vous avez remarqué l’aspect de Paris, de cette ville si nerveuse, si Impressionnable, dont la sensibilité est à fleur de peau ; c’est un aspect nouveau ; les Parisiens n’éprouvent pas le besoin de pousser des cris de joie ; le calme de la ville est plus impressionnant que toutes les manifestations tapageuses.

Pans a bien montré de quelle force morale, de quelle force d’âme il était capable quand il a lu, à la fin du mois d’août 1914, le communiqué stupéfiant où l’on nous disait — à nous qui ignorions tout des choses militaires — : (( Nous tenons une ligne qui va de la Somme aux Vosges. »

, Quelle révélation ! Nous avions presque Ignoré la bataille

de Charleroi ; nous ne savions rien des événements militaires et tout à coup on nous apprend que l’ennemi est aux portes de la capitale ; il avance à marches forcées, il est prêt à nous écraser...

A ce moment, — je trouve ceci tout naturel — c’est le grand exode de tous ceux qui n ont rien à faire à Paris et qui ont

bien raison de partir ; seuls doivent rester ceux que leur devoir retient dans la capitale. »

• ^ ^ heure, M. le président du Conseil municipal adres-

sait un éloge mérité au barreau de Paris et cela dans un magnifique langage.

Septembre 1914. Il ne faut pas nous faire plus bra-

, nous sommes. Nous avons eu

dans nrion cabinet de bâtonnier, si petit, où tant de grands prédécesseurs sont venus avant mol, bien des heures d’angoisse et d incertitude j ai compris que le devoir était parfois pénible à accomplir. Quand nous avons vu partir, au commencement de oepterribre, tous ceux que nous aimons, quand nous avons fait partir hâtivement nos enfants, nous avons éprouvé un grand serrement de ^ur. Lt puis, tout à coup, nous apprenons le départ nocturne du Gouvernement et nous nous disions le lendemain, frappés de

stupeur : « Alors, nous sommes seuls j tout le monde nous abandonne. ))

Le général Galliéni. ^ Nous sortons ; nous sommes dans

J J ^ angoisse et 1 incertitude, mais à peine

dans la rue, nous voyons sur les murs de Paris une affiche blanch-

c est admirable proclamation qui rendra immortel le nom dii ‘ general Gallieni.

(( J al reçu, dit-11, le mandat de défendre Paris contre l’envahisseur, ce mandat je l’accomplirai jusqu’au bout. »

Alors les plus hésitants, les plus faibles, les plus Irrésolus se sont sentis réconfortés.

Nous nous sommes dit : SI le Gouvernement est parti, il a bien rait de partir, il nous reste quelqu’un.

Il faut ajouter d’ailleurs, qu’en choisissant le candidat ou élu au poste difficile et envié de Gouverneur de Paris, ceux qui nous représentent ont eu la main singulièrement heureuse

l’effort de paris

Quand le général Galliéni a quitté le gouvernement de Paris peur venir au ministère de la guerre, où il a usé ses forces et abrégé sa vie, il a été remplacé par un de ceux qui ont le plus contribué à la victoire de la Marne, par le général Maunoury ; quand celuici est parti à son tour, il a été remplacé p>ar le général Dubail, qui, placé à l’extrême droite de l’armée française, par son courage, par son énergie, par sa ténacité, a tenu bon contre 1 extrême droite allemande, à côté de Castelnau, tout près de Sarrail, permettant ainsi à la victoire de la Marne de s’affirmer et de donner son plein et entier effet.

11 semble qu’à ce moment, Paris tout entier, depuis le plus notoire jusqu’au plus humble, ait retenu, relu ou deviné par une sorte de prescience, ce vers de notre grand Corneille :

U On ne doit craindre rien quand on a tout à craindre. »

Et sans l’observation des règles stratégiques par le général von Kluck, qui coûta à l’Allemagne la victoire qu elle croyait tenir, qui sait ce qui serait advenu de Pans.

Dans ces heures d’angoisse, vous pouviez, dans les faubourgs, contempler ce peuple merveilleux dont le cœur n a pas battu plus vite ; ces femmes du peuple, qui n ont point abandonné leur labeur, celles qui sont restées dans les hôpitaux, fidèles à leur poste ! et puisque nous sommes dans cette vieille Sorbonne, rendons hommage à M. Liard qui a remplacé dans les jours sombres de septembre, son ministre parti à Bordeaux.

Le peuple de Paris. La tenue du peuple de Paris a été

parfaite ; le calme de ce peuple admirable a rendu moins vives nos angoisses et nos préoccupations.

