Lettre du 5 mai
des religionnaires étrangers, et n'ayant point pour la plupart autant de secours spirituels qu'il vous en faudrait et que nous désirerions vous en procurer, vous aviez néanmoins persévéré constamment dans votre foi et votre attachement à la Communion Romaine.. . Vous avez des sentiments d'honneur, de religion et de zèle pour les intérêts de Dieu. Vous l'aimez, vous observez sa loi . . . »
Il les engage à remercier Dieu de toutes ces grâces ... Il leur explique ensuite que s'il ne leur donne pas autant de missionnaires qu'ils en voudraient, cela ne veut pas dire qu'il les a oubliés : il n'en a point. Ici même, dit-il, « au centre du diocèse, il y a des peuples innombrables auxquels nous ne pouvons donner de pasteurs, à cause de la rareté des ecclésiastiques. Vous en manqueriez encore, si les vertueux missionnaires Européens ne se fussent transportés chez vous avec une ardeur dont nous conserverons éternellement le souvenir. . . Ayez donc pour eux beaucoup de respect, d'obéissance et d'affection. Gardez-vous bien de les contrister par vos péchés et vos dérèglements. . . »
Il s'adresse ensuite à chacun des groupes catholiques de l'Acadie :
«Je dis aux catholiques d'Halifax: Révérez M. Jones. C'est un homme d'un grand mérite, et auquel vous avez des obligations infinies. Suivez ponctuellement ses conseils, surtout pour votre conduite extérieure. Vous êtes liés par vos intérêts et par votre commerce avec des citoyens d'une autre croyance que vous. Vivez en paix avec eux. Ayez pour les personnes tous les égards possibles. Cédez-leur partout la première place. Mais s'ils vous donnent de mauvais exemples, s'ils vous tiennent des discours séduisants et pernicieux, défiez- vous de leurs paroles et souvenezvous de votre religion.
«Je dis aux fidèles de Memramcook : M. LeRoux a fondé votre chapelle et l'a entretenue en grande partie à ses frais depuis plusieurs années. Faites attention à cette bonne
œuvre. Ne lui refusez pas son légitime. Ayez de la vénération pour son grand âge, et ne l'obligez pas de payer les droits à une église qui lui appartient à quelque chose près.
« Je dis aux fidèles de la Baie Sainte-Marie et du Cap- Sable : Quoique vous soyez presque tous Acadiens, si cependant on vous donne des missionnaires anglais, ne vous affligez pas. Ayez-en soin et espérez que dans peu de temps ils sauiont assez le français pour confesser et instruire ceux d'entre vous qui n'entendent pas l'anglais.
(f Je dis à ceux de l'Ile Saint- Jean, du Cap-Breton, de Miramichi et d'Annaréchaque : Soyez fidèles au Roi que Dieu fait régner sur vous, sachez que vous ne pouvez être bons chrétiens ni vrais catholiques, si vous n'êtes bons et loyaux sujets de Sa Majesté. Toute puissance vient de Dieu, et sans examiner de quelle nature est cette puissance, dès qu'elle est légitime, vous devez vous y soumettre . . .
« Enfin, je vous dis à tous : Aimez-vous les uns les autres, comme Jésus-Christ vous aime. Qu'il n'y ait point dans vos congrégations de divisions, de guerre. Rappelez-vous souvent que vous avez tous le même Dieu, la même foi, le même baptême, que vous participez tous aux mêmes sacrements, et que vous espérez tous la même récompense éternelle. C'est en esprit de cette union que nous vous adressons cette lettre en commun, et voulons qu'elle soit lue dans toutes les missions de la Nouvelle-Ecosse, au prône de la messe paroissiale, trois dimanches consécutifs...»
Voilà comment les Evêques de Québec aimaient leurs enfants de l'Acadie ! La première lettre pastorale de M^'" Briand fut pour eux ; et c'est aussi à eux que M^'' Desglis, qui ne fut pas assez longtemps évêque de Québec pour en publier un grand nombre, adressa la dernière qu'il écrivit, comme un testament d'amour et de tendresse paternelle