RAPPORT
CARRIÈRES OÙ UVRIÈRES
MespauEs, Messieurs,
Pendant les séances de ce Congrès des OEuvre Jeunesse ouvrière, nous avons été heureux d quelle large place avait été faite aux rapports sur éd cation professionnelle des jeunes filles et des garçoi
Plusieurs personnes fort compétentes ont développ à propos de l’éducation professionnelle de la je fille, deux propositions ii m'ont paru intéresse n
dire prend peu de choses et ce peu, elle l’apprend w ‘ La seconde proposition disait : il faut donne
jeune fille une éducation Ph complète be
prenti. à son Led et gaspille en courses un temps qui el être À. cl à le former.
en partie Laits lacune, mais S'il s'agit d'arriver avant Rens ans aux écoles Rat et méliers, ou à diverses
sb habileté tn il faut aux écoles du soir, que nous louons grandement, ajouter autre chose.
N'oublions pas que l’industrie se modifie et que si le eune ouvrier bien doué doit faire son chemin, et tous veulent monter, il faut l'initier de bonne heure aux auds métiers qui travaillent le fer et l'acier et en
Faire cela, c'est d’abord faire une œuvre patrioque, c’est rendre un grand service à la France. Pour- * quoi ? Parce que dans presque tous les métiers, sur-
out les plus importants, l'apprentissage est mal fail. r, pour 2 d'industries, le seul moyen de r avec succès contre une concurrence étrangère, devient tous les jours plus âpre, c'est de former ouvriers d'élite, des ouvriers lentement ef sûrement
Sur mille ouvriers, il n’y en a pas deux qui sachent * dessiner convenablement ! s'écrient les patrons.
En même temps que vous rendrez service à la France, vous ferez, à l'égard de l'ouvrier, un acte de charité intelligente : vous l’arracherez au chômage. Car l’ouvrier d'élite ne chôme jamais ; celui qui chôme, c'est l'ouvrier à quatre francs, l’ouvrier imparfaitement formé.
D'un côté, l’industrie sent la concurrence étrangère qui lui marche sur les talons et qui exigerait la baisse des prix de vente ; de l’autre, la hausse des salaires l'oblige à élever ses prix pour se rattraper.
L'industrie anglaise tourne en partie cette difficulté, en faisant produire le double aux machines et aux hommes. Aux machines, en décuplant leur puissance ; aux hommes, par l'habileté professionnelle. Un ouvrier bien formé peut arriver à mener cinq métiers de front; cet homme, on peut le payer double, sans perdre.
L’Angleterre et l'Allemagne ont donc rendu un immense service aux ouvriers, en ouvrant de tous cotés des écoles industrielles techniques primaires supérieures. L’Allemagne en à plus de trois cents et six cents écoles élémentaires de chimie. Bonne et habile tactique ! mieux vaut mettre l’ouvrier à même de gagner sûrement sa Vie, que de l’aider à étayer une vie manquée ; mieux vaut prévenir la misère que la conjurer. Outre ces écoles techniques, mécaniques, l’Allemagne a des laboratoires très nombreux d’où sortent chaque année cinq ou six cents chimistes.
La langue anglaise dit de l’homme qui a de quoi vivre, qu'il est indépendant ; or, l'ouvrier d'élite, bien formé et qui connaît à fond son métier, peut dire la même chose : Je suis indépendant ! Il a en lui-même, dans son habileté technique, dans sa formation intensive, une ressource qui le met à l'abri du chômage.
Envisageons maintenant le côté moral de la question — car cette formation de l'ouvrier d'élite a pour nous, catholiques, un intérêt bien supérieur à l'intérêt économique ou sociologique.
Comment se fait-il que le clergé ait si peu d'influence sur la classe ouvrière ?
Est-ce que, jusqu'en 1870, la plupart des ouvriers n'ont pas été élevés par lui ! Si ! jusqu’en 1870, les écoles primaires catholiques ont élevé presque tous les ouvriers de France. Mais, il faut bien l’avouer, le résultat n'a pas répondu à la grandeur de l’effort.
Et quelle fut la raison de cette espèce de banqueroute? La voici :
On élevait lé jeune ouvrier jusqu’à treize ans, et, à. treize ans, on l’abandonnait et il disparaissait dans le gouffre de l'indifférence et on ne le revoyait plus qu'à son mariage.
De là, le cri de détresse du Pape Léon XIII au Fr. Joseph, Supérieur-Général des Frères des Écoles ; du plus loin qu’il l’aperçut : Mon Frère, lui cria-t-il, qu'est-ce que vous avez fait de vos anciens élèves !
Il y a déjà longtemps qu’on cherche à combler cette lacune : M. Prévost et Mgr de Ségur furent les premiers à s'occuper des apprentis sortis de l’école primaire et à commencer les patronages, qui, depuis, se sont développés avec une vigueur incroyable et sont devenus un arbre magnifique, dont les rameaux ombragent la France entière.