Nous avons salué sans trop de regret le départ de ces terribles autobus qui secouaient nos maisons, faisaient trembler les objets dans nos appartements et dont 1 utilité nous a été démontrée par les services qu’ils ont rendus aux armées.

Nous avons à l’heure actuelle une véritable vénération pour les taxi-autos qui ont si puissamment aidé à la victoire de la Marne et ' nous pardonnons depuis lors, aux chauffeurs, leur éternelle Impru-' dence.

Au début de septembre, ce fut boulevard Saint-Germain,

l’effort de paris I I

toute la nuit, une procession ininterrompue de taxis. C’était le Gouvernement militaire qui orpnisait la victoire de la Marne en

envoyant des renforts a 1 aide de ce moyen de locomotion ultramoderne, — Pans était sans p>eur.

Les Taubes. Les Taubes pouvaient venir ; à ce

moment on ne nous défendait pas beaucoup, disons-le en passant, contre leurs incursions. Ils venaient en toute liberté se promener au-dessus de Paris sans rencontrer la moindre opposition. Le jour où, ils ont trouvé les nôtres en face d eux, ils ont disparu et ne sont pas revenus.

Ils venaient donc dans Paris assassiner des femmes, un malheureux notaire sans défense, une pauvre petite fille à qui on a coupé une jambe.

Les Zeppelins. Les Parisiens ne manifestaient au-

^ cune crainte pas plus qu ils n en ont

montré lorsque les Zeppelins sont venus à leur tour.

La tour Eiffel. Pour en terminer avec ce tableau

très rapide de Paris en septembre, nous avons, avec quelques amis, pour faire amende honorable, entrepris^ un pelermage à la tour Eiffel dont nous avons tant souhaité la disparition en temps de paix et qui a rendu, pendant la guerre, avec ses antennes gigantesques, de si grands services.

Le calme de Parisl Ah ! quel merveilleux peuple que

ce peuple de Paris ! autrefois si turbulent, SI insupportable, qu on disait si difficile à gouverner. Quelle erreur ! S il y avait ici des ministres, je leur dirais « La France n’est pas difficile à gouverner, mais elle veut être gouvernée ».

Ah ! le peuple de Paris ! Quels enfants terribles et si insupportables ! Si faciles et si bons !

De la victoire de la Tout a. 1 Heure, cet orateur exc|Uis

Marne à Verdun, qu’est M. Mithouard, faisait une incur-

sion rapide et intéressante dans le passé; je l’imite, je le suis. Oui, c’est ce peuple qui a fait les barricades, c’est le peuple de la Fronde, des émeutes, de la Révolution, de la Terreur... Je ne veux pas évoquer des souvenirs plus proches et plus tristes. Depuis trente mois, ce peuple a été d une sagesse incomparable et, pour résumer toute ma pensée, je peux dire que 1 angoisse des événements n’a jamais fait naître à F^aris le moindre sentiment de révolte. Mais c’est aussi que nous avons eu toujours un cordial pour nous raffermir nos âmes. Nous avons eu d abord la victoire de la Marne dont nous n’avons pas soupçonné au début toute la portée; puis la longue, l’interminable bataille de l’Aisne, la victoire de l’Yser, l’offensive de Champagne et enfin Verdun.

Est-11 possible, quand on fait le tableau de Pans, quand on parle de son effort moral, de ne pas se souvenir de 1 angoisse qui étreignit nos cœurs en février dernier, angoisse plus grande encore qu’en septembre 1914, parce que nous étions mieux avertis.

Rappelez-vous le 21 février 1916 quand nous avons appris la ruée de l’armée du Kronprinz sur Verdun : rappelez-vous que pendant trois jours les communiqués sincères, véridiques, décourageants se succédaient, nous apprenant que nos soldats reculaient. Rappelez-vous nos angoisses ; rappelez-vous qu a ce moment on pouvait concevoir quelque inquiétude pour 1 avenir.

Ils ne passeront pas ! disait le général Pétain dans un ordre du jour célèbre ; et avec lui le peuple disait : « Qu importe s ils ont plus de canons que nous, les poitrines françaises empêcheront 1 ennemi de passer. » Et Verdun, la cite inviolée, n esi pas devenue la proie de l’envahisseur.

Puis, nous avons eu 1 offensive de la Somme, lutte terrible ! il y a, ici des témoins qui me touchent de près, qui pourraient en témoigner. Lutte plus terrible que là-bas sous Verdun; dans la boue, affreuse, les cLevaux enlisés jusqu au poitrail, les hommes jusqu à la poitrine.

Voilà, en raccourci, en quelques mots, quel a ete 1 ejjort moral de Paris. Disons qu’il a été splendide.

