‹ L'église chrétienneChapitre 40 sur 371 · JeaD, XIX, 35; xx, 30-34 ; xxi · texte numérisé non relu

JeaD, XIX, 35; xx, 30-34 ; xxi

52 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 126]

gnage, le narrateur du quatrième Évangile ne dit jamais u moi Jean » ; le nom de Jean ne figure pas une seule fois dans l'ouvrage ; il n*est que dans le litre; mais nul doute que Jean ne soit le disciple innomé ou désigné d'une façon voilée à divers endroits du livre. Nul doute, d'un autre côté, que l'intention du faussaire ne soit de faire croire que ce personnage mystérieux est bien l'auteur du livre *. Il y a là un petit artifice littéraire, du genre de ceux qu'affectionne Platon *. Il en résulte dans le récit quelque chose de précieux, parfois même des recherches, des sous-entendus, des mièvreries littéraires peu dignes d'un apôtre. Jean se nomme sans se nommer, se vante sans se vanter. Il ne s'interdit pas ce procédé de littérature qui consiste à montrer dans un clair-obscur, soigneusement ménagé, des secrets que l'on garde pour soi, que l'on ne dit pas à tout venant. Il est si agréable d'être deviné, de laisser conclure aux autres les choses avantageuses pour soi, que l'on n'exprime qu'à demi-mot !

Prouver Jésus à ceux qui ne croient point en lui, mais surtout faire prévaloir une nouvelle conception du christianisme, voilà les deux buts que se propose

i. Voir Tappendice à la fin de la Vie de Jésus (43* édit. et suivantes).

S. nxoErttv ^t, olfAat, Mihh, Phédon, 2,

[An 126] L*ÉGLISE CHRÉTIENNE. 53

l'auteur. Les miracles étant la preuve par excellence d'une mission divine*, il enchérit encore sur les récits de prodiges qui déparent les Evangiles primitifs. — Cérinthe, d'un autre côté, fut, à ce qu'il semble, un des facteurs de ces livres singuliers *. Cérinthe était devenu comme le spectre de Jean. La mobilité d'esprit de ce sectaire tantôt le rapprochait, tantôt l'éloignait des idées qui s'agitaient dans le cercle éphésien *; si bien qu'il passa en même temps et pour l'adversaire que les écrits johanniques voulurent combattre, et pour le véritable auteur de ces écrits*. Telle est l'obscurité qui plane sur la question johannique, qu'on ne peut pas dire que cette dernière attribution soit impossible. Elle répondrait bien à ce qu'on nous apprend de Cérinthe, dont l'habitude était de couvrir ses rêveries du nom d'un apôtre; elle expliquerait le mystère où le livre resta durant près de cinquante ans et l'opposition vive qui y fut faite*. La fureur particulière

4. Celte idée est bien juive. Comparez la légende de Moïse, et Isaïe, VII, xxxYiii.

Page 1