‹ L'église chrétienneChapitre 111 sur 371 · Tertullien, L c · texte numérisé non relu

Tertullien, L c

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faire accepter du peuple , il conformait ses discours à ceux de l'Église; mais les évoques étaient en garde et l'excluaient. Les simples fidèles se laissaient prendre ; ils murmuraient même de ce que les évoques chassaient de la communion de si bons catholiques \ Sympathie inutile ! car déjà l'épiscopat avait enserré l'Eglise de toutes parts. Valentin restait ainsi à l'état de prétendant malheureux au ministère pastoral. Il écrivit des lettres, des homélies, des hymnes d'un ton moral élevé. Les morceaux conservés de lui * ont de la force et de Téclat ; mais la phraséologie en est bizarre'. Cela ressemble à la manie qu'avaient les saint-simoniens de bâtir de grandes théories en langage abstrait pour exprimer des réahtés presque mesquines; son système général n'avait pas cette apparence de bon sens qui fait réussir dans la foule. L'Evangile prétendu de Jean, avec ses combinaisons beaucoup plus simples de Logos et de Paraclet, était appelé à de bien autres succès.

h. Irénoe, î, proœm.; III, 45, 49; IV, proœm.; Terlullien, In Val., \ .

2. Clément d'Alexandrie, Slrom., 11, 8, 20; III, 7; IV, 43. Les questions critiques relatives à la Pistis Sophia seront traitées dans notre VII* livre.

3. Voir surtout le fragment dans Clém. d'Alex., Slrom., IV, 43.

170 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 130]

Valentin part, comme tous les gnostiques, d'une métaphYsique dont, le principe fondamental est que Dieii se manifeste par des émanations successives, dont le monde est la plus humble. Le monde est une œuvre trop imparfaite pour un ouvrier infim' ; c'est la copie misérable d'un modèle divin. Au commencement est l'Abîme (Bylhos) inaccessible, insondable, nommé aussi Proarché, Propator. Le Silence {Sigé) est son éternelle compagne. Après des siècles de solitude et de contemplation muette de son être, l'Abîme veut enfin se produire au dehors et engendre de sa compagne un premier couple, une syzygie. Nous ou Monogénès et Aléthia (Vérité) ; ceux-ci engendrent Logos et Zoé, qui engendrent à leur toiir Anthropos et Ecclesia ^ Avec le couple primordial, ces trois syzygies forment l'ogdoade et, avec d'autres syzygies émanées de Logos et Zoéy à* Anthropos et Ecclesia, le plérome divin, la plénitude de la divinité, désormais consciente d'elle-même*. Ces couples déchoient de la perfection à mesure qu'ils s'éloignent de la source première ; en même temps, l'amour de la perfection, le regret,

4. Comparez la triade hermétique : t Dieu, le monde et l'homme. » Asclepios, 6.

t. Voir ci-dessus, p. 55-57, la façon dont tous ces termes sont groupés dans rËvangile dit de Jeaa.

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le désir de revenir à leur principe s'éveillent en eux. Sophia surtout fait une tentative hardie pour embrasser Bythos invisible, qui ne se révèle que par son Monogène (fils unique). Elle va s'exténuant, s*étendant sans cesse pour embrasser l'invisible ; entraînée par la douceur de son amour, elle est sur le point d'être absorbée en Bythos^ d'être anéantie. Le plérome tout entier est dans la confusion. Pour rétablir l'harmonie, Nous ou Monogène engendre Christos et Pneuma, qui pacifient les éons et font régner entre eux l'égalité. Alors, par reconnaissance pour Byt/ws, qui les a pacifiés, les éons mettent en commun ce qu'ils ont de plus parfait, et en forment l'éon Jésus, le premier-né de la création, comme Monogène avait été le premier-né de l'émanation. Jésus devient ainsi dans le monde inférieur ce que Christos avait été dans le plérome divin.

Par suite des ardeurs de sa passion insensée, Sophia avait produit à elle seule une sorte d'avorton hermaphrodite et sans conscience, Hakamoth *, appelée aussi Sophia Prunicos ou Prunice. qui, chassée du plérome, s'agitait dans le vide et la nuit. Touché de pitié pour cet être malheureux, Christos, appuyé sur Stavros (la croix), lui vient en aide, donne à l'éon

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