‹ L'église anglicane avant la réforme, abrégé d'histoire ecclésiastique [microforme]Chapitre 14 sur 20 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Des temps qui précédèrent la Réforme du XVIième siècle,

I est impossible, a dit un auteur anglaïs, ! de se faire une juste idée de la conduite d’un homme, à moins de bien connaître les circonstances dans lesquelles il était placé, et les difficultés qu’il avait à vaincre. De même nous ne pouvons apprécier toute l'étendue des bienfaits de la Réforme si nous ignorons quel était l’état de l’Angleterre au moment de cette grave époque.

Du clergé nous pouvons dire, avec l’évêque de Liverpool, que la plupart des prêtres et des docteurs de la religion étaient eux-mêmes dans une complète ignorance des choses qu'ils auraient dû savoir. Ils recevaient généralement les ordres sans avoir, par des examens sérieux, donné de suffisantes garanties touchant leur instruction et leur caractère. Plusieurs ne savaient absolument rien de la Bible. Quelques-uns, suivant Strype ? étaient à peine en état de

(1) L'évêque J, C. Ryle.

(2) Annals of the Protestant Reformation, ete. (E)

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répéter l’oraison dominicale.

Les questions auxquelles l’évêque Hooper jugea nécessaire de soumettre les doyens, les prébendaires et le clergé du diocèse de Gloucester, lors de sa première visite, nous fournissent un triste exemple de ce qu'étaient les ecclésiastiques anglais que le pape avait institués dans les cures de ce pays. Voici ces questions :

“Combien y a-t-il de Commandeinents ?

“Où les trouve-t-on écrits ?

“Les savez-vous par coeur ?

“Pouvez-vous réciter la prière dominicale ?

“Comment savez-vous que c’est la prière du Seigneur ?

“Où la trouvez-vous écrite ?

Des trois cent onze ecclésiastiques du diocèse de Gloucester, il y en eut cent soixante-huit qui furent incapables de réciter les dix commandements, et parmi eux trente et un qui ne surent pas d're dans quelle partie des Ecritures on les trouvait. Quarante ignoraient où la prière dun Seigneur était écrite, et trente et un ne savaient pas qu’il en était l’auteur. !

Les prières de l’Eglise se faisaient en latin qui n’était, pour ainsi dire, compris

(1) Oeuvres de Hooper, vol. II, p. 151.

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de personne, La prédication était à peu près nulle, et le peu qu’il y en avait était d'une composition vulgaire, anti-scripturaire et dénuée d’édification. 1

Sur tout le territoire d'Angleterre vivaient grassement de ombreuses congrégations de moines qui remplissaient les abbayes et les monastères. Les habitants de ces somptueuses demeures se distinguaient rarement par leur sainteté et leur esprit d’abnégation; le plus souvent ils offraient les exemples de vie mondaine.et dissipée. Ils ne faisaient presque rien pour le progrès de la science, et rien pour répandre la vraie religion. Deux pensées seulement absorbaient toute leur attention: l’accroissement de leurs richesses et celui de leur pouvoir.

Pour atteindre le premier de ces buts, ils persuadaïient aux gens faibles et aux mourants de donner à l'Eglise leur argent et leurs terres, sous le prétexte spécieux qu’ils seraient par là délivrés du purgatoire, et qu’ils prouveraient leur foi par leurs oeuvres. Et pour accroître leur pouvoir, ils se vantaient de tenir les clefs du royaume des ceux; sans leur absolution et l’extrême-onction, disaient-ils, aucun homme ne pouvait

(1) 3, C. Ryle, Light from old times, p. 138.

