‹ L'effort serbe [microform]; la Serbie fidèleChapitre 1 sur 1 · EDITEURS · texte numérisé non relu

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PARIS 7, Plac* Satfd^ulpiu

BARCELONE 35, CeUt del BruA

50(75 le tite : L'Etfort de la France et de ses Alliés» Û /est jondé à Paris, sous la présidence de M. Stéphen Pichon, un Comité de Conférences dont le but est d'expliquer au grand public le persévérant ejjort joumi par les Alliés.

Monter aoec pièces à l'appui que les peuples à qiH la guerre jui imposée et qui luttent pour la liberté du monde sont dignes les uns des autres, jaire comprendre ce quil y a de grand et de beau dans le devoir quils accomplissent, de noble et de profond •dans Vidée qui les mène, tel est le programme du Comité.

En rendarit ainsi ^istice à V héroïsme et à la jidélité de nos caillants compagnons é^armes, le Comité est en étoii de comptai que la France recevra d'eux pareil hommage; aux manifestations organisées dans notre pays' en V honneur des Alliés, succéderont chez eux des conférences qui diront toute la grandeur de V effort français.

Les premières conférences orgar^ées sous le patronage du

Comité ont obtenu, dans les diverses villes où elles jurent jailes, un éclatant succès. Les auditeurs ont, à maintes reprises, exprimé le désir d'en posséder le texte qui n'ojjrira pas moins d'intérêt aux personnes n'ayant pu assbter à ces réunions.

Nous aoons pen^ cependant que nos conférences jormeraient dans leur ensemble une œuvre plus durable, si on leur enlevait la forme oratoire sous laquelle elles jurent d'abord présentées. Nous avons donc prié les conjérenciers de leur donner l'aspect de traités courts et suhkmHels^ aoec diûisions claireê et table des rrHitières.

Nous reproduirons d'ailleurs, en appendice, les documents relatijs à la conférence : proffomme de la séance, allocution du ou des présidents, efc.

Ainsi adaptées, nous espérons que les douze études qui, sous le titre général : L*H<mmiage Français, formeront la prerrHhe série des publications du Comité : L'Effort de la France et de ses Alliés, trouveront auprès de nombreux lecteurs un accueil encourageant et de wUure à ei^flf^r leurs promoAems à en pom^ ssdore le déoeloppetneni»

Pad LABBE,

L'Ef FORT SERBE

Le rempart de la Avairt la guene, on connaissait Chrétienté. ^'^^ T}^}^ ^''t^

amis fidèles qui avaient eu la bonne fortune de vivre dans Tintimité des Serbes avaient deviné, parce qu^iit les en trouvaient dignes, les destiné oui les attendaient. Ils avaient étudié Thistoire de ce peuple héroïque; ils

avaient suivi sa lutte séculaire contre les Turcs et les Autrichiens, ils avaient compris son inébranlable confiance dans une inévitable restaurabum, et sa foi profonde dans la grandeur de la patrie.

Le Turc s'était toujours montré pillard, il avait partout rançonné à merci. L* Austro-Hongrois se servit d'autres armes, et après avoir essayé tour à tour de la menace et de la comq>tion, il tenta, en pleine paixt de ruiner la Serbie. Celle-ci pouvait résister par les armes ; avec ses gorges et ses défilés elle formait une forteresse gigantesque, mais elle était, au point de vue économique, dans un état d'infériorité incontestable. Formée d'un énorme norad de montagnes, nulle part elle n'attei-^ gnait la mer, elle manquait de débwchés, étouffée par les coiitrées voisines qu'habitaient pourtant des populations serbes, mais malheureusement soumises au joug de l'étranger. Ses produits ne pouvaient s'écouler à son gré; toute sa vie intérieure était gênée, TAutriche foma^ les frontières de la Save et du Lknube selon les cafmces ou les intâfte de sa pditique. Par les Portes de Fer les transports étaient onéreux, et la Hongrie, maîtresse du canal, y avait établi des droits très lourds pour les peuples riverains. Seule une entente avec le gouvernement 6e Françoii-Josi^ pouvait faciliter le a»miace sobe, mus il eût tallu consentir, en échange d'avantages économiques, à des compensations honteuses, renoncer à des droits anciens, admettre des prétentions contraires à la vérité, renier le passé et com-

promettre Tavenir ! C'était leur hcmneur même que les Serbes auraient été forcés d'engager.

Bien rares étaient les Européens qui comprenaient ces choses et qui accordaient à la Serbie toute la reconnaissance qu'elle méritait. Ces fiers montagnards, en effet, qu*assiégaient, pour ainsi dire, de toute part les gens de la plaine, ont lutté pendant

des siècles pour sauver l'Europe des envahisseurs. Ils ont fait du fouillis de chaînes de montagnes où ils habitent, le rempart de la chrétienté contre les Turcs, puis l'obstacle fermant aux Germains la route tant cherchée vers l'Orient. Us doivent les grandes qualités que chacun leur reconnaît aujourd'hui, bravoure, ténacité, fidélité au passé, esprit de sacrifice, amour de ia liberté, mépris de la mort, aux épreuves qu'ils ont supportées pendant des siècles avec tant de vaillance» ainsi qu'à la situaticm géographique même de leiur pays.