Effort matériel. Passons maintenant, à V ejjort ma-

Le Conseil municipal tériel, non moins beau, non moins

Le Conseil général. grand. Cet effort a été dirigé, coor-

donné, organisé en grande partie sous l’impulsion du Conseil municipal et du Conseil général. La reconnaissance de tous les Parisiens va au président de la grande guerre, à M. Mithouard, qui remplit ses fonctions avec un tact, une élégance, une distinction et un courage inlassables dont, mon cher président, interprète fidèle de la population parisienne, je vous dis bien haut tous nos remerciements.

Nous avons eu au début de la guerre, comme président du Conseil général, notre confrère Chérest. Ici, le Conseil général est ' représenté par notre ami Alpy, puis les deux préfets, M. Delanney qui travaille toujours et M. Laurent qui a accepté un poste difficile à une heure dangereuse et qui a droit à notre reconnaissance.

, Savez-vous ce qu’ont fait ces hommes ? Ils ont été pendant longtemps les maîtres" absolus de Paris. Au début, le Conseil municipal n’a pas fonctionné normalement. Il a été Institué, après le départ du Gouvernement à Bordeaux, un comité de sécurité ; sous la présidence du Gouverneur de Pans, les deux préfets de la Seine et de police, le président du Conseil général et le président du Conseil municipal, ont été, en réalité, les maîtres de Paris. Ils ont fonctionné du 2 septembre au 21 décembre ; la vie normale de la grande cité n’a repris que le 21 décembre.

Les Parisiens — Les Le Comité de Sécurité, le Conseil

réfugiés français, municipal et le Conseil général ont fait belges, etc. des miracles a,u point de vue de l’effort

matériel. Ils ont distribué des alloca- ' lions, des secours de chômage à la population parisienne ; évitant la faim et la révolte.

Mais il n’y avait pas seulement que la population parisienne... Tous les jours l’exode des populations du Nord et de l’Est amenait à Paris des milliers de* femmes, d’enfants et de vieillards.

On a salué tout à l’heure M. le baron de Gaffler, ministre de Belgique, qui est parmi nous. Nous avons offert à ses concitoyens une hospitalité cordiale, et affectueuse, nous souvenant que la Belgique a sauvé le monde par sa résistance héroïque.

Quand les Belges sont arrivés parmi nous, nous leur avonsoffert une place à nos côtés ; nous avons essayé de leur donner l’illusion de leurs foyers perdus.

Nous avons eu le même geste pour les Serbes représentés ici pair M. Vesnitch.

L’office départemen- Toute la bienfaisance officielle

tal des œuvres de s’est résumée dans une oeuvre qui s’apguerre. pelle (( L’Office départemental des

oeuvres de guerre de l’Hôtel de Ville »

créé sur l’initiative de mon ami Chassaigne-Goyon et qui comprend plusieurs groupements.

Permettez-moi de vous en Indiquer le mécanisme et vous verrez le blerî qui a été fait.

1*^ Section. — Assistance privée, le Fricot du soldat, président : M. Chassaigne-Goyon ;

2' Section. — Assistance publique, président : M. Henri Rousselle ;

3 ^ Section. — Chômage, président : Mf Henri Galll ;

4 Section. — Le train des blessés ; président : M. Louis Dausset, qui, comme rapporteur général du budget de la ville de Paris a accompli un labeur considérable ;

S*" Sectfon. — Les Réfugiés ; président, M. Delavenne ;

6® Section. — Assistance aux prisonniers de guerre ; qui pouvait-on m.ieux choisir pour présider cette section que l’homme qui, par lui-même a connu les horreurs de l’emprisonnement en Allemagne, ] ai nomme le capitaine d Andigné, conseiller municipal de Pans;

7 Section. Aide aux mutiles et amputés, président,. M. Deville.

J ai pu constater moi-meme a Lausanne, 1 effet prodigieux produit en Suisse, en Suisse romande, celle qui nous aime et qui nous est fidèle, par les conférences de MM. Maurice Donnay et Boutroux. Tout le monde sait également que le grand philosophe, M. Henri Bergson et M. Etienne Lamy, l’éminent secrétaire perpétuel de l’Académie Française, ont été avec Mgr Baudrillart, les bons ambassadeurs de la langue française et ont rendu à notre patrie, dans les pays neutres, d inestimables services dont il convient de les féliciter et de les remercier.

