Tombe de Salvo Cassetta
L’Eglise de la Minerve
Pourquoi ne pas revenir à ces formes si vraies, si artistiques, si douces de la piété envers les morts, qui nous retiennent si loin de l’atroce contradiction dans les termes appelée “ pompes funèbres „ ?
Sans doute on a renoncé de nos jours aux macabres plaisanteries, aux sinistres grimaces et aux pirouettes dégoûtantes de la mort transformée en acrobate, emportant son défunt dans un médaillon ou autrement ; sans doute encore les artistes dont le génie s’élève jusqu’à nous présenter de gentilles veuves tâtant le pouls du mourant, ou encore entrouvrant la porte du caveau funèbre, pour savoir si elles peuvent sérieusement songer à d’autres consolations, sont rares, même au cimetière de Staglieno, près de Gênes : mais aussi rares sont ceux qui savent rappeler dignement le souvenir des trépassés pour le bien de ceux qui sous peu trépasseront à leur tour.
Contre la paroi de gauche du même réduit sont trois tombes à noter.
La première est le monument de Giovanni Solano, de Cusco, une véritable œuvre d’art.
Dans le haut, un buste qu’on dirait un saint Vincent de Paul, à qui il ressemblait physiquement, et même moralement, puisque sur le piédestal du buste on peut lire : “ Dispersit dédit pauperibus „ . L’urne funèbre est très pure de lignes, mais sans
demum sub Xgsto III1 pont. max. con \ sensu patrum Romae in Gen(eralem) assumpto | Reli(gio) patri opt. ac b. m. et soli | Vix. an. LXV1 m. VI d. XXVI.
Enfin celle de Salvo Cassetta: Salvo Cassetae Panormitano: summo theolog. haeresis an. XXVI inquisitori Sacri Pal. Mag.ro Vil caeterisq. praedicatoru. | muneribus praeclare functo demum sui Ord. incredibili o.ium co. sensu generali assumpto misso pro arduis Eccl.iae rebus \ a Sixto 1111 pont. max. in Germanica legatione et re ex voto perfecta reverso \ de se majori spe. desideriaq. relictis \ patri opt. ac b. m. or do f(ieri) c(uravit) an. agens LXX. Obiit XVII Tcal. octob. an. salutis MCCCCLXXXII1.
ornements. Son épitaphe nous apprend qu’il fut dominicain, qu’il étudia passionément les sciences juridiques, et que devenu évêque, il renonça à sa charge pour mieux vaquer à ses études préférées ; elle loue sa piété et sa charité. Il mourut en 1530 h
Vient ensuite la pierre tombale de l’évêque Battista Giudici. Son portrait en bas-relief, vêtu de ses insignes épiscopaux, est sculpté sur le marbre ; et une inscription gravée aux pieds nous rappelle que le défunt était connu comme savant dans les sciences humaines et divines 1 2.
Une autre pierre tombale, semblable à la précédente, avec portrait en bas-relief, est celle de l’évêque dominicain Pascasio, de Burgos, très célébré en son temps pour sa charité inépuisable. Ses revenus avaient été considérables : mais il avait tout donné aux pauvres, à ce point que ses serviteurs durent se cotiser pour lui créer sa tombe 3.
1 En voici le texte : D . O. M. | Jouants Solano Granatensi Ord. Praedic. Cuschi novi Orbis episcopo erudita sapientia ac pietate insigni Ecclesiasti \ ci Juris studiosissimo ; quod cum in episcopatu retinere non \ posset eo deposito Urbem religiosissime coluit multis \ honoribus perfunctus amplissimas opes B. Virginis conventui \ super Minervam ad majorent Dei literarumque \ cultum. largitus animum Auctori reddidit \ grati piique patres P. Vixit an. LXXVI \ oibiit XIX febr. MDXXX. C’est lui qui fonda le Collège de Saint-Thomas à la Minerve, pour l’instruction des étudiants dominicains venus des provinces les plus pauvres et les jilus éloignées. Plus tard, en 1630, ce collège fut doté de nouvelles bourses en faveur des étudiants polonais. En 1727, il reçut de Benoît XIII le droit de conférer les grades tliéologiques.
2 On trouvera ce qui reste de son épitaphe dans notre Nécrologe lapidaire de la Minerve et dans Forcella, Iscrié., n° 1642.
