‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 3)Chapitre 13 sur 146 · LES ÉLECTIONS DU CLERGÉ DE PARIS E\ I · texte numérisé non relu

LES ÉLECTIONS DU CLERGÉ DE PARIS E\ I

I,e doublement du Tiers. — Les élcclions. — Les cahiers. L'esprit pul^lic.

Nous avons vu que le ^^i janvier 1789, avait été pul)lié le règlement indiquant la manière de procéder aux élections des députés aux Etats-Généraux ^. Il n'est pas exagéré de dire que ce règlement contient en germe toute la Révolution.

Je ne sais s'il faut y chercher, comme on l'a dit, un calcul machiavélique ou une naïve imprévoyance. Je serais plutôt porté à y voir un produit de l'esprit utopique de ces hommes qui s'imaginaient, à cette époque, tracer le plan d'une cité idéale, dont tous les habitants |)raliqueraient la verlu, parce qu'à tous on aurait assuré le ])onheur.

\ celui (pii examine ce règlement, il semble tout (rabf)rd (|ue tous les préjugés de l'ancien régime en ont inspiré les principales dispositions : la distinction (les trois ordres est maintenue rigoureusement, et il FI y a [)as jusqu'aux menus détails d'étiquette, où on

I. Ariiwind Hrette, licciwil de dornmcnls rclallj's à la Convocation (les Etats fiénrran.r, 1, OO-ioi. — Chassin, Les élections et les cahiers 'le Paris, \. .Hâ').

H<S LE nOTnTT.MEXT DU TIERS

n'a il voulu faire sonlir aii\ gons du Tiers-État, qu'ils sont d'une espèce inférieure. Ils délibéreront à part ; le vote de leur ordre sera écrasé par celui des ordres supérieurs ; on leur fait la grâce de les consulter, mais on s'arrange de manière à pouvoir se passer de leur avis. Ils figureront dans la comédie pour y jouer le rôle du manant qu'on berne et qu'on finit par payer à coups de bâton.

Le doiihlcmcnt du Tiers.

Si telle était l'intention des rédacteurs du règlement, il faut convenir qu'ils se trompaient ; en tout cas, elle leur vaudra de singulières déconvenues. Par une concession, qui, dans leur esprit, était destinée à faire illusion aux partisans des réformes, ils avaient attribué au Tiers-État une représentation double de celle de cliacun des autres ordres : ainsi, à Paris, le Clergé et la Noblesse avaient à élire chacun dix députés, et le Tiers-État en désignait vingt. Cette mesure, qu'on a appelée le (( doublement du Tiers », ne signifiait rien si les députés devaient voter par ordre: l'opinion des 600 députés du Tieis ne comptant que pour un suffrage, celle des 3oo députés de la Noblesse poui- autant, celle des 3oo députés du Clergé départageait l'assemblée et assurait la majorité aux castes privilégiées. Ce n'est que dans le cas où les suffrages auraient été comptés par tête qu'on eût donné à l'opposition éventuelle du Tiers une force numérique, contre laquelle il n'eût pas été possible de lutter, mais, avec le vote ])ar

F.E DOI lîI.EMliM 1)1 TIERS ^9

ordre, cette concession était dépourvue de toute portée pratique ^.

De plus, et pour accentuer les conséquences du dou- ]3lement du Tiers, on avait donné une voix, dans les assemblées électorales du Clergé, à tous les curés sans exception. Le plus humble u congruiste », un sousdiacre sans revenu ni bénéfice, allaient au scrutin avec une voix qui pesait exactement autant que celle de leur év(V[ue, ou du clianoine chargé de représenter la collecli^ité capitulaire -. Les élections du corps ecclésiastique allaient donc se trouver entre les mains des curés, de beaucoup les plus nombreux dans la plupart des circonscriptions électorales. Sans doute ils ne manqueraient pas d'élire quelques évêques ou d'importants bénéficiers, mais ils ne pouvaient résister à la tentation de se réserver la plus large part dans la répartition des mandats-^. Or, les curés, je parle surtout des petits curés de campagne, c'était la plèbe ecclésiastique. Ils avaient, avec le Tiers-État, communauté d'origine, d'intérêts, je dirai même d'ambitions et de rancunes *. Nécessairement, une partie des députés du

I. Tliiers, liévolution française, T. ^8. — Darcste, Histoire de France, VII, l'ia.

->.. Règlement ('lectoral, art. 10, 11 et i5.

.1. Les élus du clergé furent /17 évèrpics, 308 curés et 3") abbés ou chanoines. L'ancien rlenjé de France, par l'abbé Sicard, II, i3i.

'i. Ouanil le Chapitre de Paris eut à se faire représenter dans les assemblées électorales des bailliages provinciaux où il possédait des biens, ses délégués furent épouvantés de l'esprit de révolte qui animait les curés de campagne. Voir notamment les lettres du chanoine <ie Champigny, envoyé à Melun (Arch. Nat., L. ôfw, 2), et chanoine Hulté, (|ui écrit de Sentis (L. 5/ii, 3): « Je pourrais me permettre bien des réflexions sur la manière dont tout s'est passé à

Clergé allait fairo cause commune avec le Tiers; inévitablement, ils demanderaient la rénnion des trois ordres en une seule Assemblée Nationale, où on voterait non plus par ordre, mais par tête, où, par conséquent, la majorité serait acquise d'avance au programme des revendications du Tiers-État.

