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L'église de Cremeaux

Ainsi que nous en exprimions la crainte dans le Memorial du 21 l'évrier dernier, l'intéressante église desCremeaux a été livrée à la pioche des démolisseurs. La nef et l’abside ont aujourd'hui complètement disparu. Aussi nous avons tenu à en conserverie souvenir par la publication du croquis ci-joint.

Le village de Cremeaux est construit au sommet d’une montagne, dans une des plus jolies situations que l’on puisse imaginer, d’où la vue s’étend depuis les monts du Roannais jusqu a la chaîne du Pilât. Au premier plan se dressent d’un côté la tour de Saint-

Polgues et de l’autre les ruines de l'ancien château de Grezolles.

C’était autrefois le siège d’un château fort, possession des Vernin, et d'un prieuré uni vers 1233 à celui de Montverdun-en-Forez. 11 y avait de ce fait deux églises ; l’une paroissiale, l’autre prieurale, la première dédiée à Saint-Martin a disparu depuis longtemps (1) ; et même avant la révolution les offices étaient célébrés dans l'église du prieuré, dédiée à Notre-Dame, et dont nous déplorons aujourd’hui la ruine.

Détruite pendant les guerres de religion

fl) Prajolx l’Abbé) — Le canton de Saint-Just-en-Chevaletf Roanne 1893, in-8. p. £££. £31. £38

cette église avait été reconstruite peu après, j et nous était parvenue telle que le XVIe siècle nous l’avait laissée ; c’était dans son ensemble un monument fort remarquable, un des plus curieux et des plus originaux de l'arrondissement de Roanne.

Elle se composait d’une nef mesurant vingttrois mètres soixante centimètres de longueur sur huit mètres de largeur : un abside à trois pans la terminait à l’orient, tandis qu'à l’ouest s’élevait un clocher de forme rectangulaire, aussi large que l’Eglise, et dont l’étage inférieur formait un large porche précédant la nef.

Les voûtes reposaient sur des croisées d’ogives de profil prismatique à la nef, tandis qu’à l’abside elles avaient la forme d’un gros tore avec un léger redent ; ce profil de nervure ne se trouve pas en général après le XIVe siècle ; il y avait donc là un archaïsme architectural digne de remarque.

Les grandes et belles fenêtres de l'abside étaient divisées en deux parties par un meneau. Au sommet, on voyait une véritable dentelle de pierre dont les découpures reproduisaient, à l'ouverture centrale, une fleur de lys de la plus grande élégance.

CLOCHER DE Dessin de I*.

Les arcs doubleaux, en granit sombre et d’un accent vigoureux, se continuaient sans arrêt jusqu'au sol.

Le long de la nef, on voyait toute une série de chapeles s’ouvrant sous des arcs surbaissés, jetés d’un pilier à l’autre, et dont les deux dernières, plus larges et plus profondes, formaient un transept en avant de l’abside.

La chapelle seigneuriale occupait le bras septentrionnal de ce transept ; au-dessous se trouvait un caveau spacieux d’où on a retiré plusieurs squelettes bien conservés.

Le maître de l’œuvre avait donné libre

CREMEAUX Taidiei (I)

cours à son imagination d'artiste en couvrant une autre de ces chapelles latérales d’une voûte divisée en trois compartiments minuscules, et dont les ogives reposaient sur des culots suspendus.

Le clocher, construit en blocs de granit, offre une silhouette imposante et robuste. Audessous de l’étage des cloches, se trouve une grande salle rectangulaire réservée au sonneur. Les quatre angles supérieurs de la tour sont occupés par des statuettes d'un effet original : de curieuses gargouilles déversent au dehors les eaux des toitures.

(1 Cl* cliché est extrait du Fore: Pittoresque de F. Thuillier. Lyon ISSU, p. SU.

Un portail également en granit, et malgré cela très finement sculpté, donne accès du porche à l'église.

Telle était en quelques mots la belle église Notre-Dame de Cremeaux.

Malgré ses quatre siècles d’existence, la nef était encore solide, et si elle était réellement trop petite il était facile de l’agrandir par la simple adjonction ne nefs latérales, dont la présence n'aurait en rien gâté l’aspect de l'édifice. Seul le beau clocher reste encore debout, comme pour nous faire regretter encore davantage l’église disparue.

De tout temps, elle avait été remarquée et signalée comme une des plus curieuses du Forez. Déjà, dans un siècle où certes l'art du moyen âge n’était guère en faveur, Mgr de Marquemont, en 1614, et Mgr de Neuville, en 1602 (1), la citaient comme très convenable, au cours de leurs visites pastorales ; et, tout récemment encore, M. l’abbé Prajoux, dans une intéressante étude sur le canton de Saint-Justen-Chevalet, en faisait ressortir l'intérêt.

(1) Prajoci (l’Abbé). — Op. cit. p. 2-41 et suiv.

Comme tant d'autres, également disparues, elle avait traversé la tourmente révolutionnaire sans en subir le moindre outrage.

Et malgré tous ces témoignages, et malgré les protestations de toute la pi’esse régionale, elle n’a pu trouver grâce devant le vandalisme moderne.

Ainsi s'en vont de jour en jour les dernières traces du passé de notre province.

En faisant disparaître un à un les vieux édifices du culte, on paraît oublier que c’est une des gloires de l’Eglise catholique française d’avoir su créer l’art architectural le plus monumental, le plus rationnel et le mieux approprié qui fût jamais, que l'art du Moyen-Age fut avant tout un art religieux et que les traditions artistiques de l’Eglise ont droit à tout notre respect, surtout quand on a le bonheur de les posséder aussi pures et aussi intactes qu’à Cremeaux 1

^Extrait du Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, du 3 mars 1899 .

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