La magistrature. Je me suis interdit de parler du

Palais de justice et des avocats, mais je puis rendre hommage aux magistrats et en particulier au premier president de la cour de cassation, M. Baudoin, le premier magistrat de France qui, non seulement est resté fidèle à son poste aux heures les plus troubles, mais qui s est prodigué dans toutes les oeuvres de bienfaisance et spécialement dans une œuvre dont je ‘ vous parlerai. '

A côté de lui, c’est le premier président Monler, qui, d accord avec le Procureur de- la République, M. Lescouvé, a organisé toute cette procédure de guerre si complexe et si dlffi- * elle ou il fallait évoluer a travers des décrets contradictoires, le plus souvent hâtivement votés par le Parlement.

commerce.

Le tribunal de De l’autre côté du boulevard du

commerce. Palais, c est le tribunal de commerce

où le président, M. Petit, a accompli, avec le concours désintéressé des juges consulaires, le plus utile des labeurs.

L’Institut de France. A côté du Conseil municipal et du

Conseil général,' dans l’effort vers la bienfaisance et la solidarité, tous les grands corps de l’Etat vont rivaliser de zcle et de bonté : c est 1 Institut de France qui fonde un hôpital ; c est 1 Institut de France qui fait à 1 étranger la plus haute et la plus belle des propagandes.

commerce.

La Chambre de Enfin, à côté de moi, l’homme

commerce. dont M. Mithouard parlait tout à

l’heure et dont il est impossible de ne pas prononcer le nom lorsqu’on parle de l’effort de Paris, M. David Mennet.

Voulez-vous apprendre, dans un raccourci saisissant parce

l’effort de paris

que les faits parlent d’ eux-mêmes, quelle est l’œuvre accomplie par la Chambre de commerce de Paris depuis trente mois ?

Cette Chambre a donné son concours à l’Intendance militaire ; elle s’est occupée des réquisitions ; elle a examiné ou tranché tous les graves problèmes économiques qui sont à l’ordre da jour, soulevés par la guerre et ceux plus redoutables encore qui seront soulevés après la guerre.

La Chambre de commerce s’est préoccupée du moratorium, des échéances, des loyers, du séquestre des maisons ennemies, de . reprise des affaires, du ravitaillement, de l’interdiction du commerce avec l’ennemi, des prohibitions de sortie et d’importation ; elle a donné son concours le plus utile à notre grand établissement national, la Banque de France, si merveilleusement dirigée par M. Pallain.

M, David Mennet est président d’un comité qui a accompli sans bruit une saine et belle œuvre, le « Comjté de l’Or ».

Il fallait aller dans les campagnes et dire à tous les gens qui thésaurisaient : « Donnez votre or parce qu’il est nécessaire à la victoire. » Et nous lisons dans les journaux que, depuis le début de la guerre, plus de deux milliards d’or sont rentrés à la Banque de France.

La Chambre de commerce de Paris a songé au lendemain ; M. Mennet et ses collègues organisent la foire de Paris qui aura Heu du 1®’' au 15 mai 1917.

Et pour l’après-guerre, la Chambre de commerce a fondé L’Association Nationale d’ExpansIon Economique qui réunit tous les grands groupements et toutes les bonnes volontés pour assurer à la France une place digne d’elle sur le marché mondial.

Si bien que de quelque côté qu’on se tourne, on peut dire que l’effort collectif et individuel, l’effort officiel et l’effort privé de la grande ville ont donné de féconds résultats.

Lutte contre Sur un seul point il y a une ré-

l’alcoolisme. serve à faire; on a à peine commencé

' une tâche pourtant fort Importante et

subitement on a reculé avant de l’avoir menée à bonne fin. On n’a pas osé, nulle part en France, entreprendre véritablement le

l’effort de paris

combat corps à corps avec un ennemi aussi redoutable que l’Allemand et qui s’appelle l’alcoolisme.

La Js vous ai parlé, à côté de la bien-

bienfaisance privée. faisance officielle, de la bienjaisance Le Secours National. privée et voici qu’apparaît, dès les premières heures de la guerre, l’œuvre type, celle qui a réalisé le mieux l’union sacrée, que vous connaissez tous et qui s’appelle le Secours National, sous la présidence de ce grand homme de bien, de ce grand savant, de ce grand patriote, M. Paul Appell.

Le Secours. National a groupé toutes les bonnes volontés. J y VOIS siéger son Eminence le Cardinal Amette dont le rôle pendant la guerre est devenu si grand et si beau et à qui Mgr Baudrillart voudra bien porter ce soir l’hommage respectueux et attendri de notre filiale admiration.

Le cardinal Amette a toujours eu le mot qui console et qui soutlerit, la parole qui vient du cœur. Le cardinal Amette s est rencontré, au Secours National, avec le grand Rabbin de France et avec le pasteur Wagner.