C'est de là que devait sortir cette lutte dont l'épisode le plus fameux est le Serment du Jeu de Paume, et de cette lutte l'issue était connue d'avance. On a pu, dans le parti de la Cour, invoquer avec hauteur les droits de la Monarchie, faire entendre des menaces inoffensives, ])arce qu'elles étaient inexécutables, user d'expédients à qui il ne manquait que d'être efficaces. 11 était trop tard pour essayer d'éteindre le feu : il n'aurait pas fallu l'allumer. Et la question est de savoir si, dans cet amas de matières combustibles, l'incendie ne se serait pas allumé tout de même, quelque parti qu'on eût pris pour la répartition des mandats de députés.

Les élections.

A Paris inira nuiras, les élections de 1789 n'eurent pas, en ce qui concerne l'ordre ecclésiastique, le carac-

nos différentes séances. Il me suffit de dire que la confusion, causée par l'insubordination, a régné dans nos assemblées, malgré la présence du prélat qui nous présidait. » Et en effet l'élu aAait été un simple curé, l'abbé Massieu, connu pour ses idées avancées, qui sera un des membres les plus remuants du comité ecclésiastique, un des rédacteurs de la constitution civile, et qui, après être devenu l'évêque constitutionnel du département de l'Oise, sortira de l'Eglise, se mariera, se fera remarquer en 1794 par ses fureurs jacobines et finira dans Toubli définitif de toutes ses obligations ecclésiastiques et môme chrétiennes.

LES ÉLECTIONS l\ I

tèro d'une manifestation politique. Ce n'est pas que le

clergé de Paris ne fût pas convaincu, en très grande

majorité, de la nécessité des réformes ; il n'en man-

[quait même pas qui voulaient que ces réformes fussent

idicales et immédiates ; mais ceux-là formaient un

groupe étroit, composé de personnalités de mince im-

[portance ; ce n'était pas même un groupe : c'étaient

les isolés, suivant chacun une voie dilTérenle, n'ayant

mcore eu l'occasion de manifester leurs idées devant

aucune assemblée, ou ne l'ayant fait que rarement, et

avec les réserves que leur inspiraient elles dispositions

de leur auditoire et la crainte d'une répression sévère.

Les opposants, et il y en avait, n'avaient pas pris

contact entre eux, et, par suite de cet isolement, ils

étaient réduits à l'impuissance.

La majorité du corps électoral à Paris, se composait de hauts personnages qui siégeaient souvent avec plusieurs voix, comme fondés de pouvoirs des communautés de femmes dont ils étaient les supérieurs ou les directeurs; — les vicaires généraux et les membres de l'administration diocésaine; — les députés des chapitres;— les titulaires de gros bénéfices situés en province, mais qu'un emploi à la- Cour ou une charge de judicature faisaient résider à Paris ^ Tous ces puissants dignitaires, largement pourvus, et par conséquent satisfaits, formaient dans l'assemblée un élément pondérateur, puissant par le nombre et par l'autorité (pie donnent les talents, l'expérience des affaires

I. Voir lu rc<,'islre H-'^, ii3, conservé aux Archives Nationales <îl (|iii renlenne une grande partie des procès-verbaux des assemblées préparatoires du clergé de Paris.

LES ÉLEr/riO>'S

otuiic liaiilo siluMlioii sociale. Le parti dos Tnéconlenls ne fut donc que laibleincrit re|)rcsc nié parmi les électeurs du second degré, et ses élus étaient fort gênés pour exprimei' leurs griefs en piésence de ceux ([ue seules des circonstances exceptiojHielles avaient fait leiu'S égaux, et seulenienl poiii- le temps quedureraient les opérations juéparatoires à l'élection. S'ils manifestèrent leurs opinions, ce fut surtout dans des brochures, dont nous aurons à reparler, parce qu'elles traduisent assez fidèlement l'état, d'esprit d'nne partie consi(lérai)le des prêtres de Paris.

Il fallut attendre jusqu'au i5 avril pour commencer les opérations électorales de Paris. Un conflit d'attributions s'était élevé entre le prévôt des marchands. Le Pelletier de Alorfontaine et le prévôt de Paris, marquis de Bretonvilliers, qui se dispntaient le droit de lancer les assignations et d'inviter les corporations à choisir leurs délégués. On voit souvent de paieilles querelles d'étiquette ou de préséance mêler leur note lidicule aux scènes les plus tragiques. Dans cette lutte entre le Clialelet et l' Motel de Ville, ce fut M. de Hretonvilliers qui linit par avoir gain de cause, et c'est en son nom que les élections furent ordonnées^. Le prévôt des marchands donna sa démission et fut remplacé par J. de Flesselles, (fui devait être massacré le 1 4 juillet i7S().