Ce pays est d'une singulière beauté, il ressemble à l'âme des hommes qui l'habitent. 11 s'en émane une force profonde de duurme et de séducticm. Aucun de ceux qui sont passés par la Serbie n'y a pu échapper: diplomates, savants» voyageurs ont été très vite et très doucement con':]uis, qu'ils aient vécu dans Belgrade dont la fière citadelle et les clochetons élancés se dressaient fièrenmt à la fronti^e même du pays et se rtt»^ traieat de si loin axame une pr<Hnesse et une espérance aux Serbes soumis de Hongrie, soit qu'ils aient parcouru les vil-* lages où les jolies paysannes, dont les yeux bien francs disaient le bon cœur et l'honnêteté, venaient, vêtues du corsage noir, du tablier brodé et de la chemisette ornée d'iuurmonieux des^ sttis, Q^ir des pinmito rouges et des raisins dcnrésé Peu dém<Mi^atif , le S^be ne se livre pas vite, tout chez lui se passe en dedans, au fond du cœur, mais lorsque sa confiance est gagnée, il se donne complètement et pour toujours, il est fidèle à l'amitié comme il l'a été toujours à sa patrie» à ses rêves, à ses espérances. Compaxé à l'Austfo^Hcn^ois, c!est lui qui représente le progrès, au point de vue moral et social à la fois. Il sait ce qu'il veut, il sait ce qu'il doit, et ce qui est plus rare encore» pour réaliser l'avenir, il a su attendre I

Le culte de Sur les excellentes routes qui

- . mènent de Chablats à Valievo, de

la terre- Negotine à Tchoupria. de Niche à

Stoudenltza, ou qui traversent ia féconde Choumadia, la riche région de Smederevo, les défilés de Pirot ou de Vrania, dans ces merveilleux paysages faits à souhait pour le plaisir des yeux, que la guerre et la barbarie des hommes viennent de parsemer de ruines et de désastres, ce qui frappait tout d'alxMrd, c'était Thonnêteté de la terre et l'honnêteté des hommes qui la cultivaient. La terre serbe est généreuse et douce; elle comprend l'amour et le respect qu'a pour elle le paysan. Elle le récompense amplement de ses peines. Chaque cultivateur se dit avec fierté gentilhomme, il pense avec raison qu'il {pratique le plus beau des métiers eî qu'on s^emioblit toujours en travaillant le sol sacré de ia paUie.

Partout, aux immenses champs de maïs et de blé dont la masse d'or ondule lentement jusqu'à l'horizon et dcmt les épis abritent de leur ombre hospitalière de-, courges, des haricots et des potirons, succèdent de vastes pruneraies dont les fruits, exportés au loin, font la ridiesse des paysans. Pourtant les grandes fortunes sont rares; nous sommes dans un pays de petite propriété. Protégé par une loi très humaine, chacun a 8<» lopin de terre, sa naaison dont pas un créancier ne pourrait le diasser, et nulle part, à travers les campagnes, on ne peut, à part quelques tziganes, rencontrer de mendiants.

Pourtant on aperçoit parfois des installations très importantes: elles sont Tapanage de toute une famille depuis plusieurs générations; l'héritage paternel, non partagé, est resté en commun, augmenté par des acquisitions nouvelles: ainsi se sont formées ces grandes « zadrougué » qu*on a décrit si souvent et qui donnent un caractère si original aux villages des pays serbes. Ces communautés familiales comprennent parfois jusqu à soixante persoimes que dirige tantôt le plus âgé, tantôt le ^ospoJor choisi par tous les membres oui composent Tassociaticm. Il est vrai qu*elles sont moins nombreuses qu'autrefois et que la propriété individuelle succède peu à peu et trop brusquement, peut-être, à la propriété collective.

Le paysan, chose rare dans tant d*autres pays, moakm ii& grand respect pour celui qui sait: dès qu*un enfant a des «fii^ positions pour apprendre, quelque pauvre qu'il soit, 11 trouvera toujours, grâce à un plus riche, les moyens de terminer ses

L'£FFORT SËRBË

études, d'abord à l'école, ensuite au gymnase, puis à l'Uni^ verslté, parfois même à l'étranger. Beaucoup des hommes qui

ont occupé les plus hauts emplois de leur pays sont arrivés au pouvoir avec l'aide de ceux qui avaient deviné les qualités dont ils étaient doués, et grâce à leur travail et à leur intelligence.

Partout l'hospitalité est charmante: on est conquis par la bonne grâce et la sin^licité de l'accueil reçu et la façon de d<mner ajoute une inc<«iq)arable valeur à tout ce qui est offert. Toujours l'étranger est le bienvenu, mais nul plus que le français; c'est vers lui que le Serbe se sent le plus attiré; il n'oublie pas que les grandes idées de liberté lui sont venues de France et que le merveilleux effort contre le joug des Turcs est né des principes mêmes de la révolution française. On connut notre histoire, on lit nos livres, on joue nos pièces, et on suit nos débats ardemment. Dans les plus petites villes, parfois dans de simples villages, on trouve des femmes qui, toutes seules, <mt api»is le français et qui le parlent couramment. Le mouvement de propagation de notre langue était général ayant la guerre, et depuis quelques années, le» jeunes gens qui se présentaient au baccalauréat lui donnaient une préférence marquée sur l'allemand; plus d'une fois le gouvernement serbe — M. Milovanovitch, le regretté ministre des Affaires étrangères s'en était occupé — a demandé à la France de fonder à Belgrade des gymnases français. Il est juste ici, de rendre kanmage aux deux hommes qui ont contribué le plus à ce moinrement, à M. Descos, ministre plénipotentiaire, et à M. Gravier, le lecteur de français à l'Université de Belgrade qui, après avoir fait si bonne besc^e en Serbie, est mort vaillamment ^vant Carency.

Le culte du passé, Le VidoTdan et Kossovo.

