Invasion du Canada, p
Le Fort Saint- Jean était bien défendu par sa garnison composée de soldats réguliers, et de milices canadiennes sous les ordres de brillants et généreux officiers canadiens, parmi lesquels se distinguaient entre autres MM. de Belestre et Longueil. Au commencement de septembre, Montgomery, campé à l'Ile-aux-Noix, n'avait pas encore osé se présenter devant cette place, que l'on regardait avec raison comme la clef du district de Montréal. Le i8de ce mois, nos Canadiens remportèrent sur les Américains un avantage considérable, que M. Montgolfier racontait ainsi à U^ Biiand :
« Notre armée de Saint- Jean vient de remporter aujourd'hui un avantage considérable sur celle des Rebelles, qui, au nombre de mille ou quinze cents hommes, parmi lesquels étaient un grand nombre d'habitants de Saint-Olivier, en évitant le fort Saint-Jean, étaient descendus jusqu'au Petit- Rapide pour investir le retranchement et couper la communication. Tout était dans la ville (de Montréal) dans la plus grande consternation, lorsqu'un détachement de deux ou trois cents hommes,' partie soldats (réguliers), partie Canadiens, commandés par MM de Belestre et Longueil, sortis du Fort avec une pièce de campagne, ont donné sur les Rebelles, et les ont repoussés d'où ils étaient venus. On dit qu'il en est resté au moins une trentaine sur place. On a fait deux ou trois prisonniers, et nous n'avons perdu qu'un seul habitant : c'est le fils de M. Beaubien, de Québec. »
M. Montgolfier racontait ensuite à l'Evêque la malheureuse affaire du presbytère de Saint-Denis:
« Le même jour, le-,sieur Orillat *, marchand de ^Montréal, et un nommé Léveillé. partis le 14, munis d'un brevet d'ara-
4. Jean Orillat, ou Aurillac, originaire de Barbesieux, diocèse de Xaintes, Saintonge.
44 I, EGUSK DU CANADA
nistie accordé par M. le Général aux habitants de Saint- Olivier, s'ils voulaient rentrer dans leur devoir, s'étant arrêtés chez M. Cherrier, curé de Saint-Denis ^, où ils passèrent la nuit du 17 au 18, dès cinq heures du matin le presbytère se trouva investi par plus de cent habitants armés, partie de Saint-Olivier, partie de Saint-Charles, et de Saint-Denis même. Le curé s'étant présenté, il fut traité avec peu de respect, on dit même pris au collet, et sa soutane déchirée. On lui demanda les deux hommes qui étaient chez lui, sans quoi on mettrait le feu à sa maison. Le curé étant rentré pour communiquer l'ordre à ses hôtes, une servante mit la tête à la fenêtre, et fut tuée sur le champ par un coup de fusil. Les deux hommes qu'on demandait furent pris et conduits prisonniers par les Rebelles au camp de l'Ile-aux-Noix.
a Voilà, je crois, ajoutait M. Montgolfier, la vraie substance d'une histoire que vous entendrez peut-être laconter en bien des manières, à l'ordinaire. »
Il ajoutait encore, en post-scriptum, le lendemain :
« Pendant que je vous écrivais hier au soir tout ce que dessus, un corps de Bostonnais, qui avaient évité et laissé derrière eux le Fort Saint-Jean, s'avançait tranquillement dans toute la côte du sud. Ils ont couché cette nuit à Laprairie dans toutes les maisons des habitants, qui les reçoivent à bras ouverts. Nous nous attendons à les voir entrer aujourd'hui dans la ville, et peut-être avec la même facilité ; et ce sera sans doute dans peu de jours le sort de toute la Province. Dieu sait quelles seront les suites de cette triste catastrophe ^ . . . »
Le grand vicaire de Montréal adressait cette lettre à
5. François Cherrier, oncle de Denis-Benjamin Viger, Joseph P;ipineau, Côme-Séraphin Cherrier et Mgr Lartigue : prêtre vertueux et distingué, qui devint plus tard grand vicaire de Québec.
6, Archiv. de l'Ev. de Q., lettre du 20 sept. i;75.
M^*" Briand le 20 septembre. Dans ses lettres subséquentes il se montrait un peu plus rassuré :
« Il vient, disait-il, de se faire dans Tesprit des habitants une révolution subite, qui comble de joie Son Excellence. De plusieurs paroisses on vient se présenter à Veuvi pour repousser les Rebelles. On peut espérer que cette ferveur, ne fût-elle que passagère, aura un heureux effet. »
L'arrestation de Walker et autres «politiqueurs ' » anglais de Montréal, que Carleton s'était décidé à mettre en prison comme traîtres, avait donné satisfaction aux honnêtes Canadiens désireux de faire leur devoir.
« Espérons, écrivait ]\I. Montgolfier, qu'on finira par dissiper entièrement les Rebelles ^. »
On sait la glorieuse affaire de la Longue-Pointe, « près de la ferme Christie ^, » où les citoyens de Montréal repoussèrent et mirent en fuite un parti considérable de Bostonnais qui s'étaient avancés jusque-là dans le dessein de s'emparer de la ville :
a Tout le monde, écrit la sœur de M. Baby à son frère, s'assembla au Champ-de-Mars ; et tous, d'une voix unanime, demandèrent à sortir ; on le leur permit. Tu as vu la réussite. La main de Dieu y est visible, et la protection de la sainte Vierge.
(' Les choses ont bien changé depuis cette affaire, ajoutet-elle, les habitants se rendent ici de presque toutes les paroisses. On commence aujourd'hui à traverser pour aller établir un camp à Longueil, afin d'y assembler assez de monde pour aller ensuite donner la chasse à nos Bostonnais et débarrasser nos messieurs de Saint-Jean ^^. »