I. Le document qui mit à néant les prétentions dii Prévôt des Marcliands fut trouvé dans les archives de Notre-Dame ; c'était une délibération ca|)itulaire du lo décembre i^|83. M. Tabbé Meurct la reproduit dans son ouvra <?e : Le Chapitre de Notre-Dame en 1790, p. Hh. — Noir aussi, à ])ropos de ce conflit, Chassin, op. ri'., 1, II 5, 3:i3.

Los séances pirparatoires s'ccholonnont «miIio le i8 et le 32 avril 1 ; dans la soirée du a?, le lieutenant civil et le procureur du Roi se rendirent à l'archevêché pour inviter M. de Juigné à célél)rer une messe solennelle du Saint-Esprit qui devail servir de préparation à l'assemblée générale des électeurs du premier degré -.

A l'issue de la messe, une séance générale se tint dans la grande salle de l'archevêché, et notons au passage cette particularité qui créera un grave précédent : pour tenir les réunions d'électeurs, il fîillait de vastes salles et en grand nombre ; le i8 avril, il s'était leiui simultanément 90 assemblées primaires de la Noblesse et Go du Tiers-Etat : c'est au même moment que les membres des chapitres, collégiales et communautés paroissiales

1. A Nolrf-Damo, le Chapitre se réunit le m avril pour (l('si}?ncr les cinq déléo^ués auxquels il avait droit. Ce furent M. de IJoislîasset, chantre, sur le refus de M. de Montaccu, doyen, qui s'était récusé à cause de ses infirmités; puis MM. Chevreuil, chancelier, Lucas, de Champijrny et de Bonneval. Toutefois, avant de procéder au vote, le Chapitre iit dresser acte par deux notaires de sa protestation contre la disposition du règlement du -j/j janvier qui réduisait à cinq le nombre de ses élus, pendant que les chapelains de la cathédrale, nommant un électeur pour vinf>t votants, >(' trouvaient avoir seize mandataires à la Chambre ecclésiastique. \joutons cependant que huit autres chanoines furent du nombre ijf's électeurs, avec treize voix, comme mandataires de diverses comnninaulés de femmes. Leur protestation ne fut pas accueillie, (■\ \(-s pamf)hlélaires s'en emparèrent pour tourner leur requête fil ridicule. <( La relif^ion attarjuée parce (prou l'ait peu irattenlion à des chanoines ! C) Molière ! 0 Hoileau ! O poème du Lutrin ! Si un curé est peu de chose en le mesurant à son territoire, qu'est-ce qu'un chanoine mesuré k sa stalle! » Hibl. Nat., L'23^

2. Voir la description de cette cérémonie dans l'abbé Meuret. ip. cit., i85.

44 l-ES ÉLECTIONS

élisaient leurs délégués. Or, par un accord à peu près spontané, et non sans l'agrément de l'autorité ecclésiastique, ce fut dans les églises paroissiales ou conventuelles que ces réunions eurent lieu, à l'exception de deux, tenues l'une au Châtelet et l'autre à la Bibliothèque du Roii, Depuis lors, et comme par la force des choses, les édifices religieux furent considérés comme le lieu naturel où devaient se tenir les assemblées politiques 2. Ce n'était ni la reconnaissance d'un droit, ni une concession gracieuse de la part du clergé ; tout le monde s'imaginait alors que de ces assemblées sortirait le remède à la crise dans laquelle le pays était engagé, et les prêtres, comme les autres, allaient avec un véritable enthousiasme prendre part aux délibéiations qui préparaient, croyaient-ils, l'avènement d'un régime d'ordre et de paix. C'était donc pour eux un

1. Le 2 1 avril, le Tiers-Etat étant asseml>lé dans la nef de Notre- Dame, l'office fut célébré à Saint-Denis-du-Pas. Le 29 avril, le Tiers-Etat se réunit à la salle capitulaire, et le Chapitre dut aller tenir son assemblée dans la Bibliothèque. Le district do la Cité choisit la cathédrale pour lieu ordinaire de ses réunions, et, pendant la nuit du i3 au i^i juillet, l'église était remplie d'hommes armés se préparant à défendre la Cité contre les 20.000 hommes qu'on disait entrés par le faubourg Saint-Martin. Pondant ce temps, les chanoines chantaient l'ofrico.

2. Quand il avait été question de désigner le lieu des assemblées électorales, M. Lenoir, commissaire au Châtelet, avait prévu l'objection et l'avait résolue en y joignant force précautions oratoires : « La sainteté dti lieu et le silence qu'on y doit observer, la gravité et l'importance du sujet de ces assemblées, auxquelles chaciin s'empressera de se rendre ; la dignité, le rang des personnes les plus considérables ([ui s'y trouveront ; la présence des curés et des corps de fabri(iue, qui seront à la tèlo, tout concourra à y maintenir l'ordre, la décence et la tranquillité. » On ne devait pas tarder à voir ce qu» valaient ces patelines déclarations.

honneur que de mettre à la disposition des citoyens leurs églises et leurs couvents. Il n'en demeura pas moins acquis dans l'esprit du grand nombre que la Xation, assemblée pour délibérer, était chez elle dans les édifices religieux. Le jour où la Constituante alïirmera dans un texte législatif le droit éminent de la Xation sur les biens de l'Eglise, elle ne fera que traduire (Ml acte un sentiment conforme à la pensée générale, ou qui, tout au moins, répondait à un état d'esprit qui était à peu près celui de tout le monde.

