‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 3)Chapitre 15 sur 146 · VA · texte numérisé non relu

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j)osô do ôo chanoines. Vu sommet de la hiérarchie, le Chapitre national et royal de Sainte-Geneneviève, ayant son siège dans l'église de la patronne de Paris. Ce chapitre devait avoir 98 prébendes : savoir, 60 chanoines titulaires-comtes, élus à tour de rôle par les chapitres diocésains ; 34 chanoines honoraires ; 4 archevêques et 13 évéques, chanoines-ducs ; 6 cardinaux, chanoinesarclu'ducs ; et un cardinal-primat et grand-archiduc, chargé de la correspondance de l'Eglise gallicane avec le Pape, et investi de l'autorité nécessaire pour accorder toutes les dispenses, sans qu'il fût besoin de recourir à Rome. « Tel est, dit l'auteur, en forme decon- (( clusion, le projet d'un bon vieux curé de campagne, « blanchi sous le harnois, et qui ne désire rien tant que « de voir tout le monde content et heureux. » Je ne sais quel accueil le comité ecclésiastique de la Constituante fit à ce plan baroque, mais l'abbé ïhuin y gagna de devenir évêque constitutionnel du département de Seine-et-Marne, ce à quoi il ne s'attendait probablement pas quand il alignait laborieusement ses colonnes de chiffres, faisant preuve tout au moins de ses aptitudes en arithmétique. Comme évcque, il fut bien intentionné, mais insuffisant; son administration fut déplorable^.

L'esprit public.

A côté de ces rêveries inolfensives, qui montraient seulement combien les esprits les plus conservateurs

I. Pisani. licfierloire de l'cpiscopal ronstilulionncl, 7'i-7-^.

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(Haiont on quotc do nouveautés, il faut inlorroger l'esprit public et en rechercher les manifestations.

Il y avait alors peu de journaux, et ceux qui existaient en [789 étaient généralement des feuilles mondaines ou littéraires, qui ne se mêlaient pas de politique. Les Nouvelles ecclésiastiques, organe ofTiciel des Jansénistes, paraissaient en Hollande et ne sortaient pas du cercle étroit des récriminations du parti. Le Journal ecclésiastique , fondé en 17G0, avait été longtemps un recueil étranger aux événements du jour : on y trouvait des études assez étendues sur les livres qui paraissaient, et le rédacteur, l'abbé Barruel, ancien jésuite ^, y appréciait avec talent et indépendance d'esprit les idées de ses contemporains. En 1789, Barruel annonça dans sa livraison de janvier, qu'il allait ouvrir une rubrique relative à la tenue prochaine des Etats-

I. Barruel (Avifçuslin), né à Yilleneuve-de-Berg (Ardèclic), en 17/11. Après sa sortie de la Compagnie, il collabora à V Année littéraire, de Fréron, puis rédigea le Journal ecclésiastique jusqu'en août 1792. Passé en Angleterre, il publia divers ouvrages contre les idées de la Révolution ; les plus importants sont : VHistoire du clergé de France pendant la Révolution (3 vol., 1796), et ses Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme (5 vol., 1 797-1 798), qui rendraient plus de services aux historiens s'ils étaient écrits avec moins de passion. Rentré en France en 1800, Barruel se rangea parmi les partisans déclarés du régime consulaire, en qui il voyait un principe de rénovation de l'ordre en matière civile et de rétablissement de la paix en matière religieuse. Il écrivit pour recommander avec chaleur l'adhésion au nouveau gouvernement et la prestation du serment de fidélité demandé par la Constitution de Tan Mil. En i8o3, il publia son ouvrage sur VAutorité du Pape, où il défendait les opinions ultramontaines et soutenait le Concordat contre les partisans de la « Petite Eglise ». Il mourut à Paris le 5 octobre 1820. Il avait été homme en 1802, chanoine honoraire de Notre-Dame de Paris.

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Génémiix, et, dès le mois de février, il donna le texte de l'ordonnance du a/» jaîivier, f[ui réglait dans ses détails la convocation des électeurs et le choix des députés. En avril, il se décida à aborder les questions à l'ordre du jour. On s'agitait beaucoup à l'occasion des cahiers qui se rédigeaient d'un bout de la France à l'autre : divers écrits de circonstance signalaient les abus de toute sorte (pi'il y aurait à corriger; des pamphlets violents commençaient à se répandre. Barruel essaie de mettre les choses au point, mais il ne se fait pas faute de reconnaître que les abus signalés sont réels, spécialement en matière ecclésiastique, a Nos (( al)bés de Paris ou de la Cour, dit-il (p. 38i), sont au (( moins grands-vicaires. Oui, ils en ont les lettres. En « ont-ils l'exercice?... En vérité, c'est une dérision qui (( fait gémir! Nos évêques ont huit, dix, douze, vingt (( grands-vicaires ; deux ou trois, tout au plus, tra^ « vaillent en province ; les au très n'y paroissent presque (( jamais, et ces autres sont presque les seuls qui (( aspirent aux évéchés et qui y arrivent. A ces autres (( surtout, il faut au moins des abbayes. Abus inconce- (( vable ! Il leur faut les censures ecclésiastiques et « quelques années de séminaire pour y apprendre les « obligations d'un prêtre ! Voilà ce (pi'il leur faut, et « non des abbayes!... mais à qui donc donner les ab- « bayes ?. . . à ceux qui les mériten t. Mais M. l'Abbé a fai t (( l'éducation de M. le Marquis? M. l'Abbé, M. l'institu- <( teur n'estqu'un simoniaque, ainsi ((ue M. le Marquis, « si, par un marché tacite ou exprimé, le bénéfice est « le prix d'une éducation... M. le Marquis est un avare « qui se sert du bien d'inilnii pour récompenser un