Au culte d<î la terre s'ajoute le culte du passé. On ne va pas chercher dans ce passé très sombre des raiscms de oécouragement, on y trouve, au contraire, des leçons d'énergie; on y entend ce que dit l'histoire; on constate que jadis, la Serbie, rempart de la chrétienté contre les invasions turques, fut une grande nation, que ses droits à l'indépendance sont déjà très anciens et qu'elle ne réclame aujourd'hui que ce

qui lui a appartenu jadis ; on communie avec les héros, on rêve aux revanches espérées. Avant ces années de guerres incessantes et d'épidémies tenibles, tous les enfants savaient que la Serbie avait été vaincue à Kossovo, mais que l'avenir qui appartient à ceux qui osent, devait lui r^idre un jour tous les temtoires perdus.

Le 28 juin est le jour de la fête nationale serbe, qui n'est pas seulement célébrée dans la Serbie indépendante, mais dtfns tous les pays où vivent des Serbes. C'est \e Vidoodan, jour du présage, de l'espoir indéracinable, de la juste revanche. Le malheur épure les grands peuples, ainsi que les grandes âmes : chose surprenante, bien belle aussi, ce que les Serbes glorifient depuis des siècles, dans un même amour pour la patrie, en Bosnie comme au Monténégro, en Serbie comine en Croatie, dans le Banat comme en Macédoine, c'est l'anniversaire de la grande défaite qui, en 1389. a entraîné pourtant après elle tant de deuils et de souffrances, tant de misères et de tortures, et ce qui est pire que tout pour un yougoslave, le plus dui des esclavages.

C'est qu'à Kossovo, le courage n*avait jamais faibli, l'honneur était resté sauf et il appartenait aux générations future» de rendre hommage chaque année aux héros dont le satt avait été si malheureux qu'ils avalent préféré la mort à la perte de la liberté. Si complète, si cruelle qu'avait été la défaite, elle n'avait pas réussi à tuer l'espérance. Les fenunes et les vieillards savaient qu'il fallait dire aux enfants qu'ils devaient venger leurs frères, les moines poursuivai«it dans leurs moiiastèies une tâche nationale et, grâce à leur enseignement opiniâtre, grâce à l'influence des savants et des lettrés de Doubrovnik (Raguse), l'idée nationale restait toujours vivante. Dans le peuple elle se coniondait avec la fidélité à la religion orthodoxe. Les cœurs ont ainsi conservé, immortels articles de foi, la fidélité au passé, le respect de leur race féconde, la foi dans la revcinche, lente à venir, inévitable pourtant, quand chaam la i»épare en silonce et que tous sont décidés à la réaliser l'heure venue, n'importe à quel prix.

Poètes entre tous les slaves, les Serbes se souviennent qu'ils ont toujours marché au OHnbat entraînés par les^ bardes qui leur chantaient des dbansons guerrières. Les vieillards répétaient aux enfants les épopées héroïques et les légendes populaires. Les beaux vers toujours ont provoqué les grandes

actions. Hier encore, dans la blanche maison du paysan, on voyait au mur la guzla des vieux trouvères, et chacun savait pai ceeur les vers cbi poète lovanovitch, où les tombeaux des ancê* tares parlent aux hommes d'aujourd'hui et leur dictent leut devoir avec tant d'éloquence et de simplicité.

Là où je me suis arrêté tu poursuivras. Ce que je n*ai pu (aire, tu le feras. Où je n'ai pas su arriver tu aniveras.

Ce que j'ai commencé tu l'achèveras.

Ce que nous devons tu Tacquitteras.

Dans ces vers nous trouvons tous les grands principes, toutes les nobles idées qui ont fait agir les Serbes: jamais chez eux oa n'avait à prononcer le mot devoir: il était gravé à jamais dans

le cœur des enfants.

L'annexion de Jusqu*en 1906, les Serbes tara-

la Bosnie. vaillaient en silence: c*ert âu môM

d'octobre de cette même année

qu'ils comprirent que les temps étalent révolus et que les grandes épreuves étaient réservées aux grands courages. Brutalement, r Autriche-Hongrie avait annexé la Bosnie-Herzégovine et les journaux de Vienne avaient Lmiyamment célébré ce fait comme une victoire remportée par les armes : ils nous ont habitués, depuis, à bien d'autres Impudences ! 11 y eut dans les rues de Belgrade une manifestation presque silencieuse, îflmense* grandiose dans sa simplicité; partout, dans les villes où je passait de Kragouievats à Belgrade» j'ai con«taté un calme absolu et la résoluticm de vaincre ou de mourir u la patrie le demandait.

Tout ce que racontèrent alors les joufnauK de Vienne et de Budapest ne fut que mensonge: il n'y eut ni carreaux cassés à

la légation d'Autriche, ni cris séditieux, mais une dignité merveilleuse de calme et de force. De l'autre côté de la Save, au contraire, je ne vis entre Semlin et Zagreb (Agram) que régiments sur pied de gume, que rivières et p<»ts gardés. D'un côté, on provoquait ouvertement; de l'autre, courageusement, on attendait. L'annexion de la Bosnie-Herzégovine fut pour les 3erbes ce que fut pour la France le coup d'Agadir, Elle

prouva aux hommes d'Etat que le danger menaçait la frontière, elle leur permit de voir une réalité prochaine dans les rêves dont les populations serbes s'étaient si longte^^>s bercées. Le traité de Berlin était violé par TAutriche; ils en appelèrent à l'Europe, mais devant la menace d'une guerre générale, la Russie céda à son amour de la paix. M. Milovanovitch, en écoutant les bons conseils, se monira sage et prudent, mais tous les Serbes avaient compris l'avertissement: il fallait se préparer aux luttes prodiaines, Tennemi n'en resterait pas là, çt la Serbie avait- senti battre à l'unisson du tien le cœur de la Russie, de la France et de l'Angietenre.

