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Tit, III

[An 137] L'ÉGLISE CHRÉTIENNE. 103

c'est peut-être lui qui a raison. La politesse veut même qu'en sa présence vous affectiez de le croire. Le monde n'est pas un couvent, et les prétendus avantages de moralité qu'on obtient par la censure et la délation entraînent des inconvénients bien plus considérables que ceux qu'on avait cru éviter.

L'orthodoxie S dans les Épîtres à Tite et Timothée, n'a pas fait moins de progrès que l'épiscopat. Déjà ii existe une règle de foi, un centre catholique, qui exclut comme des branches mortes ce qui ne reçoit pas la vie du tronc principal. L'hérétique est un coupable, un être dangereux qu'il faut fuir. 11 a tous les vices, il est capable de tous les crimes; les actes qui sont louables chez le prêtre chrétien, tels que la recherche de la direction des femmes, certaines façons de faire le siège des intérieurs, sont chez lui des attentats*. Les hérétiques que l'auteur a en vue paraissent être des esséens, des elkasaïtes, des sectaires judéo-chrétiens, préoccupés de généalogies d'éons, s'imposant des abstinences, de rigoureuses distinctions entre les choses pures et impures, condamnant le mariage % et néan-

4. È (rj^taivouoa ^i^aoxoXia (latinisme pour sana docirina). % ITim., I, 4,6,7, 20; vi, 3-5, 20-24; llTim., il, U-16,23, 25-26; m, 1-9; iv, i cl suiv. ; Til., i, 10-16; m, 9-11. 3. I Tim., 1, 4, 6, 7; iv,3-4, 7; 11 Tim., m, 1-9.

<0i ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 127]

moins grands séducteurs de femmes, qu'ils prennent en leur offrant, avec l'appât des voluptés, de faciles manières d'expier leurs péchés *• On se sent bien près du gnosticisme et du montanisme. La proposition que la résurrection est déjà un fait accompli*, fait penser à Marcion. Les expressions sur la divinité de Jésus-Christ gagnent en force, quoique enveloppées encore d'un certain embarras *.

Ce qui domine tout, c'est un admirable bon sens pratique. L'ardent piétiste qui a composé ces lettres ne s'égare pas un moment dans les sentiers dangereux du quiétisme. II répète jusqu'à la fatigue que la femme n*a le droit de se livrer à la vie spirituelle que quand elle n'a pas de devoirs de famille à remplir ; que le devoir principal de la femme, c'est la génération et l'éducation des. enfants; que c'est un égarement de prétendre servir l'Église, quand on n'est pas complètement en règle avec sa maison*. La piété que prêche notre auteur est d'ailleurs une piété toute spirituelle; elle réside dans le sentiment: les pratiques corporelles % les abstinences, par

4. IITim., tu, 6. Comp. Irénée, I, xiii, 3, 6; Epiph. xxvi, H.

2. II Tim., II, 48. Cf. Tertullien, Adv. Marc, V, 40 (cf. De resurr. camis, 49); Epiph., hœr. xui, 3.

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