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(( service qu'il doit payer de ses deniers et M. l'Abbé, (( s'il est de bonne foi, ne mourra pas tranquille. » Pour conclure, Barruel proposait que les nominations aux bénélices fussent faites d'après une liste de présentation dressée par une sorte de collège électoral formé dans chaque diocèse par les quarante principaux curés. (( Yoous craignez, ajoutait-il, que par ce moyen quel- (( ques évéchés tombent en roture ? Je ne connais dans (( l'Eglise d'autre roture que l'ignorance et le relàche- « ment de la piété ! »

La liberté apostolique avec laquelle Barruel censurait les bénéficiers ne fut pas du goût de tout le monde ; naturellement, ceux qu'il mettait sur la sellette regimbèrent, ce qui est facile à comprendre : personne n'aime à s'entendre accuser de simonie et ceux qui vivaient inutiles aux dépens de l'Eglise trouvèrent mauvais qu'on le leur rappelât. Mais d'autres réclamations se produisirent : des ecclésiastiques respectables, des évêques, peut-être, se scandalisèrent des critiques un peu vertes du journaliste et le lui firent savoir, u Eh quoi ! Est-ce dans les circonstances trouce bléesque nous traversons qu'il convient de contrister (( l'Eglise en attaquant des usages que le temps a con- (( sacrés? Sied-il de choisir un pareil moment pour (( appeler l'attention sur quelques faiblesses indivi- (( duelles et compromettre ainsi l'autorité de l'Eglise? (( 11 se peut qu'il se soit introduit ici ou là quelques (( abus, encore faudrait-il dire qu'ils sont isolés. Mais (( n'est-ce pas à l'Eglise de réformer elle-même ce qui « peut être défectueux, sans qu'il soit nécessaire de (( mettre le public au courant de nos affaires intérievues

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(( qui ne le regardent pas ? » Et on rappelait le cas du bon Xoé et de ses fils respectueux, dont on recommandait à Barruel de suivre l'exemple.

Sous ce titre : La réforme tlii clergé à proposer aux Etats-Généraux, parut une brochure attribuée à un abbé Brottier^. Or, l'abbé Brottier, ancien jésuite, venait de mourir, laissant un neveu, ecclésiastique luimême, et qui aura son heure de célébrité, mais qui protesta contre l'abus fait du nom de son oncle. Barruel, dans son numéro de mars (Soa-SaS), proteste contre cette mensongère attribution. On lisait en eiîet dans le pamphlet des assertions comme celle-ci : a II « faut supprimer tout ce qui [l'est pas d'institution di- (( ^ine : abbés et abbesses, prieurs et chanoines, (( moineset moinesses... Il ne faut en tout et pour tous (( ministres de la Religion que des évéques, des curés « et des vicaires. » Ces propositions allaient se trouver bientôt incorporées dans la Constitution civile du Clergé.

Dans un mémoire signé : ((.Un citoyen irmtile, et qui se lasse de l'être 2 », nous trouvons développé le projet relatif à la création de caisses diocésaines alimentées par le produit des gros bénéfices qui ne sont pas à charge d'âmes ; les canonicats sont maintenus pour servir de retraite aux prêtres ayant travaillé vingt ans dans les paroisses, les collèges et les hc^pitaux ; l'amé-

Cil/' pjir Dclarcd, k.',). <l'ai>n's liil). N;il., '•«'. lo'.H. (AW- p;ir Dclarc (I. i..', ). d'apn-s I5il). \al. ^'■''>\ i :> i i .

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lioralion du sort des piTtres inféiiours pcrmollrail de supprimer a l'odieux casiiel et la taxe scandaleuse des chaises ». Enfin, il y aurait lieu de remanier la circonscription dçs paroisses de Paris, de diviser celles qui sont trop étendues et de réunir celles qui sont trop petites. Pour conclure, l'auteur anonyme dévoile sinon son nom, tout au moins sa qualité, en disant : « Les (( prêtres lial)ilués sentent trop le malheur et l'injus- « tice de leur situation pour confier à d'autres qu'à « eux-mêmes le droit de la faire connaître, et pour ne (( pas profiter d'une circonstance unique, où ils se « trouvent en force, pour devenir quelque chose, et (( porter personnellement au pied du trône, dans l'as- (( semblée de la Nation, leurs doléances et leurs (( vœux. » 11 ne paraît pas que cette candidature d'un prêtre habitué ait recueilli beaucoup d'adhésions, car il n'en est pas trace dans les scrutins où furent désignés les députés à la Constituante ^.

