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CHAPITRE II

RBCONSTnnCTIOIf DE JÉBDSALEU.

Dans ses pérégrinations en Syrie, Adrien vit le site où avait été Jérusalem. Depuis cinquante-deux ans, la ville était assise en sa désolation, n'offrant AUX yeux qu'un tas d'immenses blocs descellés et renversés les uns sur les autres. Seuls quelques groupes de pauvres maisons, la plupart chrétiennes, se détachaient sur le sommet du mont Sion. L'emplacement du temple était plein de chacals. Un jour que Rabbi Aquiba vint avec quelques compagnons y faire un pèlerinage, un de ces animaux s'échappa de l'endroit où était le saint des saints. Les pèlerins fondirent en larmes : « Quoi ! se dirent-ils, c'est ici le lieu dont il est écrit : « Le profane qui s'en approche » sera mis à mort », et voilà les chacals qui s'y promènent ! » Aquiba, au contraire, éclata de rire, et montra si bien le lien des prophéties que tous

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s'écrièrent : « Aquiba, tu nous as consolés ! Aquiba, tu nous as consolés * ! »

Ces ruines inspirèrent à Adrien la pensée que lui inspiraient toutes les ruines, le désir de relever la ville détruite, de la coloniser, de lui donner son nom ou celui de sa famille. La Judée serait ainsi rendue à la culture*. Jérusalem, élevée au rang de place forte entre les mains des Romains, devait servir à tenir en échec les populations juives ^ Toutes les villes de Syrie, d'ailleurs, Gérase, Damas, Gaza, Pétra, se rebâtissaient à la romaine, inauguraient des ères nouvelles ou prenaient le nom du dieu voyageur*. Jéru-

4 . Talm. de Bab., Maccolh, 24 6; Midrasch rabba sur Lament.^ V, 48 (fol. 84 c).

2. C'est la signification des bœufs attelés qui figurent sur la monnaie de fondation (Madden, Jew. coin.j p. 242-243; de Saulcy, pi. XV, n*» 5). C'est bien à tort qu'on a vu là Yaraium templum de saint Jérôme, In Zach., viii (HI, 4754, Mart.), et de Mischna, Taanilh, iv, 7; Talm. de Jér., Taan%th,\'^^ 8, fol. 69 h; cf. Michée, m, 42. Voir Vaillant, De num. œr. coL, I, p. 455^ 224. Peut-être Tenceinte de la colonie fut-elle tracée par un sillon.

3. Dion Cassius, LXIX, 42; Chron. Alex., à Tannée 449; Epiphane, De mens,^ 44-45. Eusèbe (H, E,^ lY, vi, 4) et saint Jérôme (Chron., aux années 7 et 20 d'Âdr.; Epist. xxvii et cxxix) placent la construction d'iElia après la guerre; mais le récit de Dion, de la Chronique d'Alexandrie, d'Épiphaoe, doit être préféré. La monnaie de fondation d'iElia (Madden, p. 242) ne porte pas P. P. Elle est donc antérieure à 429.

4. Corp. inscr, gr,, 4667; monnaies de Gérasa, de Damas^ de Pétra, de Gaza.

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salem était trop célèbre pour faire exception dans ce mouvement de dilettantisme historique et d'universelle rénovation.

Il est probable que, si les Juifs avaient été moins entiers dans leurs idées, si quelque Philon de Bybios avait existé parmi eux pour présenter le passé juif comme une variété simplement glorieuse et intéressante entre les diverses littératures, religions, philosophiesde Thumanitéje curieux et intelligent Adrien eût été enchanté, et eût rebâti le temple, non pas précisément comme le voulaient les docteurs, mais à sa façon éclectique, en grand amateur de cultes anciens qu'il était. Le Talmud est plein des conversations d'Adrien avec les rabbins célèbres S conversations fictives assurément, mais qui répondent bien au caractère de cet empereur, bel esprit, grand causeur, questionneur, curieux de choses bizarres, avide de tout savoir pour en plaisanter ensuite. Mais la pire injure qu'on puisse faire aux partis absolus est d'être tolérant pour eux. Les juifs ressemblaient tout à fait sous ce rapport aux catholiques exaltés de nos jours. De telles convictions ne soujQfrent pas

4. En particulier, Rabbi Josué, Bereschiih rabba, ch. xxvni, Lxxvm, init,; Midrasch sur Rulh, i, 47; sur Koh., i, 7; sur Esiher, ix, S; Talm. de Bab., Hagiga, 5 6; Berakoth, 56 a. Comparez le roman philosophique de Secundus.

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qu'on leur fasse raisonnablement leur part; elles veulent être tout. Se voir traitée comme une secte entre tant d'autres est pour la religion qui se croit la seule vraie une souveraine injure; on aime mieux être hors la. loi, persécuté; cette situation violente paraît une marque de divinité. La persécution plaît aux croyants; car, dans ce fait que les hommes les détestent, ils trouvent une marque de leur prérogative, la méchanceté des hommes, selon eux, étant naturellement ennemie de la vérité.

Rien ne prouve qu'Adrien, voulant relever Jérusalem, ait consulté les juifs ou cherché à se mettre d'accord avec eux*. Rien ne porte à croire non plus qu'il ait eu des rapports avec les chrétiens de Palestine, qui extérieurement se distinguaient moins des juifs que les chrétiens des autres pays. Aux yeux des chrétiens, toutes les prophéties de Jésus auraient paru renversées si le temple eût été rebâti *. Chez

4 . L'autorité Bereschith rabba, c. 64, est bien faible. Cf. Épiphane, De mensuris, 44, où (xinv to upov.

2. Épttre de Barnabe, c. 46 (édit. de Gebhardl et Ilaroack, ou 2* édit. de HilgeDfeld). Je lis, avec Hilgenfeld, v5v xaI aôrol ci Twv ix^pcâv CwmpiTai, entendant par là les chrétiens. C'est à tort qu'on a voulu conclure de ce passage que les juifs commencèrent à rebâtir le temple. Il s'agit là seulement de la reconstnic- .tion spirituelle du temple, comme l'auteur l'explique : v^i ch ouco^ep-TiftiiwToti, etc. Voir les Évangiles, p. 373.

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les juifs, au contraire, Tattente d'une reconstruction du temple était universelle. Le judaïsme de labné, sans temp!e, sans culte, avait paru un court inter* règne. Les usages supposant le temple debout étaient conservés. La dîme continuait d'être payée aux prêtres ; les préceptes de pureté lévitique ne cessaient pas d'être strictement gardés. On ajournait les sacrifices obligatoires au temps où la reconstruction aurait eu lieu* ; mais cette reconstruction ne pouvait s'exé- -cuter que par les juifs ; le moindre manquement aux prescriptions légales eût sufTi pour faire crier au sacrilège *. Mieux valait, aux yeux du pieux Israélite, voir le sanctuaire habité par les bêtes de la nuit -que d'être redevable de sa restauration à un rieur profane, qui, après l'avoir relevé, n'eût pas manqué de faire quelque épigramme sur les dieux bizarres dont parfois il rétablissait les autels.

Jérusalem était pour les juifs une chose presque aussi sainte que le temple. A vrai dire, on ne distinguait pas Tun de l'autre, et, dès ce temps, on désignait déjà la ville par le nom de Beth hammiqdas '.

4. Talm. de Jér., Sckahhalli, i, 6. Comp. les dix-huit béné- -dictioos et la phrase fréquente UTpDn no na2> ^,na. (Dereiil)Ourg, Palestine, p. 403.)

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