‹ L'église chrétienneChapitre 341 sur 371 · y. ci-dessu.s, p. 347-348; Bleek, p. 324 et suiv · texte numérisé non relu

y. ci-dessu.s, p. 347-348; Bleek, p. 324 et suiv

516 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 460]

pei' cet ordre d'imaginations, auxquelles s'associaient facilement des polémiques amères contre les juifs. C'est seulement au iv* siècle que les épisodes, d'un caractère presque épique, que l'on supposait s'être passés dans le voyage de Jésus aux enfers furent mis par écrit ^ Plus tard, ces légendes sur la vie souterraine de Jésus, se réunissant aux faux Actes de Pilate, formèrent le célèbre ouvrage appelé Évangile de Nicodème.

Cette basse littérature chrétienne, empreinte d'un esprit tout populaire, fut en général l'œuvre des sectes judaïsanles et gnostiques. Les disciples de saint Paul n'y prirent aucune part, i^^lle naquit, selon toutes les apparences, en Syrie. L'Egypte y est aussi mal connue que possible*. Les apocryphes d'origine égyptienne, par exemple l'Histoire de Joseph le char" pentier^^ sont plus récents. Quoique d'humble origine et entachés d'une ignorance vraiment sordide,

4. Sur l'idée elle-même de la descente aux enfers, voyez l'An" techrist, p. 58 et suiv. On parla aussi d'une descente des apôtres (Hermas, sim. ix, 46) et de Jean-Baptiste (saint Hippolyte, De Aniichr,, 45; Évang. de Nicod., ^ part., cb. ii, 3} aux enfers.

â. Les Pharaons sont censés régner quand Jésus vient en Egypte.

3. Dulaurior, IlévéL de saint Barlh.j p. ^3; Keviilout, Apocr. copies, p. viii-x; Arch. des miss, scienlif,, 3** série, t. IV, p. 447 et suiv.

[An 160] L'ÉGLISE CHRÉTIENNE. 517

les Evangiles apocryphes prirent bientôt une importance de premier ordre. Ils plurent à la foule, offrirent de riches thèmes à la prédication, élargirent considérablement le cercle du personnel évangélique. Sainte Anne, saint Joachim, la Véronique, saint Longin viennent de cette source un peu trouble. Les plus belles fêtes chrétiennes, l'Assomption, la Présentation de la Vierge, n'ont aucun appui dans les Évangiles canoniques ; ils en * ont dans les apocryphes. La riche ciselure de légendes qui a fait de Noël le joyau de Tannée chrétienne est taillée pour une très grande partie dans les apocryphes. La même littérature a créé l'Enfant Jésus. La dévotion à la Vierge y trouve presque tous ses arguments. L'importance de saint Joseph en provient tout entière. L'art chrétien, enfin^ doit à ces compositions, très-faibles au point de vue littéraire, mais singulièrement naïves et plastiques, quelques-uns de ses plus beaux sujets. L'iconographie chrétienne, soit byzantine, soit latine, y a toutes ses racines*. L'école pérugine n'aurait eu aucun Sposalizio; l'école vénitienne, aucune Assomption, aucune Présentation; l'école byzantine, aucune Descente de Jésus dans les limbes, sans les apocry-

4* Voir, par exemple, Le BlaDt, Inscr, chrét. de la Gaule, II, n® 542 A; Bayet, Peint, et sculpt. chréL, p. 415.

518 ORIGINES DU CHRISTIANISME. (An 166)

phes. La crèche de Jésus manquerait sans eux de ses plus jolis détails. Leur avantage, c'était leur înfériorite même. Les Evangiles canoniques étaient une trop forte littérature pour le peuple. Des récits vulgaires, souvent bas, étaient mieux au niveau de la fouie que le Sermon sur la montagne ou les discours du quatrième Évangile.

Aussi le succès de ces écrits frauduleux fut-il immense. Dès le iv* siècle, les Pères grecs les plus instruits, Épiphane, Grégoire de Nysse, les adoptent sans réserve. L'Eglise latine hésite, fait même des efforts pour les expulser des mains des fidèles*, mais n'y réussit pas. La Légende dorée y puise lai-gement* Au moyen âge, les Evangîtrs apocryphes jouissent d'une vogue extraordinaire; ils eut même un avantage sur les canoniques, c'est que, n'éîsnt pas Ecriture sacrée, ils peuvent être traduits en langui? vulgaire. Pendant que la Bible est en quelque sorte mis^ sous clef, les apocryphes sont dans toutes les mains/i-^ miniaturistes s'y attachent avec amour ; les rimeur^ s'en emparent, les mystères les mettent en drame sur le parvis des églises. Le premier auteur moderne

4 . Décret de Gélase de 494. Saint Jérôme en est l'ennemi acharné. Fulbert de Chartres et Vincent de Beauvais sont partagés entre les anathèmes des Pères et Fadmiration que ces écrits leur inspirent.

d'une Vie de Jésus, Ludolphe le Chartreux, en fait ses principaux documents. Sans prctention théologique,

ces Evangiles populaires avaient réussi à supprimer dans une certaine mesure les Evangiles canoniques; aussi le protestantisme leur déclara- t-il une vive guerre et s'attacha-t-il à montrer en eux des ouvrages du démon*.

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