La guerre des Un pays où le devoir à acc<Niipiii

Balilans. — LrC grande chose devait vaincre

X • i^ï ^^^^ ''^ guerre des Balkans. Au

veto autrichien. g,^,,j étonnement des dipiomates de

L'opinion après presque tous les pays, que certains la guerre. consuls avaient pourtant en vain ren-

seignés, Serbes, Bulgares, Grecs, Monténégrins, surent mener à bien la coalition qu'ils avaient formée^ contre les T urcs qui furent bientôt définitivement battus. L'union baikanique était victorieuse. Les Serbes rivalisèrent avec les Bulgares d'enthousiasme et de courage, ils donnèrent même plus que la collaboration demandée. Ils avaient promis 150.000 hommes, ils en envoyèrent 300.000. Plus d'une fois^ ils firent ce qui aurait dû être accompli par les Grecs et c'est grâce aux canons de campagne fournis par le roi Pîerre, qu'Andrinople tomba au pouvoir des Bulgares. Ce stmt, d'ailleurs, ces mênies canons que Ferdinand ne voulait plus rendre quelques mois après.

On sait comment l'Autriche, qui haïssait la Serbie pour tout le mal qu'elle voulait lui faire et pour la peur qu'elle eh avait, empêcha, par son veto celle-ci d'aller jusqu'à l'Adria tique chercher le port indispensable à sa vie économique et comment la Serbie fut amenée, en constatant combien sa part était amoindrie, à demander à la Bulgarie une légitime compensation. A Sofia, on fit la sourde oreille, le gouvernement se montra insolent et agressif et fit attaquer traîtreusement 1 alliée de la veille. Ferdinand, poussé par les Autrichiens, entraîna le parti militaire qui obéissait, lui aussi, à de sourdes

Rus-

menées germaniques. Dès ce jour, la trahison envers la ûe était accomplie : on ne le compnl pas a 1^ etiograd.

La Bulgarie fut battue comme elle le méritait; elle aurait été écrasiS complètement si le général Putnik et le gouverneils cédèrent à un mouvement généreux, car ils gardaient peutêtre l'espoir d'une réconciliation future La berbie y ga|?ia plus de territoires qu'elle ne l'avait espéré. Rien pourtant, sans doute, n'était définitif et en 1913 même, quand ] ai cause, a Belgrade, avec les hommes d'Etat serbes tous me parurent désireux d'une entente prochaine avec la Bulgarie; il fallait laissa aux rancunes le temps de s'apaiser et attendre que les esprits pussent juger plus sainement. Pour eux 1 ennemi naturel était à l'ouest et l'intérêt de leur pays était de reformer, même au prix de certains sacrifices, pour le bien des peuples qui l'avaient signée, l'union balkanique.

J'ai visité alors une partie des pays délivrés^ du joug des Turcs: Koumanovo, Skoplie, Prichtina. partout j ai constate le désir, le besoin de la paix; on voulait renchre aux Serbes deli- • vrés la vie plus douce et plus facile, fertiliser les terres con- «uises, et respecter les droits de ceux des Turcs qui étaient devenus les sujets de la Serbie.

L'effort de la victoire serbe fut considérable dans tous les pays soumis à l'Autriche. Pour tous les Serbes libres ou soumis, Kumanovo avait été la revanche de iCossovo et on rêvait, a Belgrade, d'organiser un grand pèlerinage et de convoquer sur les champs de bataille que, jadis, avait désolés la défaite, tous les amis fidèles de la Serbie.

Malgré la guerre et les épidémies, la terre serbe avait été cultivée, les courageuses paysannes avaient travaillé aussi bien qu'auraient fait les hommes s'ils avaient été là. Cependant, dans les villes et dans les campagnes, quand on parlait de l'Autriche, on sentait qu'à elle, on ne voulait, on ne pouvait rien pardonner. Le rêve avait été trop beau et trop prêt d être réalisé, on avait été trop cruellement déçu: si elle att»]uait un jour, me disait-on, les fusils partiraient tout seuls. Ori ne la craignait pas, François-Joseph n'a jamais connu que la défaite; et une paysanne qui avait été très éprouvée pendant la guerre balkanique se montrait, devant moi, prête, s il le fallait, a de

disait un mot admirable dans sa

simplicité qui prouvait combien le peuple, malgré son désir de vivre en paix, était prêt au devoir: « Qu'importe les feuilles et les branches qui tombent, pourvu, que l'arbre reste debout. »

C'est à la fin du mois d'octobre 1913 que j'eus, avec le roi de Serbie, un entretien inoubliable. J'avais eu l'honneur déjà, d'être reçu plusieurs fois par lui dans ce Konak ruiné ihaintenant, qui dominait la ville. Pierre I" avait vieilli, ce n'était plus le bel officier qui portait avec tant d'élégance l'uniforme gris-perle, il s'appuyait sur une canne et marchait courbé, à petits pas, mais dès qu'il parlait on reconnaissait celui oui a su se montrer bon français. Parmi tous les roîs^ du inonde, nul n'est plus digne de porter notre Légion d'Honneur, il l'a gagnée en 1870 sur le champ de bataille en combattant pour nous contre les Allemands.

(( Vous avez vu, me dit-il, les terres lib^ées, c'est imûntenant l'heure du travail, de la paix et du recueillement; mais vous avez vu aussi ce que peuvent faire les Serbes et quels vaillants soldats, le jour où elle aura la guene avec l'Allemagne, je pourrai mettre au service de la France, m

Neuf mois après, c'était la France qui se levait tout entière pour sauver la Serbie.

