Lettre de Sydney à Haldimand, 8 avril
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l'Evêqiie, des Séminaires, du clergé en général. De quoi se mêlait-il? N'avait-il pas assez de gouverner le pays, et fallait-il encore qu'il mit la main aux affaires de l'Eglise? S'il ne voulait pas de prêtres Fiançais au Canada, qu'il laissât donc l'Bvêque administrer son diocèse avec les éléments que la divine Providence laissait à sa disposition.
Ce qui mit le comble au mécontentement de tous les honnêtes gens du pays, non seulement des catholiques, mais même des protestants, surtout ceux de Montréal, c'est la manière dont il avait traité deux excellents prêtres Français, deux Sulpiciens de Paris, qui étaient arrivés à Québec au printemps de l'année précédente, le 22 mai 1783, et qu'il avait renvoyés immédiatement en Europe avec un sans gêne vraiment outrageant. Nous avons déjà dit un mot de ce triste épisode ; mais il convient d'en raconter du moins les principaux détails.
De l'aveu d'Haldimaud lui-même, ni M^'^ Briand, ni M. Montgolfier ne savaient rien d'avance de l'arrivée de ces deux prêtres ^. On se rappelle que le vénérable supérieur du Séminaire de Montréal avait demandé à Carleton la permission de faire venir deux piètres de France. Il avait écrit à Paris dans l'automne de 1776. Personne n'était venu, probablement parce qu'il avait donné contreordre, en voyant les mauvaises dispositions d'Haldimaud et du gouvernement. Mais le Séminaire de Paris n'avait pas oublié sa demande ; il connaissait les besoins du Séminaire de Montréal; et lorsqu'au printemps de 1783 MM. Ciquart et Capel manifestèrent l'intention d'aller au Canada, le Supérieur de Paris les encouragea beaucoup dans leur généreuse résolution. M. Ciquart était un Auvergnat ^ ; M.
8. " I hâve the satisfaction that neither the Bishop, nor Mr. Montgolfiei", had any knowledge of the matter préviens to their arrivai. . . " (Lettre d'Haldimaud à Lord North, 19 juin 1783).
9. Il était né à Vie-le-Comte, non loin deCIermont-Ferrand. Il avait deux ans de prêtrise.
Capel, un Lyonnais : tous deux, des ecclésiastiques d'une vertu éprouvée. Ils arrivèrent à Québec « en habits séculiers, » comme l'avait recommandé Carleton la première fois qu'on lui avait parlé de la chose, allèrent présenter leurs hommages à M^*" Briand, sans songer à Haldimand — crime abominable aux yeux de celui-ci, — puis se hâtèrent de monter à Montréal.
Mais laissons Haldimand raconter lui-même ses faits et gestes par rapport à ces bons prêtres. Il écrit à Lord North, et commence par lui redire son éternelle marotte : faire venir des prêtres de Savoie :
« C'est le moyen vraiment efficace, dit-il, de détruire l'influence française dans le clergé, chose que le gouvernement ne devrait jamais perdre de vue. Mon attention vient d'être attirée sur ce sujet par une tentative qui a été faite d'introduire deux prêtres français dans le Séminaire de Montréal. Ils sont arrivés ce printemps, en habit séculier, sur un vaisseau marchand. Je suis en état de dire que ni l'Evêque, ni M. Montgolfier n'en savaient rien d'avance : seulement, l'Evêque, retenu à sa chambre depuis plusieurs mois par la maladie, leur a permis de monter à Montréal sans qu'ils se soient même présentés à moi, comme c'était pourtant leur devoir de le faire. M. Montgolfier m'informa immédiatement de leur arrivée, me priant de la manière la plus énergique de leur permettre de rester et de s'agréger au Séminaire. Malgré mon grand désir de l'obliger — car je n'ai en général que des éloges à faire de sa conduite — j'ai cru de mon devoir d'insister pour qu'ils retournent immédiatement en Europe. J'espère que ce sera la dernière tentative d'introduire des prêtres de France au Canada.
«L'Evêque, ajoute-t-il, désire beaucoup que les Séminaires de Québec et de Montréal recrutent leurs membres en France. Mais il y a à cela plusieurs objections. L'Evêque est vieux et très infirme. Il a subi longtemps l'in-
fluence des Jésuites : l'un d'eux est son confesseur ; et quoiqu'il soit un homme trop probe pour agir contrairement à son devoir envers le gouvernement, son grand zèle pour l'orthodoxie en matière de religion peut l'engager à favoriser l'influence française par l'introduction de prêtres de la France en ce pays. Les Jésuites sont le seul ordre de prêtres réguliers qui ont montré de l'attachement aux Rebelles dans le cours de la guerre. Ils sont vieux et peu nombreux : autrement il serait peut-être prudent de nous en débarrasser complètement. Le gouvernement de ce pays doit veiller plus que jamais contre les machinations de la France et du Congrès américain. J'insiste donc pour un envoi de prêtres au Canada, soit de la Savoie, soit de n'importe quel pays d'Europe qui ne soit pas sous la dépendance de la Maison de Bourbon. Pourvu que le gouvernement assure aux Canadiens le libre exercice de leur religion, il doit leur être indifférent que leurs prêtres viennent de tel ou tel pays ^^. »
La chose ne leur était pas du tout indifférente ; et ils allaient bientôt le montrer, à Haldimand, d'abord, puis au gouvernement anglais lui-même.
Mais n'avons-nous pas eu raison d'affirmer, en citant textuellement, du reste, sa correspondance, que rien n'était plus insidieux et plus nuisible à notre Eglise que les insinuations perfides du gouverneur?
S'il faut en croire Haldimand, M. Montgolfier, en lui annonçant l'arrivée de ses confrères, lui aurait promis de ne pas leur permettre de porter l'habit ecclésiastique ni de faire aucune fonction de leur ministère, avant d'avoir reçu ses ordres. Aussi entra-t-il en fureur lorsqu'il apprit qu'ils avaient assisté à une procession religieuse, à Montréal, et que l'un d'eux avait même prêché. Nous avons le