EXAGERATION DES IDEES DE SAINT PAUL
MARGION.
La grande singularité du christianisme, ce fait d'une religion nouvelle sortant d'une autre religion et devenant peu à peu la négation de celle qui Ta précédée i ne pouvait manquer de donner lieu, jusqu'à la complète séparation des deux cultes, aux phénomènes les plus opposés. Deux genres de réaction devaient se produire chez ceux qui ne se tenaient pas strictement en équilibre sur le tranchant étroit de l'orthodoxie. Les uns, dépassant les principes de Paul, s'imaginaient que la religion de Jésus n'avait aucun lien avec le mosaïsme. D'autres, les judéo-chrétiens, ne regardaient le christianisme que comme une simple continuation de la religion juive. En général, c'étaient les gnostiques qui inclinaient dans le premier sens ; mais ces rêveurs sem-
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blaient atteints d'une sorte d'incapacité pratique. Un homme ardent, intelligent, se rencontra pour donner aux éléments dissidents la cohésion qui leur manquait, et pour former une Église durable à côté de celle qui s'appelait déjà « l'Église universelle, la grande Église » de Jésus*.
Marcion * était de Sinopc, ville pleine d'activité,
i. O! dbt^ (Ai^aXnc <xxXY)9Îaç. Gelse, dans Orig., V, 59.
%, iiislin, Apol. I, 26, 58; Dial., 35 (Otto; Lipsius, Quellen Ketz,, 29 et suiv.; Zeitschr. fxlr Kirch., II, p. 213-214); Ilogésippe, dans Kusèbe, //. E-, IV, xxii, 5 ; Celse, dans Origène, Contre Celse, V, 62 ; I renée, I, xxvii, 2 ; xxviii, 4 ; II, i, 4 ; ni, 4; xxviu, 6; III, m, 4; iv, 3; xii, 5, 42; IV, xxxiii, 2 (cf. Gebh, et Ilarn., Patres apost., I, ii, p. 406-^14); Canon de Muratori, lignes 63 et suiv., 84 et suiv. (douteux); Rhodon, dans Eus., //. £., V, 43; Glém. d'Alex., III, 3, 47; IV, 4; VII, 47; Tertullien, les cinq livres Contre Marcion; Prœscr., 30, 38, [ol]; De idoL, 5; De anima, c. M'^ De caime Christi, 4-8; Denys de Rome, dans Âthanase, Denicœnis decr,, p. 275; Philosophinn., VII, 29, 31 (Zeitschrift far Kirchengesch., I, p. 536-538), 37; X, 49; Origène, In Jer., hom., x, 5; /» Rom., ii, etc. (v. vidiccs); Cyprien, Kpist. 74; Eusèbe, Chron., ann. 440 et 453; //. E., IV, 24, 23^ 24, 25, ;0; V, 43, 46; anonyme du iV siècle, Dial. in Marc.j édit. Welzstein, Bâle, 4674; Épiphano, hacr. xlh, xliii, XLiv; Théodoret, I, 24, 25; les cinq livres en vers contre Marcion; Pseudo-August, c. 22; Pseudo-Tert., c. 47 et suiv.; Pliilastre,c. 4r Eznig, Réfuta des sectes, I. IV; Mohammed ibn Isliak, Fihrist, dans Fluegel, Mani, p. 54, 85, 450-452, 159-460, 467- 468; Cyrille, Catéch. xvi; Isidore de Péluse, l, epist. 37; saint Jérôme, In Osée, rx; De viris ilL, 47, 32, 37; chronique d'Edeése, & Tan 449 (437); chron. d'ÂIex., à l'an 458.
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qui avait déjà donné aux luttes religieuses du temps les deux Aquila, et qui allait donner Théodotion\ Il était fils de Tévêque de cette ville, et paraît avoir exercé la profession d'homme de mer *. Quoique né chrétien, il avait sérieusement examiné sa foi et s'était livré à l'étude de la philosophie grecque, surtout du stoïcisme. ^1 y joignait un extérieur ascétique et une grande austérité '. Son père, à ce que l'on prétend, fut obligé de le chasser de son église , à cause des dangers qu'il faisait courir à l'orthodoxie de ses fidèles. Nous avons déjà remarqué plusieurs fois l'espèce d'attraction qui fit venir à Rome, sous le pontificat d'Hygin et dans les premières années de Pius, tous ceux que séduisaient les lueurs phosphorescentes du gnosticisme naissant. Marcion arriva dans la ville éternelle au moment où Cerdon ébranlait les croyants les plus sincères par sa brillante métaphysique *. Marcion, comme tous les sectaires, se montra d'abord zélé catholique* L'Eglise de Rome avait une telle