Archiv du Canada, Collection Haldimand, B. 27, p
blait avoir anéanti toutes les espérances de l'ennemi. Au printemps, cependant, ils essayèrent de reprendre un mouvement qui leur avait si bien réussi les années passées, le mouvement de la persuasion. Le Congrès députa au Canada trois Commissaires, avec la mission de convaincre les Canadiens des avantages qu'ils auraient à s'annexer à la nouvelle République, sous le drapeau de l'Indépendance : Benjamin Franklin, Samuel Chase et Charles Carroll de Carrollton. Les deux premiers étaient protestants ; le troisième était catholique, et s'était adjoint son frère John, cx-jésuite, le futur évêque de Baltimore, qui se chargea tout spécialement de convertir le clergé canadien.
Les Commissaires partirent de New- York le 2 avril et arrivèrent le 29 à Montréal, où ils furent reçus par Arnold, qui y commandait depuis quelques jours. Arnold s'était mis à la tête des troupes devant Québec, après la mort de Montgomery, mais il partit au commencement d'avril pour Montréal. Wooster, qui avait commandé à Montréal tout l'hiver, alla le remplacer à Québec. Moses Hazen ne fut gouverneur de Montréal qu'entre les deux commandements d'Arnold et de Wooster,
Les trois Commissaires du Congrès, ainsi que le Jésuite qui les accompagnait, ne tardèrent pas de constater qu'ils n'avaient plus rien à faire au Canada : le pays n'était plus avec eux. Franklin partit le premier et quitta Montréal le II mai pour se rendre à Saint-Jean, où le Père Carroll alla le rejoindre le lendemain 12 mai: ils en repartirent tous deux le 13 mai pour retourner dans leur pays.
John Carroll, à Montréal, avait dû se retirer au couvent de ses confrères Jésuites, auxquels il rendit un très mauvais service en leur communiquant ses idées, et les mettant en disgrâce auprès des messieurs de Saint-Sulpice, et surtout du vénérable Evêque de Québec, qui n'entendait pas badinage sur la question de loyauté à l'égard de la
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Couronne Britannique. Il est à remarquer que M^^ Briand, dans sa lettre aux Visitandines de Rennes, disait : « Les Jésuites enfermés avec moi dans la ville se sont bien conduits. » Pas un mot de ceux de Montréal ; et nous verrons tout-à-l'heure combien M. Moutgolfier semblait indisposé, lui aussi, au moins contre quelques-uns d'entre eux. Il est probable que le Père CarroU n'osa pas même parler de sa mission au clergé séculier de Montréal.
Les commissaires Charles CarroU et Samuel Chase, probablement pour faire bonne contenance, restèrent un peu plus longtemps au Canada, avec les marchands anglais, leurs amis. Le 22 mai, on les trouve à Sorel, d'où ils envoient à Montréal une escouade de quatre cents hommes. Mais tout cela, c'est pour jeter de la poudre aux yeux ; ou bien, c'est de la moutarde après dîner : l'opinion n'est plus pour les Américains :
« Leur étoile avait pâli au Canada, écrit excellemment l'annaliste de l'Hôpital-Général. Décimés par la maladie % poursuivis de poste en poste par les royalistes, ils durent évacuer successivement toutes les places dont ils s'étaient emparés depuis quelques mois, et le 18 juin .ils étaient conduits au delà de nos frontières. »
Il y avait huit jours que CarroU et Chase avait euxmêmes quitté Montréal '.
M. Moutgolfier qui n'avait pu correspondre avec son évêque depuis si longtemps, venait d'en recevoir un message important qui lui avait été remis par le juge Panet. Il se hâta de lui répondre le 17 juin, aussitôt après la délivrance de Montréal :
« Nous avons passé un bon hiver. . . Vous voilà délivrés, et nous le sommes aussi dans ce moment. . .
6. La petite vérole avait éclaté parmi les soldats du Congrès : nouvel élément de répulsion pour les Canadiens.