‹ L'église abbatiale de Saint-Denis et ses tombeaux; notice historique et archéologiqueChapitre 36 sur 42 · Henri II et Catherine de Médicis. — Le · texte numérisé non relu

Henri II et Catherine de Médicis. — Le

grand tombeau de Henri II et Catherine de Médicis ne s'élevait pas seul à l'intérieur de la chapelle des Valois. Deux statues de marbre représentant le Roi et la Reine, revêtus de leurs habits royaux, reposant sur des lits de bronze, étaient placées dans la principale chapelle de Notre-Dame de la Rotonde, dont les autels devaient s'orner de plusieurs sculptures religieuses.

Germain Pilon reçut la commande de tailler ces nouvelles a effigies » en i583, au moment où les travaux de construction de la chapelle furent repris avec activité. A la mort du grand sculpteur en i5()0, les deux statues, bien qu'achevées, étaient restées dans son atelier à Paris et il fallut un arrêt du Parlement pour contraindre sa veuve à les livrer, elles furent alors apportées dans la Rotonde de Saint-Denis.

Ces deux statues sont d'un admirable travail, dont la

LES TOMBEAUX

minutie n'amoindrit pas la grandeur. Tous les détails des somptueux costumes — qui sont ceux du sacre — les bijoux qui les surchargent, sont traités avec une perfection extraordinaire, avec une scrupuleuse exactitude. Les têtes sont des portraits d'un puissant réalisme ; il est curieux de comparer la Catherine de Médicis représentée ici vieillie, le visage bouffi et alourdi par l'âge, avec l'effigie jeune et gracieuse qui repose allongée dans l'ombre du tombeau.

Les deux marbres étaient autrefois supportés par des lits de bronze dorés, ornés des chiffres royaux et d'un semis de fleurs de lis, ces bronzes furent fondus à la Révolution, ceux qui existent actuellement sont des restitutions très heureuses faites d'après les dessins anciens sous la direction de Viollet-le-Duc.

71. — Monument du cœur de François II (f i56o). — Le jeune François II mourut à Orléans le 5 décembre i56o; le monument contenant la sépulture de son cœur, primitivement destiné à Orléans même, fut plus tard érigé dans la chapelle du couvent des Célestins de Paris qui contenait déjà le cœur de Henri II.

Un piédestal triangulaire de marbre blanc, surmonté d'un entablement de marbre noir, porte une colonne de marbre blanc. Aux trois faces du piédestal une inscription gravée est encadrée d'un cartouche de porphyre orné de deux têtes, aux angles en pans coupés sont des attributs funèbres et des fleurs de lys. Sur l'entablement

i6o L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE SAINT-DENIS.

sont posés trois petits génies funéraires en marbre blanc, légèrement drapés et tenant des torches renversées. Le fût de la colonne est orné de flammes, allusion à la colonne de feu qui éclairait les Hébreux, symbole du zèle ardent du roi pour la religion catholique. En haut de la colonne,, le chapiteau supportait un vase de métal contenant le cœur, au-dessus duquel un enfant tenait une couronne royale; ce groupe a été fondu à la Révolution.

L'histoire de ce monument, d'importance artistique secondaire, est fort compliquée, car sa disposition première, œuvre du Primatice, ordonnée vers i563, fut changée dans la suite. Les figures d'enfants commandées à Jérôme Délia Robbia ne furent pas exécutées, la statue allégorique de « l'Histoire » ou de la « Renommée » par Frémin Roussel fut mise à l'écart (elle se retrouve aujourd'hui au Musée du Louvre); on se servit simplement pour orner la colonne de trois des seize génies funéraires qui avaient été exécutés autrefois pour le tombeau de François Ier par Germain Pilon et Ponce Jacquio et avaient été laissés en magasin; il y a des probabilités pour que les trois enfants choisis et que nous voyons aujourd'hui à Saint-Denis soient l'œuvre de Ponce Jacquio. Le sculpteur Jean Le Roux dit Picart fut l'auteur du piédestal de la colonne; il avait modelé également le groupe qui la surmontait.

72. — Monuments du cœur de Henri III (f i58q). — A la pile nord-ouest de la croisée du transept est

LES TOMBEAUX

adossé un bas-relief en albâtre, représentant deux anges qui s'appuient contre un cœur de marbre noir sur lequel est gravée une inscription latine. Devant ce bas-relief se dresse une colonne torse en marbre campan-isabelle, décorée de lierres, de fleurs de lis, de couronnes et d'initiales.

Ces deux monuments ont été consacrés successivement à la mémoire de Henri III, dans l'église collégiale de Saint-Cloud où avait été déposé son cœur après l'assassinat de 1589, tandis que son corps était emmené à Compiègne d'où il ne fut rapporté à Saint-Denis qu'en 16 10.

Le bas -relief, dont la sculpture a été attribuée sans preuve à Barthélémy Prieur et rappelle le style de l'atelier de Germain Pilon, fut édifié en 1 par les soins de Charles Benoise, ancien secrétaire intime du roi et maître des comptes.

Le second monument, beaucoup plus fastueux, fut élevé plus tard dans le même lieu, par l'ordre d'un autre familier et favori du roi Henri III, le duc d'Epernon, qui le commanda à son architecte et sculpteur Jean Pageot. La colonne fut exécutée à Cadillac de i633 à i635. Le type en était emprunté aux monuments des cœurs de François II et du Connétable de Montmorency. Au-dessus de la colonne était placé un vase contenant le cœur. Le vase que l'on y voit aujourd'hui n'est plus celui qui y avait été placé originairement; il avait disparu dès 1799, quand Lenoir recueillit la colonne, mais cette urne de bronze, du xvi6 siècle, provient certainement d'un monument funéraire analogue.

