Mgr de Saint-J'allier et l'Hôpital-Général, p
48 Iv'ÉGUSE DU CANADA
fortifier dans nos cantons au fur et à mesure qu'il se passe quelque excès d'insolence dans les paroisses. J'écris et je punis; mais qu'en dit-on? L'on dit que moi et les prêtres avons peur. Quelques-uns reconnaissent ou avouent leurs torts ; mais ils sont dénoncés : c'est le petit nombre ; ils n'osent remuer ^^ 11 faudrait des troupes ; elles persuaderaient mieux que la parole de Dieu que nous leur annonçons.
« Il est arrivé hier soixante hommes Ecossais, de l'Ile Saint- Jean ^^. Le vaisseau qui les a apportés annonce aussi une frégate de Londres, qui apporte de l'argent. On dit aussi qu'il a vu trois à quatre vaisseaux, qu'ils pense être des transports.
« Avant-hier, nous avons appris que les Bostonnais avaient passé du côté de la Beauce, on ne sait pas bien encore en quel nombre ; les éditions sont beaucoup dissemblables. On craint avec raison que s'ils gagnent les campagnes, qui leur sont favorables, la ville ne soit bientôt affamée et obligée de se rendre. Je ne sais pas nos approvisionnements. Quoi qu'il en soit de cet avenir, notre Gouverneur travaille à se pourvoir. Si l'on est trop pressé, l'on enverra et le Collège et le Séminaire ».
Le Prélat ajoutait en post-scriptum le lendemain à six heures du matin :
« La frégate est arrivée hier soir, et l'on compte plus de cinq cents hommes, dont on pense se servir actuellement. J'ai même lieu de croire que nous pourrions avoir cet automne des troupes de Boston, et je connais celui qui le promet, celui qui se fait fort de les amener et de ramener encore le vaisseau à Boston avant que la navigation du
15. Ceci confirme ce que nous avons dit plus haut, du régime de terreur qui existait en beaucoup d'endroits. 16. Aujourd'hui, l'Ile du Prince-Edouard.
fleuve soit interrompue. C'est un brave homme, et un bon marin.
« L'arrivée de ces troupes, quoique en petit nombre, a fait sensation dans la ville. Je ne doute point qu'elle n'en fasse dans les campagnes. Nous ne savons encore rien de plus ce matin des Bostonnais de la Beauce '^.»
Notre gouveriietir travaille à se pourvoir. M*'" Briand écrivant cela le 5 novembre, il ne peut s'agir ici de Carieton, qui n'arriva à Québec que le 13, mais de son remplaçant, le lieutenant-gouverneur Cramahé, membre du nouveau Conseil Législatif, qui, « livré à ses plaisirs ^®, » ne pouvait mériter que d'une manière ironique la mention que faisait M^' Briand de son « travail ^^. »
Carleton arrive, et se met tout de suite à l'œuvre si importante de l'approvisionnement de la ville. Les habitants des campagnes n'y apportent plus leurs denrées; ils préfèrent les vendre à l'ennemi, et semblent vouloir « affamer Québec pour l'obliger à se rendre. « Il y a dans le port quelques vaisseaux en partance pour Londres, chargés de blé et autres provisions. Par une résolution énergique, le Gouverneur met l'embargo sur ces vaisseaux, et achète leur cargaison avec l'argent qu'il vient de recevoir. Voilà Québec approvisionné pour huit mois, mais à condition qu'il n'y reste aucune bouche inutile, ni surtout aucune bouche dangereuse : les traîtres ne manquent pas à Québec, pas plus qu'à Montréal. Carleton à l'exemple de Cicéron, qui, dès le commencement de son consulat, fit sortir de Rome Catilina et ses dangereux adeptes, lance une proclamation obligeant de quitter la /ille tous ceux qui refusent
17. Archiv. de l'Ev. de Q., Reg. III des lettres, p. 552, lettre de ^Igr Briand à M. Montgolfier, 5 et 6 nov. 1775.