3 Son épitaphe est très édifiante: Paschasio Hispano Burgensi episcopo qui ex Praedicatorum Ordine doctrina virtutibusque evectus amplissimis redditibus ann. XV pie dispensatis ad Lateranensem Synodum sub Julio II Pont. Max. accitus vita functus est \ Christi pauperes inter compauperes mortuo alienis sumptibus tumulato \ servitores Domino posuere \ MDX1I. Vix. annos LXX.
101. — Monument de Giovanni Solano et de deux autres évêques.
Ceci n’arrivera à aucun de ceux qui aujourd’hui troublent et profanent le silence de ces tombeaux.
Une tombe transportée dans ce couloir, de la place qu'elle occupait jadis près du maître-autel dans l’église, du côté de l’épître, est celle du cardinal Marco Antonio Gfaetani, bienfaiteur insigne de la Minerve, mort en 1412. On y voit le portrait en relief du défunt, dans un encadrement gothique, avec les symboles des évangélistes dans les angles l.
Dans le reste du couvent on signalait encore d’autres œuvres d’art.
Dans le réfectoire, sur la paroi du fond, le peintre Bussotille, de Malte, avait représenté la Cène des disciples d’Emaiis.
On signalait encore quelques œuvres du Frère Jean-Baptiste Monnoyer, dominicain français, qui peignit la chapelle de l’Annonciation dans le monastère des saints Dominique et Sixte à Rome, et donna, dit-on, les dessins pour la statue de saint Dominique que Legros sculpta à Saint-Pierre, puis ceux du tombeau de saint Pie Y, exécuté à Sainte-Marie-Majeure, par Leonardo da Sarzana et Nicolô Cordier. Frère Monnoyer peignit à la Minerve, pour les salles de classe, la vie de saint Dominique, et pour la “ salle de texte „ annexée à la Casanate, où l’on expliquait le texte de saint Thomas, un tableau du Docteur angélique. Il est encore reconnaissable dans le plafond, bien qu’il ait servi de cible à la barbarie envahissante, et soit criblé de brèches faites avec des projectiles. Il était peint sur toile, et très remarquable pour la composition et le dessin. Il exécuta enfin un portrait du cardinal Casanate pour le cabinet des médailles, et quelques grands tableaux pour la salle où se réunissait la Congrégation du Saint-Office.
1 Voir son épitaphe dans notre Nécrologe lapidaire de la Minerve , ou encore dans Forcella, lscris., n. 1579.
U Eglise de la Minerve
Frère Monnoyer mourut dans la maison du général de l’Ordre, à la Minerve même, en 1714.
Dans le dernier dortoir du couvent, on conservait encore une statue très louée de saint Dominique, exécutée en stuc, par l’Algardi, et dans la Bibliothèque de la Casanate, la statue du cardinal qui lui donna son nom, sculptée par Legros, grâce aux soins du P. Cloche, maître général.
Beaucoup d’autres œuvres d’art ont existé et disparu sans laisser de traces ni de souvenir. Un couvent, habité par des hommes convenablement intelligents, finit toujours par réunir des œuvres de mérite. Et si les religieux n’y songeaient point, les artistes seraient là pour les encourager.
Signalons les principales, parmi celles qui subsistent, afin que la mémoire ne s’en perde pas.
Au rez-de-chaussée, sur la gauche du couloir qui menait jadis à la Casanate, dans une salle qui contient aujourd’hui des archives, se voient deux monuments dignes d’attention.
D’abord une statue monumentale de la Mère de Dieu, assise, tenant à gauche son Fils, gracieusement agenouillé contre son sein et tourné vers elle, tandis qu’elle étend à moitié le bras droit, avec la main ouverte. Le groupe est en marbre et n'est qu’ébauché, quoique poussé passablement loin.
11 est perdu au milieu de ces paperasseries.
Cette Vierge était sans doute une u Santa-Maria-sopra- Minerva „ , et devait s’ériger sur quelque monument public. On ferait sagement de la transporter dans une chapelle de la Minerve, où elle ferait excellente figure, même inachevée et telle qu’elle est.
Dans la même salle, en face de la statue précédente, se voient entre les boiseries de la bibliothèque d Archive, deux tombeaux. Le premier est celui du patricien bolonais Graleazzo Elefantucci et de sa femme Isabelle de Comis. Le buste du défunt est accompagné de touchants distiques sur son bonheur dômes-