L'assemblée des électeurs de Paris s'ouvrit donc le 24 avril, au palais archiépiscopal ; il était grand temps, puisque c'était j:)our le 5 mai que les Etats- (Jénéraux étaient convoqués à Versailles. 11 en résulta (|u'à la date lixée, les élections de Paris n'étaient pas terminées. Pour Paris extra inaros, où les assemblées primaires avaient été convoquées le 4 avjil et furent tenues du iG au 20 a^ril, les élections ne furent achevées (pic le 12 mai. — Pour la ville, les opérations furent closes seulement le 23 mai, et c'est le lendemain, vingt jours après l'ouverture des Etats-Généraux, que la dépu talion de Paris prit séance.

Quels étaient les élus du clergé parisien? La liste en est composée d'i^ne façon fort éclectique et montre le désir de donner à chaque fraction du clergé une part proportionnelle dans la représentation.

Le premier député fut l'archevêque de Paris luimême; il avait été nommé par acclamation dès le preluicr jour, eu mémo IfMups (pi'il élail porté à la i)rési-

deiice de l'asssemblée électorale, mais, sur l'observation de l'abbé Bénière, curé de Chaillot, et membre du bureau, on crut plus régulier de procéder à un scrutin. Le 3o avril, le prélat obtint l'unanimité, disent les uns. et, suivant d'autres, la totalité des voix, moins une dizaine d'opposants.

Fut ensuite choisi l'abbé de Montosquiou, qui remplissait depuis 1785, les fonctions d'agent général du clergé de France. Par ses talents administratifs, sa connaissance des hommes, sa parole habile, son sangfroid et son esprit, il devait jouer un rôle consi(léial)lc dans les discussions parlementaires K

Le troisième élu fut l'abbé Chevreuil, chanoine de Notre-Dame, vicaire général et chancelier du (^ha-

I. Montosqiiiou-Fezcnsac (François-Xavier-Marc-Antoino do), m' en 1707 au château de Marsan, près Auch, passa en Anoloicrre après le 10 août, mais rentra à Paris dès la fin de 179^1 et devint l'im des membres les plus actifs de l'agence royaliste qui entretenait une correspondance régulière avec les émigrés. Un moment interné dans le Midi sous le Consulat, il ne sortit de l'oubli où il s'était volontairement confiné que pour entrer, en 181/1, dans le gouververnement provisoire, où il fut le représentant autorisé de Louis XVill. Le Roi le nomma Ministre de l'Intérieur en mai 181/i, et, dans ce poste important, il ne fit pas preuve d'un grand esprit politique ; confiné dans son intransigeance, il altaclia son nom à plusieurs mesures qui ne contribuèrent pas médiocrement à rendre le gouvernement royal impopulaire et par suite à préparer le retour de F u Usurpateur ». Après les Cent-Jours, Fabbé de Montesquiou entra à la Chambre des Pairs, avec le titre et les émoluments de Ministre d'Etat. Il mourut le h février i83y ; le mois d'avant, il avait donné sa démission de pair, en alléguant l'état de sa santé, qui était en effet fort délabrée. Il fut membre de l'Académie française ; n'ayant pas été élu par la Compagnie, mais nommé d'ofïlce par le Roi, ajirès les épurations de 181 (>, il s'abstint d'y prendre séance.

pitre '. — Les corps capiliilaires lurent également représentés par un autre chanoine de Notre-Dame, M. de Bonneval- et par M. Legros, prévôt du chapitre de Saint-Louis du Louvre^; — les curés de Paris par MM. Gros, curé de Saint-\irolas-du-Chardonnet ^, et

I. L'abbé Ciievrcuil étail c\o Quiiuper; nommé chanoine do Notre-Dame en 177g et Chancelier du Chapitre en 1780, il eut en 1783 un conflit suraigu avec l'Université de Paris, à propos de la collation des grades. Il était vicaire général, officiai diocésain et titulaire de l'abbaye de Langonnet en Bretagne. Le Dictionnaire des Parlementaires ne nous renseigne nullement sur ce qu'il devint par la suite, et je fais cette observation ime fois jîour toutes en regrettant que cette utile publication soit aussi incomplète en ce qui concerne les membres ecclésiastiques des assemblées de la Révolution.

3. 13oiuieval (\yslc-Louis-Cons tance Roux ou Ruffo de), d'Aix, était chanoine de Notre-Dame depuis 1759. En 1788, il fut nommé à l'évèché de Senez, mais n'accepta pas; c'est son frère cadet qui occupait le siège de Senez en 1789. M. de Ronneval s'était fait remarquer par la fougue toute méridionale avec laquelle il avait toujours défendu les droits du Chapitre et particvilièrement pendant la période qui précéda les élections de 1789 ; c'est comme champion de la cause capitulaire (j^u'il fut nommé député, mais non sans peine, car il ne passa qu'au second tour de scrutin. Il donna sa démission dès qu'il vit perdue la cause qu'il défendait ; il émigra et mourut à Vienne, en Autriche, le i" mars 1820.

