‹ L'église du Canada après la conquête (volume 2)Chapitre 40 sur 204 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

1690 ET 1775. — NOS COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES PEN- DANT LE SIÈGE. — DÊUVRANCE DE QUÉBEC.

— TE DEUM d'actions DE GRACES

IL y a plus d'uu rapprochement à faire entre le siège de Québec de 1690 et celui de 1775. Dans les deux cas, ce sont les Anglo-américains de la Nouvelle-Angleterre qui viennent assiéger notre ville, et non pas les Anglais de la Grande-Bretagne. En 1690, ils veulent se venger des expéditions foudroyantes que Frontenac a dirigées contre eux, l'hiver précédent, à Corlar, à Salmon Falls et à Casco ; ils se présentent en ennemis devant Québec avec trente vaisseaux de guerre, commandés par Phipps. Frontenac est maître chez lui : il est sûr de toute la population canadienne, et leur répond par la bouche de ses canons. Le siège ne dure que sept jours ; et Phipps \ à sa courte honte, retourne avec ses vaisseaux à Boston d'où il est parti.

En 1775, Carleton, notre excellent gouverneur anglais, qui ressemble à Frontenac sous tant de rapports 2, est isolé dans Québec, au milieu d'un pays qui s'est donné, pour ainsi dire, aux Américains. Ceux-ci se présentent en a amis « devant notre ville, et sont d'autant plus surpris d'y

1. Né à Pemquid, en Acadie, il était le vingt-sixième enfant d'une pauvre famille. Il fut successivement berger, matelot, capitaine de navire, gouverneur du Massachusetts.

2. Voir notre brochure .Mgr Briand et les Gouverneurs de son temps, Evreux, 1916, p. 14.

trouver de la résistance, que tout le reste du pays est à eux. Leur commaudant, Richard Montgomery, s'oublie même jusqu'à envoyer à Carleton une sommation insultante, indigne de son caractère et de sa réputation de galant homme ; car tous les chroniqueurs de l'époque s'accordent à faire l'éloge de cet officier américain, choisi pour l'expédition par Washington lui-même :

« Cet officier, écrit une annaliste, jouissait de l'estime générale ; il était si bon, qu'il était impossible de ne pas l'aimer, l'admirer et s'attacher à lui ^ ».

Carleton, qui le connaît bien, puisqu'il a combattu à ses côtés, en 1759, sur les Plaines d'Abraham, se contente de lui répondre par le silence, en attendant de le faire, comme Frontenac, par la bouche de ses canons. Toute la colonie sympathise avec les Américains ; mais Carleton a pour lui le droit et la justice : avec le groupe de soldats intrépides qu'il a autour de lui, il soutient noblement la défense de notre ville ; et après un siège de six mois il voit les Américains se retirer découragés, s'éloigner peu à peu de Québec, puis quitter notre pays.

Qui a sauvé Québec en 1775? Sa garnison courageuse et intrépide, sans doute. Mais ne craignons pas de le dire, avec M^ Briand : « Marie a conservé cette ville, qui seule restait fidèle *. » Et le pieux Prélat ajoutait : « Puasse le Ciel que ce bienfait signalé de la divine Providence pour une ville que nous devons tous regarder comme le dernier boulevard qui restait à la province et à la religion de nos pères, puisse dessiller les yeux à tous ceux de nos fières que l'esprit d'erreur et de mensonge avait aveuglés ! »

Marie conserva notre ville en 1775 comme elle l'avait conservée en 1690. Ceux qui ont lu la l'ie de Mgr de

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