‹ L'église de Paris et la revolutionChapitre 263 sur 286 · I. Eglise de Paris, IH, 3çji · texte numérisé non relu

I. Eglise de Paris, IH, 3çji

a. Ibid., 3()i .

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rendre, il fil la sourde oreille. Il se croyait appuyé piar la mairie et ne se gêna pas pour braver l'autorité des administrateurs et celle de M. Laurens qui n'avait d'ailleurs aucun titre légitime l'aulorisant à se dire curé de la paroisse. C'est à quoi s'exposent les intrus : quand un autre intrus se présente, il peut dire : « J'ai juste autant de droits que vous ; je suis intrus ? Et vous ? »

M. Filastre serait resté sur ses positions s'il n'avait commis une imprudence qui le perdit. Au mois de mai, le citoyen « Béthune-Charost », ci-devant duc de Béthune-Charost, connu aussi sous le surnom do « Père de l'Humanité », était maire du X** aiTondissement ; prenant occasion de ce que les Théophilanthropes avaient interrompu leurs séances au a Temple de la Paix », il ordonna qu'un recollement serait fait des objets mobiliers qui garnissaient ledit u temple » ; on séparerait ceux qui servaient au culte catholique de ceux qui concernaient le culte décadaire ; quant au matériel des Théophilanthropes, il devait être remisé à la mairie.

Or, les Théophilanthropes avaient dressé dans l'église trois énormes statues de plâtre, grands hommes ou allégories, peu importe ; et il s'agissait de les emporter. En déménageant la première, les ouvriers de M. Filastre la cassèrent, et, pour éviter les reproches auxquels ils s'exposaient, ils usèrent du procédé des cuisinières qui veulent faire disparaître la trace de leur maladresse : s'armant d'une bûche, M. Filastre acheva de mettre la statue en pièces pendant que le sacristain et l'abbé Bruxelles qui l'assistaient dans cette liesogne d'icono-

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clastes, en faisaient auUmt des deux autres. Les débris furent jetés dans un caveau funéraire sur lequel ils replacèrent le plancher, en disant : Requiescant in pace !

Ils ne se rendaient pas compte de la gravité de leur acte ; sur une simple dénonciation, le clergé tout entier, les administrateurs et même la Municipalité pouvaient se trouver avec une détestable affaire sur les bras : détruire des statues « républicaines » ! le cas était pendable et on avait guillotiné une foule de gens pour beaucoup moins !

Précisément, le commissaire de police du quartier, Sobry, était l'ancien chef des Théophilanthropes ; averti, il fit une perquisition, retrouva le corps du délit et dressa un procès-verbal. Le maire, qui n'avait regardé l'acte de M. Pilastre que comme une gaminerie sans conséquence, se vit mis en cause..

M. Laurens dut comparaître devant Piis,. secrétaire général de la Préfecture de Police et n'arriva à se disculper qu'en faisant des excuses que M. Victor Pierre trouve un peu plates * .

Heureusement pour tout le monde, la religion décadaire disparut ; le i4août 1801, la célébration des mariages cessa d'être faite obligatoirement le décadi et les églises furent dès lors affectées exclusivement aux ofRces catholiques. L'affaire fut enterrée (comme les statues « républicaines ») et ce que les administrateurs gagnèrent à cet incident tragi-comique ce fut d'être débarrassés de renvahissant M. Pilastre.

I. L'Eglise de Saint-Thomas d'Aquin pendant la Béuôlation, p. 64.

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Dès le 28 mai 1 801, il a\n\t été mis en demeure de rendre ses comptes en présence du maire : il restitua les clefs qui lui furent remises le lendemain à M. Guenne-Desbordes, nommé sacristain prêtre de Saint-Thomas. On laissa à M. Filastre la permission dédire la messe, mais u en prenant l'heure qui lui serait indiquée par le citoyen Laurens, ecclésiastique en chef de la paroisse ». Son règne était terminé.

Les administrateurs purent dès lors s'occuper à leur aise de remettre en état les finances que M. Filastre avait laissées dans le plus grand désordre. Les deux membres les plus influents de la compagnie étaient MM. Albert et Sàmaria, propriétaires de l'établissement de bains du quai d'Orsay ^

Les recettes du premier trimestre de 1800 ne s'élevèrent qu'à 765 francs et le compte général allant de floréal an VI à messidor an VIII (mai 1796 à juillet 1800) se soldait par un déficit de S.a^o francs, avancés en grande partie par les administrateurs. Le fermier des chaises ne voulait donner que 100 francs par mois; il faisait espérer qu'il en donnerait i5o quand on aurait fait disparaître les gradins construits dans le chœur pour la plus grande commodité du culte décadaire.

M. Albert l'amena à consentir le prix de 9.400 francs

i. La police ne voyait pas d'un bon œil les administrateurs laïques du culte et les accusait d'être des agents politiques aux mains des prêtres. « Toutes ces réunions, dit un rapport du « i5 prairial an IX, correspondent entre elles et semblent avoir « pour centre celle de vSaint-Thomas d'Aquin qu'on regarde comme « la confrérie- mère. » (Arch. Nat, F'^ 8829). Ailleurs Samaria et Albert sont signales comme de « dangereux fanatiques ».