Il faut que cette œuvre ait eu un grand succès, puisqu'elle a excité la jalousie et la colère de nos adversaires et qu’ils se sont efforcés de la copier.
Ils n’ont pas réussi, et voici pourquoi : La cheville ouvrière du patronage, c’est le prêtre, avec son grand cœur, avec son zèle apostolique, avec toutes Les ressources infinies de miséricorde et de vie surnaturelle dont il est le canal.
Mais si beau, si complet, si réussi que soit le patronage, il ne suffit pas, parce qu'il ne pare pas au danger de l'atelier pendant la semaine. Vous prenez l’enfant le dimanche, mais la semaine où la passe-t-il ? Dans un atelier corrompu, où les adultes s'efforcent de détruire votre œuvre et d'initier au mal votre pauvre enfant, le rouant de coups jusqu'à ce qu’il cède,
Le patronage ne suffit pas, parce qu'il ne remédie pas à l'insuffisance de l'apprentissage. Il ne suffit pas, surtout, parce qu'il ne résout pas la question du
contre-maître catholique, la plus grave de toutes. .
On avait négligé cette question. Or il est clair que c'est la question maîtresse, que le contremaître, le chef d'atelier, est dans l'usine beaucoup plus que le sousofficier dans la caserne.
Mais il est clair aussi que les catholiques n’auront de contremaîtres catholiques, qu'autant qu'ils les élèveront.
Permettez-moi de vous citer ici une petite anecdote: Les vicaires d’une paroisse voisine de la gare d'Orléans à Paris voyaient tous leurs efforts pour christianiser les ouvriers se briser contre le mauvais vouloir de trois contre-maîtres qui persécutaient les ouvriers chrétiens, fout en restant absolument corrects. Ils portèrent plainte.
Le chef du personnel les écouta et leur dit :« MM. je m'en vais changer ces trois contremaitres, Mais, pour les remplacer, j'irai chercher des élèves des écoles d'arts et métiers ; autrement j'aurais des accidents.
« Eh !l'hien, ceux que je prendrai seront pires que ceux que je renverrai. Mais vous, catholiques, avezvous formé des contremaîtres ? où sont-ils ? dites-le moi, j'irai les chercher.
« Vous n'en avez pas, eh ! bien, faites-en ! »
Cette anecdote nous fait sentir la lacune de nos œuvres.
Les ennemis de notre foi ont quatre écoles d’arts et métiers : à Châlons, à Aix, à Angers et à Lille. C'est de ces quatre écoles que sortent tous les contremaîtres, tous les chefs d’ateliers de la grande industrie. Tous les ans se présentent à ces quatre écoles 4 500 jeunes gens pour trois cents places. Quelle belle clientèle à prendre ! Ces enfants sont les fils d'ouvriers intelligents qui n’ont pas bu, qui n’ont pas fumé, qui ne se sont pas amusés,qui ont mis de côté sou par sou pour pouvoir pousser leurs fils.
À Paris, les anciens élèves de l'École d’arts et métiers de Châlons sont au nombre de 600 ; La plupart sont devenus patrons.
Pourquoi les catholiques, au lieu de faire des œuvres
de philanthropie, qui ne changeront jamais les dispositions morales des ouvriers, et ne feront jamais une France nouvelle, n’ont-ils pas créé plus tôt une école catholique d’arts et métiers ?
Enfin, enfin, les catholiques du Nord ont créé cette école. C'était la première fois qu'on prenait le taureau par les cornes !
Cette école ne manquera pas de débouchés pour ses élèves — cent cinquante grandes industries en attendent les futurs contremaitres avec impatience. Entourons cette œuvre de nos plus chaudes sympathies ; envoyons-lui des élèves que nous replacerons ensuite dans les grandes industries comme chefs d’atelier ; cet apostolat méthodique serait extrêmement efficace.
Mais pour cela il faut commencer par fonder de différents côtés des écoles élémentaires de mécaniciens, qui prennent l'enfant à quatorze ans et le préparent à passer l'examen avant dix-sept ans. L'élite seule de ces écoles, la petite élite, pourra arriver à l'Ecole catholique d'arts et métiers, car l'examen se passe avant dix-sept ans et il est difficile, un peu plus difficile qu’à à Châlons, à Aix et Angers, pour qu'on ne dise pas que nous recevons les fruits secs de ces écoles.
Si Ja petite élite seule arrive à Lille, que deviendront les autres élèves de nos écoles catholiques élémentaires de mécaniciens ?
Je réponds qu'ils ne manqueront pas de débouchés lucratifs.
40 Ils peuvent devenir élèves mécaniciens de la ma-
rine militaire : c’est la porte pour entrer dans Ja très belle carrière d’officier-mécanicien sans passer par l'école de mécaniciens de Brest ; l'élève mécanicien a, de suite, 75 francs par mois et est défrayé de tout, il passe quartier-maître à 150 francs par mois ; puis officier mécanicien de 5°, de 4e, de 3°, de 2e et de 1r° classe : il est plus payé que l'officier de marine.
