Denys de Corinthe, dans Eus., /7. E,, II, xxv
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et Paul avaient poursuivi ensemble, en se donnant la main.
La condition fondamentale du succès du christianisme est maintenant posée. Ni Pierre ni Paul ne pouvaient réussir séparément. Pierre était la conservation, Paul la révolution : les deux étaient nécessaires. On raconte en Bretagne que, quand saint Pierre et saint Paul vinrent prêcher le christianisme en Armorique, ils arrivèrent devant un bras de mer étroit et profond. Quoiqu'ils fussent d'accord sur les points essentiels, ils résolurent de s'établir l'un d'un côté, l'autre de l'autre, pour enseigner l'Évangile chacun à sa guise; car il semble que, malgré leur intime confraternité, ils ne pouvaient bien vivre ensemble. Tous deux, selon l'habitude des saints de Bretagne, se mirent à bâtir leur chapelle. Ils avaient les matériaux de part et d'autre ; mais ils n'avaient qu'un marteau, si bien que, chaque soir, le saint qui avait travaillé dans la journée lançait le marteau à son compagnon pardessus le bras de mer . Grâce au travail alternatif, résultant de cet arrangement, l'œuvre marcha bien et les deux chapelles qui se voient encore furent bâties.
C'était surtout la mort des deux apôtres qui préoccupait les partis et donnait lieu aux combinaisons les plus diverses. Le tissu de la légende se formait à cet égard par un travail instinctif, presque
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aussi impérieux que celui qui avait présidé à la confection de la légende de Jésus. La fin de la vie de Pierre et Paul était commandée a priori. On soutint que le Christ avait annoncé le martyre de Pierre, comme il avait prédit la moii. des fils de Zébédée \ On éprouvait le besoin d'associer dans la mort les deux personnages qu'on avait réconciliés de force. On voulut, et peut-être en cela n'était-on pas loin du vrai, qu'ils fussent morts ensemble, ou du moins par suite du même événement. Les lieux qu'on crut avoir été sanctifiés par ce drame sanglant furent fixés de bonne heure et consacrés par des memoriœ*. En pareil cas, ce que le peuple veut finit toujours par l'emporter. Il n'y a pas de lieu populaire en Italie où ne se voient côte à côte les portraits de Victor- Emmanuel et de Pie IX, et la croyance générale veut que ces deux hommes, représentant des principes dont la réconciliation est, selon le sentiment le plus général, nécessaire à l'Italie, aient été au fond très-bien ensemble. Si, de notre temps, de pai-eilles vues s'imposaient à l'histoire, on lirait un jour, dans des documents réputés sérieux, que Victor-Emmanuel, Pie IX ( on y joindrait probablement Garibaldi) se voyaient
4. Jean, xii, 32-33; Tciii, 36; xxi, 48-49; Comp. Matth., XX, 22-$3; Marc, x, 38-39.