LEGLISE DE LYON ET LE SERMENT
la lecture de quelques extraits, on verra que l'auteur ne peut dissimuler ses tendances jansénistes; il s'inspire parfois des Lettres secrètes: « Un grand prélat, mais trop politique, porta M. de Marbeuf sur le siège d'Autun; on ne sait trop pourquoi. Revêtu de l'épiscopat, ce dernier oublia bientôt son bienfaiteur : il cessa d'être bonhomme et devint ingrat. N'ayant aucune consistance dans le caractère, son cœur marche de pair avec son esprit qui, ne se trouvant que dans les autres, ne suit que les autres, ne juge que par les autres, ne jure que par les autres et, ne pouvant rien faire par lui-même, fait tout faire par les autres. Tel était notre archevêque et le primat des Gaules. Le faiseur d'avertissements, au nom de ce pasteur inconnu, nous dit
cent sottises avant de parvenir k une seule vérité On agit très
bien en déposant l'archevêque : avant d'être pasteur il faut être citoyen et soumis aux lois de l'Etat dont on est membre. Si on refuse, la société doit rejeter l'insoumis comme un membre nul ou plutôt dangereux par sa coalition avec les ennemis de la patrie La sentence de déposition n'a pas besoin d'émaner de l'autorité ecclésiastique, celui qui est déposé n'étant plus citoyen. » Nos théologiens refont à leur manière l'histoire des premiers siècles. Ils affirment, sans aucune hésitation, que le métropolitain nommé n'est ni intrus ni usurpateur, puisque le siège est vacant; que Tinstitution du nouvel évêque est canonique. Le refus d'institution par le chef de l'Église ne caractérise pas l'usurpation, car cette institution n'est pas nécessaire. M. de Marbeuf n'a pas le droit d'excommunier son remplaçant : ce droit appartient à l'Eglise, corps entier, non aux ministres ; d'ailleurs on ne peut l'exercer qu'en face du crime. Or le nouvel évêque n'a commis aucun crime. « Le successeur de votre Prélat a-t-il vendu des bénéfices? Non, il n'en avait pas lui-même. A-t-il été infidèle à son Église, dans l'intention de n'en savoir des nouvelles que par trois ou quatre grands vicaires qui savent mieux faire jurer sur un fait qui n intéresse personne que de se soumettre à la Loi qui intéresse la Nation ? A-t-il bouleversé tout le clergé par des trames odieuses et même scandaleuses aux y^Mx du peuple et du royaume? Depuis 1767, professeur ou supérieur des séminaires de Metz et de Verdun, il n'était occupé qu'à instruire et former les élèves du sanctuaire. S'est-il absenté de son diocèse pendant trois ans ? Mais il n'est pas encore sacré. A-t-il employé le revenu des pauvres pour faire le
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baron, pour révolter ou plutôt pour insulter le public par son luxe, pour reposer, hors de son diocèse, dans les bras de la mollesse ? Non, car en traçant lui-même au public le portrait d'un évêque apostolique, il s'est engagé à en être la copie, et je vous assure qu'il le sera. .. » Le portrait de Lamourette malgré les erreurs dont il fourmille, opposé à la caricature de M . de Marbeuf, méritait de retenir notre attention plus que les arguments enfantins destinés à étayer ce château de cartes théologique. La colère est si aveugle qu'elle ne discerne plus la lumière de l'ombre. L'auteur du factum termine en déclarant des hauteurs de la science « que l'évêque ne peut se servir de l'excommunication sans le consentement explicite du peuple et du clergé » ; le primat devra donc venir à Lyon pour demander à son Église les armes dont il veut frapper le nouveau pasteur, selon lui, intrus et sacrilège. Le Prince seul, c'est-à-dire le Peuple, peut établir des empêchements de mariage, soit dirimants, soit prohibants; seul, il peut dispenser. « Liutile donc de sonner le tocsin sur la nullité des dispenses accordées par le pasteur, soi-disant intrus, ainsi que sur la nullité des sacrements. »
Dès que M. de Marbeuf fut informé du remplacement des directeurs de son séminaire, il éleva une protestation indignée et frappa des censures ecclésiastiques les professeurs que la municipalité avait eu l'audace d'installer malgré son droit épiscopal exclusif. De plus il interdit le culte dans la chapelle du séminaire (20 février) ^
Mais venons à Lamourette.
Que se passa-t-il lors de l'élection du nouvel évêque de Rhôneet-Loire? Beaucoup de ceux qui ont abordé ce point intéressant, M. Linsolas entre autres, confessent que l'élection fut moins que régulière. L'étude du procès-verbal, qui fut dressé, justifie singulièrement leur manière de voir.
D'après M. Linsolas, au premier tour de scrutin, deux ecclésiastiques obtinrent un nombre respectable de suffrages. Le nom de Darle, le fougueux janséniste, ancien professeur du séminaire Saint-Charles, serait probablement sorti triomphant des urnes, si une voix ne s'était écriée : « Eh ! Messieurs, à quoi pensez-vous ? Ignorez- vous qu'il est de