.3. Legros (Charles-François), né à Paris en 171 1, professeur de l'Université, administrateur du collège Louis-le-Grand, abbé de Saint-Acheul, chanoine de la Sainte-Chapelle, échangea en 1760 -on canonicat pour la prévôté de Saint-Louis-du-Louvre. Il mourut le 20 janvier 1790. Les biographes l'ont souvent confondu aAec le >uivant.

/j. Gros (Joseph-Marie), né à Lyon en i7'i2, était professeur au collège de Navarre quand il fut appelé à gouverner la paroisse de Saint-\icolas-du-Chardonnet en 1785. Il refusa le serment, et arrêté le 17 août 1792, il fut incarcéré à Saint-Urmin ; il y périt dans le-^ massacres de seplend)re. Sa mémoire fut bient«H en vénération, et une jjieuse Tille fut coiidauinée à morl en 179'! pour avoir été lrou\ée en possession d'objets lui ayant a{)partenu et désignés par

Veytard, curé de Saint-Gcrvais ^ ; — les ordres religieux par Dom Chevreiix, général des Bénédictins de Saint- Maiir- ; — l'Université par son recteur M. Dumouchel -^ ;

une inscription comme a reliques de M. Gros, ancien curé de Saint-Nicolas ».

I. Veytard (François- Xavier), originaire du diocèse de Clermont, curé de Saint-Gervais en 1784 ; il sembla d'abord favorable au mouvement révolutionnaire et futTnn des premiers à se réunir au Tiers-Etat; mais rapidement désillusionné, il donna sa démission de député le 9 novembre 1789 ; le 5 janvier 1791,11 quitta la France pour n'avoir pas à prêter le serment constitutionnel ; il mourut, croit-on, à Tournai, à la fin de l'année 1793.

3. Chevreux (Ambroise-Augustin), né à Orléans en 1728. Il avait fait profession en 17/1/1 à l'abbaye de Saint-Florent de Saumvir et avait été ordonné à Blois en 17Ô2 ; successivement prieur de Saint- Mcolas d'Angers (17O3), de Saint-Vincent du Mans (17OG), visiteur de la province de Toulouse (177:}), de celle de Bretagne (1773), il fut élu général de la congrégation des Bénédictins do Saint- Maur en 1788 et réélu en 1788. Il résidait à Saint-Germain-des- Prés. Il avait refusé en 1791 de sortir de son couvent, et, (piand cehii-ci eût été évacué par ordre de la municipalité, il se retira à l'abbaye de Saint-Denis où étaient rassemblés les religieux de son ordre qui avaient persisté dans leur intention de mener la vie commune. Arrêté le 29 août 1792, il fut invité à prêter le serment; à ce prix, on lui offrait sa liberté; sur son refus, il fut conduit aux Carmes, où il fut massacré le 2 septembre, avec son neveu, moine comme lui.

3. Dumouchel (Jean-Baptiste), né à Saint-Clair-sur-Epte en 17/18. 11 était professeur d'éloquence au collège de la Marche, quand il fut nommé, en 1786, recteur de l'Université de Paris. Il était tout acquis aux idées nouvelles et prêta le serment de 1791 ; deux mois après, il fut élu évêque du département dvi Gard. Il abdiqua ses fonctions en 1793 et se maria l'année suivante, en légitimant aux yeux de la loi un enfant de treize ans qu'avait eu la femme qu'il épousait. Devenu veuf, il se remaria. Chaptal, ([ui avait été son élève, le nomma en 1799 chef du bureau de l'Instruction publique au Ministère de l'Intérieur. Mis à la retraite en i8i/t, il mourut en 1820, sans s'être réconcilié avec l'Eglise qu'il avait déshonorée.

LES ELECTIONS /|f)

— le dernier élu fut l'abbé Pcrrotin de Uarmond ', cousoiller-clerc au Parlement de Paris.

Comme députés suppléants on nomma M. Cayla de la Garde, général des Lazaristes^, M. Bérardier, grandmaître du collège Louis-le-Grand 3, Dom Frennelet, bernardin *, l'abbé de Damas ^ et l'abbé Bénière, curé

I. Perrotin delîarmond, conseiller clrrc au Parlement, fut compromis en août 1790 en essayant de faciliter l'évasion et Fémi- «rration de Bonne-Savardin. officier compromis par son royalisme. Iraduit à la barre de la Constituante, l'abbé de Barmond fut décliartré de l'accusation ([ui pesait sur lui, mais devenu suspect et attaqué ([uotidiennement par les journaux, il crut prudent de (juitler la France ; on ignore la date et le lieu de son décès. (Voir Hcvol. de Paris, t. V, n"' 55 à Oo.)