1914 : l'année L'Autriche qui, depuis le traité

victorieuse. Bucarest, n'avait cessé de fomen-

ter contre les Serbes des ^roubles en Albanie, prit comme prétexte l'assassinat de Sarajevo sur lequel toute la vérité n'est c^tes pas c<Muuie. Le comte Berchtold rendit responsable le gouvernement serbe et annonça publiquement que, sur ce sujet, 11 n'admettait aucune discussion. Chacun connaît la suite, les exigences odieuses formulées, la sage soumission de la Serbie, la rupture insolente et préméditée, alors que toutes les cooiditicms étaient acceptées, le rôle prépondérant de l'Allemagne, les premières victoires s«rbes, Belgrade bombardée pendant quatre mois, avant que les Autrichiens n'y puissent entrer.

Le inonde entier avait reconnu que le gouvonemoait de

M. Pachitch était allé jusqu'à la limite des concessions possibles. Les Serbes avaient accueilli la déclaration de guerre avec calme et courage. Il fallait accepter l'inévitable. Les temps

étaient enfim révolus. Chacun répondit à l'appel de la patrie. U n*y caH aucune manifestation bruyante, aucune forfanterie. On savait que la tâche serait dure, que seuls les Monténégrins

marcheraient, que les Bulgares étaient hostiles et que si Ton pouvait compter sur M. Venizelos, il fallait se défier du roi G)^tantin. Pourtant ce qu'avaient prévu depuis longtemps des hommes d'Etat et des publicistes seroes se réalisa: la conflagration devint générale. L'Allemagne voulait la gu«re cl il est évident, d'après les livres et les documents diplomatiques publiés, qu'au dernier moment elle ne permit pas à l'Autriche-H<Hi|prie d'hésiter.

Pour la première fois, il y eut une démonstration à Belgrade, des cris retentirent devant les légations: Vive la France, Vive la Russie, Vive l'Angleterre, lorsque les nations les plus généreuses se levèrent pour soutenir contre la barbarie, la cause de la justice et de la vérité.

Après les défaites du Tser, du iadar et de Chabats, les broupes autrichiennes revinrent [dus acharnées et plus nombreuses; les Serbes durent se replier: le pays était envahi, débordé du côté de la Save et de la Drina. Les journaux ennemis chantaient déjà victoire, la Serbie allait succomber ! Seuls ceux qui la connaissaient conservaient espoir et confiance; ils voyaient dans le recul l'exécution d'un vieux plan depuis longtemps décidé. Les soldats cherchaient l'endroit favorable d'où ils prendraient magnifiquement leur élan.

Le vieux roi Pierre, malade, avait dû céder la régence à son fils; devant le chmger, il quitta la ville d'eaux où il vivait et se fit conduire sur le f«Mit; là, un drapeau à la main :

« Soldats, c'est le vieux roi qui vient mourir avec vous; s'il en est parmi vous qui ai^ peur, qu'ils s'en aillent. »

Persoime ne partit, ce furent les Autrichiens qui eurent peur et qui se sauvèrent bien vite: fidèles à tout leur passé, les Serbes avaient livré une bataille sans merci; l'ennemi fut complètement défait et, dans sa fuite éperdue, il abandonna blessés, munitions, canons, fusils, drapeaux. Ce fut pour l'armée du général Putnik un butin magnifique.

Le 1 5 décembre , pendant que les Serbes achevaient de jeter les Autrichiens dans la Save, au bruit des canons qui sonnaient U victoire, le Roi rentra à Belgrade, sa ville blanche, longe mamteaant de tout le sang veiné; il se fit conduire

d*abord à la cathédrale dont on dut forcer les portes pour qu'il puisse v faire son acticm de grâces; puis^ il te fendit au KoBak; sur la porte de ce palais royal, étaîeiiA inscrks ce» simples mots: (( Demander la clé au capitaine autrichira ». Le

capitaine était bien loin, parmi les morts peut-être. On enfonça la porte» un soldat grimpa aux fenêtres, arracha le pavillon cauieiitt qui y pendait encore et le vieux roi rentra chez lui foulant sous ses pieds le ckapeau de Fiançoivjos^ih.

L'armée serbe avait fait 64.000 prisonniers: la plupart sont aujourd'hui en Italie où ils ont été expédiés avant la retraite; lés autres étaie^ morte de leurs blessœes ou de maladies.

Hélas, dans les pays envahis, les villes martyres avaient été nombreuses, les maisons avaient été brûlées, les églises profanées, Chabate, le petit P«ris wahe, comme on aimait à l'appeler, était en ruines; Loznitsa, si jolie avec sa gracieuse église, n'existait plus; Kovllatcha, la verdoyante ville d'eaux au bord de la Drina, n'était plus que cendres; Valiévo, aux environs si joliment aménagés, avait aussi grandement soufiert ainsi que les admirid>le8 villages de la région, Chtitar, Novo Selo et tant d'autres qui ^iait peair^se les pli» florusanto de toute la Serbie.

Le déshonneur Mais les hordes sauvages avaient

de l'Août riclie« ^^"^ encore: ils ne s'étaient pas

. contentés de brûler et de piller, ils

rtongne. s*étaicnt attaqués aux persormes et

avaient commis les crimes les plus> effroyables. On constata bien vite, en effet, que les cruautés les plus odieuses avaient été exercées; jamais peut-être on n avait vu pires abominations; le professeur Reiss, de Lausamie en a dormé la liste très lon^pie et pourtant il n*a pas pu tmit voir. On n*eut de pitié pour persxmne; les Aidridûens réservèœnt à la population civile les plus terribles supplices; cm tua, — c'est le professeur Reiss qui donne cette sinistre liste dans une brochure qui comprend à la fois des documents )ÇC des photogra^ies ^ à coups de fusils, de bai<mnettes, de couteaux, de crosses, de bâtons; on lajMda, on dépeça, on pendit, cm brûla, on entora vivant; on creva des yeux, on coupa des nez, des oreilles, des seins, et je passe sous silence

encore plii« infanmot*. M. Reias, pour £aiie

l'effort SERBIE

son enquête» ne 8*eit pas contenté cl*entendre des témoini oculaires, il a interrogé les ^sonniers autrichiens, il a ouvMt dm tombes, examiné des morts et des blessés. Les bourreaux n*avaient eu de respect ni pour le sexe, ni pour l'âge, souvent B&ne des enfants, des femmes et des vieillards furent mutilés avant d*être mis à mort et le professeur de liiiisanne cite le cas d*un bébé que les Autrichiens firent manger par des cochons 1