Dans un de ses articles, M. Ernest Lavisse rappelait récemment comme un symbole de l’union sacrée, ces séances du Secours National où, la main tendue, le cardinal Amette s’avançait et disait : Bonjour, mon cher Pasteur ; bonjour mon cher Rabbin ; et ces derniers répondaient : Bonjour, Eminence.

A côté d’eux se trouvait un ancien Président du Conseil des ministres, fin lettré et grand patriote, un ami au cœur généreux, M. Louis Barthou, qui eut un jour comme voisins les représentants des employés des postes et des télégraphes qui allinentent notre caisse du Secours National de leurs souscriptions volontaires et qui se sont montrés de bons Français.

M. Barthou prenant la parole avec cet esprit que vous lui connaissez, rappelait que, étant Ministre des Postes, II avait légèrement taquiné les P. T. T. qui d’ailleurs ne lui avalent pas gardé rancune.

Enfin il y avait les cheminots qui venaient apporter généreusement leur obole. Ils ont contribué à la défense nationale avec autant de courage que les automobilistes de Verdun.

18 l’effort de paris

Le Secours National a donné deux choses indispensables à la population parisienne, du pain et du travail.

Les soupes populaires pain, grâce aux soupes popu-

laires créées aux premiers jours de la guerre et qui ont permis aux pauvres gens de manger.

Les ouvroirs. Du travail, grâce aux ouvrons.

Dans ces séances du Secours national, nous voyons côte à côte des hommes appartenant à tous les partis, depuis Maurice Barrés et Denys Cochin, jusqu’à Jouhaux, Bled et Dubreull, les représentants des socialistes unifiés, les représentants de la C.G.T. et, ce qui est plus étrange encore que de voir M. Barthou avec les cheminots et les P. T. T.., à côté d’homm.es qui en temps de paix avalent manifesté leurs opinions avec quelque vivacité, se trouvait l’homme qui était chargé de les mettre en prison, M. Léplire, ancien préfet de police, dont l’activité bienfaisante ne se ralentit jamais.

Œuvres de guerre : Voilà l’œuvre du Secours Natio-

mutilés, blessés, nal. J’aurais tort d’insister. VoulezaveuglÊs. vous que laissant simplement parler

nos souvenirs nous parcourions la liste des œuvres de guerre, œuvres pour les blessés, œuvres pour les mutilés, œuvres pour les aveugles ; si bien qu’on s’est souvenu — et il n’est pas un Français qui ne pense comme moi — que le premier devoir de la richesse, sa seule excuse en temps de guerre, c’est d’être généreuse, qu’il faut donner, donner sans cesse, donner encore, donner toujours, que c’est le plus impérieux des devoirs. Et s’il y avait, ce que je ne veux pas croire, des mauvais riches, je dirais que ce sont de mauvais Français, de mauvais citoyens.

Mais qui donc marchanderait ^ hésiterait, refuserait de donner son argent lorsqu’il s’agit de donner aux blessés, aux mutilés, aux aveugles ? Quand nous les rencontrons dans la rue, abstenonsnous de manifestations Importunes, mais du fond du cœur saluonsles bien bas, ce sont les sauveurs de la Patrie qui passent.

Les Veuves et Mais on ne s’est pas occupé seule-

les Orphelins. ment des soldats, des mutilés, des

. blessés, des aveugles, victimes, hélas !

particulierernent douloureuses et touchantes de la guerre, on a

songé aussi à d’autres victimes non moins pitoyables de la guerre • les veuves et les orphelins.

Des femmes au cœur généreux, de grandes dames se sont

précipitées vers cette œuvre de bien; c’est entre autres, la duchesse

d Uzes; la baronne Lejeune qui a eu la douleur de perdre son

mari et qui y consacre son temps, son intelligence et sa fortune aux

veuves d officiers cruellement frappées comme elle.

œuvres sont présidées par M. Croisset, par M. Frédéric Masson.

J’aperçois ici un adjoint au Maire du 6' Arrondissement, M. bimon Juqu.n, je puis lui faire plaisir en lui disant que parmi les oeuvres de guerre d en est une, placée dans son arrondissement, qui m a particulièrement Intéressé.

M séminaire de Saint-Sulpice, un officier de paix

M. Pelletier et des gardiens de la paix, réunissant leurs énergies

et leurs bontés ont fondé une œuvre qui- reçoit les soldais sans tamille, les réfugiés belges, etc.

Quand on parle de bonté il suffit dans le Paris de la guerre de regarder autour de soi et d’écouter les battements du cœur de

la grande ville, — si généreuse — toujours prête à soulager les miseres et a secourir les infortunes.