•;. Cayla de la Garde, né en l'j^^, général des Lazaristes depuis i7<S8, entra à l'Assemblée après la démission de M. Veytard. Il quitta i^aris après le 10 août, passa en Flandre, puis à Manheim, et enfin en lyii'i à Rome où il mourut le i.? février 1800.

.3. Bérardier (Denis), né à Quimper en 17^9, avait été principal (lu collège de sa ville natale; il fut nommé en 1778 principal, et (Il 17S7 grand-maître du collège Louis-le-Grand, où il eut pour (lèves Camille Desmoulins et Maximilien Robespierre. Il entra il l'Assemblée comme remplaçant de M. Legros. N'ayant pas |irèlé le serment, il fut incarcéré aux Carmes, d'où Camille hcsmoulins le fit sortir avant les massacres. 11 continua son ministère en secret et c'est lui qui avait béni le mariage de Camille Desmoulins avec Lucile Duplessis. Pendant la Terreur, il fut de iKiuveau arrêté à Chatenay où il était caché. Robespierre le fit -ortirdes Cannes et consigner au collège Louis-le-Grand sous prétexte de rendre les comi)tesde sa gestion. 11 fut mis en liberté le 1 1 octobre 179^1 et fut nommé j^rincipal de Louis-le-Grand, devenu collège de l'Egalité; il vivait encore en avril 179O'.

/i. Frennelet (.lacques-François), moine de l'ordre de Cîteaux, ('•lait en 1789 proviseur du collège des Bernardins et directeur des religieuses de l'abbaye de Penllieniont, par les(iuelles il avait été délégué à l'assemblée du clergé de Paris.

5. Damas d'Antigny (Charles de), abbé d'Herivault, était désigné pour succéder en i7()() à l'abbé de \lontes(|uiou comme agent

OO LIîS KLECTIONS

do Cliaillol \ Ainsi, dans un mélange équi table se Irouvaicnl représentés l'administration diocésaine, les chapities, le clergé paroissial, les religieux, l'Université el le Parlement.

On a prétendu que ce ne {'ut pas sans quelques tiraillements qu'on arriva à concilier tant d'intérêts dilï'érents^ et rivaux, et qu'il fallut passer par quelques dissonnances pour arriver à l'harmonie de l'accord parfait. 11 y eut des discussions assez vives et même quelques intrigues, comme dans toute bataille électorale. L'Université, mal consolée de la mesure qui la privait d'une représentation indépendante, réclama qu'un au moins des siens figurât dans la députation de Paris. Le recteur Dumouchel ne fut élu, dit-on, que grâce à une alliance des universitaires et d'une partie du clergé paroissial. M. Poupart, curé de Saint- Eustache, qui était le candidat de l'archevêque, fut écarté par la gauche de l'assemblée parce qu'il était le confesseur du Roi, et l'Université ne consentit à \oter pour un curé qu'à la condition qu'on prendrait M. Gros, de Saint-Nicolas-dn-Chardonnet, universitaire par la situation de sa paroisse et aussi comme ancien professeur de l'Université. En tout cas, si nous admettons qu'il y avait alors des partis, el c'est très probable,

"•(MK'ral (lu clor.av do Franco. Il no sicpea ]^vis à 1' \ssoml)l(''o, ('•miora en An^Ietorro. où il mourut.

I. Bénière(Jacques-Micliel), né en Normandie en !']?>'], était curé de Chaillot depuis 17G5; il fut gagné par les idées révolutionnaires dont il ne voyait que le côté philanthropique, et prêta le serment; il n'en fut pas moins arrMé en lyçiS et guillotiné le 32 messidor an 11 (m juillet lyfiV-

nous (levons rocoiHiaîtrc ([uo ces partis u'avaieiTl. pas pucore pris conscience de leurs opinions définitives. Le parti avancé repousse M. Poupart, qui devait être un des piliers de l'Eglise constitulionnelle, et le remplace par M- Gros, un fulur martyr de septembre ; tout le monde s'accorde pour élire M. Dumouchel, qui (lovait être évêque constitutionnel du département du (iard et même un des pires parmi les mauvais.

Les indiscrétions qui ont été faites sur l'assemblée électorale se trouvent dans un certain nombre de brochures dont la plus curieuse est intitulée : Relation sommaire de ce qui s'esf passé dans l'assemblée du ( Icrgé de Paris in Ira muros '.

L'auteur ne se nomme pas, mais on a de bonnes rai- Mins de croire que c'était un prêtre habitué de Saint- Louis-en-l'Ile, qui s'appelait Pierre Brugière. Originaire de l'Auvergne, cet abbé avait été d'abord aumônier des Ursulines de Thiers. 11 était grand janséniste, et l'évêque de Clermont, M. de la Garlaye, la (erreur des appelants, l'avait chassé de son diocèse. M. Brugière vint donc à Paris en 1768, et fut reçu à la ennimunauté de Saint-Roch. C'était un prêtre instruit, <l ime érudition un peu massive, mais profonde; il par- 1 lait bien, et les nombreux ouvrages que nous avons de lui nous montrent qu'il maniait la plume, sinon avec < légance, au moins avec vigueur. A Paris, il se signala encore comme adversaire de la Bulle inif/enitiis et , l'archevêque Christophe de Beaumont lui retira tous