20 Ils peuvent devenir mécaniciens de la marine marchande dans les transatlantiques et en passant certains examens y devenir officiers.
3° Ils peuvent devenir mécaniciens-électriciens.
4o Ils peuvent entrer dans la grande industrie comme dessinateurs et, au bout de quatorze ans, y trouver des places fixes de 6.000 à 7 000 francs, comme chefs-dessinateurs.
50 Ils peuvent se faire un avenir assez lucratif comme dessinateurs de grands architectes.
50 Ils peuvent être recus conducteurs des ponts et chaussées, agents-voyers, etc.
To Ils seront en tout cas, de suite, ouvriers d'élite à haute paie immédiate.
Mais, ce qui importe beaucoup plus que tout cela, ces enfants seront de 14 ans à 18 et 19 ans, instruits sérieusement de leur religion et placés sous l'influence salutaire du prêtre, influence alors mille fois plus pénétrante et plus durable qu’à douze et treize ans.
La chose est si vraie, qu'un archiprêtre, qui a établi une de ces écoles élémentaires de mécaniciens greftée sur son école primaire, disait : « Cette école de mécaniciens fait tant de bien que je lui sacrifierais tout le reste ».
Mais, dira-t-on peut-être, c’est très beau, seulement cela coûtera les yeux de la tête.
C’est une grande erreur : J’ai le plaisir de vous dire que: dans les circonstances normales, ce genre d'école coûte très peu.
De deux choses l’une : ou vous établirez des écoles de mécaniciens autonomes, séparées, et alors, oui, ces écoles coùteront fort cher. Mais qui vous force de procéder ainsi? Pourquoi ne grefferiez-vous pas ces écoles élémentaires de mécaniciens sur des écoles primaires déjà existantes, sur des patronages en plein exercice ?
Le même personnel vous fournira alors l’administration, la surveillance et une partie de l'enseignement ; et vous n'aurez qu'à ajouter une salle, un maître de notions générales et un maître technique de mécanique, qui viendra trois fois par semaine.
Ces frais devront être plus que couverts par la cotisation mensuelle des petits mécaniciens externes dès que vous aurez trouvé la clientèle payante.
Mais cette cotisation, l’obtiendra-t-on ? Oui, car les parents, voyant poindre au bout de deux ans une carrière plus lucrative, feront des sacrifices ; oui, car déjà maintenant, beaucoup de parents paient 10 fr. et plus pour l'apprentissage de leurs fils ; oui encore, car à Rodez, à Quimper et à Landerneau, pays pauvres, cette cotisation est donnée facilement. On peut donc, en beaucoup d'endroits, compter sur cette cotisation.
Dix francs par mois pour cent enfants font 4.000 fr. par mois et 10.000 francs pour dix mois : c'est plus qu'il ne faut pour payer un maître de plus, un mécanicien et les frais d’une salle.
Ainsi donc ces écoles de mécaniciens, une fois installées, volent de leurs propres ailes, Donc ces écoles ne coûtent pas cher ; mais alors même qu'elles coûteraiené cher, il faudrait les créer quand même.
Pourquoi cela ?
Parce que si nous, catholiques, nous n’entrons pas dans cette voie, nous y serons devancés par Les pou- Yoirs francs-macçons, qui nous enlèveront tout ce qu’il y à de vif, d’'ambitieux, d'actif dans la jeunesse ouvrière.
Le mal est déjà fait en partie. Les pouvoirs officiels ont essayé de faire des patronages ; ils n’ont que médiocrement réussi. Ils se sont avisés alors d'un complot beaucoup plus perfide.
Ils ont dit : nous avons partout des écoles post-scolaires de commerce ; ayons à côté, dans chaque ville, une école post-scolaire de mécaniciens et alors nous prendrons aux catholiques ce qu'ils ont de mieux dans leurs patronages : les catholiques auront travaillé, arrosé, fait mûrir les plus beaux fruits pour nous : il ne leur restera que les parias.
C'est ce plan qui s'exécute : à Armentières, il y a 508 petits mécaniciens, à Tourcoing 400, au Havre 300, à Vierzon 500, à Bordeaux 200, et on crée des écoles élémentaires de mécaniciens à Loches, à Angoulême, etc., etc.
C’est un très grand danger pour les catholiques.
Soyons bien convaincus que ce qu’il faut pour rega-
gner la classe ouvrière, ce n’est pas tant la bienfaisance que l'éducation, l'école post-primaire, pour l'aider à monter.
Nous avons voulu des officiers chrétiens et nous les avons élevés. Nous avons voulu des officiers de marine chrétiens et nous les avons élevés jusqu'à l'entrée au Borda. C'est la même question pour l’ouvrier d'élite ou le contremaître : si vous le voulez chrétien, élévez-le.
Ne portez pas le plus gros de vos ressources au trou de la misère : faites la charité aux âmes, avant de la faire aux corps, et dites-vous bien : du trou de la misère ne sortira jamais une France régénérée.
ALEMBERT (D'), 43, nole.