Les Infirmières Les Parisiennes ne sont pas tontes

Les Marraines comme celle qu’a dépeint Henry Bec-

Les Croix=Rouge. que. Elles n’avaient pas besoin de se

réhabiliter, mais elles ont montré pendant la guerre toutes leurs qualités. Ce sont d’abord les infirmières, -es dames blanches dont a parlé Maurice Donnay, qui depuis trente mois exercent leur sacerdoce.

Au début, on ne croyait pas que cela durerait si longtemps; ^éanmoins on a tenu. Saluons ici les trois Sociétés de Croix- Rouge : la Société de Secours aux Blessés militaires, présidée par Mme la Comtesse d’Haussonville; l’Association des Dames

l’effort de paris

Françaises et FUnion des Femmes de France présidée par Mmes Pérouse et Carnot.

Je signalerai ensuite cette forme délicate et vraiment nouvelle de la bienfaisance et de l’amour envers nos soldats, 1 oeuvre des marraines.

Les pauvres soldats des régions envahies, éloignés et sans nouvelles de leur famille, ont besoin d avoir des paquets-; ils ne reçoivent pas de lettres. On nous a dépeint la tristesse du pauvre poilu à l’heure de la distribution des paquets, qui ne reçoit rien, et aussitôt on a fondé l’oeuvre des marraines.

Les femmes n’ont pas seulement donné leur cœur et leur argent, elles ont remplacé par leur travail, avec une volonté énergique, les maris, les pères ou les frères partis pour défendre la Patrie.

Vous les voyez tous les jours ces vaillantes femmes françaises, ouvrières des usines, employées de banque, employées de commerce, conductrices de tramways... que sais-je ! Vous connaissez, tous, les bons résultats donnés par ce travail féminin.

Le rôle des femmes. Sans doute, — mais disons-le tout

bas, nous sommes entre nous, entre Parisiens, vous ne le répéterez pas — , il y a eu dans la toilette des femmes ou dans les thés de 5 heures, certaines exagérations, certains manques de tact ; je les considère seulement comme des ombres qui font mieux ressortir la beauté du tableau ; la bonté, le dévouement de la grande majorité des femmes ont tout dissipé, tout * effacé.

Les Journées. Voyez comme le spectacle de

Paris est curieux parfois : ces quêteuses qui arrêtent les passants et leur vendent des Insignes ou des petits drapeaux font partie de l’organisation des « Journées » : journée du soldat français, journée du 75, journée du « Secours National », journée des orphelins, journée du drapeau belge, etc., etc.

Les maires et les adjoints.

Ici, je serais Ingrat, puisque j’ai parlé du Conseil municipal et du Conseil général, si je ne disais à tous les maires et adjoints de Paris qui nous font l’honneur de nous entourer, combien leur rôle a été beau, combien leur œuvre a été féconde dans l’organisation de ces journées.

Savez-vous ce que le « Secours national » faisait de son côté ? Il réunissait dans un assemblage qui peut paraître hybride mais qui formait une réunion admirable, les représentants de la C.G.T. tout à gauche ; les Sociétés de Saint Vincent de Paul tout à droite, et on disait à ces gens qui ne s’étalent jamais vus, qui pouvaient se regarder avec quelque méfiance : Il faut travailler en commun ; le pli a été vite pris.

*J’al assisté dans les mairies à ces réunions préliminaires où on organisait les journées sous la présidence du maire. On voyait côte à côte, le curé, le pasteur, le rabbin, les représentants de la C.G.T., les sœurs de Saint Vincent de Paul ; au bout de quelques moments, on faisait. bon ménage parce qu’on était entre Français. Il est beau, c’est une des caractéristiques de la vie actuelle de Paris, de voir succéder la vie de travail et de recueillement à cette frénésie de plaisir dont je parlais en commençant.

Les théâtres.

Vous me direz : Vous allez trop loin ; Il y a des théâtres qui sont ouverts.

Oui, Il y a des théâtres ouverts et je dis : tant mieux. Je m’explique.

Je dis ; tant mieux, parce que je n’oublle pas que dans les salles de théâtre, la majorité des spectateurs sont des permissionnaires. ' '

Je me réjouis à ce premier point de vue que les théâtres soient

ouverts, mais 11 y a autre chose.

L’Industrie du spectacle fait vivre à Paris 60.000 personnes. Je suis heureux que les théâtres soient ouverts pour faire vivre tous ces braves gens, tous les artistes à 1 âme sensible et au cœur généreux, vIs-à-vIs desquels nous devons nous montrer reconnaissants. Nous leur devons de belles sensations d’art et d’inoubliables plaisirs de l’esprit.

Ils n’ont pas oublié d’être généreux non plus. Il me suffit de

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rappeler le nom de l’Union des Arts fondée par Rachel Boyer et 1 œuvre du (( Repas des artistes » où on donne à manger aux artistes malheureux.