I. Ce panif)lilol introuvable a été réimprimé par M. Aiilard, «liiiis sa HeviH' : fji liévoliition française, on 189/1, P- '7 ^^ ^7*

LES KLECTIO>S

ses pouvoirs. M de Juigné les lui londil quand il devint archevêque de Paris, mais fut bientôt amené à les lui enlever à son tour. Recueilli par le curé de Saint-Louis-en-l'Ile, M. Brugière végétait dans une situation subalterne, aigri par ses disgrâces, et conservant, malgré ses soixante ans, l'énergie tenace de sa race, pour harceler ceux qu'il rendait responsables de ses malheurs. Son portrait est placé en tcte d'un de ses ouvrages : c'est une physionomie tourmentée ; le menton est carré, le front tout en creux et en bosses, le regard dur, souligné par un léger strabisme ; on y lit l'entêtement, le mépris pour tout ce qui est sentimentalité, et cependant, au coin de ses lèvres charnues, uu pli moqueur se dessine, comme pour nous rappeler que M. Brugière fut un polémiste sans pitié pour ses contradicteurs.

Je n'aurais pas insisté sur la personnalité hypothétique d'un pamphlétaire, si M. Brugière ne se trouvait être le futur curé constitutionnel de Saint-Paul, qui luttera jusqu'à son dernier soupir pour la cause dont il fut l'un des protagonistes, et qui, après le Concordat, persistera dans une inutile résistance, qui ne devait se terminer qu'avec sa vie.

L'auteur de la Relation sommaire prétend que les élections n'ont pas été libres : l'assemblée était toute à la dévotion de l'archevêque, et celui-ci a abusé de la situation pour imposer despotiquement aux électeurs les candidats de son choix. Aussi aucun des élus n'échappe à la critique acerbe de cet esprit chagrin. Seul l'échec de M. Poupart le consolerait, mais le recteur de l'Université qu'on lui a substitué représente les

mutines d'un établissement qui n'est plus capable de rendre les services qu'on serait en droit d'attendre de lui, et à l'appui de son dire, il nous donne sur les procédés vieillots d'enseignement en honneur sur la Monlagne-Sainte-Geneviève des aperçus qui, s'ils manquent de bienveillance, ne sont pas absolument dépourvus de fondement.

Les cahiers.

La désignation des 25 membres chargés de rédiger le cahier des doléances ne satisfait pas non plus le critique : elle était cependant composée d'après les principes du dosage proportionnel, dont nous avons déjà constaté la judicieuse mise en pratique. Cette commission comptait deux membres de l'administration diocésaine, un chanoine de Notre-Dame et un chanoine de Saint-Honoré ; sept curés, un premier vicaire et un simple prêtre deSaint-Roch, l'abbé Fauchet, dont nous aurons à reparler ; deux universitaires ; un conseiller et un avocat au Parlement ; trois bénéfîciers et cinq religieux, les supérieurs des Bénédictins, des Char- Ireux, des Matlmrins, des Lazaristes et des Génovéfairis.

Le cahier de doléances rédigé par cette commission est en général conçu en termes vagues^ ; il sort rarement des lieux communs. Il traduit les préoccupations qui étaient alors présentes à l'esprit de tous les Fran-

I. Lo caliier du clergé de Paris est reproduit par Chassin (op. fil., Ilf, p. 3oi-33i), et aussi dans les Arcliivcs Parlementaires. (V. .r,3.)

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çais : réforme des finances par une répartition moins inégale des charges ; — publicité de la comptabilité de l'Etat, ce qui implique un droit de contrôle, qui n'est pas nettement indiqué, mais sous-entendu ; — dans l'ordre judiciaire, abolition des lettres de cachet, simplification de la procédure, rendue moins lente et moins coûteuse ; il n'est rien dit de la refonte de la législation. — Réforme de l'instruction publique. — Mesures légales à prendre pour faire observer les lois de l'Eglise, maintien de l'interdiction du travail du dimanche et des jours de fête, sauf à réduire le nombre de ceux-ci. — Poursuites contre les écrits licencieux et immoraux ; surveillance des théâtres, renouvellement des lois contre le duel. — Enfin réserves à l'endroit de redit de 1787, publié cependant avec l'assentiment de l'archevêque, au sujet de l'état-civil des protestants.