11 y eut, d'ailleurs, mie {Mt^>aration systématique des massacres. On possède un document qui dcnme a les direcdons pour

la conduite à suivre vis-à-vis de la population serbe ». Ce document éname du K. u. K. G. Korps Kommando. On y déclare qu*envers les Serbes « toute humanité, toute bonté de cœm sont déplacées et même nuisibles » ; cm y prescrit (c la plus grande dureté et la plus grande rigueur »• On ne doit plni sonner les cloches et la messe doit être dite en plein air en présence d'un peloton de soldats toujours prêts à tirer. « Tout biJ>itant rencontré en dehors des localités doit être considéré , comme membre d'une bande qui a caché ses ariMs» on exécutera ces gens s'ils paraissent tant soit peu douteux. »

On a conservé des exemplaires de ce document abominable et qui déshonoie TAutiic^ et la Hongrie. L'histoire le ji^^era bientôt.

1915: Tannée du La Seribie était pourtant délityphus, desBul- ï'^^i l'^^P^i^ .s^"^»}!^^^ partout re-

tyiMsuo» ^enuï, mais hélas, le typhus éclata,

gares et de 1 exil, accompagné de multiples épidémies:

cholàra» diphtâne» «te. Les maladies furent plus terribles encore que la guerre, oxnme l'avait été le choléra qui succéda à celle des Balkans; la moitié des médecins moururent; tout le pays fut ravagé: 70 et même 80 0/0 de ceux que le fléau avait atteints succombèrent. C'est alors que, de tous les pays alliés, et même des pays neutres, du monde entier, un merveilleux acte de charité fut accompli. Méprisant tous les dangers, des missions sanitaires furent envoyées; la nôtre s'acquitta très noblement de sa tâche • Rien ne peut donner une idée des horribles choses ^ui se passèrent dans tout le pays: oa verrait des gens qui tondraient et moinaieitf dans les «es. Dans les inîlles, pas «ne maison sans drapeau noir et on

L'EFFOBT SERBE

raconte qu'à Uskub, les prèbes des cultes divas veruutent le matin au cimetière, ils priaient pour tous les morts qa[on appcr<-

tait ; à gauche, à droite, devant eux, derrière eaoL s*alignai«it des cercueils. Parfois on voyait, m'a déclaré un témoin qui ai^Murtenait à la Légation de France, des choses émouvantes, une femme qui sortait pow soulager un mourant, un [xètre qui s'arrêtait, risquant sa vie poôr b^ir im nrart, des cadavres bn* ' bés en tas, ceux d'une famille tout entière! C'est à Nidie qu'un jour, en pleine épidémie, celui qui m'a raconté toutes ces choses, vit un soldat à cheval s'anêter devant la maison ea face la sienne. Deux femmes en sortirent. L'officier qui montait jadis ce cheval avait été tué sur le champ de bataille et son brosseur l'amenait devant la femme et la m^ du mort. Celles-ci embrassèrent pieusement le cheval en pleurant et le soldat le lançant au galop l'emmena^ sans se retourner, pour des omJbats nouveaux.

Cependant, dans ces jours de deuil et d'épouvante, médecins, infirmiers, infirmières luttèrent sans trêve contre le mal; beaucoup y succombèrent, mais le typhus enfin, à son tour fut vaincu; la sdoice ren^xnta sur le mal et la iMrtalité diminua. Les Serbes affaiblis, décimés, purent croire enfin qu*ili avaient terminé leur calvaire, mais hélas, pour achever son calvaire, il faut monter jusqu*à la croix.

Les Allemands voulaient une revandse: il fallait ausu tm-* verser les Balkans et aller à Constantînople. Ils se joignirent aux Austro-Hongrois et ils soudoyèrent le roi félon qui règne en Bulgarie. Les Bulgares nont pas, comme les Serbes, l'honneur d avoir à leur t^ un roi national, dont le sang est cebi des héros qui ont fondé Tindépendance. Fercfinand n*est qu*un roi d'occasion, âme de valet dès que parle Guillaume II. Les honunes d'Etat qui l'entourent sont bien dignes de servir un tel maître; pour tWL — c*est M. Xénopol qui le disait publiquement en décendbre dernier, au Panonmit roumain* et ncfl ne protesta — la trahison est un dogme et le mensonge une méthode de gouvernement . Parlementaires , publicistes , tous suivirent le gouvernement et on vit le peuple bulgare tout entier, qui doit tout à la Rusde, marcher avec nos ennonis et un écrivain de Sofia salua pomprasraaent Talliance des peuples hères* C'est ainsi qu'il appelait les Bulgares, les Turcs dt les Hongrois I

Nous avions powlant fut pieuve vU4^ de Sofia d^une

16 l'bffort serbe

toléranœ presque inexcusable. Des diploau^ de l'Entente, ainsi que des amis des Bulgares, poussaient les Swbes à laire

quelques sacrifices, on osait même offrir à Ferdinand des territoires possédés par les Serbes en échange d'une simple et bienveillante neutralité. Seul un roi félon pouvait trahir les intérêts vitmix de son peuple, mais Ferdinand ne connaît que. ses rancunes et ses haines. Puisqu'il a si bonne mémoire, se rappelle-t-il le jour où, ayant pris le nom de tsar, il fit une entrée solermelle dans sa capitale? J'étais là: sans les deux piqueurs qui tenaient son cheval en main, il faillit faire la plus ^teuse <KS culbutes; la route qu*il suit maiiAenant est dIus glissante encore que les pavés de Sofia et au premi^ lam pas dans la boue et le sang, il ne trouvera pas un laquais pour le soutenir et l'empêcher de tomber. Les Bulgares, quoi qu'on en dise, sont nos eimemis, on ne peut les séparer de lui, mais à rheure inévitable ou totis crhnes se paient, ils jugeront le misérable qui les aura perduiS et ne lui pardoimeront pas.