Ici même, dans ce grand amphithéâtre de la Sorbonne, tous • les dimanches, un public choisi se réunit et apporte son obole généreuse aux artistes gênés ou dans l’embarras.

Le Cinéma. A côté du théâtre, il y a le ciné-

ma; c’est le roi du jour. Je ne m’indigne pas devant sa royauté. Je concède que j’ai un faible pour le cinéma ; mais étant donnée l’expérience que je puis avoir depuis bientôt 35 ans de Palais, je demande au cinéma de supprimer de ses programmes ces films policiers qui sont ou qui peuvent être pour de jeunes imaginations trop sensibles, pour de jeunes cerveaux nrial préparés, un véritable encouragement au crime et à l’assassinat.

Le roman feuilleton peut faire courir à une jeunesse mal ins- ;rulte certains dangers; rien n’est plus redoutable que la contagion oar l’image et par l’exemple.

\ux Invalides. Nous avons eu dans la ville de

Paris des minutes Inoubliables ; nous ivons vu aux Invalides les remises de croix données à de pauvres blessés que souvent on portait sur des civières et qui se soulevaient péniblement pendant que le général leur remettait la récompense qu’ils avaient gagnée au prix de leur sang !

:.e 14 Juillet. Nous avons vu, le 14 juillet, la

' remise, par le Président de la Répu-

îlique, devant un grand concours de population, des diplômes ■ lux familles des morts pour la patrie.

.\u Palais de Justice. Et puis, mon cher Président et

ami, tout à l’heure, vous faisiez allulon à cette belle et touchante cérémonie du Palais de Justice où le 28 octobre dernier, nous avons, dans la salle de notre biblloihèque, rendu hommage, à tous nos morts et acclamé le vaillant l)âtonnier de Bruxelles, mon éminent ami Léon Théodor.

l’effort de paris

Cette cérémonie avait été précédée de trois fêtes religieuses au Temple, à la Synagogue et — la première dé toutes — à la Sainte-Chapelle rendue pour toujours, je l’espère, au culte catholique.

« Dans cette merveille, dans ce bijou d’architecture de la Salnte-Chapelfe, par une matinée printanière, alors que le soleil perçait à travers les vitraux merveilleux, il y a eu une scène que de ma vie je ne pourrai oublier.

A la porte de la Sainte-Chapelle, le cardinal Amette, archevêque de Paris, vêtu de pourpre, attendait le Président de la République. Et le Président et le Cardinal se sont tous deux tendu la main. /

C’était la France, divisée hier, aujourd’hui réconciliée, unie et forte ; c’était le Président de la République serrant la main du cardinal archevêque de Paris. Vision réconfortante de la France de demain !

Tout à l’heure, vous entendrez l’incomparable Bartet vous dire avec sa voix d’or des stances' de Victor Hugo à Paris, (( cité mère » .

Je voudrais en attendant la belle artiste, évoquer le souvenir de notre Paris depuis le vieux quartier latin où nous sommes, jusqu’aux faubourgs laborieux.

Traversons la Seine « aux flots indolents », comme disait Verlaine qui sans doute n’a pas vécu au moment des inondations, et parcourons les différents quartiers de la Ville, Paris a changé ; Paris n’êst plus l’asile où le prince de Talleyrand goûtait la douceur de vivre.

Montez au haut Montmartre, comme Julien et Louise et regardez dans l’obscurité la ville qui paraît endormie.

C’est la capitale des capitales ; c’est là qu’il faut venir pour conquérir la fortune ; mieux encore, la gloire et la célébrité; c’est la ville à laquelle le héros de Balzac, Rastignac, arrivant de sa province, adressait un défi : A nous deux Paris ; c’est la ville sans la consécration de laquelle il ne peut être de véritable célébrité.

Mais j’ai tort, moi chétif Parisien, de faire ainsi notre propre éloge. Laissons parler des critiques que nul ne pourra accuser de partialité.

l’effort de paris

« L observateur qui sait regarder la vie de Paris, doit constater que 1 on y travaille, que le peuple y est sain et que ce qui a disparu c est seulement une vie frivole sous laquelle se cachait un noyau de solides vertus. »

Savez-vous qui parle ainsi ? La « Gazette de Francfort » du 26 mars 1915.

Allons, nous pouvons dire que les Allemands commencent à nous mieux connaître.