L'abbé Claude-Ignace Laurent était docteur de Sorbonne, et cependant, à 38 ans, il n'était encore que simple curé de campagne, à Frétigny, diocèse de Chartres. En 1789, il entreprend la publication d'un ouvrage qui devait avoir trois volumes, mais dont un

I, Voir aussi : DoU'ances des églisiei^s, soutaniers et prêtres des paroisses de Paris (CAiAfi^in, 11,91, d'après 13ib. Nat., '''^'*, 2/|5), ouvrage longuement analysé et couvert d'éloges par les Nouvelles ecclésiastiques des () et i3 février 1790. ce qui en caractérise assez la tendance. — DoU'ances de l'exorciste de l'Eglise de Paris (Cliassin, II. 78, d'après Bib. Nat., '•*", i'M\'\) . — Mémoire manuscrit signé L. B. D. B. C. D. S. A. ( ? Le Blanc de Beaulieu, chanoine de Saint-Augustin), Bib. Nat., B^ ()',*.

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seul a paru sous ce titre : Essai sur la réforme du clergé K 11 y peint, dans des termes violents et souvent injustes, les abus dont souft're l'Eglise de France : des évêques préposés au gouvernement d'une église sans avoir jamais exercé les fonctions pastorales... « Si quelce qu'un d'entre eux adonné par hasard une absolution, <( c'est apparemment qu'il a trouvé quelque moribond (( sur sa route... il a été élevé au faîte des dignités « ecclésiastiques sans avoir gouverné, je ne dis pas une « paroisse, mais une seule Ame... Voyez si, dans <( la marine, on devient amiral, chef d'escadre ou capi- « (aine de vaisseau, sans avoir auparavant passé par (( les grades inférieurs... Conlîe-t-on la conduite d'une (( armée aux otïiciers qui n'ont jamais commandé un <( régiment, qui ne se sont jamais trouvés à la léle « d'une compagnie... Pour arriver à la Grand 'Chambre, « ne faut-il pas être resté i5ou 20 ans aux Enquêtes? (( Il en est ainsi dans toutes les conditions de la vie; « les évêques ont seuls l'indécent privilège de parvenir « per sallum à l'épiscopal, comme si l'ignorance, l'in- (( conduite et le défaut d'aptitudes avaient des suites « moins funestes pour les peuples dans le clergé, que (( dans la magistrature, la guerre ou la marine- ? »

1. Analysé par les .\ouiu'lU'S ecclésiasliiines des ■>.- mars et 3 avril 1790.

2, C'est la pensée que Barniel exprimait en termes peu dilTéronts quand il écrivait dans le; Journal ecclésiastique (avril 1781), 38V) : « Monsieur l'abbé est un bon gentilhomme; son père est <( colonel, son oncle est mort au service du roi, son frère.. . Monsieur « l'abbé, votre père s'était-il avancé dans h; militaire sans des ser- « vices militaires et persoruiels.^ — \on, nu; ré[)ondez-vous. — Eh " bi<ni. fîtifc-i coinmf lui ! »

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Les chanoines ne sont pas traités avec moins d'amertume et, en descendant l'éclielle des emplois, l'auteur montre « la pénurie, la misère et l'avilissement du clergé inférieur ».

A ces grands maux, M. Laurent va-t-il proposer de grands remèdes? On s'attend à cpielque projet subversif et ce qui vient comme conclusion de son réquisitoire paraît bien anodin. C'est : i" que pour être curé, il faille avoir été quatre ans vicaire, et 2" que pour être chanoine ou évéque, ori ait passé douze ans dans de véritables fonctions sacerdotales. Il faut reconnaître que si ces propositions send^laient scandaleuses en 1789, les idées ont marché depuis : on voit rarement aujourd'hui des évêques et même des chanoines nommés avant quarante ans.

Cet abbé Laurent, si tapageur dans ses prémisses, et si réservé dans ses conclusions, devait avoir une destinée très mouvementée : il est douteux qu'il ait prêté serment en 1791 ; en tout cas, il se rétracta et faillit être massacré à Saint-Firmin. 11 a laissé de cette lugubre journée une relation qui est du plus haut intérêt historique, et qu'a signalée récemment Mgr de Teil, le vice-postulateiu' de la cause de béatilication des martyrs de Septembre K M. Laurent, émigré en 1792, revint à Paris en 1802, et fut nommé curé de Saint-Leu, à Paris, une église que la Préfecture de la Seine avait décidé de démolir, et dont il ne put entrer en possession qu'après quatre ans de luttes persévérantes. Il admi-

1. Rapport (lu 'iô juin igo3, lu au nom delà commission chargée de promouvoir la cause de béatification des martyrs de septembre (p. 7 cl suiv.).

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