Les Serbes prévi^aicait ce qu'allaient faire leuE« ennemis; ils pensaient même à les prévenir en les attaquant, il semble

bien qu'à Péirograd on les en empêcha; là, on ne croyait pas au danger, on ne voulait pas y croire. Bientôt attaqués sans trêve, ils durent faire face à la fois aux Bulgares, aux Austro- Hongrois et aux Allemands. L*invasion partout. L'ennemi se présente sur la Drina, la Save, le Danube, sur tous les col$ de la montagne. De trois côtés le pays fut envahi. Une nouvelle période de crimes, d'horreurs et de dévastations commença. Les Serbes, pourtant, voulaient encore espérer. Un secours viendrait peut-être; on disait que les Français étaient en marche, Petlitchi, PedUchi, criait-on. Voilà les coqs, ils viennent de Salonîque, et il semblait qu'en effet, tout serait sauvé quand on entendrait chanter le coq gaulois. Hélas, notre détachement était trop faible et trop loin*

La Serbie avait pourtant signé à Bucarest un traité qui, lors d*une attaque bulgare, semblait devoir lui assurer le concours de deux nati<ms voisines. Elle eut coi^> siur coup deux décepti^s cruelles, auxqueUes s^atteodatent pourtant sés meilleurs amis. La Grèce qui, sans elle, n'aurait jamais eu Salonique, trahit simplement la foi jurée. La Roumanie continua à pratiquer une politique de prudence et d'attente. Elle sait déjà pour qui elle prendra parti bientôt. Sa place est à nos côtés et son co^ ne trônera pas le$ nôtres. C'est la pÊ^nm si Bke (fai sang

latin que les scddats de Traîan lui ont apporté. La France et ritalie l'aiment et cooptent sur elle. Elle est racerdée de

toute part, et dans une situation difficile, mais elle entend la voix des Roumains qu'on égorge en Bukovme et en Transylvanie et qui ont cru si souvent voir les troupes venues de Bucarest descendre victorieuses des cols des Carpadies pour réaliser un b^u rêve, la plus grande Roumame.

La retraite ^ si^e de la Serbie commença:

li^oïaue. fallait lutter; on était affaibli par

les maladies, insuffisamment pourvu de munitions, sans communications possibles avec les alliés, écrasé par le nombre. Le monde, que les Serbes ont tant de fois étonné, se draiandait si, dans les Balkans, la guerre allait finir; certes les Serbes ne se rendraient pas, allaient-ils se faire tuer tous? On pensait qu'ils en seraient capables. Ce qu'ils réussirent à faire fut plus grand et plus beau encore. On vit cette chose incomparable, plus grandiose que la plus merveilleuse des épopées, une armée privée de tout qui s*enfuit, abandonnant à Fenneml les femmes, les enfar/îs, les vieillards, la terre même de la patrie, parce qu'elle ne veut pas être prisonnière, qu'elle veut combattre encore, qu'elle a confiance dans Tavenir et que, même mourante, elle croit à la victoire.

Elle partit: le voyage fut épouvantaBle, on se demande même comment il put s'accomplir. 11 y avait trois routes, toutes trois dînes et difficiles, pour traverser les montagnes d'Albanie. L'une, qu*a suivie le prince régent, passait par Loumkoula, et menait à Scutari; la seconde que prit lè Roi, par Dibra, Elbassa, Durazzo; la troisième sur laquelle s'engagèrent les ministres et leur suite, par Diakova, Ipek, Podgoritza.

Le prince régent arriva le premier sur la côte de TAdriati-. que, après avait fait ce tour de force de n'avoir mis que deux jours et demi pour accomplir ce voyage. Le premier pour organiser, il s'embarqua le dernier pour Corfou. 11 fut toujours iievant, lace au dangar:.c*est un Karageorge. Il a su ajouter à MTï nom glorieux entre tous plus de gloire encore qu il n*en portait déjà. Fidèle à sa race et à ses alliés, trois fois il a refusé la paix qu'on lui proposait: lorsqu'il luttait contre le typhus, avant la grande attaque, enfin, ma moment même de la retrmte. Il n*a jamais désespéré. C'est m jeune honmie auqwd

le malheur a àoané la sagesse du vieUlaid et pourtant* nous i^avons tous vu Iots de son séjour à Paris, simple et courageux* i! a gardé le charme et le sourire de la jeunesse, et c'est tout cela qui a séduit Paris.

Quant au vieux roi, il a vaincu la mort elle-même. Faisant à pied son voyage, presque sans escorte, dans la souffrance, au milieu de montagnes, entouré d*emiemis dont pas un n*a osé porter la main «ur Sa Majesté souveraine qui imposait partout le respect et qui passait cranme un drapeau vivant.