Comme remède aux difficultés financières, le clergé de Paris propose de concourir, dans la juste proportion de ses revenus, aux charges publiques, mais, en même temps, il demande que la situation des prêtres employés dans les paroisses soit améliorée ; que le minimum garanti soit de 1.200 livres, chiffre rarement atteint, et considéré cependant comme représentant le strict nécessaire. Afin de pourvoir aux dépenses créées par cette augmentation, il demande la suppression de la manse abbatiale de Saint-Germain-des-Prés. Cette abbaye, qui n'avait pas de titulaire en 1789, était momentanément gérée par la Caisse des économats ; elle était d'un revenu de 280.000 livres, toutes charges déduites ; auparavant elle était attribuée à des évêques, auxquels elle apportait un supplément notable de

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revenus. Une telle proposition était un coup droit tliri*^é contre la détestable institution de la commende, mais elle portait beaucoup plus loin qu'elle n'en avait l'air, l ne lois admis qu'il fallait faite profiter l'ensemble du clergé des gros revenus d'une abbaye possédée par un prélat de cour, il devenait dilïicile de prétendre que les autres abbayes et prieurés tenus en commende étaient attribués dans des conditions plus légitimes, et il fallait en dépouiller tous ceux qui en jouissaient. On devait en arriver là par la suite, mais, en 1789, on n'entrevoyait pas encore la possibilité de celte vaste expropriation ; elle devait se faire plus tard, et être suivie de bien d'autres.

On pourrait penser que le pamphlétaire déjà cité applaudirait à cette motion; n'était-ce pas un premier assaut donné aux privilèges dont il était l'ennemi P II n'en est rien cependant, et, poussé par ses rancunes, il attaque cette proposition et entreprend d'en déduire des conséquences autrement inquiétanles. <( On recon- « naît enfin, dit-il, que les prêtres employés au « ministère paroissial sont dans l'indigence ; on « s'occupe d'améliorer leur sort misérable ; mais c'est « une étrange charité que celle que l'on fait avec <( l'argent dès autres. 11 faudra, d'après les calculs (( de M. Motret, promoteur du diocèse, une somme (' annuelle de 800.000 livres pour assurer l'existence « des ouvriers évangéliques : sans aller jusqu'à Saint- « Germai n-des-Prés, on peut facilement se procurer la (( somme en réduisant d'autant les revenus exorbi- « tants des gros dignitaires de l'Kglise de Paris. « Al. r \rclievé(|ue se conicnicra de 100.000 liNrrs,

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(( MM. les curés s'en partageront 5oo.ooo, ce qui donne (( à chacun d'eux 9.739 livres. Puisque, dans son Pas- « loral, M. l'Archevêque se prétend le curé universel u de tout son diocèse, et qu'il ne peut remplir lui- (( même ses obligations, n'est-ce pas à lui de payer (( ceux qui les acquittent? Il faudrait renoncer aux <( principes les plus élémentaires de l'équité naturelle (( povrr équivoquer sur une obligation aussi impor- (( tante. »

« Que Monseigneur et Messiem-s fassent une somme (( commune de leurs revenus; que la répartition soit u proportionnelle aux besoins réels de chacun d'eux. (( Si, après cet acte de justice, les revenus ne suffisent « pas, la sagesse du Roi et de la Nation sauront efïica- (( cément pourvoir à leur subsistance. Mais, jusque-là (( Monseigneur et Messieurs auront mauvaise grâce à (( demander des secours... En donnant t. 300 livres (( aux 5oo prêtres nécessaires pour le ministère des (( paroisses, Monseigneur mangera encore comme (( 83 travailleurs, MM. les Curés comme huit. »

L'auteur de la Relation oubliait, en attaquant ainsi l'archevêque de Paris, ou bien il feignait de l'oublier, qu'une des charges des évêques et des curés est le soulagement des pauvres. Personne n'ignorait que M. de Juigné vivait avec la plus grande simplicité, et que, non seulement il faisait aux malheureux des aumônes qui absorbaient la plus large part de ses revenus, mais que, dans certaines années difficiles, il s'était endetté, afin de pouvoir donner sans compter. Les curés de Paris ne méritaient pas plus les reproches des envieux : s'ils vivaient (( hoimêtemciil )) et coiifor-

iiiéiiient à la dignité de leur état, ils n'oubliaient pas les pauvres, pas plus que les pauvres ne les oubliaient. 11 n'en est pas moins vrai que ces imputations haineuses présentées sous les apparences spécieuses d'une commisération de circonstance, devaient produire leur effet, et contribuer plus tard au déchaînement des colères populaires.

Plus explicite que le cahier du clergé, celui du Tiers- État de Paris proposait nettement la refonte de l'organisation ecclésiastique ^ On a dit que la constitution civile était déjà rédigée dans ce cahier. Oui, sauf en ce ([ui concerne la négation du pouvoir du Pape au sujet de l'institution à donner aux évéques, et ce fut là le seul point, comme nous le verrons, sur lequel aucun accord n'était possible. A part cela, on peut ajouter que le Gallicanisme s'effrayait de l'autorité de la Cour de Home ; il demandait, par mesure fiscale, la suppression de tout envoi de fonds à titre d'annates, provisions et dispenses, mais c'était un expédient financier et non une rupture avec la source de juridiction, que personne encore n'avait la prétention de mettre en cause.

(le que le Tiers réclamait impérieusement, c'était la meilleure répartition des dignités ecclésiastiques ; il demandait qu'on tînt compte du mérite et non de la naissance et delà faveur. Il n'est que trop certain qu'une caste étroite avait fini par accaparer les évéchés et les gros bénéfices ; il fallait être noble pour être évêque ; bien plus, il fallait être d'une certaine noblesse. L'abbé

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