Voir mon vol. précédent, p
pauvres sauvages pour ses enfants, le Gouverneur lui répondit :
(( J'ai reçu vos lettres, et en même temps les raquettes, et le collier, le sac, et le détail des noms qui ont été donnés aux enfants par de bons sauvages. Je vous remercie, vous et eux, de toutes vos attentions pour moi.
« Je vous prie de vouloir bien avoir la bonté de me commander vingt paires de souliers pour les enfants. Les moyens et le petit de ceux que vous m'avez envoyés ne peuvent servir; le plus grand seulement va au plus petit des enfants. Ainsi, faites-en faire pour lui de cette grandeur, et à proportion pour celui du milieu et l'aîné ^ »
L'entretien de Carleton avec M. Montgolfier eut lieu en 1776, probablement dans l'automne; et il n'y avait encore rien de décidé au printemps suivant.
A quelle date et à quelle occasion M°'' Briand se décidat-il à permettre à l'abbé Bailly de passer en Angleterre comme gouverneur et précepteur des enfants de Carleton? Il est certain, en effet, que le choix ne fut pas de M^"^ Briand, mais du Gouverneur lui-même, qui désirait avoir un piètre pour cette fonction, et à qui Bailly, dont l'ambition commençait déjà à poindre, avait offert ses services *.
Bailly avait trente-six ans, et paraissait encore plus jeune que son âge^. Il était un des directeurs du Sémi.
3. Ai-chiv. du Canada, Collection Haldimand. lettre du 11 fév. 1777.
â. Mand. des Ev. de Q.. t. II, p. 422.
5. Charles-François Bailly de Messein était né à Varennes le 4 nov. 1740 du mariage de François-Auguste, riche marchand de l'endroit, et de 2iIarie-Anne De Goutin :
/•De Goutin, et non Des Goutins, m'écrit M. Placide Gaudet. Mathieu De Goutin, ajoute-t-il, la souche de cotte famille en Acadie, arriva à Port-Roval en 1688, où l'année suivante il épousa une acadienne du nom de Jeanne Thibodeau, qui lui donna douze enfants. Ce Français était avocat. C'était un fort mauvais coucheur, et un grand^ dénigreur de prêtres. . . J'ai compulsé les archives de Port-Royal, et c'est là que j'ai constaté que le bisaïeul maternel de l'abbé Bailly signait De Goutin. Il décéda à Louisbourg en 1714. et Jeanne Thibodeau. sa veuve, le suivit dans la tombe, aussi à Louisbourg, le 7 avril 1741- " )•
naire de Québec, où il était revenu, guéri de sa blessure, après la malheureuse affaire de Saint-Pierre dont nous avons parlé; et il avait repris dans l'automne de 1776 ses fonctions de directeur du Petit Séminaire. Mais voilà qu'au printemps de 1777 le Gouverneur parle de quitter bientôt le Canada. Il a demandé son rappel, et sa démission a été acceptée. Il va donc partir pour l'Angleterre, et on ne lui a pas encore nommé de précepteur pour ses enfants, qui y sont déjà rendus avec Lady Carleton. Ms*" Briand vit habituellement au Séminaire avec l'abbé Bailly. Sans être précisément son admirateur ^, il le connaît pour un homme rangé, pieux, de bonnes mœurs et de bonnes manières, un peu trop mondain, peut-être, un peu trop anglais, surtout, quoiqu'il ait étudié en France ; mais cela ne peut être qu'agréable à un gouverneur anglais. Il sait que Bailly est persona gi^aia auprès de Carleton, et qu'il sera enchanté d'aller en Angleterre comme précepteur de ses enfants. Il lui propose donc la chose, et il est entendu qu'il partira pour Londres avec le Gouverneur.
Carleton est heureux d'emmener avec lui le prêtre de son choix, un homme qui appartient à l'une des bonnes familles bourgeoises du pays, un homme qui connaît bien le Canada: il a été missionnaire dans les provinces maritimes: il a résidé à Halifax: que de renseignements utiles ne poarra-t-il pas lui donner, dans l'occasion, sur les endroits qu'il a parcourus, sur les peuples qu'il a visités dans l'accomplissement de son ministère ! Il veut un précepteur « qui forme ses enfants comme il faut à la langue française : " que peut-il trouver de mieux qu'un Canadien qui a fait ses études au Collège Louis-le-Grand, à Paris ?
6. ''il m'a fait une sotte protestation, dans une occasion où je nommais un neveu de M. Marchand, digne sujet, chanoine et curé de Québec, ce qui a empêché celui-ci d'adhérer à sa nomination." (Lettre de Mgr Briand à M. de La Corne, (1 juin 1774).
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Le Séminaire ne peut s'opposer aux désirs de l'Evèque et du Gouverneur. C'est avec regret, cependant, qu'il fait le sacrifice d'un de ses prêtres : il en a si peu ! Et puis, il va perdre à la fois deux autres de ses directeurs : M. Pressart, qui vient de partir pour l'Hôpital-Général, oii il va mourir dans le cours de l'automne ; M. Hubert, qui va quitter le Séminaire, de son côté, pour ne plus y revenir, envoyé par l'Evêque au pays des Illinois pour une mission importante '.
Sur les entrefaites, la nouvelle arrive et se confirme que le terme d'ofiSce de Carleton est prolongé d'une année, son successeur ne pouvant venir au Canada que l'année suivante. Les plans et les préparatifs de l'abbé Bailly sont quelque peu dérangés; mais il a fait ses adieux au Séminaire et n'y restera plus ; et lorsque, dans le cours de l'automne, l'Evêque lui offre la cure de la Pointe-aux-Trembles de Neuville, devenue vacante, ^ il est heureux de l'accepter, avec la promesse que le bénéfice lui restera pendant son absence en Angleterre, que sa cure sera administrée par un prêtre de confiance, et qu'il la reprendra lorsqu'il reviendra de Londres.
M. Bailly en prit possession dans l'automne de 1777. C'était à cette époque une immense paroisse, s'étendant daus les profondeurs de la seigneurie de Neuville jusqu'au Cap-Sanlé. Il y a dans ces profondeurs deux rangées d'habitations ^, qui s'appellent encore le Grand et le Petit Capsa, du nom de l'évêché in partibits infidelmni de IM^' Bailly, évêque de Capse, lequel, même après son élévation à l'épiscopat, demeura curé de la Pointe-aux-Trembles jusqu'à sa mort.