Mais ce ne furent pas sailement les chefs qui furent glands et qui souffrirent les pires tortures, Farmée tout entière connut

la faim; il fallait se frayer un chemin dans la neige, gravir des cols escarpés. On arrivait nombreux dans la vallée, puis on trouvait un sentier où il fallait passer lentement un par un. Les plus faibles se couchairat, pour mcMiriré Parfois des rangs oitiers s'écroulaient c<»mne des pans de murs. C'était avec de Tor qu'on payait im petit morceau de pain. Les soldats avançaient ainsi avec des blessés, des vieillards, des femmes, des enfants, pâles, émaciés, comme des spectres et des fantômes qui pourtant marchaient à la victoire ! Comment tous ces héros rat'-ils pu supporter pareille é{Nreuve? Qui leur donnait cette f<Mrce héroïque? Qui leur donnait des ailes, sinon la grande idée du devoir ? Il leur semblait enteidre s'élevant derrière eux, la grande voix de leurs morts, ceux de Kossovo, de Koupianovo, du Tser, de Roudnik, de Belgrade, et cette voix leur intodisait de s'arrêta, elle soutenait les courages, soulevait les cœurs, elle r^était comme un ordre axa. héros de Serbie les paroles du poète:

« Ce que je n*ai pas pu, tu le pourras, a Où je n'ai pas su arriver, tu arriveras, (( Ce que j'ai commencé, tu Tachèveras. »

Qui oserait donc en douter maintenant ? Ce qu'en Serbie ont c<»nlhencé les pères, ce sont les fils qui l'achèveront.

Heureusement pour les soldats serbes, la France veillait, la France était là; c'est elle qui les attendait et qui les secourut; c est elle qui, à Corfou et à Bizerte, réunit et reconstitua leurs régiments, qui reçut les femmes et les vieillards et qui donna rho^italité aux enfants.

Ceux-ci fuar^t des héros comme leurs pères; on sait qu'en quittant Durazzo, un bateau d'enfai^ sobes fut anêté par les

autrichiens et conduit à Cattaro, bien qu'il appartînt à la Qoix* Rouge. On voulut faire descendre les enfants, on leur offrit de la nourriture et des présents, ils organisèrent un référendum et ils décidèrent à Tunanimité de refuser les présents ennemis: l*aîné avait quatorze ans: Ces petits-là, qui seront la grande Serbie de demain, avaient sucé le courage avec le lait de leurs mamans. Comme la France a eu raison d'étendre vers eux ses bras maternels ! rien n'est changé dans nos écoles» les enfants français ont seulement quelques frères de plus.

Us ont trouvé chici nous de douces mains de femmes pour les réchau£Fer s*ils <mt froid, powt essuyer leurs larmes s*îls

pleurent, et au cours de l'exil chez nous, leurs frères d'armes, ils apprendront des choses utiles, qui leur serviront plus tard pour mieux cultiver leurs terres et mieux conduire leurs métiers; ils comprendront que la France et la Serbie sont liées pour toujours et ils verront ce qu'est la femme française, si calomniée à l'étranger, si noble toujours pourtant et si admirable au cours de cette guerre, depuis la vieille qui ne cesse de tricoter et l'infirmière qui risque sa vie au chevet des blessés, jusqu'à la paysanne qui» remplaçant son mari, creuse {urofoodément les sillons d'<kk sordrcmt les moisscMis (mchaines.

Une doii^ coutume a toiqouis existé dans les pays serbes. Lorsque deux amis sont devraus des intimes, ils se jurent solennellement devant le moine et sur l'évangile, amitié fraternelle, en échangeant parfois une goutte de sang; ils deviennent frères d'élection; à l'avenir ils partageront émeuves et joies et l'un ne pourrait épouser la sorar de l'autre. Depuis deux ans, ce sont ' nos deux pays tout entiers, qui se sont donné le baiser qui lie à jamais et qui ont fait échange de leur sang. Jamais on ne vit plus beau et plus sincère pobratimstvo l Et ce sentiment sa:a solide et durable, il n*y aura pas dans l'avenir d'alliées plus sincères que la France et la Serbie, toutes deux fi^es de la tâche accomplie et ayant alors chacune recouvré pour jamais leurs frontières naturelles et délivré leurs frères opprimés. Chacune d'elles avait son Alsace-Lorraine à reprendre et leur ennmi pcMrtait le même nc»n et s'iq^>elait l'Allemand 1

Lr'espoir Indéra- Comme l'année 1915 a fini triscmable- tement ! jadis au bord du Danube,

les années se terminaient joyeuses:

h fête de Noël serbe qui vient treize jours aj^ès la nôtre, était si joliment célébrée I Cette année il n'y avait plus de james gens pour aller chercher dans la forêt voisine la bûche populaire, le Bûdniali vénéré que chaque père de famille attendait, debout devant sa porte, un cierge à la main, tandis que sa femme, un grand van de f^mière dans les bras, jetait partout des céréales pour prouver que, avec la bûdie, c'étaient le bonheui: el la richesse qui entraient dans la maison.

Des vieillards sont allés religieusement, certainement, couper, le soir, à tâtons, quelque arbre dans les champs; ils

1 ont allumé, selon la coutume avec un charbon gardé des fêtes passées; puis des amis sont venus; il n'y avait pas de festin préparé, c'était partout la imsère, mais ils ont attisé tour à tour le feu, car les étincelles qui s*en échappent sont, dit-on, déjà autant de promesses, d'e^irs et de joies réalisées; et à travers la flamme, ils ont cru voir la fin de leurs tortures, la patrie délivrée, la terre bienfaisante, les maisons reconstruites, la terre plus fertile grâce au sang très pur qui Taura fécondée et ils ont rêvé au prochain Noël, un beau Noël celui-là, où les femmes et les vieillards prendront les petits sur leurs genoux pour leur raconter la grande épopée serbe, pour leur dire que leurs pères sont morts parce qu'ils voulaient que leurs fils soient libres et que la patrie soit complète, parce qu'en Serbie on fait passer Thoiineur avant toutl

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