L'EGLISE ET LES TOMBEAUX DE SAINT-DENIS

TOMBEAUX POSTÉRIEURS AU XVIe SIÈCLE

On a vu, dans la notice historique, qu'aucun monument ne fut plus élevé à Saint-Denis après la fin du xvic siècle, à la mémoire des princes et souverains dont les corps étaient déposés dans les caveaux. Mais le retour à Saint-Denis après 1816 d'une grande partie du fonds du Musée des Monuments français y amena un assez grand nombre de fragments de monuments funéraires des xvue et xviue siècles, dont les plus importants ont été renvoyés plus tard, soit au Musée de Versailles, soit au Louvre.

A ce fonds appartient encore une figure priante déposée dans une des chapelles de la crypte et représentant Diane de France duchesse d'Angoulême, fille naturelle de Henri II, morte en 161 9. Le tombeau de cette princesse s'élevait jadis dans l'église des Minimes de la Place Royale de Paris et, suivant le témoignage de Sauvai, la statue serait l'œuvre du sculpteur Thomas Boudin. C'est une effigie réaliste, honnête et un peu lourde, très caractéristique de l'art funéraire du temps de Henri IV et de Louis XIII.

Mais d'autre part, nombre de fragments rapportés du Musée des Monuments français servirent entre i83o et

LES TOMBEAUX

i84o à composer hâtivement des monuments factices aux derniers souverains de la France1. Une partie de ces ensembles composites, dont Guilhermy avait souligné le ridicule dès i848, ont été dispersés; quelques-uns cependant subsistent dans la partie de la crypte aménagée sous l'Empire, sous le croisillon méridional, et qui servait alors d'accès dans les caveaux.

On y voit d'abord le mausolée de Henri IV composé d'une niche ovale abritant le moulage du buste du roi par Barthélémy Tremblay (au Musée du Louvre), entouré de deux figures de femmes tenant les attributs de la Victoire et de la Prudence, sculptures assez élégantes du milieu du xvne siècle.

Le monument de Louis XIII comprend, outre un moulage du buste de Warin (bronze au Louvre), des inscriptions tenues par des angelots, qui étaient placées au monument du cœur de ce roi élevé en l'église des Jésuites de la rue Saint-Antoine à Paris; les autres sculptures de J. Sarrazin qui ont été sauvegardées sont au Louvre; les principales figures qui étaient en argent ont été fondues.

Un médaillon de Marie-Thérèse, en marbre, est encastré dans un édicule architectural accompagné de deux angelots.

Pour Louis XIV, deux pleureuses encadrent un médaillon où le profil du roi est sculpté; au-dessus un ange très mouvementé, venu d'un tombeau inconnu,

i. Voir ci-dessus, p. roi.

i64 L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE SAINT-DENIS.

tient en ses draperies le cœur du souverain. Le tout est encadré dans une architecture assez banale de retable jésuite.

Un buste, moulage de celui de J. L. Lemoyne (au Musée de Versailles) et placé sur un piédestal de marbre, représente le duc d'Orléans, Régent du royaume.

Le monument érigé à la mémoire de Louis XV a été démembré, mais il subsiste encore, abandonnée dans une chapelle de la crypte, une figure de femme à genoux, vêtue à l'antique et symbolisant la douleur, œuvre du sculpteur Moitte (dans la seconde moitié du xvme siècle) qui avait été employée au mausolée.

On avait formé le dessein, sous la Restauration, d'élever un monument dans l'église haute à la mémoire de Louis XVI et de Marie- Antoinette . Leurs deux effigies en costume de cour et priantes furent exécutées par Gaulle et Petitot suivant le type singulièrement alourdi, du reste, des figures du xvie siècle. Elles devaient être placées dans la chapelle Saint-Louis. Elles ont été descendues dans la crypte après i83o et y figurent encore aujourd'hui dans la chapelle absidale.

Trois médaillons de marbre représentant les profils de Mesdames Adélaïde et Victoire, filles de Louis XV, dont les corps furent rapportés dans la crypte par ordre de Louis XVIII, et celui de la sœur de Louis XVI, Madame Elisabeth, sont encastrés dans une plaque rectangulaire; deux autres médaillons — également œuvres du xixe siècle — rappellent le souvenir des deux fils de Louis XVI et

MONUMENT DE HENRI il

LES TOMBEAUX-

de Marie-Antoinette; le dauphin Louis, mort en 1789 et le petit Louis XVII.

Louis XVIII, le seul souverain qui ait été enterré à Saint-Denis au cours du xixe siècle et ait eu les honneurs d'obsèques royales, est représenté par un buste de marbre de Valois daté de 181 5, et placé aujourd'hui au centre d'une des chapelles de la crypte.

Enfin le duc de Berry, également enterré à Saint-Denis, y est honoré par des sculptures que Guilhermy trouvait déjà « d'une dimension colossale et d'une laideur équivalente )). Ce sont les fragments inachevés (statues et bas-reliefs) d'un monument expiatoire commandé à Dupaty et Cortot, et qui devait s'élever dans une chapelle édifiée sur l'emplacement de l'Opéra où le duc de Berry avait été assassiné en 1820. Après la Révolution de i83o, on démolit la chapelle et on transporta les sculptures dans un couloir de la crypte de Saint-Denis où elles sont encore.

Page 1