Martyr. Polyc
[An 153J L'ÉGLISE CHRÉTIENNE. 439
cation. Un écho de la Galilée se faisait ainsi entendre, à cent vingt ans de distance, sur les bords d'une autre mer. Il répétait sans cesse que c'étaient là des témoins oculaires, et que lui les avait vus. Il ne se faisait pas plus de difficulté que les évangélistes de prêter à ces presbytcri des maximes mieux adaptées au ir siècle qu'à l'époque où ils étaient censés avoir vécu. A tant d'autres traditions obscures sur les origines du christianisme, une nouvelle source, plus trouble que les autres, vint de la sorte s'ajouter*.
L'impression que produisait Polycarpe n'en était pas moins profonde. Longtemps après, ses disciples se rappelaient l'un à l'autre le banc oîi il s'asseyait, sa démarche, ses habitudes, les traits de son corps, sa façon de parler. Chacune de ses paroles, ils la gravaient dans leur cœur. Or, dans le cercle qui l'entourait, était un jeune Grec d'une quinzaine d'années*, destiné à jouer un rôle de premier ordre dans l'histoire ecclésiastique; c'était cet Irénée* qui devait nous
1 . Voir les Presbyterorum reliqaiœ, recueillies dans les œuvres d*Irénée par MM. de Gebhardt et Harnack, Patres aposL, /, II, p. 4 05 et suiv. On y remarque des traces de polémique contre les gnostlques et Marcion.
%. Haï; In m.
3. Les indices pour mettre Irénëe en rapport avec Papîas sont très -faibles. Saint Jérôme, Epist, 29 (53), ad Theodoram, IV, 2« part., col. 581, Mart. Cf. Gebh. et Harn., Patres apost., I, ii,
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transmettre l'image souvent faussée, mais à quelques égards très-vivante, du dernier monde apostolique dont il avait vu en quelque sorte le soleil couchant*. Irénée était né chrétien, ce qui ne Tempêchait pas de fréquenter les écoles d'Asie, où il puisa une connaissance étendue des poètes et des philosophes profanes, surtout d'Homère et de Platon*. Il avait pour ami d'enfance et pour condisciple, si Ton peut s'exprimer ainsi, autour du vieillard, un certain Florin, qui avait une charge de cour assez importante, et qui plus tard, à Rome, embrassa les idées gnostiques de Valentin. Polycarpe passait aux yeux de tous pour le type parfait de l'orthodoxie. Sa doctrine était le millénarisme matérialiste de la vieille école apostolique '• Loin d'avoir rompu avec le judaïsme, il se conformait aux pratiques des judéo-chrétiens modérés ^. 11
p. 4 04 , 4 06, 4 4 3-4 4 4. Saint Jérôme, avec son inexactitude ordinaire, tire cette conclusion des citations de Papias qui sont dans Irénée. 4 . Certes Polycarpe et Irénée peuvent avoir exagéré Timportance de leurs relations apostoliques, afin d'avoir un argument décisif à faire valoir contre les hérétiques (Irénée, III, m, 4). Nous ne croyons pas cependant que le fait de ces relations soit un mensonge inventé de toutes pièceà. Voir V Antéchrist^ p. 567-568. Une des plus graves difGcultés est la complète ignorance que montre Irénée du vrai sens des énigmes de l'Apocalypse.