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par an et quaud le public rassuré recemmença à fréquenter assidûment l'église il lui en réclama /^.ooo. Sur son refus, on acheta des chaises et on se passa de son intervention ^

Les rentrées du quatrième trimestre de 1800 montèrent à 1.524 francs contre i.3oo francs de dépenses.

En 1801, le curé et les administrateurs s'entendirent pour le partage des recettes ; le produit des troncs et des chaises revenait aux administrateurs qui l'employaient à solder les travaux d'entretien et d'embellissement. Le casuel restait aux mains de M. Laurens qui payait le traitement des vicaires et celui du personnel subalterne : prêtres externes, chantres, garçons de sacristie, serpent, sous-chantres, enfants de chœur, bedeaux et suisse.

On le voit : le clergé était partagé en deux catégories bien distinctes, les vicaires et les a prêtres externes », assimilés aux employés, qui disaient les messes tardives, veillaient les morts, étaient présents aux enterrements el devaient assister le plus assidûment j)ossible aux offices solennels. Ils recevaient en outre du casuel une légère indemnité et des gratifications (d'une dizaine de francs I) à Pâques, à la Fête- Dieu, après la Première Communion et à la Fête patronale, quand l'état des finances le permettait.

Le clergé proprement dit se composait à la fin de 1800 de MM. Laurons, Mille, Bruxelles et Bertinot; ce

I. On acheta 700 chaises à lio fr. le cent, el, comme on prévoyait que le 20 juillet, fête de Saint-Thomas d*Aquin. elles seraient insiiOlsantcs, on en loua pour ce jour là 3oo de plus à 1 église voisine des Missions.

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dernier était entré à la paroisse au Carême, api^ avoir prêché la station avec un grand succès-

A Pâques i8oï, le nombre des prêtres que le registre des administrateurs appelle a ecclésiastiques du fond du chœur » a été augmenté de deux ; leur traitement a été élevé à 90 francs par mois ; ce qui de notre temps en représenterait le triple ; pour le temps ce lait «norme.

Quand on eut fait disparaître les charpentes parasites élevées par les ïhéophilanthropes, Saint^Tliomas pai'ut encore plus nu et plus dévasté. La première 'acquisition à faire était celle d'un second autel. M. Albert en acheta un d'occasion qu'il paya 600 francs et fit un marché avec un marbrier qui se chargea de la mise en place pour un prix de 436 francs.

On se procura également un confessionnal de rencontre et on obtint du Ministère de l'Intérieur un orgue provenant de l'église des Petits-Pères. Les travaux d'installation étaient commencés quand le Ministère revint sur ses offres et réclama son cadeau ; il lui fut répondu que la restitution serait faite le jour où l'église serait remboursée des frais inutiles qu'elle venait de faire et, en effet, on gaida les tuyaux en gage jusqu'au paiement de l'indemnité fixée,

M. Bertinot fut chargé de trouver un autre orgue et il réussit à s'en procurer deux : celui des Bénédictins Anglais de la rue Saint-Jacques et celui des Jacobins du Faubourg Saint-Germain, c'est-à-dire celui-là même qui était à Saint-Thomas avant 1789 et qu'un singulier hasard ramenait à son point de départ. Pour le moment l'orgue de Saint-Thomas était monté au

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Pantliéou, mais à force de jouer des mélodies révolutionnaires, il était à peu près hors de service ; l'orgue des Bénédictins devait fournir des pièces de rechange pour remplacer celles qui étaient détériorées. Ud menuisier de la rue de Babylone se chargea de tout le travail pour le prix de 1.200 francs et les administrateurs trouvèrent la somme au moyen d'une quête spéciale. Quelles que fussent les aptitudes du menuisier Stouff pour réparer des grandes orgues, Tinstrument fut prêt assez promptement puisqu'il fut reçu le 18 juin 1802. On profita de cette circonstance pour démolir les cloisons en plâtras qui fermaient les arcades des bas-cotés et on rendit ainsi à l'église ses proportions primitives.

Pendant l'été de ï8oi, M. Laurens dut quitter la paroisse ; depuis plusieurs mois l'état précaire de sa santé l'avait obligé à se retirer à la campagne. Originaire de Barênie dans le diocèse de Senez (Basses- Alpes), il alla probablement finir ses jours dans son pays natal, mais j'ignore la date de son décès *.

Le successeur de M. Laurens fut M. Bertinot, nommé, dit le registre, à la pluralité de 12 voix contre une à M. Mille (27 août 1801). Ce qui corrige un peu ce que colle élection paraît avoir d'anorniaU c'est que M. Bertinot était, dit-on, le candidat désigné par les vicaires généraux. L'élection n'avait été qu'une simple formalité destinée à sauver les apparences.

I. Le 8 décembre 1801, les administrateurs décidaient qu'une somme de 34 livres serait mise en réserve pour pourvoir aux besoins éventuels du « citoyen » Laurens, si ses besoins devenaient plus urgents.

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