Ah oui ! c’est un admirable peuple que le peuple de Paris. Il est composé d’éléments si divers et si disparates! Toutes les qualités françaises viennent s’y épanouir. Le Normand au solide bon sens ; le Breton rêveur, mélancolique et mystique, merveilleux soldat; le vigoureux travailleur du Plateau Central; le Gascon frondeur, hâbleur, brave et spirituel ; le montagnard pyrénéen au corps souple et aux jarrets d’acier, tous ces fils de terroirs différents, venus des quatre points de l’horizon, depuis les falaises de la Manche jusqu’aux sables de l’Atlantique, jusqu’aux rochers rquges et l’azur méditerranéen, tous sont arrivés à Paris poussés par une attraction irrésistible e.t peut-être excessive. En peu de temps, par une sorte de phénomène spécial, ils ont été amalgamés, broyés, triturés et confondus et ils sont devenus ce type unique au monde qui s’appelle le Parisien.

Je comprends Montaigne quand il disait qu’il aimait Paris jusque dans « ses verrues ».

Nous l’aimons aussi ce peuple représentatif de la race française, ce peuple qui dans les plus tragiques moments s’est toujours montré à la hauteur des événements, ce peuple qui s’est déchiré dans des luttes religieuses, dans des dissensions politiques, dans •U révolutionnaires, mais qui a gardé toujours une foi invinpi le dans les destinées de la patrie, qui a toujours eu une claire vision de ses devoirs nationaux qui, en un mot, résume à travers une longue et glorieuse histoire, tout l’esprit, tout le charme, toute la bravoure, tout l’héroïsme de la noble race de France.

de septembre 1914; à un moment donné, dans les milieux les plus découragés, avant la volte face subite de von Kluck, on nous a dit de la part de gens bien informés ; Paris ne sera pas défendu ;

. Pans ! Ah, rappelons-nous, pour finir, les heures sombres

Paris est une ville ouverte, nous voulons éviter aux Parisiens les ^

horreurs du bombardement.

je suis convaincu que cette criminellç pensée n’est jamais

entrée dans l’esprit de personne.

Paris, c’est le cerveau, c’est le coe^r, c’est l’âme de la

France. Qui tient Paris tient la France.

Ne soyons' pas Ingrats et puisque nous sommes ici bien tranquilles depuis de longs mois grâce à 1, héroïsme de nos soldats il faut rendre justice à qui la mérite. Il y a un nom que nous devons prononcer avec reconnaissance ; saluons donc au passage le maréchal J offre qui a été un des sauveurs de la France.

Tout à l’heure, M. le Président MIthouard évoquait l’idée

encore bien lointaine de la paix.

La paix avec la victoire, la paix avec 1 honneur et avec la gloire, tous ceux qui sont ici la souhaitent et tous ceux qui ont leurs enfants au front, au danger, la désirent plus que personne, mais ce qu’il faut savoir c’est que nous sommes, nous Parisiens, prêts à tous les sacrifices, que nous sommes prêts à supporter les ennuis, les privations et la gêne, mais que nous voulons lutter jusqu’au bout pour assurer à nos soldats la victoire sans laquelle la vie ne vaudrait plus la peine d être vécue.

Et nos soldats, que nous acclamerons quand ils reviendront, il faudra nous les montrer. Ce sera la récompense de la bonne tenue morale de Pans.

Oui, mon cher Président, vous userez de votre Influence ; il faudra que vous obteniez du Gouvernement que nos troupes victorieuses, non pas en bel uniforme de paix, mais avec leurs habits fripés, délavés par toutes les pluies, rougis par tous les soleils, encore couverts de la boue glorieuse des tranchées, il faudra que vous obteniez que ces soldats défilent dans Pans.

Et alors, je ne sais ce que nous ferons, j’entendais quelqu un , qui disait : il faudra les acclamer.

je ne le pourrais pas.

Crier ! je n’en aurais pas la force.

je crois que quand je les verrai passer, je me mettrai à genoux.

Paris aura droit à cette récompense.

je’ ne déplairai pas au Président du Conseil municipal en lui

disant que si j’étais pour quelques secondes seulement ministre de 1 Intérieur, il est une autre récompense que je donnerais à notre Paris.

Le régime d’excbption et de défiance sous lequel Paris depuis longtemps a vécu doit cesser avec la guerre. Paris doit retrouver toutes ses frarichises et toutes ses libertés parce que Paris les a véritablement bien gagnées.

Je termine sur ces mots : -

Après ces soldats incomparables que nous entourons de tout notre amour, de toute notre vénération, de toute notre adoration, après les cités douloureuses des pays envahis qui souffrent, qui pleurent, qui gémissent sous le joug de l’envahisseur, après les villes martyres comme Reims, Comme Arras qui sont chaque jour broyées par la mitraille ennemie, Paris calme et confiant, brave et laborieux, intrépide et résolu, Paris a bien mérité de la France.

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