être sauvé! Enfin, ils se posaient en média- des teurs entre Christ et l’homme, et toute of- pt F fense contre eux était réputée le pius grand : 5 ji, des péchés. as Ji Fuller dans son histoire de l'Eglise ! su ji cite l’exemvple d’un Italien qui, en 1489, em- A

porta d’Argieterre une somme énorme d'ar- Pe gent. Il avait, en effet, reçu du pape le

pouvoir d’absoucre les gens des crimes d’usu- la re, de simonie, de vol, de meurtre, de forni- , cation, d’adultère et de tout méfait quel- .

conque, sauf de celui de frapper un prêtre he ou de conspirer contre le pape. Be Tel était le clergé romain au temps où à Le le pape dominait en Angleterre. Avec de die semblables prêtres il n’est pas surprenant ras que le peuple fut dans une complète ignoran- Sei ce de la vraie religion. Le Christianisme de pie l'immense majorité n’était autre chose qu'un et pur formalisme. On n'aurait pas trouvé un qua individu sur cent qui pût au moindre degré aie expliquer ce que c’est que la justification, la hui régénération, la sanctification, la médiation prit de Christ et l'oeuvre du Saint-Esprit. Quand tait au dimanche, c'était un jour de chasse et dan de divertissement. ? ue Les pratiques religieuses de la mass E a ER re À Hits

(2) J.C. Ryleÿ Vie :+ Latimer, p. 28.

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des laïques consistaient :n prières à la Vierge et aux saints, en adoration d'images et de reliques, en pélérinages vers des lieux réputés soints. On courait à l’Eglise pour se procurer de l’eau bénite, au moment de l'orage, ev pour se préserver de la foudre. On s’adressait à St. Roch en temps de peste ; à saint Pernel quand on avait la fièvre. Les jeunes femmes qui désiraient un mari cherchaient l’appui de saint Nicolas, et les femmes fatiguées des leurs se recommandaient à saint Uncumber. Cent mille pèlerins visitaient chaque année le tombeau de saint Thomas Becket. Les images qu’on adorait étaient à la fois des idoles et des grossières fourberies. Dans le comté de Kent, il y avait un crucifix fameux, sur lequel on voyait Notre Seigneur remuer la tête, les mains et les pieds, tourner les yeux, froncer les sourcils et mouvoir les lèvres; la bouche s'ouvrait quand on lui offrait de l'argent, branlait gracieusement la tête quand les pièces de monnaie étaient d’or, et tout cela était tenu pour miraculeux. Le culte des reliques présentait les mêmes absurdes impiétés.— A Hales, dans le Gloucestershire, on montrait dans une fiole de cristal, ce qu’on appelait du sang de Jésus-Christ. À Burry et Suffolk on ex-

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Laurent. Quand le culte de la vraie croix fut aboli on trouva assez de bois dans les différentes Eglises, dit l’évêque Ryle, pour faire deux ou trois croix. Le pape connaissait tout cela, il le tolérait, le sanctionnait, l’autorisait, l’enseignait et l’encourageait. Tel était l’état de la religion en Angleterre; tel était le Christianisme anglais quand les réformateurs parurent.

Et c'était la même chose dans le reste de l’Europe. Tous les peuples marchaiïent dans les ténèbres. Celui qui avait osé s’ap- ‘peler le représentant de Dieu sur la terre avait envoyé de tous côtés ses impudents émissaires qui, abusant de la crédulité et de l'ignorance du peuple, lui vendait le ciel.

Pour chaque péché on payait tant. La prière ne consistait plus qu’en vaines redites; les temples étaient tout remplis de statues, de tableaux, d'images devant lesquels se prosternait une foule cruellement trompée.

—$S'il est permis de juger de la moralité d’un peuple par celle de ses conducteurs spirituels, les vices les plus honteux avaient envahi tous les rangs. Les monastires et les couvents n'étaient en général que des lieux souillés par une dégoûtante immoralité. La fainéantise, l'hypocrisie, l’intempérance, ia haine, les divisions, l’avarice, l’impureté s’y éta-

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laient sous toutes les formes. Et qu’on aille pas croire que nous inventions à plaisir.

Des écrivains catholique romains contemporains dignes de foi, ne sont que trop unanimes à attester qu’il n’y a rien d’exagéré dans ce tableau.

Quelques esprits justement alarmés avaient bien, il est vrai, réclâmé des changements; de temps en temps .perçaient des rayons d’une céleste lumière, mais ces faibles lueurs ne servaient qu’à mieux montrer la profondeur des ténèbres dans lesquelles les peuples étaient plongés. Pas un homme, pas même une assemblée n’était capable de trouver le remède. Et pourtant il fallait une réforme: Dieu la fit. 1 FE

(1) D'Aubigné, Aist. de la Réformation, T. I, liv. I.

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